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Violence : L'appel au gouvernement du président Bucchini


Rédigé par Nicole Mari le Vendredi 9 Novembre 2012 à 15:26 | Modifié le Vendredi 9 Novembre 2012 - 23:23


Le président de l'Assemblée de Corse (CTC), Dominique Bucchini, a profité de son propos liminaire habituel avant l'ouverture des débats de cette session de novembre pour lancer un appel solennel au gouvernement afin d'éradiquer la violence. Il explique, à Corse Net Infos, que la réponse de l'Etat ne peut pas se limiter au volet policier et judiciaire, mais doit s'attaquer aux racines du mal.


Violence : L'appel au gouvernement du président Bucchini
 
- Quelle est la teneur de l'appel que vous lancez au gouvernement ?
- C'est un appel tendant à montrer la gravité de la situation en Corse avec la criminalisation que nous connaissons et, en même temps, essayer de témoigner de ce que pense, en profondeur, le peuple corse. 
 
- Que pense, selon vous, le peuple corse ?
- Parmi les meurtres de ce dernier mois, celui d'Antoine Sollacaro, avocat connu qui défendait un des piliers de la République, à savoir la justice, a eu une audience nationale. Lorsqu'on compare le nombre de meurtres au prorata de la population en Corse à celui des Bouches du Rhône, chacun sait que nous sommes la région la plus criminogène d'Europe. Puisque le gouvernement a bien voulu se déplacer à Marseille, il est nécessaire et indispensable qu'il vienne en Corse s'enquérir de l'état catastrophique de l'île.
 
- Manuel Valls et Christiane Taubira viendront les 29 et 30 novembre. Ils ne se sont pas précipités. Qu'est-ce que ça vous inspire ?
- Suite aux différents messages qui lui sont parvenus, le gouvernement a réuni, immédiatement, un Comité inter-ministériel et le 1er ministre a donné ses 10 commandements. J'ai dit à l'assemblée de Corse, donc au peuple corse, qu'il faut, à ce stade, être extrêmement attentif, que les 10 commandements semblent aller dans le bon sens à condition qu'ils se réalisent. 
 
- En doutez-vous ?
- Malheureusement dans le passé, les drames importants qu'a vécu la Corse, et elle en vit trop, ont généré des coups de menton et une certaine agressivité qui ne se sont pas traduits sur le terrain. Il est donc compréhensible que le gouvernement prenne le temps de venir conforter et expliquer la nature des 10 commandements et des moyens qui seraient mis en place pour lutter contre la criminalisation de la vie insulaire, notamment la spéculation immobilière.
 
- Vous pensez, néanmoins, que c'est insuffisant ?
- Les travaux de la Commission Violence, que je préside, ont été adoptés à l'unanimité et montrent qu'il faut s'attaquer aux racines du mal. Il faut un projet de société sur 10 ou 15 ans pour la Corse en tenant compte de la nature des maux qui nous assaillent et de la création de la délinquance à partir de la précarisation de la vie scolaire, pour ne pas dire de la vie sociale.
 
- Voulez-vous dire qu'on ne peut pas dissocier le volet policier et judiciaire du volet social et développement ?
- C'est une évidence. C'est un tout. Ne travailler que du côté policier et judiciaire sera déjà une avancée si, effectivement, on arrive à trouver quelque chose et à expliquer à l'opinion ce que l'on a trouvé. Ne serait-ce, par exemple, qu'au niveau des flux financiers, leurs origines et leurs destinations qui créent, malheureusement, la situation que nous connaissons ! En même temps, il faut tarir les flux à la source. L'Assemblée de Corse s'en occupe dans le cadre de ses compétences puisqu'elle réfléchit sérieusement à l'élaboration d'un plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC). 
 
- Est-ce aussi clair ?
- Si on obtient une large majorité sur le vote concernant le schéma d'aménagement de la Corse qui est le 2ème étage et le plan de développement de la Corse qui est le 3ème étage, on montre le désir des élus du peuple corse de vouloir tarir le mal à la source puisqu'il y aura une autre politique à l'endroit du littoral insulaire. C'est clair et incontestable ! Il faut, en même temps, dans le cadre des compétences qui ne sont pas les nôtres, un élan du gouvernement pour s'adresser à la jeunesse, pour regarder tout ce qui a trait aux scolaires, à la formation professionnelle, à la précarité de la vie et au chômage pour essayer de guérir la Corse, non pas avec des mots, mais de nos maux.
 
- Ce gouvernement, comme les précédents, demande aux Corses de réagir. Comment l'interprétez-vous ?
- Il a raison de le dire, mais c'est ensemble que nous devons réagir. Avec l'action gouvernementale et l'action de la CTC, il faut obligatoirement un sursaut citoyen pour ne pas qu'une partie de l'opinion croit qu'il est nécessaire de banaliser la violence et qu'il y a un fatalisme sur la Corse. Je n'y crois pas du tout : je suis contre la banalisation et contre la fatalité. Si on veut travailler tous ensemble en dépassant les clivages politiques, on peut s'arrimer à d'autres horizons en débarrassant l'île d'un certain nombre de criminels qui, malheureusement, ôtent la vie à des gens et occasionnent des drames familiaux. Ces drames touchent la Corse toute entière.
 
- En tant que président de la CTC et président de la Commission Violence, qu'attendez-vous de la visite des deux ministres ?
- J'attends qu'ils prennent en compte ce que je viens de dire. D'abord, qu'ils définissent d'une manière claire les moyens qu'ils veulent mettre en oeuvre, que ces moyens soient effectifs et suivis d'effets et d'annonces. En même temps, qu'ils définissent les voies et moyens, en concertation avec la CTC, d'un projet global de société pour, en 10 ou 15 ans, tarir tous les drames sociaux, scolaires et humains que la Corse connait.
 
- Que va faire maintenant la Commission Violence ?
- Elle va se réunir le 20 novembre. Lorsque nous l'avons instituée, après un débat sur la violence, j'avais dit qu'au bout d'un an, après l'écoute de tous ceux qui voudraient venir nous parler de la violence, j'allais faire un pré-rapport. Il a été fait et adopté à l'unanimité. Il y a encore bon nombre de gens à entendre. Nous allons, donc, continuer les auditions pour parfaire le parcours du dossier et nous présenter, dans un an, devant l'Assemblée, avec un rapport définitif. Pour bien mettre en évidence ce que je dis, je vais me déplacer dans les lycées et m'adresser à la jeunesse corse sur le thème de la violence.
 
- Que lui direz-vous ?
- Je vais lui parler de : qu'est-ce qu'être un citoyen, aujourd'hui, en Corse ? Ceci en tenant compte de notre culture. Je le répète, je ne pense pas qu'être un homme aujourd'hui en Corse, c'est d'avoir un calibre. Je pense même que c'est le contraire !
 
Propos recueillis par Nicole MARI
 
 
 
 
 
 
 




1.Posté par Tonia le 10/11/2012 09:37
La situation en Corse est désastreuse, ce ne sera pas tâche facile pour venir à bout de la violence dans l'île de beauté, et le gouvernement ne pourra rien y faire, SEULS les Corses
volontaires et soucieux de ce qui se passe chez eux pourront éradiquer ce "mal" qui ronge
cette île ...Entre le rêve et la réalité!...

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