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Vincent de Bernardi : "L'approfondissement de l’autonomie est une nécessité incontournable"


Rédigé par H.N le Lundi 21 Août 2017 à 20:19 | Modifié le Samedi 2 Septembre 2017 - 02:39


Le magazine Paroles de Corse et les éditions Dumane publient « de la France en général et de la Corse en particulier sous le quinquennat de François Hollande » de Vincent de Bernardi, préfacé par Jean Guy Talamoni.
Rencontre avec l'auteur.


 Vincent de Bernardi : "L'approfondissement de l’autonomie est une nécessité incontournable"
- Vous publiez, aux éditons Dumane (en partenariat avec Paroles de Corse) “de la France en général et de la Corse en particulier sous le quinquennat de François Hollande”. L'ouvrage regroupe 54 chroniques traitant divers sujets. Avec le recul vos analyses et projections de ces cinq années sont elles en accord avec l’évolution de la France ?
- En jouant le jeu du chroniqueur, j’ai sélectionné, observé et analysé des évènements politiques. Mon but initial était de proposer aux lecteurs de Paroles de Corse, un propos sur un fait d’actualité, la plupart du temps politique, avec un angle original et s’appuyant sur des études ou des sondages.
Nous nous sommes rendu compte, avec Jérôme Paoli, (fondateur de Paroles de Corse) que ces évènements mis bout à bout dessinaient une image du quinquennat d’un président qui se voulait normal et qui a été confronté à des changements et des bouleversements considérables.
Cet ouvrage témoigne de ces changements.


- Et concernant la Corse ?
- Dans de nombreuses chroniques réunies dans ce livre, je me suis attaché à proposer une vision de la Corse, mais aussi pour la Corse. Au cours des cinq dernières années, le paysage politique insulaire a beaucoup changé, devançant le continent. Elle commence à renvoyer une image différente. Les commentateurs mais aussi l’opinion perçoivent ces évolutions qui s’expriment aussi au plan économique. La Corse est une terre d’initiatives et d’innovation. Le magazine Paroles de Corse en rend compte mois après mois.


- Dans vos chroniques, vous vous appuyez souvent sur des enquêtes d’opinion et des sondages : aviez-vous vous décrypté ou au moins senti venir les évolutions politiques insulaires ?
-Les enquêtes et les sondages n’ont pas de caractère prédictif. Il est toujours hasardeux d’y chercher ce qu’ils ne peuvent révéler. Ce préalable étant dit, ils permettent de comprendre les phénomènes politiques, d’identifier des tendances et des mouvements dans les comportements de l’opinion. Je reste toutefois modeste sur ma capacité d’anticipation des évolutions politiques insulaires, soumises comme chacun sait à des paramètres insondables !

 

- En cinq années la Corse a entamé une profonde mutation et l'on peut dire que la bataille des idées semble avoir été gagnée en ce qui concerne l’identité, la langue, la culture mais aussi la protection du patrimoine et l'écologie. Pourtant le mode de vie des Corses s’est très largement standardisé sur le modèle des mégapoles européennes ou même américaines et le développement d'un urbanisme, que l'on croyait démodé, s’accélère. L’observateur attentif que vous êtes a-t-il senti venir ce tournant ?

- La mutation idéologique que vous évoquez est, je crois le résultat d’un long travail de fond qui a pénétré l’opinion insulaire et gagné une génération qui s’éveille à la politique. Elle est aussi due à un double phénomène que l’on observe dans de nombreuses démocraties occidentales. D’abord au discrédit des pouvoirs en place qui peinent à apporter des réponses crédibles efficaces aux difficultés individuelles et collectives. Ensuite à la désintermédiation provoqué par le numérique, troublant la légitimité, voire la légitimation de la parole politique.
On observe ces tendances dans les études sociologiques produites tant au niveau national qu’au niveau international. Il serait intéressant d’approfondir l’analyse à travers une enquête sur le modèle de société souhaité par les Corses.


- Les nationalistes vont bientôt fêter leurs deux années de responsabilités à l'hôtel de Région, Jean-Guy Talamoni préface votre ouvrage. En deux ans de nombreux dossiers compliqués se sont présentés (Jardins de l’Empereur, Plage de Sisco, crise des déchets et compagnie maritime) et on peut admettre que leurs actions ont rassuré l’ensemble des corses. L’approche nouvelle du “Guvernu dit à Corsica” plus en démocratie directe, en pédagogie et en communication a-t-elle influencé votre travail et votre analyse du fait politique insulaire au sein de Paroles de Corse ?
- L’accession au pouvoir des nationalistes a en effet nourri ma réflexion. J’y ai consacré quelques chroniques pour analyser le phénomène sur le plan électoral notamment, mais aussi sur le plan sociétal. J’ai aussi ressenti le besoin de prendre position, sortant ainsi de ma réserve d’analyste. Lorsqu’en janvier 2016, j’adresse une lettre ouverte à Jean Guy Talamoni et à Gilles Simeoni (texte que l’on retrouve dans l’ouvrage), c’est pour moi une manière d’exprimer une inquiétude mais aussi un espoir. Inquiétude sur les excès de la revendication identitaire, espoir d’une île capable d’inventer une nouvelle relation de confiance avec l’Etat.
Jean Guy Talamoni revient sur cette adresse avec la finesse et l’érudition qu’on lui connaît dans la préface du livre. Il y montre nos différences mais aussi quelques points de convergences !


- Votre livre traite de la Corse et de la France sous François Hollande. Le quinquennat de l’homme ne brille pas particulièrement par sa considération de la situation de l'île ou par sa volonté d’accompagner le chemin qui mène à une Corse apaisée. Les arrêtés Miot ont été “sauvés” dans la douleur, l’amnistie ou au moins l’amélioration de la situation des prisonniers politiques (pourtant largement soutenue dans la population et même chez les élus non nationalistes) n’a pas avancé et les évolutions institutionnelles auront été minimes. Ne trouvez vous pas que François Hollande (quì n’a pas fait un aussi bon  mandat qu’on le laisse entendre et quì arrive après un Sarkozy décrédibilisé sur l’ile) est complètement passé à côté de son”destin Corse” ?
- Je ne sais pas si un président de la République a vocation à se créer un « destin Corse » ! Un destin tout court, oui ! Nicolas Sarkozy avait, bien avant d’entrer à l’Elysée, porté une attention particulière à la Corse, avec quelques réussites et autant d’échecs. En tant que Président, puis comme candidat à la Primaire de la droite, il a continué à croire en la Corse, promettant d’en constitutionnaliser la spécificité. Sous le quinquennat de François Hollande, la Corse n’a pas bénéficié de la même attention. Entre les prises de positions de Manuel Valls, l’absence de réel projet pour la Corse et la subite attention de quelques ministres en mal de reconnaissance pour promouvoir, qui le parc marin, qui la collectivité unique, la Corse a été balloté au gré des ambitions individuelles des uns et des autres. Mais qu’y a-t-il de nouveau ?
Les Corses comme les autres (les enquêtes le montrent) croient au bénéfice de la proximité. Les acteurs les plus à même de répondre à leurs préoccupations, sont sur le terrain. Encore faut-il définir un projet de développement en accord avec l’Etat qui puisse, à ce stade, en assurer le financement.



- Avec Macron à l’Elysée et Pè a Corsica à la CTC et à l’Assemblée Nationale on se trouve dans une situation politique inédite. Sommes nous à l’aube de changements institutionnels majeurs pour la Corse et les Corses ?
- La dernière chronique du livre, écrite au lendemain de l’élection d’Emmanuel Macron s’intitule « le retour des jacobins ? » et s’interroge sur la volonté du nouveau pouvoir d’engager une réflexion sur des changements institutionnels pour la Corse et au fond sur sa capacité à savoir sortir du « Triomphe jacobin de 1793 ».
Les récentes déclarations de ministres en villégiatures, laissent penser qu’un approfondissement de l’autonomie dans le cadre républicain, est une option envisageable. Certains pourront y voir de la tactique. J’y vois une nécessité incontournable.
---
Vincent de Bernardi est chroniqueur à Paroles de Corse. D’abord journaliste, il a été conseiller d’un Premier ministre, puis d’un ministre de l’Intérieur. Il a dirigé le Service d’Information du Gouvernement et le Syndicat de la Presse Quotidienne Régionale. Il est aujourd’hui directeur de la communication et des relations institutionnelles d’un établissement public. Depuis plusieurs années, il scrute et analyse les phénomènes politiques en portant une attention particulière à la Corse.


 Vincent de Bernardi : "L'approfondissement de l’autonomie est une nécessité incontournable"



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