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Veronika Wand-Danielsson : « Les questions d’environnement sont une priorité politique en Suède depuis 30 ans »


Rédigé par Nicole Mari le Jeudi 12 Mai 2016 à 23:50 | Modifié le Vendredi 13 Mai 2016 - 19:49


En visite de deux jours en Corse à l'invitation de l'université de Corte dans le cadre de Rencontres internationales Corse-Suède sur les enjeux environnementaux, l'ambassadeur de Suède en France, Veronika Wand-Danielsson, est venue parler d’écologie, de lutte contre le réchauffement climatique et de solidarité internationale. Pour cet ex-ambassadeur à l’OTAN pendant sept ans, qui a fait l’essentiel de sa carrière comme représentante de son pays auprès de l’Union européenne, l’environnement est un défi global qui doit concerner tout le monde. Elle explique, à Corse Net Infos, les raisons de son déplacement insulaire, la politique suédoise, qui a fait du climat une priorité majeure, et la nécessité d’une coopération multilatérale pour favoriser les énergies renouvelables.


L'ambassadeur de Suède en France, Veronika Wand-Danielsson, et Paul-Marie Romani, président de l’université de Corse visitent la plateforme expérimentale MYRTE.
L'ambassadeur de Suède en France, Veronika Wand-Danielsson, et Paul-Marie Romani, président de l’université de Corse visitent la plateforme expérimentale MYRTE.
- Pourquoi avez-vous accepté l'invitation de l'Université de Corse ?
- Je suis ambassadeur de Suède en France depuis un an et demi. Toute l’année dernière, nous avons travaillé fortement à la préparation de la COP 21 (Conférence de Paris sur le climat qui s’est tenue en décembre 2015, ndlr). Le gouvernement suédois était très engagé dans ce travail préparatoire et dans la conférence elle-même. Je pense qu’il est aussi important de voir ce qui se fait concrètement, voir, par exemple, comment la Corse travaille, au niveau des défis environnementaux, sur la mise en œuvre de la COP 21. Notre Consul en Corse nous a beaucoup parlé du défi que doit relever cette île et des nombreux progrès qu’elle a déjà réalisés dans le domaine de l’environnement. De plus, je me suis aperçue que la Suède et la Corse partagent des sujets communs.
 
- Lesquels ?
- L’énergie hydraulique, par exemple. La production énergétique est constituée, en Suède, à plus de 50% par l’énergie hydraulique, 37 % par le nucléaire et 2% par l’éolien. C’est un grand avantage pour mon pays. La Corse est, aussi, en train de développer le domaine hydraulique qui fournit, déjà, 25 % de l’énergie utilisée sur l’île. Autre exemple, les énergies renouvelables qui sont un objectif politique de tous les gouvernements suédois depuis une trentaine d’années. Les questions d’environnement ont toujours été une priorité, pour les partis de gauche comme de droite.
 
- Pourquoi ?
- Elles entrent dans la conscience des citoyens ! La Suède est un pays qui compte beaucoup de forêts et de lacs. La nature y joue un rôle très fort. Certains touristes, qui veulent visiter Stockholm, s’en plaignent car ils doivent traverser pendant des heures d’immenses forêts avant de rejoindre la capitale ou les grands centres urbains. Cela a une incidence sur les Suédois, la plupart ont une petite maison de campagne ou vivent auprès d’un lac ou de la mer Baltique… Le fait qu’ils vivent près de la nature a contribué à la prise de conscience citoyenne de l’importance des questions d’environnement, d’eau, d’air pur et fraiche…
 
- Les citoyens des pays du Sud aussi vivent près de la nature. Pourquoi la prise de conscience environnementale est-elle plus forte en Suède et dans les pays nordiques ?
- Les gens vivent près de la nature d’une autre manière. La Suède est un grand pays assez peu peuplé, 10 millions d’habitants, 53 % de sa superficie est recouverte de forêts et de lacs. Les hivers sont très longs et très rudes. Quand on habite dans le Grand Nord où il fait -20°C ou -30°C pendant des mois, prendre en compte la nature est presque une question de vie ou de mort ! Quand on a un accident de voiture en plein hiver, on meurt parce que les centres urbains sont très éloignés. On est tellement dépendants de la nature qu'elle est toujours présente dans nos consciences. Les questions de climat et d’énergie sont essentielles ! L’efficacité énergétique est primordiale. Il faut chauffer les maisons pendant les longs hivers. On a fait beaucoup d’efforts dans les années 70 pour bien isoler les maisons et les immeubles afin de réduire les coûts en énergie, on est même allé trop loin. Les habitations étaient tellement bien isolées qu’elles n’étaient plus suffisamment aérées, ce qui a causé des problèmes d’allergie aux enfants ! Ce genre de questions nous préoccupe depuis longtemps, j’ai grandi avec.

- La Suède a-t-elle atteint ses propres objectifs en matière de lutte contre le réchauffement climatique ?
- Pas tous ! En Suède, la performance économique est, désormais, très liée à la prise de conscience écologique des entreprises qui privilégient le développement de produits verts. Elles ont compris que ces produits devenaient un moyen de financement. Avant, cette transformation leur faisait peur parce qu'elles la voyaient comme un coût supplémentaire. Aujourd’hui, des starts up se montent autour des nouvelles solutions technologiques vertes. Elles créent des produits qu’elles vendent aux grandes entreprises. Une partie du succès économique de la Suède, qui connaît une croissance de 3% et un déficit public de 40%, est due à cette transformation sociétale et entrepreuneuriale et à son succès. Grâce à cette prise de conscience et à un certain progrès déjà réalisé, nous sommes prêts à partager notre expérience avec des pays plus vulnérables et de contribuer au fonds vert.
 
- Est-ce un modèle que vous entendez promouvoir ?
- Oui ! L’important est de démontrer que ça marche ! La Suède a connu une crise économique dans les années 90 et a fait des réformes structurelles profondes. Elle a libéralisé son économie, augmenté les impôts tout en sauvegardant l’Etat-providence et les priorités comme l’environnement. Nous avons démontré que ces réformes en profondeur, notre conscience des enjeux, le maintien de nos objectifs environnementaux, comme le tri des déchets dans les centres urbains, la taxe sur le carbone… qui étaient, au début, considérées comme des coûts, sont un moyen de réduire la dépendance par rapport aux énergies fossiles et de faciliter la recherche sur les énergies renouvelables. Nous avons trouvé d’autres solutions énergétiques. Par exemple, à Stockholm, 85 % des bus fonctionnent à l’énergie renouvelable sans que le coût n’ait beaucoup augmenté pour l’usager. La question environnementale est, très vite, devenue un défi global pour les Suédois.
 
- C’est-à-dire ?
- Nous avons très vite pris conscience qu’il fallait, non seulement, y travailler au niveau national, mais aussi étroitement avec les autres pays nordiques qui ont les mêmes préoccupations et les mêmes défis. La fonte des glaciers dans la région arctique a beaucoup préoccupé les citoyens nordiques parce qu’elle affecte notre environnement. Au delà des engagements nationaux et sous-régionaux, nous travaillons, également, avec d’autres pays européens au niveau communautaire et, enfin, au niveau global. D’où le soutien suédois et la coopération étroite avec la France pour la COP 21. La coopération internationale est essentielle. On l’a vu avec Tchernobyl, le nuage ne s’est pas arrêté à la frontière de la Russie ou de l’Ukraine ! On le voit avec la montée des eaux dans les Caraïbes.
 
- Est-ce la raison pour laquelle la Suède soutient ces îles dans leur combat ?
- Oui ! La Suède, dans sa coopération bilatérale, soutient et assiste, de manière technique, certaines petites îles qui risquent de disparaître dans quelques années. Quand on a la chance d’appartenir à un pays développé, assez riche et doté d’une économie au dessus de la moyenne européenne, c’est un devoir de solidarité d’aider dans leurs efforts des pays plus pauvres et plus lointains, confrontés aux enjeux climatiques. On assiste à une grande prise de conscience de ces pays. Les Small Islands States ont fait un travail remarquable lors de la COP 21, ils ont poussé à la recherche de compromis. Pour eux, lutter contre le réchauffement climatique est presque un problème existentiel !
 
- Peut-on traiter de manière globale des problématiques appréhendées de manière si diverse ?
- Oui ! Justement par ce genre de visite ! Je suis accompagnée par d’excellents experts des questions environnementales qui participeront, vendredi, au séminaire de l’université de Corte et à une table ronde pour partager nos expériences. L’espoir, pour nous, réside, dans cet échange au niveau politique et administratif, dans ce que l’on peut apprendre de l’autre, dans la rencontre avec les citoyens, même si les questions sont complexes et si les cultures et les environnements sont différents. C’est ce qui se passe à l’Union européenne où chacun arrive avec sa culture, sa langue, sa perspective et doit comprendre le contexte et les arguments de l’autre pour réussir à formuler une politique d’ensemble cohérente. Je crois beaucoup à la subsidiarité. Il faut être le plus proche possible des citoyens. Mais, dans certaines situations, comme le climat, les décisions, pour être utiles, doivent être prises au niveau global.

- L’accord obtenu à l’arraché lors de la COP 21 vous satisfait-il ?
- Je ne suis pas une experte, je suis une diplomate. En Suède, les partis écologistes sont très actifs, très éloquents et maintiennent beaucoup de pression, le parti vert participe au gouvernement. C’est l’un de ses représentants, notre premier ministre adjointe, qui était aussi ministre de l’Environnement, qui a négocié, pour notre pays, lors de la COP 21. Tous ont été étonnés que nous ayons pu trouver un accord aussi rapidement. Il faut rendre hommage au ministre français Laurent Fabius et aux efforts de la France pour réunir tout le monde autour de la table. Nous attendons maintenant la mise en œuvre de l’accord. Des pas déjà faits par certains pays sont très coûteux. C’est pourquoi j’en reviens à la coopération internationale : la Suède est le plus grand bailleur du fonds vert pour le climat.
 
- Le financement des pays pauvres, qui a été l’un des grands sujets de la COP 21, n’est-il pas le nerf de la guerre ?
- Oui ! Cette solidarité est un peu égoïste parce que nous avons pris conscience que beaucoup de questions environnementales sont des problèmes globaux. Près de 1% du PIB suédois est alloué à la coopération et finance, dans sa majeure partie, des programmes liés à l’environnement. En aidant ces pays, on s’aide aussi ! C’est la même chose au niveau européen. La Suède a été l’un des premiers pays à instituer, dès 1995, une taxe sur le carbone. Mais, si les pays voisins continuent à produire du carbone, cela nous nuit ! Il faut coopérer au niveau européen pour que l’Europe donne une plus grande priorité aux énergies renouvelables. La Corse, aujourd’hui, travaille là-dessus. C’est un des programmes de recherche de l’université.
 
- Quel regard justement portez-vous sur ces programmes expérimentaux, notamment la plateforme MYRTE que vous avez visitée ?
- C’est très intéressant ! La Suède est un pays d’hiver où il fait nuit presque neuf mois sur douze. Nous avons, jusqu’à présent, très peu développé le solaire. Pour la Corse, qui est un pays du Sud, c’est un avantage comparatif, une très bonne route à prendre. Je suis là pour écouter et pour apprendre. C’est vous les experts ! Pour moi, il est déjà important de voir ce que nous avons en commun, dans quels domaines nous pouvons nous entraider, échanger, trouver des intérêts réciproques, comparer les défis... Des idées ont déjà été émises sur d’éventuels jumelages entre la Corse et des centres régionaux. Ce serait, je pense, bénéfique pour nous et, j’espère, pour la Corse aussi.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.

 




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