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U vechju portu d’Aiacciu : Un soir, sur les quais…


Rédigé par José FANCHI le Mercredi 23 Août 2017 à 21:17 | Modifié le Mercredi 23 Août 2017 - 22:50


Il est 18 heures en ce mois d’août. Le soleil commence à baisser mais écrase la ville. Seule la brise du soir incite à une promenade sur le port Tino Rossi. On ne s’en lasse pas. Les voiliers, les yachts, le port abri où toutes les barques portent un prénom de femme, alignées le long des quais comme une authentique carte postale. Le regard se promène de la citadelle aux cafés bien serrés les uns contre les autres sur la promenade. Le cadre est authentique et sert de modèle à tous les peintres en goguette…C’est vrai, il est difficile de se passer d’un tel spectacle sans cesse renouvelé par les couleurs du temps au beau milieu des camelots. Les Ajacciens y viennent régulièrement, certains y passent le plus clair de leur temps


U vechju portu d’Aiacciu : Un soir, sur les quais…
Les habitués et les pêcheurs ne connaissent que cet Ajaccio là, tellement les souvenirs se ramassent à la pelle et se perdent dans la mémoire collective. Le port et ses bateaux, ses couleurs, ses hommes et bien sûr, les histoires qui remontent à des années lumières avec, pour témoins, les établissements qui voient passer le temps et qui, de temps à autres, ressortent quelques images du passé qui défilent devant les regards et font remonter les souvenir à la surface…

Les mignonettes et la bouillabaisse…
Restons dans le golfe pour rappeler qu’à Ajaccio, les sorties en mer entre amis ne sont plus ce qu’elles étaient. A l’époque, point de yacht ni de grosses embarcations à moteur mais desbarques, des vraies, à bord desquelles la sortie « bouillabaisse » se faisait sur les deux rives, selon la météo et les vents dominants. Les îles Sanguinaires, l’Isolella ou la Castagna, Capo di Feno ou Cacao, au bout du golfe.
Certains partaient la veille et dormaient sur place pour faire les crabes à la tombée du jour pendant que d’autres partaient à la pêche tôt le matin. Sur l’une des embarcations, se trouvaient un Ajaccien bien connu, animateur politique hors pair et commercial pour une grande marque de pastis. Chacun participait aux provisions. Charcuteries, fromages, pain, le panier à victuailles était considérablement garni, celui à boissons tout autant. Notre ami lui, se chargeait bien entendu de l’apéritif et embarquait des quantités de « mignonettes », ces petites bouteilles miniatures que l’on distribuait à l’époque dans les cafés et qui coulaient à flot sur les embarcations au moment de l’apéritif…qui commençait relativement tôt en certaines occasions !

Sur le coup de midi, les barques se réunissaient dans l’une des criques du golfe et chacun de son côté commençait à préparer la bouillabaisse. Ce jour-là, la pêche avait été particulièrement bonne la veille aussi bien que le matin. Les paniers regorgeaient de poissons de toutes sortes et la bouillabaisse s’annonçait sous les meilleurs auspices. Toutes les barques avaient jeté l’ancre dans l’anse de Cacao où les attendait Pierrot Orsini à bord de son gros bateau, bien plus pratique pour cuisiner. L’ancien triple vainqueur du Tour de Corse s’était rendu compte que ses amis durent lever le coude plutôt deux fois qu’une et que les « mignonettes » avaient été grandement honorées. Il eut néanmoins l’idée géniale de
lancer ce cri de ralliement à ses amis : « Aio o zitelli, un bellu pastizzu avanti di cummincia l’aziminu ci fara bè (allez les enfants, un bon pastis avant de commencer la bouillabaisse nous fera le plus grand bien).
En réponse à cet appel pathétique, l’un des pêcheurs lança de sa barque : «Eccu una bella parola, un veru pastizzu un ci fara mali (que voilà une belle parole, un véritable pastis ne nous fera aucun mal).
Tant il est vrai que les « mignonettes » ne constituaient qu’un rince-bouche. Sans doute !

A baretta di sant’Antone
Surplombant la ville, il domine toute la partie allant du lycée Fesch au Parc Berthault, avec à ses pieds le Salario. Les pêcheurs le scrutaient avant de partir poser leurs filets vers les îles Sanguinaires, poussés par le vent de terre qui gonflait la voile. Ils se basaient sur les nuages flirtant avec le téton appelé communément « a baretta di san Antonu» lequel se détache effectivement du mont en question et ressemble à un bérêt basque semblable à celui que nous restitue l’image de Saint Antoine. Or, l’origine de ce nom attribué au mont vient peut-être de cette histoire que l’on prête à un habitant de ce quartier près de la Grotte Napoléon. Chi lo sa ?
Un vieil ajaccien s’était risqué à grimper sur le mont par le chemin qui part du quartier de la Grotte afin d’y ramasser un peu de bois, au beau milieu du mois d’août, en pleine canicule. Il faillit d’ailleurs ne pas en revenir. Il confia peu après son aventure à qui voulait l’entendre : «quellu chi cola in pienu calori à fa u legnu sopr’à u monti, darettu à Grotta, quand’ellu rifala, hà da caca l’ovu… » (Celui qui se risque à monter cueillir un fagot de bois en pleine chaleur au-dessus de la Grotte, lorsqu’il redescend, va chier l’œuf (va en baver). D’où l’appellation, par déformation, attribuée au Mont Cacalo depuis…

Le plongeoir des quais
Voilà un nom qui ne dit pas grand-chose aux jeunes d’aujourd’hui. Pourtant, si l’on remonte un tant soit peu dans le temps, on se rappelle ces énormes containers de bois, colorés et entreposés sur les quais du port de commerce qui attiraient les enfants des quartiers. Certains, posés au bord des quais, servaient de plongeoir aux plus téméraires. Ils étaient débarqués non pas par des remorques comme aujourd’hui, mais par des énormes grues qui les déposaient à même le sol. On les appelait « i cascioni » les grosses caisses.
Un soir de d’automne ou plutôt d’été indien, « l’équipe des quais » ainsi se nommait la bande de la rue Bonaparte, flânait le long du port, en route vers ce qui allait devenir « l’opération des cascioni » ainsi nommée par un vieil ami qui était subitement devenu le meneur parce que détenteur du secret des containers. Ceux-ci étaient déchargés et stockés le long du grand mur de la jetée du port Tino Rossi et attendaient le lendemain pour être vidés de leur contenu. Le début de cette douce soirée d’automne était ainsi mis à profit pour cette « mission » à priori facile dans la mesure où le container n’était pas cadenassé et mieux encore, il était caché par d’autres, rendant la mission plus facile encore. C’est dire
l’enthousiasme de la bande lorsque la petite porte latérale s’ouvrait devant le trésor de guerre.
Ils étaient tombées sur le bon container, à leur yeux une véritable caverne d’Ali Baba de bombons. Une montagne de caisses de friandises destinées à la société Paravisini, grossiste en boîtages de toutes sortes et particulièrement de confiseries. A l’ouverture du premier carton, ils trouvèrent les fameux chewing-gum « Hollywood » puis des friandises chocolatées, sorte de biscuits enrobés de chocolat blanc etc. Les autres caisses n’étaient que des produits de pâtisserie peu intéressants, mais l’équipe de la rue Bonaparte se contenta des quelques colis abondamment garnis de bombons qu’ils dégustèrent et distribuèrent des mois durant sans éveiller le moindre soupçon.
Ils retournèrent à diverses reprises sur les quais, mais sans rien trouver d’intéressant, si bien qu’ils abandonnèrent aussitôt ce genre d’opération trop risquée…Le premier coup avait été le bon !

Le bonjour du maire
Les vieux ajacciens se rappellent sans doute de Rafaelu u piscadore, Raphaël Deconstanza, le père de notre Ami Jojo « fighiulelu » disparu il y a quelques années » Rafaelu exerçait la profession de pêcheur. Un jour qu’il n’était pas sorti poser ses filets, il s’en alla tenir compagnie à l’un de ses amis qui pilotait la vedette touristique des Sanguinaires. Il joua même les guides auprès de certains visiteurs, émerveillés par la beauté des sites traversés tels le Scudo et la propriété de Tino Rossi, le week-end, la Parata et les îles avec leur histoire et leurs légendes. Bref, une matinée fort instructive pour ces quelques touristes ravis de l’aubaine.
Au retour, bien avant d’arriver au port, Rafaelu s’adressa aux touristes et leur dit : « Vous allez voir mesdames et messieurs, le maire d’Ajaccio en personne va vous dire bonjour à votre retour à quai. Vous l’apercevrez à la fenêtre de son bureau, il vous fera signe avec son mouchoir. Faites-en autant, saluez-le. » En quelques secondes, tous se mirent à lever les bras en criant « bonjour Monsieur le maire » et effectivement, on pouvait voir à l’une des fenêtres de la Maison Carrée une personne agitant un mouchoir…
Qui n’était pas le maire d’Ajaccio ! Il s’agissait en fait d’Archange Luciani, le père de Pierre-Jean, qui s’était mis d’accord au préalable avec son ami Rafaelu pour cette mise en scène, sous le regard amusé des pêcheurs et clients des bars situés sur le quai l’Herminier qui avaient, eux aussi, été mis au courant.

Mariu, u montasega
Passionné par la mer, il a fait quelques « piges » à bord de certaines barques, mais sans plus. En revanche, il aimait la mer et les longues promenades sur le port. Sa dernière demeure se situait à quelques pas, près du petit oratoire San Rucchellu. Il venait tous les jours dans la rue des Trois Marie, , à la cantine di u Moru, point de chute de vieux ajacciens amateurs de bon vin. C’était un personnage attachant, discret par moment, mais particulièrement sarcastique à ses heures. Veuf, il a élevé sa fille selon les bons principes avec ses moyens dans un minuscule appartement de la rue Fesch. C’était un travailleur, ayant été tour à tour marin, commissionnaire et enfin cantonnier de la ville avec pour secteur le Salario. Il préfigurait les « montasega » qui allaient fleurir plus tard aux quatre coins de la ville.
Lorsque l’envie lui prenait, il avait le don de trouver la « tête de turc » qu’il voulait taquiner sur le champ. Un jour qu’il sortait de la cantine des Trois Marie, il interpelle un passant et lui demande : « Un’eriti mica a Salonique in tempu di guerra ? (vous n’étiez pas à Salonique en temps de guerre ?). No ! Répondit son interlocuteur quelque peu surpris. Et Mariu de poursuivre : « Manch’eiù. Sarani stati due altri ! (Moi non plus. Ce devaient être deux autres !).

Le foulard en soie …
Passionné de pêche, on pouvait le voir pratiquement du printemps à la fin de l’été sur les rochers de la plage St François, où il taquinait le gobi et, entre la Calata et la jetée des Capucins, située dans le prolongement de la rue des Trois Marie, à la recherche d’une grosse pièce. Un vieil Ajaccien me disait récemment qu’il était un spécialiste du poulpe qu’il cuisinait d’ailleurs très bien.
Mariu n’était pas riche et de temps à autre, il réussissait à s’engouffrer dans les écuries désaffectées de la caserne Abbatucci (l’actuelle résidence Diamant 2 et le commissariat de police de la rue général Fiorella) où avaient été installés les locaux de la « soupe populaire » qui servait des repas chauds aux plus démunis. Pour une poignée de centimes, on avait droit à une bonne assiette de soupe et un morceau de pain. Mariu y faisant une apparition de temps en temps, tomba ce jour-là, à coté d’une autre figure ajaccienne «U Strampalatu » qui, avalant sa soupe à grandes cuillérées, s’arrêta soudain et, regardant Mariu, lâcha : « O Mariu, ai vistu cos’aghju truvatu ind’u piattu ? Un pezzu di stracciù. Chi vargogna, un c’è piu un palmu di nettu. (Tu as vu ce que j’ai trouvé dans mon assiette, un morceau de chiffon. Quelle honte, on ne peut plus se fier à personne).
Et Mariu de répondre aussi sec dans son langage fortement imagé: « O speziu di buvalonu, cosa t’aspitavi a trouva, un foulard in seta di Lyon ? (Espèce d’imbécile, que croyais-tu trouver, un foulard en soie de Lyon ?). C’était le genre de réponse propre à Mariu u Corsu, même en de pareilles circonstances.
Agé, il mourut au début des années cinquante.
A suivre…
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P.S. extrait de «Lieux de mémoire d’Ajaccio  » à paraître prochainement




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