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U Rinnovu Naziunali affiche sa détermination


Rédigé par Nicole Mari le Dimanche 10 Mars 2013 à 23:51 | Modifié le Jeudi 21 Mars 2013 - 17:27


C’est dans un contexte judiciaire tendu qu’U Rinnovu a tenu son assemblée générale dimanche après-midi à Corte alors même que Félix Benedetti, frère du leader du mouvement, venait d’être mis en examen à Paris pour infraction à la législation sur les armes et association de malfaiteurs par un juge antiterroriste. Il avait été interpellé mercredi dernier à Bastia dans le cadre d’une enquête sur des attentats en 2012. La centaine de militants lui a longuement exprimé son soutien, a demandé la libération de tous les prisonniers politiques et s’est dit « plus déterminée que jamais à lutter pour l’émancipation du peuple corse ». Pour continuer la résistance après le schisme avec Corsica Libera, U Rinnovu a entrepris sa restructuration, désigné une coordination des régions et appelé à l’union de toutes les forces nationalistes.


U Rinnovu Naziunali
U Rinnovu Naziunali
Le mouvement, qui se dit « au service exclusif des intérêts du Peuple Corse », a voté une motion qui fixe ses fondamentaux et ses grandes orientations pour, au moins, les deux années à venir. L’objectif étant d’apporter des réponses concrètes aux problématiques que traversent la Corse.
S’inscrivant dans la lutte de libération nationale du peuple corse, cette motion prône, « aux vues des expériences passées, un renouveau des pratiques et des hommes qui assure la plus grande lisibilité à ce combat légitime au regard de la non reconnaissance du peuple corse. La manière de lutter aujourd’hui préfigure la société de demain, et nous aspirons à une société corse indépendante de toutes les formes d’assujettissement. Dans cette perspective, nous affirmons que tous les moyens de lutte gardent leur légitimité sans aucune hiérarchie entre eux ». 
 
Pour un développement durable
Récusant la suprématie du « tout marché », U Rinnovu se prononce pour le partage des richesses créées, la régulation économique et la lutte contre l’inégalité sociale. « Dans notre projet prévalent les droits sociaux et le respect des équilibres environnementaux qui sont source d’une croissance nouvelle ». Estimant que la crise économique actuelle révèle l’échec du néolibéralisme mondialisé, il affirme la nécessité d’assurer un développement durable pour les Corses. « Le cadre ultra libéral, tel qu’il peut prévaloir au sein de l’Europe, est dévastateur, en l’absence de toute reconnaissance institutionnelle et de toute norme de contingentement : dépossession foncière accélérée liée à la libre circulation des flux financiers, économie résidentielle pour de riches seniors européens, influence des grands groupes dans des secteurs stratégiques, mise en cause de la logique de service public, libéralisation débridée du commerce et des services ». 
 
Une solidarité européenne
Au  niveau international, Rinnovu Naziunali manifeste sa solidarité avec tous les peuples « qui subissent comme le peuple corse une situation historique coloniale et qui aspirent à faire reconnaitre leurs droits dont, bien sûr, le droit à l’indépendance ». Pour lui, la Corse a vocation à devenir un Etat membre de l’Union Européenne tout en négociant dérogations et protections spécifiques. Elle a aussi vocation à rester neutre au niveau des alliances militaires comme l’Irlande, l’Autriche ou la Suède. « A l’heure où des conflits nationaux au sein de l’Europe ont trouvé où sont en train de trouver une issue (Irlande du nord, Euzkadi), la question nationale corse reste entière ». 
 
Les orientations économiques. 
U Rinnovu propose des choix économiques liés à la situation difficile de la Corse caractérisée, selon lui, par la faiblesse du secteur productif, le choix tendanciel de la pseudo-économie de la résidence secondaire, l’absence d’outils pour impulser le développement, un tourisme aléatoire, le développement de la précarité, des inégalités qui se creusent, le chômage, la cherté de la vie, la décorsisation des emplois …etc .
« Dans une situation de déshérence où, bien plus qu’ailleurs, la responsabilité du politique et de son action publique d’impulsion et de programmation est cruciale », il préconise :
-le refus du modèle résidentiel remplacé par un tourisme durable maitrisé par les Corses.
-la maitrise des transports afin que la Corse ne soit plus une destination chère et que les produits locaux soient valorisés.
- Le soutien de l’agriculture et de l’élevage avec la reconnaissance des savoirs faires et spécificités qui devront être reconnus par la nouvelle PAC. « Cela implique la protection et la mobilisation du foncier pour nos agriculteurs, la sanctuarisation des terres à potentialité agricole face à la frénésie immobilière ».
-Le soutien à une filière biomasse dans le cadre de la politique énergétique.
-La création d’une Banque locale de développement qui capte et oriente l’épargne corse, et le lancement d'un grand emprunt local.
-un Statut fiscal, socialement juste, adapté au développement.
-un moratoire sur toute augmentation des surfaces de la grande distribution. 
 
Les choix sociétaux 
Le mouvement nationaliste affirme, ensuite, ses choix de société.
« Face à l’envahissement des valeurs marchandes et de l’individualisme forcené, un peuple doit se définir par ses VALEURS historiques. La solidarité, le lien social, la famille, le respect de la parole donnée, l’effort,… sont des valeurs fondatrices du peuple corse. Elles doivent être confortées dans leur essence en les adaptant à la modernité. La diffusion, avec effet de mode, des drogues au sein de la jeunesse est un danger de déstructuration d’une communauté. Nous soutenons tous les efforts de conscientisation dans ce domaine en particulier ceux de la jeunesse elle même ». 
Dénonçant la pression démographique « qui peut aussi représenter une menace pour le peuple corse, communauté culturelle vivante », il rappelle que la dernier bulletin de L’INSEE dévoile, en janvier 2013, que l’île a un des plus fort taux d’accroissement démographique, du essentiellement aux flux migratoires venant de tous horizons. « Cette pression se fait sans que le peuple corse ne dispose des moyens d'accueil et d'intégration des d’arrivants, en particulier en le faisant sur la base de sa langue (devenue officielle), sans qu’il puisse maitriser, comme nous le souhaitons, ces installations ».   
 
Une mainmise maffieuse
Face au mal profond que connaît aujourd’hui la Corse « avec une société de type maffieux qui se met en place », la principale source du problème est, pour U Rinnovu, « l’attrait de l’argent rapide et facile dans l’immobilier. Une main mise maffieuse serait tout aussi dommageable pour le peuple corse que la non reconnaissance de l'Etat. Des dizaines de familles sont endeuillées par des conflits sanglants. Dans ce domaine des crimes, l’efficacité de l’Etat est nulle à ce jour, toutes les interprétations sont donc possibles ».
En dehors des actions classiques de lutte contre ce type de criminalité, la solution doit venir, pour lui, d’un retour des valeurs et du tarissement de la manne immobilière par une autre politique de développement, notamment à travers le nouveau PADDUC. Il demande, pour ce faire, l’instauration d’une citoyenneté corse basée sur au moins 10 ans de résidence,  comme condition permettant l’achat de biens foncier et immobiliers. 
 
Des options stratégiques  
Pour U Rinnovu, le principal enjeu des années à venir sera le PADDUC.
« C’est un document stratégique fondamental pour la Corse, une fois que l’on s’est assuré, après les mobilisations de nationalistes en 2008-2009 que cela ne sera plus officiellement un plan de mise en vente de la terre corse. Sa philosophie générale n’est pas contestée, si l'on s'en tient au vote du rapport de l'assemblée qui présentait les orientations de ce Plan. Reste la mise en œuvre. Au titre de document d’urbanisme, il devra assurer les nouvelles sanctuarisations : espaces protégés, espaces productifs, transports, logements pour les Corses. Les dérives spéculatives de beaucoup de PLU devront être stoppées notamment par une doctrine et une cartographie,  les communes de montagne devront être confortées ».
Dans l'attente du nouveau PADDUC, le mouvement demande le gel des PLU prévoyant des programmes de résidences secondaires ou intermittentes pour des étrangers à la Corse.
 
Des réformes bloquées
L’autre enjeu est celui des propositions de réforme de l’Assemblée de Corse au niveau institutionnel et constitutionnel. Le mouvement se dit « conscient que ces propositions peuvent être le niveau d’une première étape de feuille de route des droits du peuple corse. Sachant que depuis 1981, le peuple corse n’a pas eu de saut qualitatif pour un Statut performant si on regarde d’autres situations comparables en Europe ». 
Cependant, il constate qu’à court terme, « avant même que les projets de réformes de l'Assemblée ne soient sur la table, nous allions vers un BLOCAGE au niveau du gouvernement et de l'Etat. « 300 000 corses pour la réforme ne changeront pas la Constitution » peut-on dire aujourd'hui comme en 1975 ». 
 
L’union des nationalistes
Enfin, U Rinnovu Naziunali affirme son attachement à un regroupement des forces patriotiques, « les seules forces dont la synergie peut changer la donne en Corse ». Il refuse « l'opposition pernicieuse entre courant  "modéré et "radical", entre autonomistes et indépendantistes ; au stade actuel, les deux offres sont qualitativement équivalentes. Nous partageons tous le même espoir de liberté, nous devons réinvestir le concept d'autodétermination ». Néanmoins, il met en garde les nationalistes modérés face à l’éventuelle tentation de « vouloir la prise de pouvoir que pour la prise de pouvoir » et « de constituer un simple clan "new look" d'autonomistes pro-français ». Par ailleurs, il avance la nécessité de renforcer l’investissement sur tous les terrains syndicaux, culturels, associatifs environnementaux, « car le Peuple Corse ne verra pas son émancipation uniquement "par le haut" avec l'Etat mais dans toute sa dimension ».   
 
La reconnaissance des droits
De manière globale, dans la perspective d’un règlement politique, il interpelle l’Etat français et le Président de la République et demande :
- La reconnaissance du fait colonial, comme pour la Kanaky
- Un processus permettant à terme l'exercice des droits d'un Peuple Corse reconnu, comme celui tenté en 1991.
- Des réformes constitutionnelles permettant l’exercice de droits dans les domaines démographiques, fonciers, politiques et économiques (pouvoir législatif de plein droit à l’Assemblée de corse dans ses domaines de compétences, instauration d’un véritable gouvernement en lieu et place de l’actuel exécutif, corps électoral, code des investissements, officialité de la langue corse).
 



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