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U Cullettivu A Droga Fora dénonce le mutisme des candidats aux Territoriales sur le fléau de la drogue


Rédigé par Nicole Mari et Joseph Parigi le Vendredi 13 Novembre 2015 à 00:58 | Modifié le Vendredi 13 Novembre 2015 - 00:58


Inquiet de la flambée de consommation de drogues dures ou douces qui n’épargne aucun territoire de l’île, U Cullettivu A Droga Fora dénonce la passivité et le silence assourdissant des candidats aux élections territoriales sur cette question prégnante. Il demande aux 12 listes de se positionner, de rédiger un plan d’action et de s’engager à refuser tout projet de légalisation des drogues douces. Il lance, également, à la société corse, un appel à la mobilisation. Explications, pour Corse Net Infos, de Stevan Mondoloni, porte-parole d’U Cullettivu, de Denis Luciani, président de l’APC (Associu di i parenti corsi), et des représentants des trois syndicats étudiants : Ghjuventu Paolina (GP), Ghjuventù Indipendentista (GI) et Cunsulta du a ghjuventù corsa (CGC).


U Cullettivu A Droga Fora dénonce le mutisme des candidats aux Territoriales sur le fléau de la drogue
- Pourquoi interpellez-vous les candidats aux élections territoriales ?
- Notre objectif est, à la fois, de les interpeller et de dénoncer leur mutisme et leur silence. Force est de constater que, depuis le lancement de la campagne, nous n’avons entendu que très peu de choses concernant la problématique de la drogue. Aucune des 12 listes ne propose de mesures concrètes pour enrayer ce fléau qui, malheureusement, prend de plus en plus d’ampleur en Corse. Quand nous avons créé le Collectif, il y a cinq ans, il y a avait déjà une amplification importante du phénomène. Aujourd’hui, des trafics sont démantelés, presque tous les jours, dans toute la Corse. Toutes les microrégions sont concernées. Il semblerait qu’il y ait, enfin, une volonté de l’Etat de lutter contre ce problème, mais nous sommes tout à fait conscients que ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Il y a encore énormément de trafics qui persistent, qui sont bien debout et bien structurés.
 
- Que demandez-vous aux candidats ?
- Nous leur demandons de rédiger un plan d’action concret et structuré concernant la problématique de la drogue et ce qu’ils comptent mettre en place pour enrayer ce phénomène, s’ils arrivent aux affaires. Au travers surtout de leur compétence, c’est-à-dire au niveau des campagnes de prévention et de sensibilisation qui doivent être généralisées sur l’île. Nous leur demandons aussi de refuser publiquement, de façon unanime, tout projet de légalisation de drogues dites douces. On sait que ce projet est, aujourd’hui, sur le banc du gouvernement. Dans tous les pays qui ont légalisé, le trafic de stupéfiants a triplé, voire quadruplé dans certains secteurs. Nous demandons un positionnement global des élus contre ce fléau.
 
- Que constatez-vous autour de vous ?
- Ce Collectif regroupe la plupart des structures représentatives de la jeunesse. Donc, ce sont essentiellement des jeunes qui sont sur le terrain pour mobiliser. Sur le milieu cortenais, mais aussi dans l’ensemble des villes de Corse, et même dans nos villages, notamment en période estivale, nous avons constaté qu’il y a une amplification du phénomène. Les jeunes, qui se droguent, se cachent de moins en moins. Les pratiques changent. Les mentalités ont évolué de manière très négative. La drogue n’est plus un tabou ! Différentes classes d’âge sont concernées, pas seulement les jeunes, pas seulement des gens dans la détresse, mais aussi des gens qui sont bien dans leur peau et dans leur vie. C’est devenu un phénomène de mode !
 
- C’est-à-dire ?
- On sait bien que nous avons, malheureusement en Corse, le culte de l’argent et du côté bling-bling. Quand il s’agit seulement de beaux vêtements et d’une belle voiture, c’est une chose. Par contre, il s’agit là de recopier le comportement de son voisin qui dit que se droguer est quelque chose de relativement bon, qui permet d’évacuer certains soucis, de se détendre. D’après les services de l’Etat, ce sont surtout le shit et le cannabis qui sont consommés et cultivés par des particuliers. Mais, la cocaïne gagne énormément de terrain. Le prix du gramme de coke a considérablement diminué. Il est beaucoup plus attractif. Autour de 50 € en moyenne, il est moins cher qu’une bouteille d’alcool en boite de nuit. Sauf que les ravages ne sont pas du tout les mêmes, la dépendance non plus.
 
- Comment expliquez-vous que de plus en plus de jeunes dealent ?
- C’est l’attrait de l’argent facile ! C’est une source de revenus complémentaires. C’est, aussi, un train de vie qui gagne du terrain. 150 plants de cannabis rapportent environ 150 000 €. Forcément, ça rend envieux ! Ça intéresse de plus en plus de personnes qui veulent arrondir leurs fins de mois ou simplement subvenir à leurs besoins. Les plantations de cannabis fleurissent dans tout le maquis. Nous avons une terre très fertile et du soleil. Il est facile de se procurer ses graines, notamment par Internet.
 
Propos recueillis par Nicole MARI
 

Antone Casanova et Stevan Mondoloni.
Antone Casanova et Stevan Mondoloni.
Denis Luciani : « La drogue est une problématique qui fait peur »
 
- Pourquoi estimez-vous que la campagne de sensibilisation nationale n'est pas suffisante ?
- Il y a un problème. Ça fait 5 ans que nous rencontrons des gens, l'ARS, l'Université et d'autres pour leur demander de s'associer à nos campagnes. Nous pensons que la sensibilisation, c'est important, qu'il faut que la société s'engage. Quand je regarde la télévision, je vois plus de spots sur les moustiques que sur la drogue ! Je ne sens pas de mobilisation sur ce thème spécifique, or, quand j'ouvre le journal, tous les jours, un trafic est démantelé. Nous, ça nous paraît être un danger très sérieux. J'entends parler de légalisation des drogues douces. Pour moi, c'est un danger. Mais je ne vois aucune liste qui propose un programme là-dessus. Si c'est un danger, il faut le combattre. J'aimerais savoir qui, dans la classe politique, pense la même chose que nous.

- Vous n'avez eu aucun retour des représentants politiques ?
- Quand on les rencontre, ils nous disent tous, bien sûr, qu'ils sont contre la drogue. Mais là, il nous faut un engagement écrit. Refuser tout type de complaisance, c'est un premier message en soi. Et qui doit être exprimé clairement. Ensuite, il y a la sensibilisation. En ce qui concerne le port d'arme, on en entend parler, mais rien sur ce fléau...

- En cinq ans, n'avez-vous reçu aucune preuve de bonne volonté ?
- C'est arrivé ! Après une manifestation, nous avons été reçus par le Préfet. En tant que Nationaliste, ce me fait mal de l'admettre mais, au moins de ce côté-là, il y a eu une décision de fermeté qui, semble-t-il, porte ses fruits au niveau du trafic. Mais les services de l'Etat ne s'occupent pas du problème au niveau de la santé, où il y a un gros déficit, surtout au niveau de la sensibilisation des jeunes.

- La solution, pour vous, c'est de s'adresser au consommateur ?
- La question, c'est de savoir si la drogue est un fléau ? Aujourd'hui elle est condamnée par la loi. Dans les années 80, le trafic était assez marginalisé, on pouvait taper au bon endroit, aujourd'hui il est tellement généralisé qu'une campagne de sensibilisation est indispensable. On ne peut pas faire des campagnes contre l'alcool, dire que c'est dangereux… et, quand il s'agit de drogue, être invisible. L'alcool est légal et fait l'objet de campagnes, alors que, contre la drogue, je ne vois, ni n'entend rien.

- Comment vous expliquez ce décalage ?
- La drogue est une problématique qui fait peur. Aussi ce n'est pas étonnant que ce mal s'enlise et prenne de plus en plus d'ampleur dans l'île. Il y a une absence totale de prise de responsabilité de la part de tout le monde. Parce qu'on sait qu'on s'attaque à la voyoucratie. Il y a peut-être même des interactions au niveau politique... On ne peut pas estimer combattre quelque chose et ne pas le nommer. C'est ce silence qui nous choque ! On est dans une période électorale, douze listes prétendent à la direction de l’Assemblée et tous ces gens restent muets ! Très peu sont engagés sur ce terrain. Sur les propositions, rien en vue !
 
Propos recueillis par Joseph Parigi.
 

L’appel des syndicats étudiants de Corte à la mobilisation contre la drogue
 
- Quelle message voulez-vous faire passer aujourd'hui ?
- Paul Salort (GI) : Depuis toujours, nous soutenons le Collectif parce que la drogue est un fléau. Il ne touche pas que la jeunesse, mais les jeunes sont touchés en premier lieu. En tant que mouvement de la jeunesse corse, on se doit de prendre position, de s'engager contre ce phénomène qui prend de l'ampleur et se généralise. C'est pour cela que nous soutenons les revendications du collectif en demandant officiellement à tous les candidats aux élections Territoriales de se positionner clairement et officiellement sur ce sujet.
 
- Francescu Luciani (GP) : Nous aussi, nous soutenons ce combat depuis 5 ans. Nous sommes tous d'accord sur le constat : la drogue s'est banalisée auprès des jeunes. Il faut faire passer le message que la drogue, dure ou douce, finit toujours par tuer, que ce soit la drogue elle-même ou les trafics qui l'accompagnent. Notre but est de sensibiliser un maximum.

- À l'Université, des étudiants consomment et d’autres vendent de la drogue parce que c'est de l'argent facile... Comment l’intégrez-vous à votre lutte ?
- Paul Salort (GI)
: Nous agissons à l'échelle de l'Université. Le but est de sensibiliser, de faire de la prévention pour faire comprendre aux jeunes que l'avenir, ce n'est pas ça ! Gagner de l'argent en vendant de la drogue met leur vie en danger. Que ce soit des drogues douces ou dures, elles sont dangereuses pour leur santé. C'est catastrophique de voir la jeunesse tomber là- dedans !
 
- Francescu Luciani (GP) : On ne stigmatise pas une population, on veut juste aider des jeunes à sortir des problèmes dans lesquels ils sont tombés. Dire qu'on stigmatise c'est nous stigmatiser nous-mêmes parce qu'on nous met dans une case en disant : « Vous êtes des violents, vous êtes anti-drogue, donc on vous met de côté ! ». Il faut être clair sur la question. Si la drogue est bien un fléau, comme nous le soutenons et comme le disent les politiques lorsqu'on leur pose la question, et bien il faut que ces mêmes élus soient, aujourd'hui, en mesure de proposer de vrais engagements dans leurs programmes.
 
- Alexis Mondoloni (CGC) : Si à une certaine époque, dans les années 1980, on pouvait lutter contre la drogue et frapper aux bons endroits, aujourd'hui, c'est tellement généralisé que c'est devenu plus difficile. Il faut faire comprendre à ces jeunes, qui sont très nombreux, que la drogue peut affecter leur vie, leur santé, mais aussi leur famille, leurs amis, qu’elle peut créer une barrière entre eux et la société et ouvrir la porte à la voyoucratie.

- Mais vous qui êtes des syndicats étudiants, dans quelles mesures pensez-vous que l'Université puisse, concrètement, jouer un rôle dans ce combat ?
- Paul Salort (GI) : L'Université peut mener des campagnes d'affichage, de la sensibilisation, une médecine préventive avec un addictologue qui vient intervenir auprès des étudiants. On pourrait peut-être amplifier ces actions. On voit bien sur le terrain que ce phénomène prend de l'ampleur et se généralise. Il faut stopper cela. Avec l'Association des Parents de Corse et des associations sportives, il faut fédérer notre action, mutualiser nos forces et nous unir pour enrayer le phénomène.

- Francescu Luciani (GP) : Beaucoup de jeunes tombent là dedans parce que c'est de l'argent facile. Il y a des problèmes de précarité chez les étudiants. Nous devons les aider, trouver des moyens auprès des collectivités et de l'État pour qu'ils puissent s'en sortir autrement. Au sein de l'Université, avec les autres syndicats, nous soutenons l'action d'Aiutu Studientinu, une association étudiante qui tient une épicerie solidaire pour les étudiants en difficulté en leur offrant des denrées, des couvertures, des chauffages... Le CROUS offre des soutiens financiers, notamment à travers le Fond national d'aide d'urgence, qui permet de donner des aides ponctuelles ou annuelles en fonction des dossiers sociaux que fournissent les étudiants.

- Antone Casanova (CGC) : Le vrai problème, c’est que la drogue se banalise. Pour beaucoup de jeunes, fumer un joint, c'est quasiment aussi banal que fumer une cigarette. On en est là ! A Corte où il y a 4500 étudiants, le constat est clair. Mais, c'est pareil dans les villes comme Bastia et Ajaccio. Allez dans les boîtes de nuit et vous verrez la cocaïne qui circule. Certains jeunes essaient parce qu'un ami leur propose, ils se rendent compte que c'est facile de s'en procurer et pas plus cher qu'une bouteille d'alcool, etc. Avant, des barrières économiques protégeaient la jeunesse de ce fléau. Aujourd'hui, énormément de consommateurs sont étudiants et peuvent financer leur drogue sans problème. Il semble que ce soit très facile de s'en procurer aux quatre coins de l'île. Le problème est grave ! Ce n'est pas normal que nous en soyons là. Qu'un collectif soit obligé de se former pour en appeler aux élus, c'est quand même inadmissible ! Pourquoi sommes-nous obligés de tenir cette conférence de presse aujourd'hui ? Pourquoi les candidats n'ont-ils pas spontanément intégré cette problématique à leurs programmes ? C'est invraisemblable !
 
Propos recueillis par Joseph Parigi.
 
 




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