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Tumasgiu D’Orazio : « La langue et la culture corses doivent s'inscrire dans la modernité ! »


le Jeudi 21 Février 2013 à 17:48 | Modifié le Vendredi 22 Février 2013 - 01:41


A l’occasion du troisième anniversaire de parlamicorsu.com, le site internet de la ville d’Ajaccio dédié à la médiation de la langue et de la culture insulaire, nous avons donné la parole à Tumasgiu D’Orazio, jeune conseiller municipal délégué à la langue et à la Culture Corses. De l’importance de préserver la langue à sa nécessaire modernisation, en passant par la question essentielle de l’accès à un véritable statut juridique, Tumasgiu D’Orazio livre avec clarté et simplicité son analyse sur un enjeu essentiel de la préservation du patrimoine culturel et identitaire de notre île. Interview sur la langue… mais sans langue de bois !


« Si pudarià dì è incalcà forte forte ch’è "a nostra lingua hè com’è a nostra pella", cusì dicia u Martinicanu Frantz Fanon. Tumasgiu d'Orazio (Photo : DR)
« Si pudarià dì è incalcà forte forte ch’è "a nostra lingua hè com’è a nostra pella", cusì dicia u Martinicanu Frantz Fanon. Tumasgiu d'Orazio (Photo : DR)
L'INTERVIEW GRAND ANGLE 
Tumasgiu D’ORAZIO : conseiller municipal délégué à la Langue et la Culture Corses

-  Pour ceux qui ne vous connaîtraient pas encore, en quelques mots, pouvez-vous vous présenter ?
-  J'ai été élu aux Municipales de mars 2008 sur la liste du maire Simon Renucci. À la suite de mon accession au conseil municipal, le maire d'Ajaccio m'a confié cette délégation. Mission que je co-gère avec plaisir avec mes collègues de la majorité et du service Langue et Culture Corses. Par ailleurs, je suis étudiant en Master 2 de Droit à l'Università di Corti.

-  Le projet « Parlamicorsu » fête ses 3 ans cette année. Comment est-il né et quels sont ses objectifs, ses enjeux essentiels ?
-  En effet, le site parlamicorsu* fête ses trois ans et se révèle être un succès. Cette année nous dépassons les 60 000 visiteurs, ce qui est important en terme de fréquentation. Le site a pour vocation l'éveil linguistique, c'est à dire nous offrons aux familles ajacciennes et corses la possibilité d'apprendre les bases de notre langue. Lors de sa création, nous disposions du travail de nos structures de bain linguistique, ce travail initié lors de la première mandature du maire Simon Renucci correspondait parfaitement à l'idée et la philosophie qui s'applique actuellement. Les résultats engrangés dans les structures de petite enfance, étant positifs,  il nous apparut important de pouvoir le partager auprès d'un plus grand public et par la suite de sans cesse l'enrichir pour que la démarche ne cesse de croître et d'aider les Corses à remaitriser leur langue.

- On vous a vu réagir lorsque l’ex-président de la République Nicolas Sarkozy avait affirmé que « quand on aime la France, on ne propose pas de ratifier la charte des langues régionales ». Clairement, vous trouviez que cela était absurde. Expliquez nous..?
-  La langue ou la culture doivent toujours être perçues de façon positive. Ce sont des instruments d'épanouissement et d'enrichissement intellectuels et non des menaces. Penser le contraire représente à mon sens une erreur grave et condamnable. Concernant notre culture et notre langue, il faut normaliser et apaiser le débat et surtout multiplier les actions de sauvegarde, de relance et de modernisation pour que l'ensemble de la population y adhère avec volontarisme et enthousiasme.

- La langue corse précisément, est au cœur du projet porté par la municipalité d’Ajaccio pour faire avancer, progresser la reconnaissance de la culture et de la langue insulaire. A ce sujet, que pensez-vous du terme « langue minoritaire » pour qualifier  a lingua nustrale et toutes les autres ?
-  Historiquement parlant c’était en Corse la langue majoritaire jusqu’il n’y a pas si longtemps. Claude Hagége a eu raison de brocarder cette vision hexagonale comptable. Le terme "minoritaire" a pour moi un sens déplaisant, une langue ne s'inscrit pas dans une logique du nombre.
Pour autant, il est vrai que les locuteurs ont tendance à s’amenuiser. C'est pour cela que la municipalité d'Ajaccio a décidé depuis 2001 d'être la plus volontaire et efficace possible pour contribuer, à son niveau, à enrayer le déclin de l'usage de notre langue et de la connaissance de notre culture.

- La reconnaissance officielle des langues régionales en général et du Corse en particulier est-elle importante pour la culture et le peuple corse ?
-  Oui ! C'est important que la langue corse puisse bénéficier d'un statut juridique. Il est certain que cela permettrait une hausse des locuteurs. Pour autant, cela ne résoudra pas tout. La volonté de corsophonisation de la société ne doit pas faire perdre de vue, que les Corses pour y adhérer sont en attente de plusieurs clefs. La langue et la culture corses doivent bien entendu respecter ses fondamentaux mais elles doivent aussi s'inscrire dans la modernité, si l'on souhaite toucher les nouvelles générations.
Des initiatives comme A Piazzetta** ou récemment la Corsicathéque*** témoignent de cette volonté de proposer sur tous les supports de nouvelles technologies, ce qui compose notre identité.

"Parlamicorsu.com", un outil moderne et accessible au service de l'apprentissage de la langue corse. (Repro : Y-C.G)
« Une approche plus ludique, attractive, divertissante et vraiment pédagogique correspond à une demande forte.» Tumasgiu D'Orazio

- Selon vous, les responsables politiques insulaires mais aussi la population, les artistes etc, doivent ils davantage s’engager dans ce processus de reconnaissance ? En d’autres termes, en fait-on assez ? Sinon, que pourrait-on faire de plus ?
-  Il est difficile de porter un jugement car ce n'est pas uniquement une question de volontarisme mais aussi de moyens financier, techniques et juridiques. En ce qui concerne notre démarche, nous appelons toujours à une dynamique positive pour développer notre culture et notre langue !
Ce que nous faisons, c'est de multiplier les actions dans la transversalité et la cohérence, en partenariat avec les associations et la Collectivité Territoriale de Corse afin de relancer son usage et la maîtrise de sa culture.

- Que pensez-vous du parcours des artistes du collectif de musiciens Dopu Cena qui ont brillamment représenté la Corse, sa langue et sa culture, lors du liet 2012, l’Eurovision des langues régionales ?
- La musique est un formidable vecteur de culture et de contre-culture. Elle permet à chacun d'avoir envie d'aller au-delà et de découvrir les lieux qui ont forgé ses mélodies. Le chant corse n'est pas une petite voix perdue dans la musique mondialisée, bien au contraire. Et Dopu Cena en est une illustration.

- L’un des membres du collectif Dopu Cena, Michel Solinas, questionné sur ce que représentait A lingua Nustrale nous a fait cette réponse lors de notre interview**** : « A nostra lingua hè l’arnesu anticu da sprimà ciò ch’è no semu dapoi tempi è tempi (…) Aldilà di l’aspettu linguisticu, hè una manera d’essa, un pinsamentu fattu, una lascita ch’è no duvimu tramandà à l’atri ghjinirazioni »… Partagez-vous ses propos ?
- Di sicuru d’accunsentu incù Micheli ! Si pudarià dì è incalcà forte forte ch’è “a nostra lingua hè com’è a nostra pella”, cusì dicia u Martinicanu Frantz Fanon. Una parte maiò di u nostru essa ma dinò tanti è tanti ligami, noi chì semu isulani ! T’avemu bisognu di ligassi à parechje lingue.
Ciò chì ci primureghja u più hè di tene in carica, com’è dice Micheli, a lascita, di cuntribuisce à u rispettu di l’insemu di e vistiche lacate da l’omu in u so rughjonu, di a Corsica in l’arcu maritarraniu, a so dimensioni auropeana.

-  Pour en revenir au projet "parlamicorsu", le site créé spécialement pour servir le projet est remarquablement fait. Contenus variés, ludique, attractif, pédagogique et divertissant. C’est la bonne recette pour susciter chez les enfants et aux plus grands, l’envie de se réapproprier à la fois la langue et la culture corses ?
-  Tout d'abord merci pour votre appréciation du site de la ville. Il convient, il est vrai, de repenser la façon de transmettre la langue et la culture corses. Il nous apparut nécessaire de moderniser à la fois nos méthodes et nos outils pour plus d'efficacité et d'attractivité. Ce sont justement en écoutant les plus jeunes, leurs familles et les professionnels que nous construisons nos méthodes et nous les remercions de nous les enseigner.
Une approche plus ludique, attractive, divertissante et vraiment pédagogique correspond à une demande forte.
L'apprentissage c'est surtout s'épanouir et c'est devenu pour nous une idée simple.

- Enfin, y a-t-il d’autres projets (en cours ou prévus) concernant le développement de la langue et de la culture corses ?
-  Oui il y a du travail ! Nous comptons encore améliorer le site Parlamicorsu avec plus de contenu, de graphique et de son. Mais aussi poursuivre nos engagements pris, lors de la signature de la Charte.
Continuer sur la signalétique bilingue, proposer toujours plus de manifestations  en Corse ainsi que d'autres projets que vous aurez la possibilité de découvrir durant cette année 2013.

Interview réalisée par Yannis-Christophe GARCIA

SAVOIR + 
* http://www.parlamicorsu.com
** http://www.apiazzetta.com
***
http://www.corsicatheque.com
****
http://www.corsenetinfos.fr/Dopu-Cena-La-tradition-musicale-corse-sur-de-bonnes-voix-_a408.html


 












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