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"Traiter les véritables causes de l’érosion du littoral de la Plaine orientale"


Rédigé par Nicole Mari le Mardi 3 Février 2015 à 21:54 | Modifié le Jeudi 5 Février 2015 - 01:39


Lors de la 1ère session de l’Assemblée de Corse (CTC) qui se tiendra à Ajaccio les 5 et 6 février prochains, pas moins de deux questions orales seront posées sur la problématique de l’érosion du Littoral de la Plaine orientale. Par deux élus, à la fois, territoriaux et locaux : Saveriu Luciani, conseiller municipal de Ghisonaccia et conseiller territorial de Femu a Corsica, et Marc-Antoine Nicolai, maire de Cervione et conseiller territorial du groupe « Démocrates, Socialistes et Radicaux ». Tous deux demandent à l’Exécutif d’élaborer, de toute urgence, un plan d'action et de s’associer aux syndicats mixtes qui seront créés, sur proposition du préfet Rousseau, pour mettre en place une politique d’aménagement du littoral. Explications, pour Corse Net Infos, de Saveriu Luciani.


Saveriu Luciani, conseiller municipal de Ghisonaccia et conseiller territorial de Femu a Corsica.
Saveriu Luciani, conseiller municipal de Ghisonaccia et conseiller territorial de Femu a Corsica.
- Pourquoi avez-vous, au nom de Femu a Corsica, déposer une motion pour défendre les plages contre l’érosion en Plaine orientale ?
- À l’heure où l’on pose la question cruciale du réchauffement de la planète et de ses multiples impacts négatifs, cette motion a d’abord valeur de symbole au nom de la défense de notre terre. Elle []marque  évidemment la volonté des élus de Femu A Corsica de s’impliquer dans une problématique urgente, en soutenant l’action du collectif Action Littoral Corse présidée par Don Louis Cipriani, mais surtout en interpelant l’Assemblée de Corse sur cette question d’érosion du littoral et du trait de côte. À l’heure où l’on peut mesurer l’insuffisance des réponses en matière de lutte contre ce phénomène, la question est devenue un enjeu de politique publique.
 
- A quoi peut-on attribuer ce phénomène d'érosion ou son aggravation ?
- Les actions anthropiques (barrages, digues, prélèvement de sédiments dans les rivières, port, etc..) continuent d’aggraver ledit phénomène. Tous les spécialistes s’accordent pour dire que si le réchauffement climatique et son corollaire, l’élévation générale du niveau des mers, ne peuvent être niés, le recul du trait de côte est essentiellement imputable aux nombreuses actions anthropiques.
 
- Pouvez-vous préciser ?
- La côte est parsemée d’ouvrages artificiels, en avancée sur la mer, souvent implantés sans véritable étude d’impact environnemental. Ils modifient considérablement les courants marins, générant perte d’alluvions en aval de l’ouvrage et réduction de l’alimentation des littoraux en sédiments, à cause de débits de fleuves fortement réduits. Si l’on y ajoute l’activité économique dans les lits des fleuves (gravières) qui ne manque pas d’épuiser d’importantes rivières, force est de constater que de telles extractions sédimentaires ont altéré considérablement l’équilibre du système littoral. Et comment ne pas évoquer le piétinement intensif, notamment causé par des véhicules 4X4 ou des Quads, la destruction d’espèces végétales enracinées dans le sable et des prairies sous-marines dites herbiers de posidonies, parfois le nettoyage intensif des plages qui aplanissement les dunes… ! Tout cela ne permet plus aux cordons dunaires de résister aux fortes tempêtes hivernales et contribue au recul de la plage.
 
- Vous pointez la responsabilité de l’Etat en matière de gestion et d’entretien du Domaine public maritime. Quelle est-elle ?
- Pendant très longtemps, l’Etat, dont c’est la compétence exclusive, s’est appuyé sur les études et expertises menées par le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM). Sa position tendait à préconiser une relocalisation (recul / repli stratégique) des activités et des biens. Or, dans la plupart des cas, une telle option n’est techniquement pas envisageable et rendrait encore plus complexe la question cruciale de la maîtrise du foncier. Aujourd’hui, ce positionnement semble évoluer notablement puisque le Préfet de Haute-Corse prône la création de syndicats mixtes en Plaine orientale.
 
- Quelle réelle menace représente un tel phénomène sur le littoral oriental ?
- La situation est catastrophique, voire dangereuse en plusieurs points, notamment sur les plages de Vinzolasca, Moriani, Linguizzetta et Aleria. Elle menace l’économie de tout un secteur d’activité et, donc, impacte l’activité générale des territoires. A terme, ce sont des milliers d’emplois directs ou indirects qui sont menacés. Mais le danger pèse aussi fortement sur la faune, la flore, les zones humides et la nappe phréatique. C’est pourquoi le phénomène érosif doit être traité dans sa globalité, de manière concertée et collective, en tenant compte de la spécificité de chaque zone (cellule sédimentaire) car une action en un point peut avoir des conséquences fâcheuses sur le territoire voisin...
 
- Quels sont les enjeux pour la Corse en termes écologiques, touristiques, économiques ou autres ?
- Ce combat est tout, sauf une confrontation entre les méchants et les bons ! Les objectifs des associations de défense de l’environnement et ceux des associations, qui œuvrent à lutter contre l’érosion des plages, sont très complémentaires. En préservant les plages sableuses et les dunes, les biotopes et l’environnement naturel sont également protégés. Si ces zones venaient à disparaître, c’est toute la faune et la flore des sites qui seraient menacées. Les deux parties l’ont bien compris, car personne ne veut multiplier les installations, ni bétonner le littoral. Tous les acteurs associatifs ont parfaitement assimilé les enjeux inhérents à cette érosion et compris l’intérêt de protéger les structures existantes face à une telle menace. Ce que nous voulons, c’est consolider le développement économique de la Plaine orientale, au-delà des activités présentes, notamment en matière  d’agrotourisme, d’écotourisme, de pêche ou d’aquaculture, tout en préservant l’intérêt environnemental et économique dans une île qui atteint le chiffre record de 21309 demandeurs d’emploi (13,5% d’augmentation sur un an).
 
- Que pensez-vous des mesures préconisées par l’Etat ?
- Sa position a considérablement évolué. Je retiendrai un fait nouveau qui corrobore le bien-fondé de notre initiative politique : le 22 janvier dernier, Ségolène Royal, ministre de l'Écologie, du développement durable et de lénergie, et Alain Vidalies, secrétaire d’Etat chargé des Transports, de la mer et de la pêche ont installé le comité national du trait de côte. Pour Femu a Corsica qui entend interpeler la ministre sur le sujet, Ce comité doit bien appréhender la situation corse pour contribuer à la mise en œuvre d’une politique de gestion intégrée du trait de côte.
 
- Quelles sont l’action et la position de la CTC sur cette question ?
- Nous attendons des faits ! Depuis les deux questions orales de Jean Christophe Angelini en 2009 et de Marc Antoine Nicolai en 2010, la CTC travaille sur le Développement durable, à travers l’Agenda 21, notamment dans son objectif de préservation de la biodiversité et des écosystèmes (marins, littoraux et côtiers). Nous avons acté dans le Schéma de mise en valeur de la mer (SMVM), intégré au PADDUC, la prise en compte de l’érosion et des risques littoraux. Le syndicat mixte peut être l’outil central du développement économique et d’une politique d’aménagement du littoral visant, à la fois, à reconstituer les plages, à promouvoir l’activité touristique, mais aussi à aménager, à replanter et à préserver l’environnement des sites.
 
- Que demandez-vous aujourd’hui à la CTC, à l’Exécutif et à l’Etat ?
- Qu’ils s’impliquent fortement et durablement ! Notre motion, à laquelle pourront s’associer tous les autres groupes politiques, est l’affirmation par les élus de la Corse de leur volonté de régler le problème. Nous demandons la mise en place d’un comité de pilotage dédié au règlement de la problématique spatiale actuelle, associant l’Etat, la Collectivité territoriale de Corse, le Conservatoire du littoral, les élus des zones concernées, les syndicats mixtes, les associations et acteurs économiques de terrain... Nous le répétons : on ne peut objectivement accepter de rester sur les dispositions actuelles de gestion et d’entretien du Domaine public maritime, comme on ne peut systématiquement nous opposer la problématique des compétences exclusives de l’Etat ! Encore une fois, nous répondons à l’urgence de voir évoluer le statut politique de l’île. Il en va, là aussi, de l’avenir des générations futures du peuple corse. 
 
- Pensez-vous être entendu ?
- Ici aussi, notre voix est notre droit ! Que l’on ne nous fasse pas croire que le problème est d’ordre budgétaire ! Henri Malosse, Président du Comité économique et social européen (CESE), en poste à Bruxelles, a, le 17 janvier dernier, témoigné de l’intérêt et de l’engagement de l’échelon européen dans la problématique de l’érosion du littoral et ses conséquences. Des fonds existent au niveau européen, en dehors des traditionnels fonds structurels (type FEDER, FSE, FEADER), des fonds spécifiques pour la préservation des zones humides et marécageuses, via l’Agence de l’Eau, la CTC, l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (ONEMA), pour la protection des milieux naturels, pour l’aménagement du domaine maritime… Ces fonds – on parle de 315 milliards d’euros du plan Juncker - peuvent être débloqués, soit dans le cadre de la future programmation européenne (période 2014-2020), soit dans le cadre de programmes exceptionnels décidés. C’est dans ce type de projet dynamique qu’entend s’inscrire l’action des élus territoriaux et locaux de Femu A Corsica.
 
Propos recueillis par Nicole MARI



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