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Touristra, Campeole et la CCAS, acteurs du tourisme social, inquiets de l’augmentation des prix du transport !


Rédigé par Nicole Mari le Mercredi 27 Juillet 2016 à 21:59 | Modifié le Mercredi 27 Juillet 2016 - 23:16


« La Corse risque de devenir un sanctuaire pour gens riches ! ». C’est, en ces termes, que le principal acteur du tourisme social dans l’île, qui regroupe les sociétés Touristra, Campéole et la CCAS (Caisse centrale d’activités sociales des industries électrique et gazière), a exprimé, mercredi, dans son village de vacances de Taglio-Isolaccio, une inquiétude devant l'augmentation du coût du transport, notamment maritime, entre la Corse et le continent. L’année où l’on fête les 80 ans de la loi sur les congés payés alors même qu’un Français sur deux ne part pas en vacances, diverses menaces planent sur ce type de tourisme qui pèse plus de 50 millions € dans l’économie insulaire. En cause également, le nouveau programme d’aides au tourisme de la Collectivité territoriale (CTC) et la diminution, comme peau de chagrin, du fonds de 1% qui finance la CCAS. Explications, pour Corse Net Infos, d’Eric Marie de Ficquelmont, PDG de Touristra et de la Compagnie Internationale André Trigano (CIAT), suivies de celles de Pierre Guidicelli, président du Conseil d’administration de la CCAS.


Le village de vacances, Résidence des îles, situé sur la commune de Taglio-Isolaccio en Haute-Corse, géré par Touristra.
Le village de vacances, Résidence des îles, situé sur la commune de Taglio-Isolaccio en Haute-Corse, géré par Touristra.

Eric Marie de Ficquelmont, PDG de Touristra et de la Compagnie Internationale André Trigano (CIAT).
Eric Marie de Ficquelmont, PDG de Touristra et de la Compagnie Internationale André Trigano (CIAT).
Eric Marie de Ficquelmont : « La Corse risque de devenir un sanctuaire pour gens riches ! »
 
- Vous êtes très inquiet aujourd’hui. Pourquoi ?
- Pas inquiet, mais préoccupé. La Corse est, aujourd’hui, une destination touristique majeure, compte tenu de ce qui se passe en matière de géopolitique. Or, on a vu, en l’espace d’une année, les prix du transport considérablement augmenter. La population, qui vient dans nos centres et dans nos campings, appartient à une catégorie sociale pas très aisée, voire démunie. Si elle doit dépenser énormément d’argent pour venir du continent en Corse, elle ne viendra plus ! Nous avons l’ambition très forte de rénover, à la fois, nos campings et nos villages de vacances dans l’île. Mais, si nous n’arrivons plus à faire venir cette population parce qu’il n’y a pas d’accord, comme c’est le cas actuellement, avec les transporteurs, notamment maritimes, c’est très inquiétant pour l’avenir !
 
- N’avez-vous pas négocié des accords tarifaires avec les compagnies maritimes ?
- Les accords tarifaires, que nous avions avec la SNCM, n’ont rien à voir avec ceux d’aujourd’hui ! L’an dernier, nos accords allaient jusqu’à moins - 40% des tarifs pour cette période, à savoir 50 € par personne sans voiture. Aujourd’hui, on atteint péniblement -15%. Ce qui posera de réelles difficultés, à terme, si on continue dans ce sens-là. Nous devons travailler à une vraie continuité territoriale accessible à tous sinon la Corse risque de devenir un sanctuaire pour gens riches et non pas pour tous publics comme nous le prônons dans notre activité.
 
- Avez-vous des accords dans l’aérien avec les compagnies, notamment low cost ?
- Non ! Nous avons, d’abord, essayé de négocier avec Air France et Air Corsica. Nous sommes, aujourd’hui, en pleine discussion avec diverses compagnies sachant qu’il y a un certain nombre de compagnies low cost qui partent de province et arrivent ici. Notre volonté est d’avoir une réflexion globale pour permettre à notre clientèle de venir plus aisément.
 
- Que ferez-vous en l’absence d’accord avec la nouvelle compagnie maritime ?
- Nous sommes au début des négociations, nous trouverons des solutions. Mais, notre inquiétude est forte. Il ne faut pas seulement regarder l’économie pure et simple, mais l’intérêt bien compris des uns et des autres. Les tarifs des transports sont prohibitifs. De plus, l’argent dépensé dans le transport ne le sera pas dans l’économie locale.
 
- Une autre de vos inquiétudes porte sur les nouvelles aides au tourisme qui seront débattues, jeudi, à l’Assemblée de Corse. Que leur reprochez-vous ?
- Je crains qu’on isole encore un peu plus la Corse en ne ciblant que les entreprises de tourisme qui ont leur siège social en Corse. Ce que nous représentons, que ce soit Touristra, Campéole et la CCAS, dont les sièges sociaux sont sur le continent, sera exclu de tout accompagnement, de quel ordre que ce soit, de la part de l’Assemblée de Corse.

- Que représente le tourisme social en Corse ?
- Avec nos trois sociétés, nous drainons plus de 50 000 personnes par an dans l’île. Touristra et Campéole représentent 250 000 nuitées de mars à octobre dont 120 000 à Taglio, 60 000 à Calvi et 70 000 dans les deux campings avec 40% de touristes grand public. La CCAS représente plus de 500 000 nuitées. Nous sommes l’un des plus gros opérateurs de tourisme en Corse et nous totalisons une grosse part d’activités du tourisme global.
 
- Quel est votre poids sur l’économie corse ?
- Globalement, si on prend en compte tous les achats que nous effectuons au quotidien, puisque nous achetons tout sur l’île, et l’ensemble du personnel que nous faisons travailler toute l’année ainsi que les saisonniers pendant la période estivale dans nos trois structures, nous pesons plus de 50 millions €.
 
- Quels investissements comptez-vous réaliser ?
- Avec nos autres partenaires, la Caisse des dépôts, la CEPAC (Caisse d’épargne Provence-Alpes-Corse) et Femu Qui, nous avons prévu un investissement de 16 millions € rien que sur le site de Taglio-Isolaccio. Un autre programme de 6 millions € concerne le site de Calvi. D’autres programmes d’investissements sont également prévus sur nos campings. Ce sont des programmes lourds de réhabilitation et de rénovation de nos sites.

Exposition des photos représentant les 36 toiles.
Exposition des photos représentant les 36 toiles.
- Pourquoi avez-vous décidé de fêter les 80 ans des Congés payés qui tombent cette année ?
- Sans la loi du 20 juin 1936, on n’existerait pas ! Cela fait partie de notre ADN, de nos chromosomes. Comme nous nous sommes aperçus qu’au fil du temps, les Français avaient oublié ce que représentait 1936 pour les congés payés, nous avons décidé plusieurs opérations. La première opération a été de déposer la marque « 36 » à la fois pour Campéole et pour Touristra. La seconde a été de demander à 36 artistes vivant en France, peintres ou photographes, de réaliser des œuvres uniques à partir de toiles de tente recyclées, que la Compagnie Internationale André Trigano (CIAT) fabrique dans son usine à Mazères, en Ariège. Ces 36 toiles uniques, d’une dimension de 2m sur 1,60m, font l’objet d’une exposition qui a débuté à l’Assemblée nationale et tourne dans six villes en France. Elle terminera son périple par une vente aux enchères à la Fête de l’Humanité, le 10 septembre, dont le bénéfice ira à des associations caritatives comme Le Secours populaire ou Avenir social, permettant à des familles de partir en vacances. Rappelons que plus de 50 % des Français ne partent pas, aujourd’hui, en vacances !
 
- N’est-ce pas un recul par rapport à 1936 ?
- C’est incontestablement un recul ! Le 1er août 1936, 550 000 Français partaient en vacances pour la première fois de leur vie. Cette année, nous avons lancé une opération du 1er juin au 31 juillet qui consiste, pour tout séjour acheté, à donner la possibilité à une famille démunie, par le biais des deux associations caritatives, de partir gratuitement en vacances. 1500 familles vont, ainsi, en profiter. Partir en vacances dans de bonnes conditions, avoir la possibilité de prendre du recul par rapport au quotidien, de voir autre chose, d’échanger, de se cultiver, de dialoguer avec d’autres, c’est indispensable. C’est même fondamental ! C’est la manière, pour nous, de lutter contre le barbarisme !
 
- En tant que professionnel du tourisme, comment appréhendez-vous les nouvelles tendances qui se dessinent ? Etes-vous pessimiste ?
- Je suis optimiste par définition sans quoi je ne serais pas chef d’entreprise ! De nouvelles tendances se dessinent effectivement. La première est qu’il y a une ou deux décennies, les Français partaient trois semaines en vacances d’affilée sur le même site. Aujourd’hui, la moyenne d’un séjour est de dix jours. Nous devons faire face à une réduction énorme de la durée des vacances. Certains partent plusieurs fois par an, donc plus souvent mais moins longtemps. D’autres réduisent considérablement leur séjour. C'est préoccupant par rapport aux capacités des gens à venir en Corse. La deuxième tendance forte est le nombre important de familles recomposées. On ne prend plus ses vacances, comme avant, dans la cellule familiale traditionnelle. Donc, les équipements, que nous proposions hier, ne correspondent plus aux exigences des clients d’aujourd’hui. D’où la nécessité d’effectuer un grand nombre d’investissements pour prendre en compte ces évolutions sociologiques.
 
- Vous parliez, également, de contingences géopolitiques. Quel est leur impact sur le tourisme ?
- Cette dimension géopolitique est la troisième tendance qui se dessine. C’est une problématique très forte. Beaucoup de nos compatriotes partaient de l’autre côté de la Méditerranée. Aujourd’hui, ce n’est plus accessible pour des raisons politiques, aussi se recroquevillent-ils sur un certain nombre d’endroits en Europe : principalement le Sud de la France, la Corse bien sûr, mais également la péninsule ibérique, voire l’Italie et la Grèce… partout où on peut encore aller tranquillement en vacances aujourd’hui.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.

Pierre Guidicelli, président du Conseil d’administration de la CCAS.
Pierre Guidicelli, président du Conseil d’administration de la CCAS.
Pierre Guidicelli : « Nous sommes très inquiets de la baisse de financement du tourisme social »
 
- Le nouveau programme d’aides au tourisme qui sera débattu, jeudi, lors de la session de l’Assemblée de Corse, vous inquiète. Que lui reprochez-vous ?
- Selon nos sources, les aides au tourisme social, qui seraient votées jeudi, ne concerneraient que les établissements de vacances implantés en zone rural et qui auraient leur siège social en Corse. A ma connaissance, il ne doit pas y en avoir beaucoup ! Même si la CCAS est, en Corse, décentralisée avec un conseil d’administration propre qui prend toutes les décisions afférentes à ce territoire, le siège social, quoi qu’il en soit, demeure à Montreuil. A ce niveau-là, nous sommes un peu inquiets par rapport aux aides qui pourraient ne plus être apportées au tourisme social et à la CCAS en particulier.
 
- Lancez-vous un appel aux élus ?
- Je ne sais pas si nous sommes toujours à temps pour le faire et si nos décideurs ont consulté les divers opérateurs du tourisme social en Corse avant de prendre ce genre de décision. Il aurait peut-être été utile de le faire pour entendre tous les sons de la cloche par rapport à tous les opérateurs implantés aujourd’hui. Je rappelle seulement que la CCAS emploie 126 salariés permanents, tous Corses d’origine et implantés en Corse. Nous travaillons avec plus de 200 fournisseurs locaux. A ce titre-là, je pense que nous aurions mérité un peu plus de considération de la part des décideurs.
 
- Un autre de vos sujets d’inquiétude est la diminution du fonds du 1% patronal. Qu’en est-il exactement ?
- Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les activités sociales de l’énergie, dont fait partie la CCAS, sont financées sur ce qu’on appelle un fonds du 1% patronal. La loi de nationalisation de 1946 a établi que 1% du montant des ventes de l’électricité et du gaz en France serait consacré aux œuvres sociales pour le personnel. Or, depuis la dérèglementation du marché de l’énergie et l’entrée de capitaux privés tant à EDF qu’à GDF qui est, aujourd’hui, complètement privatisé, ce fonds de 1% diminue. Les nouvelles entreprises, qui sont implantées dans le secteur de l’énergie, notamment dans la distribution comme Direct Energie, Poweo et d’autres, ne cotisent pas à ce fonds de 1%. Du coup, mécaniquement, notre financement baisse, d’où notre inquiétude !
 
- N’aviez-vous pas lancé un signal d’alarme l’an dernier ?
- Oui ! En novembre dernier, quand nous avons appris le montant du prévisionnel 2016 en recul de 35 millions par rapport à 2015, nous avons essayé d’alerter les pouvoirs publics, de leur faire comprendre le rôle de la CCAS en Corse. A cette occasion, nous avions réuni, au siège du territoire à Ajaccio, nos fournisseurs et nos partenaires culturels, sportifs…, soit 250 personnes toutes aussi inquiètes les unes que les autres des conséquences d’une nouvelle diminution de la baisse du fonds 1%. Sachant que les chiffres, que nous annonce EDF, notamment la perte de 90 000 clients par mois, sont très alarmants.
 
- Vous deviez négocier un moratoire pour éviter une chute vertigineuse. Où en êtes-vous des discussions ?
- Une négociation s’ouvrira à la rentrée entre les partenaires sociaux, les employeurs et les ministères de tutelle sur la renégociation du mode de calcul du 1%. Le but est de faire en sorte que toutes les entreprises, qui aujourd’hui s’implantent dans l’énergie, vendent de l’électricité ou du gaz et réalisent des bénéfices, puissent, aussi, contribuer à ce fond. A titre indicatif, la demande, qui a été faite par le syndicat que je représente, à savoir la CGT, est d’indexer ce fonds de 1% sur la production, le transport et la distribution, de façon à n’oublier personne dans la contribution.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.

 

Angèle Mattei, directrice du village Résidence des îles, Eric Marie de Ficquelmont, PDG de Touristra et de la Compagnie Internationale André Trigano (CIAT), suivies de celles de Pierre Guidicelli, président du Conseil d’administration de la CCAS, Nicolas Delmon, directeur d'exploitation de Campéole, Catherine Lovighi, responsable des relations internes et externes de la CCAS, et François Canava, conseiller de Touristra et de la CIAT.
Angèle Mattei, directrice du village Résidence des îles, Eric Marie de Ficquelmont, PDG de Touristra et de la Compagnie Internationale André Trigano (CIAT), suivies de celles de Pierre Guidicelli, président du Conseil d’administration de la CCAS, Nicolas Delmon, directeur d'exploitation de Campéole, Catherine Lovighi, responsable des relations internes et externes de la CCAS, et François Canava, conseiller de Touristra et de la CIAT.
Quelques chiffres supplémentaires :
- Le tourisme social représente près de 700 000 personnes par an.
- Touristra gère 20 villages de vacances en France dont 2 en Corse à Taglio-Isolaccio et à Calvi. Egalement 13 clubs à l’étranger et une cinquantaine de circuits touristiques dans le monde. Elle totalise 200 000 touristes par an, emploie 250 salariés à l’année et 1500 saisonniers, et réalise un chiffre d’affaires de 75 millions €.
- Campéole, propriété de la CCAS, gère 80 campings en France et en Europe dont 2 en Corse à Sartène et Porto-Vecchio. Elle emploie 250 salariés à l’année et 1500 saisonniers, et réalise un chiffre d’affaires de 75 millions €.
- La CCAS est le 1er diffuseur du spectacle vivant en France avec 1600 spectacles par an.





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