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Stéphane Le Foll : « L’agropastoralisme corse sera pris en compte »


Rédigé par Nicole Mari le Vendredi 13 Février 2015 à 00:33 | Modifié le Vendredi 13 Février 2015 - 04:45


Le ministre de l’agriculture, Stephane Le Foll, a débuté sa visite de deux jours en Corse par la rencontre sur le terrain des éleveurs du centre de l’île qui attendaient des annonces fortes en matière de reconnaissance des parcours agropastoraux éligibles aux aides de la PAC. Le ministre a clairement acté la spécificité insulaire, mais sans prendre de vrais engagements. Il s’est, ensuite, rendu au Clos Venturi pour une rencontre avec les représentants des filières végétales, avant un dîner de travail avec les représentants de la profession agricole et des élus. Explications, en vidéo, pour Corse Net Infos, de Stephane Le Foll, suivies de la réaction de Jean-Louis Luciani, président de l’ODARC (Office de développement rural de la Corse).


Stéphane Le Foll entouré d'éleveurs dans l'exploitation ovin-lait de Jean-André Emmanuelli à Cambia.a Cambia
Stéphane Le Foll entouré d'éleveurs dans l'exploitation ovin-lait de Jean-André Emmanuelli à Cambia.a Cambia
C’est à Cambia et à San Lorenzu, dans la pieve d'E Vallerustie en Castagniccia, que le ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, a décidé de prendre le pouls de l’agriculture corse et de tenter d’appréhender la réalité de la problématique agropastorale de l’intérieur de l’île. La visite est éclair, une après-midi, mais le ministre prend son temps. Le temps de rencontrer les éleveurs ovins, bovins et porcins venus, pleins d’espoir, à sa rencontre, de leur parler et de visiter deux de la vingtaine d’exploitations que compte la vallée de la Casaluna : celle ovine de Jean-André Emmanuelli et celle ovine-porcine de François-Marie Negroni. A l’écoute, affable, disponible, il entend expliquer la PAC (Politique agricole commune) et rassurer sur la volonté de l’Etat de prendre en compte les problématiques et les spécificités insulaires, quand elles sont justifiées !
 
La surface idéale
L’enjeu de cette visite, pour les éleveurs, tient en une seule revendication : la reconnaissance des surfaces agropastorales traditionnelles. Ils ont établi, à partir de la notion de « couvert végétal », un référentiel des terrains pour servir de base de déclaration de surface et conditionner les aides européennes. « On cherche à faire reconnaître notre espace pastoral, en particulier le maquis qui est notre espace historique. Il y avait dix fois plus d’animaux qu’aujourd’hui sur ces terrains et l’on y produisait sans prime et sans prairie ! », précise Sébastien Costa, éleveur caprin dans le Niolu. Cette prairie, qui représente la surface idéale pour l’Etat et l’Union européenne, est loin d’être la panacée des éleveurs de l’intérieur pour qui rien ne vaut le maquis et la ressource en gland des chênaies. « Pour nous, une surface idéale, ce n’est pas une prairie naturelle non irrigable qui n’offre, dans notre zone qui est la plus sèche de France, que peu de jours de pâturage par an. Alors que le maquis nous offre des ressources 365 jours sur 365, en zone non irriguée et même en année sèche. Cette année, sans la ressource en gland, on aurait capoté ! Ça vaut 1 hectare de mais ! Voilà pourquoi nous voulons faire reconnaître ce parcours agropastoral qui est notre réalité et qui nous nourrit depuis la nuit des temps ! ».
 
Des attentes fortes
Alors, les éleveurs attendent entre doute et espoir du ministre qu’il fasse des annonces claires et précises confirmant la volonté du gouvernement de reconnaître la totalité de ces parcours ancestraux et de les valider auprès de l’Union européenne. « Théoriquement, il est venu nous faire des annonces sans quoi il aurait pu rester à la maison ! », estime Charly Mori, exploitant bovin à Ponte-Leccia qui, dans un souci de diversification de son activité, produit, aussi, des confitures. Il vient d’innover en créant la première confiture corse de figue de Barbarie, qui sera commercialisée à partir de juin prochain. Mais s’il y a effectivement des annonces, on est loin de la coupe aux lèvres ! Le ministre affirme clairement que l’agropastoralisme sera pris en compte et les terrains de pacage seront éligibles aux aides de la PAC. « La présence du ministre de l’agriculture en Corse, c’est bien pour acter cette spécificité qui s’appelle l’agropastoralisme et fait que la Corse a un élevage sous prairie, sous futaie et sous maquis, reconnu. L’agropastoralisme existe et doit être reconnu en Corse ». Seulement, il met tout de suite un bémol : « On ne peut pas dire que tous les hectares de la Corse sont primés. La France n’a pas l’argent pour ça ! L’Europe n’acceptera pas ! Nous allons, donc, définir des zones ! C’est un travail que nous ferons ensemble ».
 
Pas de certitude !
Des paroles, censées rassurer, mais qui ont l’effet contraire. Les éleveurs tiennent au référentiel qu’ils ont établi et ne reçoivent aucune certitude que ce dernier sera accepté par Paris. « Nous ne demandons pas d’argent, mais simplement que nos milieux ancestraux soient reconnus à leur juste valeur. Cela fait des siècles que nous y vivons avec nos animaux. On ne peut pas nous dire, aujourd’hui, que cette surface est en dehors de l’espace pastoral. Ce n’est pas possible ! », riposte immédiatement Jean-François Sammarcelli, éleveur ovin et transformateur fromager à Lama, président du pôle élevage à la chambre d’agriculture de Haute-Corse. Le ministre semble d’accord et certifie que la reconnaissance des parcours agropastoraux est, déjà, actée dans les textes européens, suite à des négociations menées par Paris. « Nous avons, maintenant, à construire ce parcellaire pour permettre aux bergers et aux éleveurs d’être sécurisés et éligibles à des aides européennes. C’est cela l’enjeu ! On est là, aujourd’hui, pour essayer de caler ensemble les dispositifs à mettre en œuvre ».
 
Pas de confiance !
Un avis partagé par Joseph Colombani, président de la chambre régionale d’agriculture, qui juge qu’un « grand pas en avant a été fait par rapport à l’insécurité dans laquelle on était. Le référentiel vient d’être finalisé. Il manque juste un cadrage à faire entre la réalité de notre histoire foncière, la réalité de l’Union européenne qui ne veut pas payer n’importe quoi et la réalité d’une production locale ». Mais, la plupart des éleveurs ne sont pas satisfaits et campent sur leur réserve. « Le ministre dit qu’il va dans notre sens, mais ça ne veut pas dire qu’on obtiendra ce qu’on veut  », observe, méfiant, un éleveur du coin. « Je n’ai pas confiance », lâche, par expérience, un Niolain, résumant le sentiment quasi-général. Le ministre fait de son mieux, mais ne peut promettre ce qu’il sait ne pouvoir tenir et martèle ce que tout le monde sait trop bien : c’est Bruxelles qui décide ! Faute d’arguments, le Chjami è rispondi tourne court. Stéphane Le Foll botte en touche et dévie le tir sur la nécessité d’organiser la complémentarité des activités et de mettre en place des dynamiques collectives. Il suggère de « créer un groupement économique et environnemental permettant d’assurer, à la fois, la diversification des productions ovines, caprines et porcines et un approvisionnement en termes végétal ».
 
La lutte contre la xylella
En fin d’après-midi, Stéphane Le Foll change de registre et se rend au domaine vinicole Vico où il est accueilli par le propriétaire du lieu, Jean-Marc Venturi, également président délégué de la chambre d'agriculture de Haute-Corse. La visite du chai est l’occasion de faire le point sur la viticulture corse et le travail de reclassement du vignoble insulaire, entrepris il y a 17 ans et qui est en passe d’aboutir auprès de l’INAO (Institut national de l’origine et de la qualité). Le ministre s’entretient, ensuite, pendant près d’une heure, avec les responsables de filières végétales, notamment sur les problèmes phytosanitaires. Les représentants de la filière oléicole et castanéicole reprochent à l’Etat son laxisme, son manque d’écoute et son refus de prendre les mesures idoines pour prévenir les épidémies de cynips et de xylella fastidiosa. Le ministre tente, encore une fois, de rassurer : « C’est un problème phytosanitaire qui nous concerne tous. Il faut qu’on arrive à le régler. La question se traite à l’échelle européenne. Nous avons demandé une réunion. Elle se tiendra à la fin mois. Il faut faire pression sur les Italiens ! ». L’étape ministérielle du Centre Corse se conclut autour d’un dîner de travail avec les représentants de la profession agricole et des élus. Vendredi, la visite se poursuit et s’achève en Corse-du-Sud.
 
N.M.
 


Jean-Louis Luciani : « L’Etat a un rôle essentiel à jouer d’assouplissement des règles européennes »

Jean-Louis Luciani, président de l’ODARC, et Jean-Marc Venturi, président délégué de la chambre d'agriculture de Haute-Corse, au Domaine Vico.
Jean-Louis Luciani, président de l’ODARC, et Jean-Marc Venturi, président délégué de la chambre d'agriculture de Haute-Corse, au Domaine Vico.
- Qu’attendiez-vous de la venue du ministre de l’agriculture ?
- L’Etat est une interface fondamentale entre les difficultés et les particularités de l’agriculture insulaire et la Commission européenne qui établit des règles dans un cadre européen. Ces règlementations sont, souvent, inadaptées aux difficultés et aux problèmes que nous rencontrons, ici, sur le terrain. L’Etat a un rôle essentiel à jouer de compréhension, d’assouplissement et d’amélioration de ces règles afin que l’agriculture insulaire, telle qu’elle existe depuis des siècles, puisse perdurer et continuer à produire.
 
- Le ministre a acté la spécificité corse de l’agropastoralisme, mais sans vraiment prendre d’engagements. Qu’en pensez-vous ?
- Il n’y a pas vraiment d’engagement parce qu’il reste encore beaucoup de travail à faire pour que la Commission européenne comprenne ce qu’est le pastoralisme en Corse et reconnaisse ses surfaces qu’elle considère, à juste titre, comme étant peu herbacées. Néanmoins, ces surfaces sont productrices et représentent un élément nutritionnel essentiel pour les animaux dans le cadre des pratiques extensives de l’agriculture. C’est difficile de le faire comprendre à la Commission européenne ! L’Etat et la Corse doivent faire un gros travail pour porter ces revendications.
 
- Que doit faire la Corse ?
- La Corse doit faire un gros travail pour se rapprocher des standards européens, notamment en démaquisant. Elle doit faire en sorte que toutes ces surfaces, qui appellent des aides, soient pacagées par des animaux et soient véritablement nutritionnelles. Nous devons faire la démonstration que les animaux les parcourent parce que c’est là souvent que les contrôles se font et que les éleveurs sont épinglés !
 
- Les éleveurs attendaient des annonces fortes et sont déçus. Comment jugez-vous, au final, la visite du ministre ?
- Je ne m’attendais pas à des annonces fracassantes tellement les sujets sont difficiles et complexes ! Un ministre sur le terrain, à l’écoute de la profession et de celles et ceux qui travaillent au quotidien pour défendre le développement agricole, c’est, de toute façon, très intéressant et très constructif. Nous savons très bien que les solutions viendront de la manière dont nous appréhendons ce développement. C’est pour cela qu’avec l’ODARC, j’ai conduit un travail très important autour des orientations agricoles que l’Assemblée de Corse, a validé à l’unanimité, il y a un an et demi. C’est un long chemin de reconquête et de reconstruction que nous devons faire en partenariat avec tous les acteurs. Il est évident que l’Etat est un maillon important dans la défense des directions dans lesquelles nous voulons aller et les choix que nous faisons en Corse.
 
Propos recueillis par Nicole MARI




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