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Stella Mare/SITEC : Un partenariat pour innover en milieu marin


Rédigé par Nicole Mari le Jeudi 30 Mai 2013 à 00:30 | Modifié le Jeudi 30 Mai 2013 - 02:15


L'université de Corse, le laboratoire Stella Mare et la SITEC (Société d’informatique et de télématique de la Corse) viennent de signer un partenariat, qualifié d’exceptionnel, notamment par les enjeux scientifiques, industriels et commerciaux qui pourraient en découler. La SITEC met à la disposition de Stella Mare son expertise et un ingénieur à plein temps sur un projet visant à élaborer un système d’information pour le suivi à distance en temps réel et en milieu naturel d’espèces halieutiques du littoral corse. L’objectif est de concevoir une technique monitoring sous-marine, très complexe, susceptible de produire des brevets, un prototype et un savoir-faire créateur de richesse, d’emplois qualifiés et de développement économique. Explications, pour Corse Net Infos, de Paul-Marie Romani, président de l'université de Corse, puis de Jean-François Rossi, directeur de la SITEC.


Antoine Aiello, directeur du laboratoire Stella Mare, Paul-Marie Romani, président de l'università di Corsica et Jean-François Rossi, directeur de la SITEC.
Antoine Aiello, directeur du laboratoire Stella Mare, Paul-Marie Romani, président de l'università di Corsica et Jean-François Rossi, directeur de la SITEC.
- Quel est l’objet de cette collaboration ?
- Cette collaboration porte, spécifiquement, sur l’étude et le suivi de la ressource halieutique en Méditerranée pour laquelle nous manquons, au niveau international, de données précises, notamment sur le mode de vie, de déplacement et de reproduction des espèces. Stella Mare met à la disposition de la SITEC son objet d’études, ses techniques et ses besoins en termes de technicité afin de mettre au point des dispositifs de suivi sous-marin. Aujourd’hui, comme les ondes ne passent pas sous l’eau, il n’existe pas de sondes que l’on pourrait brancher sur des animaux marins pour suivre leur vie quotidienne et leurs déplacements sur parfois des centaines de kilomètres, comme pour les requins.
 
- N’est-il pas possible de suivre ces déplacements ?
- Pas à distance. On les suit in situ, à partir d’un bateau en mer. L’objectif est de développer des techniques qui permettraient d’étudier ces déplacements, en continu, depuis un laboratoire, sans se déplacer. Il n’existe, aujourd’hui, aucun dispositif qui le permet. Nous allons essayer de créer ce dispositif avec la SITEC, d’abord pour l’utiliser nous-mêmes, ensuite pour, éventuellement, le diffuser avec des dépôts de brevets et des concessions de licence.
 
- L’enjeu dépasse la simple recherche. Quel est-il concrètement ?
- L’enjeu, au niveau de l’université, est scientifique, il répond à la fonction : recherche fondamentale et transfert. Nous pouvons imaginer et concevoir des dispositifs, mais nous n’avons pas la capacité industrielle de les construire. Ce partenariat montre bien la coopération potentielle qui peut exister entre nos besoins et la capacité de création et de mise en production des entreprises. Notre objectif est d’améliorer notre connaissance du milieu marin. Pour cela, nous devons nous doter de tous les atouts, y compris technologiques, pour approfondir nos travaux de recherche sur le développement et la reproduction de la ressource halieutique. Notre objectif scientifique se marie avec l’objectif technique et productif de l’entreprise pour produire des résultats et générer des investissements en ressources humaines, en moyens techniques, en bâtiments…
 
- Le pôle recherche de l’université de Corse est-il important ?
- Oui. Nous faisions, jusqu’à présent, nos recherches en laboratoire sur des bases traditionnelles. Nous avons voulu, comme beaucoup d’universités, transférer nos connaissances. Pour cela, nous devons démontrer la viabilité et l’applicabilité des travaux que nous menons sur un plan plus fondamental. Depuis dix ans, nous développons des plateformes technologiques, c’est-à-dire des laboratoires sur site qui travaillent des spécialités particulières dans différents domaines.
 
- Comme par exemple, le projet Myrte qui est une réussite ?
- Oui. La plateforme de Vignola à Ajaccio a, en effet, permis de développer les projets Myrte et Paglia Orba sur les énergies renouvelables et d’atteindre un niveau international de compétitivité grâce à la pile de stockage hydrogène la plus puissante au monde. Nous allons quadrupler ses capacités dans les années qui viennent. Egalement, Stella Mare pour la ressource halieutique qui va, bientôt, quadrupler sa capacité de traitement en bassin des espèces grâce à un nouveau bâtiment. Nous maîtrisons, désormais, le processus de reproduction de l’oursin qui est une espèce en voie de disparition. Nous avons un projet de coopération pour le réimplanter à Malte, où il a disparu, puisque, désormais, nous pouvons faire naître et pousser des oursins en laboratoire.
 
- Ces enjeux ne donnent-ils pas une crédibilité à la Corse et à son université là où on ne les attendait pas ?
- Effectivement. Nous essayons, à notre façon, de corriger une image qui n’est pas toujours positive, hors tourisme, soleil et sable. Nous voulons montrer que la Corse peut développer des compétences, des connaissances et des technologies nouvelles, qu’elle peut s’insérer dans le débat mondial puisque nous traitons de problématiques sociétales et même universelles. Le stockage de l’énergie renouvelable participe à l’amélioration de la protection de notre univers par la lutte contre l’accumulation de CO2. Protéger et permettre le développement de la ressource halieutique, c’est redonner vie à la Méditerranée qui est menacée. Nous travaillons sur des champs qui sont, à la fois, très imprégnés de nos besoins insulaires tout en se projetant sur des thématiques mondiales. Nos publications sont confrontées à d’autres, dans les congrès internationaux. Nous bénéficions de financements européens. Nous sommes à la pointe de la lutte concurrentielle en matière de recherche et de développement.
 
- Vous parlez d’une société de la connaissance impliquée dans le développement de l’île. Qu’entendez-vous par là ?
- L’économie actuelle en Corse est une économie de consommation. La population sédentaire d’environ 300 000 habitants accueille plus de 3 millions de touristes sur une période estivale très concentrée. Ces touristes consomment, hors infrastructures d’accueil, de la nature et des biens produits à 95% hors de Corse. Il n’y a pas, en dehors des services marchands et non marchands, de véritable économie productive. L’objectif est de développer un socle de connaissances et de techniques qui permettrait d’envisager la production de richesses dans l’île, c’est-à-dire de biens et de services consommables. Le problème est que notre tissu économique, composé à 98% de TPE (Très petites entreprises), est inadéquat.
 
- Que préconisez-vous ?
- Il faut rechercher les produits ou les actes de production qui pourraient être réalisés par des entreprises de taille petite ou moyenne, comme la SITEC, sur des champs où nous pouvons être compétitifs. Pour être compétitif, il faut être spécialisé et innovant. La société de la connaissance est le support d’une économie productive qui n’existe pas aujourd’hui. Nous avons voulu que l’université soit un levier de développement économique. C’est pour cela que de plus en plus d’entreprises et d’institutions nous demandent de leur apporter les connaissances que, seuls, nous disposons en Corse et qu’elles devraient chercher ailleurs si l’université n’existait pas.
 
Propos recueillis par Nicole MARI

Stella Mare/SITEC : Un partenariat pour innover en milieu marin

Jean-François Rossi, directeur de la SITEC : « Nous attendons un retour sur investissement par la production de brevets »
 
Société de services comptant 35 personnes, réparties pour moitié entre Bastia et Ajaccio, la SITEC, société d’informatique et de télématique de la Corse, intervient, sur sa partie informatique industrielle, dans le traitement de l’eau et des énergies renouvelables. Elle conçoit, fournit, met en œuvre et maintient en condition opérationnelle les outils informatiques et les automates qui pilotent les stations d’épurations et les centrales de distribution de l’eau. Ses compétences s’étendent, également, aux unités de production d’électricité ou de stockage de gaz. Cette société d’économie mixte (SEM), créée il y a 23 ans, par la Collectivité territoriale (CTC), exercent, aussi, des activités d’hébergement et propose des solutions aux professionnels du tourisme.
 
- En quoi consiste la collaboration avec la plateforme Stella Mare ?
- Il s’agit de participer à leurs côtés au développement d’outils de suivi d’espèces qui répondent aux besoins des scientifiques de la plateforme. Nous apportons notre compétence en matière de collecte d’informations en temps réel, ce que nous faisons aujourd’hui sur l’ensemble de nos installations. Nous sommes habitués à traiter de l’eau douce. Ce qui est nouveau pour nous, c’est de travailler sur le milieu marin. Nous estimons que ce marché sera porteur à l’international dans les années à-venir sur ce type d’applications.
 
- Concrètement, que fournissez-vous ?
- Nous leur fournissons un ingénieur de recherche à temps plein, mais aussi l’ensemble de nos compétences. Nous mobilisons plus de 20 ans d’expériences dans ce domaine et notre réseau de relations avec les industriels au niveau national et international. En fait, nous mettons en œuvre toute la capacité de l’entreprise.
 
- Qu’espérez-vous récolter en retour ?
- C’est un deal gagnant-gagnant. Ce que nous apportons à l’université s’équilibre parfaitement avec ce que l’université nous apporte en matière de compétence et de savoir-faire. Surtout, et c’est le plus important, elle nous fournit un projet sur lequel nous pourrons, à un moment, envisager, de nous développer et de croître.
 
- Cet ingénieur vous coûte 50 000€ par an. Quel est l’enjeu final de cet investissement ?
- Nous sommes toujours à la recherche de nouveaux marchés et de nouvelles activités. L’idée est d’arriver à se positionner sur une filière de système informatique en milieu marin que nous parions être en développement. Nous attendons de ces 50 000€, à terme, un retour sur investissement par la production de brevets et de prototype et une meilleure visibilité due à une compétence nouvelle. Nous escomptons des retombées très rapides, dans les deux à trois ans à-venir, non seulement autour de cette problématique de suivi des espèces en milieu marin, mais aussi sur d’autres problématiques où nous aurons acquis une compétence à travers ce projet-là.
 
- Le but est-il de créer une technique monitoring sous-marine qui serait la première au monde ?
- Nous ne nous posons pas cette question qui ne correspond pas à notre approche. Aujourd’hui, le marché ne fournit pas de solutions à nos besoins. A partir de là, notre culture d’informaticien nous fait penser que, peut-être, nous pouvons répondre nous-mêmes à notre besoin. Bien entendu, notre idée, en filigrane, est, si ce besoin-là s’exprime ailleurs, d’y répondre par une industrialisation.
 
Propos recueillis par Nicole MARI




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