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Statut de la langue Corse : « Paris réduit la langue corse à une question scolaire ! »


Rédigé par Nicole Mari le Mardi 10 Mai 2016 à 23:31 | Modifié le Mercredi 11 Mai 2016 - 01:17


Pas satisfaite, la délégation d'élus, qui a rencontré, mardi après-midi, à Paris, les ministres de la Culture et de l’Education nationale pour discuter du statut de la langue corse ! Mais pas étonnée non plus ! Cette réunion, prévue dans le cadre des trois groupes de travail proposés par Matignon, n’a rien apporté de nouveau. Une heure et demie de discussions pour confirmer le fossé existant entre la demande quasi-unanime des élus pour un statut de la langue corse, - à l’exception de Pierre-Jean Luciani, président du Conseil général de Corse du Sud, qui s’est prononcé contre -, et les timides avancées concédées par Paris. Pire, les Nationalistes craignent que la réforme des collèges, qui entrera en vigueur à la rentrée prochaine, ne creuse la tombe di a lingua nustrale. Réaction à chaud, pour Corse Net Infos, de Saveriu Luciani, conseiller exécutif en charge de la langue et de la culture corses qui affiche sa détermination à poursuivre le combat.


La délégation nationaliste : Saveriu Luciani, conseiller exécutif en charge de la langue et de la culture corses, Petr'Anto Tomasi, président du groupe Corsica Libera, Jean-Guy Talamoni, président de l'Assemblée de Corse, Jean Biancucci, président du groupe Femu a Corsica, Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Corse, et Mattea Lacave, conseillère municipale de la ville de Bastia, adjointe à la langue et la culture corses.
La délégation nationaliste : Saveriu Luciani, conseiller exécutif en charge de la langue et de la culture corses, Petr'Anto Tomasi, président du groupe Corsica Libera, Jean-Guy Talamoni, président de l'Assemblée de Corse, Jean Biancucci, président du groupe Femu a Corsica, Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Corse, et Mattea Lacave, conseillère municipale de la ville de Bastia, adjointe à la langue et la culture corses.
- De quoi a-t-il été précisément question ?
- Nous avons abordé, au cours de cette réunion avec les ministres de la Culture, Audrey Azoulay, et de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, la question de la langue, troisième et dernière thématique proposée par Manuel Valls. Comme nous n’avions pas reçu d’ordre du jour, nous avons, d’abord, écouté les propositions des ministres. Puis les présidents de l’Exécutif et de l’Assemblée de Corse ont réaffirmé la nécessité de l’évolution du statut de la langue corse vers l’officialité, conformément à la volonté des élus corses. Tous les élus présents, à l’exception d’un, sont intervenus pour marteler la même chose.
 
- Qu’ont proposé les ministres ?
- Najat Vallaud-Belkacem a confirmé trois propositions qu’elle nous avait déjà annoncées. La première est la création d’une brigade de formation de vingt contractuels pour assurer sur six ans un plan de formation en langue corse et en didactique des professeurs des écoles. Le but est de tendre vers une généralisation de l’enseignement bilingue dans le primaire. La deuxième porte sur la mise en avant de la langue corse à partir de la classe de cinquième, notamment dans le cadre des EPI (Enseignements pratiques interdisciplinaires) prévus dans la réforme du collège entrant en vigueur en septembre 2016. A cela s’ajouterait, par le biais du mouvement inter académique, l’affectation de cinq postes de professeurs dans les Disciplines non linguistiques (DNL) ayant l’habilitation pour enseigner dans les filières bilingues du secondaire. La troisième proposition concerne la promotion de la culture corse à tous les étages du système éducatif à travers notamment l’organisation d’actions éducatives et d’ateliers, en référence à la loi sur la refondation de l’école. Même si la Ministre a parlé de culture comme d’une priorité, de promotion du patrimoine et de campus des métiers, ce dernier point reste plus que vague dans son opérationnalité !
 
- Ces propositions vous satisfont-elles ?
- Non ! Elles sont très largement en deçà de nos attentes, même si nous savions très bien que les deux ministres n’avaient pas de réel mandat pour discuter de l’aspect politique, pour nous essentiel, à savoir notre demande d’officialisation de la langue corse. Nous nous attendions à des propositions nouvelles. Il n’y en a pas eu ! Au moins les deux premières étaient des points que la ministre avait déjà annoncés. Rien, donc, de spectaculaire, si ce n’est un discours ministériel sympathique sur les vertus de l’enseignement de la langue corse et sur la volonté de la voir se développer.
 
- Qu’avez-vous répondu à la ministre ?
- Nous avons, d’emblée, relevé l’insuffisance de ses propositions et la nécessité de placer la langue dans une perspective sociétale, et non dans le seul espace éducatif. Pour autant, nous avons avancé plusieurs revendications, dont deux majeures : l’expérimentation de l’immersion en langue corse dans les écoles maternelles et la création de l’agrégation de Corse. La ministre a promis d’y réfléchir. Nous avons, ensuite, rappelé que le plan de généralisation des filières bilingues dans ces mêmes écoles maternelles avait pris un retard très important. Au lieu de 100% des classes bilingues pour 2013, il n’atteint que 30% en 2016… Ce retard est du seul fait de l’Etat et nous l’avons fait remarquer. Nous avons ensuite demandé de généraliser, au plus vite, l’enseignement bilingue dans le primaire et de faire des efforts puissants dans le secondaire où tout est au point mort.
 
- N’y-a-t-il pas des avancées, certes timides, comme la brigade de formation ou liées à la réforme des collèges ?
- Non ! Une brigade de formation sur six ans ne suffit pas à former l’ensemble des professeurs des écoles. Nous avons objecté qu’il fallait donc la pérenniser et organiser un plan massif dans le secondaire. Nous n’avons pas obtenu de réponse à ce niveau-là. C’est très décevant car nous ne voyons aucune cohérence dans la vision exposée aujourd’hui par l’Etat. Par ailleurs, nous avons soulevé le risque de ghettoïsation qui pèse désormais dans nos écoles primaires du fait de la concurrence entre les filières standard et les filières bilingues. Concernant la réforme du collège, nous avons signifié le danger immense de voir diminuer de manière irréversible les effectifs des classes à partir de la cinquième.
 
- C’est-à-dire ?
- Cette réforme, qui entrera en vigueur à la rentrée, fait remonter l’offre d’une deuxième langue vivante à la classe de 5ème. Cela va, très certainement, entrainer un recul historique des effectifs des classes de langue corse dès la 5ème, alors que, jusqu’à présent, cette baisse n’était significative qu’à partir de la classe de 4ème. Cette réforme des collèges aura vraisemblablement un effet négatif sur l’enseignement du corse au collège et, par contrecoup, au lycée, sans compter l’effet dissuasif probable en amont, dès la fin du nouveau cycle 3. Ce que la ministre a nié. Elle prétend même que c’est tout le contraire qui va arriver ! Nous lui avons donné rendez-vous, en prenant à témoin le Recteur d’Académie, en septembre prochain pour faire une évaluation des effectifs.  
 
- Comment expliquez-vous cette différence d’appréciation ?
- La ministre ne comprend pas que l’obligation de la langue corse dans le primaire crée une émulation et que son caractère optionnel, facultatif, dans le secondaire porte, à terme, un coup mortel à son enseignement. Il faut, donc, réfléchir en termes d’intégration et d’éducation bilingue généralisée.  
 
- Quels autres sujets avez-vous évoqués ?
- Nous avons parlé du Conseil académique territorial évoqué dans le plan « Lingua 2020 » voté par l’Assemblée de Corse en 2015. Il doit être mis en place pour assurer une planification, une cogestion entre la CTC (Collectivité territoriale de Corse) et l’Etat, et entamer la nécessaire régionalisation des programmes… Nous avons de ce fait demandé que soit fixé un calendrier rapproché de rencontres. Parce que, depuis 30 ans, nous entendons toujours les mêmes discours, on fixe des plans dont on ne remplit jamais les objectifs ! Nous voulons des dates et du concret ! La ministre a proposé de se revoir en juin, en Corse, lors de la visite de Jean-Michel Baylet (ministre de l'Aménagement du territoire, de la ruralité et des collectivités territoriales), pour une réunion plus technique avec les différents acteurs concernés. Dont acte.
 
- Quelle réponse avez-vous obtenue sur l’officialisation du corse ?
- Une fin de non-recevoir ! Les ministres se sont bornées à répéter ce qu’a déjà dit le premier ministre. Nous avons expliqué que nous ne sommes pas du tout sur le même registre. Nous sommes même en total décalage ! Le gouvernement considère la langue corse comme une activité d’enseignement complémentaire et basta ! Alors que la grande majorité des élus de la Corse soutiennent la demande d’officialisation, que les Corses aspirent à l’avènement d’une société bilingue, il est clair que nous ne laisserons pas réduire la question linguistique et l’existence du corse au seul domaine de l’enseignement. La question linguistique n’est pas une question scolaire, c’est une question politique et sociétale ! Elle constitue le ciment de l’intégration et l’essence même d’un peuple. L’enseignement du corse est déjà dans une situation très délicate. Si, en plus, on le déconnecte d’une indispensable planification sur l’ensemble des publics et du territoire insulaire, comme cela a été défini dans le plan « Lingua 2020 », on condamne la langue corse à une mort lente !
 
- Etes-vous déçus ?
- Même pas ! Cela fait tellement d’années qu’on a affaire à l’Etat que nous ne sommes même pas étonnés. Nous leur avons bien dit en partant que nous allons continuer à nous battre pour l’obtention du statut de langue officielle. L’Etat est prévenu : nous ne lâcherons rien !
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 

Les élus corses au ministère de l’Education nationale : Pierre-Jean Luciani, président du Conseil général de Corse du Sud, Laurent Marcangeli, député-maire d’Ajaccio, Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Corse, Jean-Guy Talamoni, président de l'Assemblée de Corse, Saveriu Luciani, conseiller exécutif en charge de la langue et de la culture corses, et Pierre Ghionga, conseiller départemental de Corte.
Les élus corses au ministère de l’Education nationale : Pierre-Jean Luciani, président du Conseil général de Corse du Sud, Laurent Marcangeli, député-maire d’Ajaccio, Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Corse, Jean-Guy Talamoni, président de l'Assemblée de Corse, Saveriu Luciani, conseiller exécutif en charge de la langue et de la culture corses, et Pierre Ghionga, conseiller départemental de Corte.




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