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Société des sciences : Pleins feux sur la société corse au temps des Génois…


Rédigé par Nicole Mari le Vendredi 14 Novembre 2014 à 22:04 | Modifié le Samedi 15 Novembre 2014 - 00:05


C’est un hommage très érudit que la Société des sciences historiques et naturelles de la Corse a rendu à un de ses administrateurs aujourd’hui décédé, le professeur Antoine-Laurent Serpentini, en lui consacrant son traditionnel colloque du mois de novembre qui s’est tenu vendredi à Bastia, au Conseil Général de Haute Corse. Sur son thème de prédilection : « La société en Corse à l’époque génoise », des chercheurs insulaires et italiens, amis ou anciens élèves, ont livré un tour d’horizon des mœurs et des usages en vigueur dans la vie quotidienne insulaire entre le 15ème et le 18ème siècle. Explications, pour Corse Net Infos, de Joseph Puccini, président de la Société des sciences historiques et naturelles de la Corse.


Joseph Puccini, président de la Société des sciences historiques et naturelles de la Corse.
Joseph Puccini, président de la Société des sciences historiques et naturelles de la Corse.
- Pourquoi rendre un tel hommage ?
- Notre traditionnel colloque du mois de novembre a pris, pour nous, cette année, une résonnance particulière puisqu’il s’est tenu en hommage à un de nos administrateurs, Antoine-Laurent Serpentini, qui est décédé en 2012. Il était historien et professeur à l’université de Corse où il occupait une chaire d’histoire moderne. Il nous avait lui-même proposé de préparer un colloque sur la société corse à l’époque génoise qui était sa période de prédilection. Il avait beaucoup travaillé sur cette période et il était en train de préparer une intervention, mais il nous a quittés. C’est, donc, en son hommage que nous avons décidé de présenter ce colloque qu’il voulait faire avec nous, mais qu’il n’a pas pu faire.
 
- Qui sont les intervenants ?
- Ce sont des amis, des collègues et des étudiants de Mr Serpentini qui sont venus apporter leur contribution à cette journée particulière d’hommage. Plusieurs sont membres de la société des Sciences.
 
- Quels sujets abordez-vous ?
- Antoine-Laurent Serpentini a, en tant qu’historien, beaucoup travaillé sur la société en Corse pendant cette période. Il s’est focalisé non pas sur les faits politiques ou militaires, mais sur les problèmes de société. Son premier travail a porté sur la société à Bonifacio à l’époque des Génois. Tout le programme du colloque a tourné autour des phénomènes de société de cette époque-là. Les deux premiers intervenants, Denis Jouffroy, qui a été un étudiant d’Antoine-Laurent Serpentini, et Pierre Santoni nous ont, par exemple, parlé des acteurs de la Coltivazione.
 
- Qu’est-ce que la Coltivazione ?
- La Coltivazione était le programme génois de mise en valeur de la Corse avec des plantations bien précises de châtaigniers et d’oliviers. Une mise en valeur pas pour la Corse, mais pour Gènes qui était une ville en expansion et cherchait des terres à aménager et à cultiver pour nourrir sa population. La Corse, par son terroir, était un endroit privilégié pour les plantations.
 
- Une conférence très appréciée s’est intitulée : « Les voix du silence ». De quoi s’agit-il ?
- Lucie Gandolfi de la Piquelière a retracé la vie quotidienne, au temps de la Pax Genovesa, dans la pieve de Biguglia, qu’elle connaît très bien et qu’elle a étudiée. A travers les actes notariaux, elle nous a dressé un panorama de cette microsociété et la fait revivre pour nous. Elle a expliqué comment cette société était structurée, comment elle fonctionnait, comment étaient réglés les différends, comment s’organisaient les mariages… Ce fut un moment important du colloque.
 
- Autre conférence intéressante, justement, sur les mariages en Haute-Corse. Les dots sont-elles révélatrices de la société de l’époque ?
- Oui ! C’est à travers les dots que l’on peut voir le fonctionnement de toute une société. Elles étaient enregistrées devant les notaires dans les contrats de mariages. Jean-Christophe Liccia a recensé, dans les Ceppi notariaux de l’époque, les différentes dotations. Il a expliqué comment les mariages étaient préparés et réglés devant notaire, ce que devaient apporter les uns et les autres, l’importance de la dot, sa variation suivant les régions... Le montant et la nature de la dot variaient beaucoup entre la Balagne, la Castagniccia et le Cap Corse. En Balagne, le montant des dots allait de 3000 lires à 300 000 lires, ce qui montre manifestement de grandes différences de niveau de vie dans la population. En Balagne, les dots étaient souvent constituées de terrains alors qu’à Bastia et dans le Cap Corse, elles étaient en argent et les sommes données étaient beaucoup plus importantes, l’un compensant l’autre !
 
- Un autre historien s’est intéressé aux testaments. A quelles fins ?
- Stéphane Marchetti a étudié des testaments, toujours contenus dans les Ceppi, pour essayer de voir les rapports qu’entretenaient les Orezzinchi avec la mort. Le montant et la destination des héritages et des dons montrent, comme les dots, un certain type de société qui se révèle aussi bien dans les mariages que dans la mort.
 
- Une conférence, initiée par Antoine-Laurent Serpentini, parle de « La Caroline ». Qu’est-ce exactement ?
- Je vous avoue que lorsque Jean-Yves Coppolani m’a dit que le titre de son intervention était « La Caroline et les Statuti criminali di Corsica », je lui ai posé la même question. Avec Antoine-Laurent Serpentini, il avait publié, il y a plus de 15 ans, à l’usage des étudiants, une traduction française des statuti de 1571. La Caroline vient de Charles Quint qui a élaboré un code criminel, considéré comme l’un des grands textes de l’histoire du droit pénal européen. Les Statuti criminali di Corsica, publiés 38 ans après, sont inspirés du code criminel de Charles Quint. Ils sont d’une grande modernité.
 
- D’autres interventions nous invitent aux tables de l’époque. Comment y mangeait-on ?
- Deux interventions plus légères nous ont, en effet, invité à la table des gouverneurs génois et à celle du général Paoli. Il est intéressant de faire un parallèle entre le mode de vie et les plats que l’on mangeait à ces deux tables. Les gouverneurs génois, tout en restant fidèles à la cuisine ligure, appréciaient les produits locaux, notamment la venaison. La Cour de Bastia obéissait à la même étiquette que les Cours italiennes. La table de Pascal Paoli était, elle aussi, bien fournie au moment des repas. Elle étonnait par sa richesse, son luxe et la présence de produits venus du Nouveau-Monde, comme le chocolat.
 
- Quel visage de la société corse à l’époque génoise ressort de toutes ces conférences ?
- Il ressort que, sous la pression de Gènes, la société corse se structurait. La société pastorale devenait plus agricole grâce à la Coltivazione. Tout était cadré. Les condamnations le montrent. Dès que quelqu’un ne respectait pas les règles, il y avait toujours un podestat qui exerçait la justice, qui punissait, faisait payer…
 
- Reste-il, selon vous, encore beaucoup de choses à découvrir sur la Corse à cette époque ?
- Oui ! L’histoire n’est jamais finie. Il doit, à mon avis, y avoir encore à Gênes des caisses pleines de documents que l’on n’a pas encore étudiés. Nos chercheurs vont y fouiller, retrouvent des documents et nous présentent soit des articles, soit des interventions, soit des livres entiers quand ils ont assez de matière pour cela.
 
- Le président de l’université de Corse a assisté au colloque. Quels rapports entretenez-vous avec l’université ?
- Des rapports plus que privilégiés ! Le président Romani est un de nos sociétaires. Nous avons un partenariat avec l’université : tous les ans, au mois de juin, nous organisons un colloque, appelé « Tribune des chercheurs ». Dans ce colloque, interviennent, sur un thème donné, uniquement des docteurs ou des doctorants  de Corte sous le contrôle de leur responsable de thèse. Ces interventions sont publiées dans notre revue « Corse d’hier et de demain ».
 
- Quand les actes de ce colloque seront-ils publiés et accessibles au public ?
- Ils seront publiés en 2016 dans un Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de la Corse. Les actes sont toujours publiés deux ans après les colloques. C’est le temps nécessaire à chaque intervenant pour nous envoyer son texte de conférence, pour le mettre en forme et l’imprimer.
 
Propos recueillis par Nicole MARI
 
 





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