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Saveriu Luciani : « Pour une démocratie linguistique »


Rédigé par Nicole Mari le Samedi 23 Mars 2013 à 23:27 | Modifié le Lundi 8 Avril 2013 - 14:27


Quelques jours à peine après la décision de François Hollande de ne pas ratifier la charte des langues régionales, le député européen, François Alfonsi, organisait au Parlement européen à Bruxelles un workshop sur les langues régionales et la diversité linguistique (cf article dans une prochaine édition). Invité, l’élu territorial de Femu a Corsica, Saveriu Luciani, est intervenu devant des députés européens, des représentants de la Commission européenne et de l’Unesco, pour porter la voix et les revendications de la Corse en matière de coofficialité et pour revendiquer une démocratie linguistique contre un monolinguisme d’Etat. En marge de cette conférence, il a réagi, pour Corse Net Infos, à la décision de François Hollande et à son impact sur les travaux en cours à l’Assemblée de Corse.


Saveriu Luciani, élu territorial de Femu a Corsica
Saveriu Luciani, élu territorial de Femu a Corsica
- Quelle est votre réaction à la décision de François Hollande de ne pas ratifier les langues régionales ?
- C’est, encore, pour la gauche, une promesse non tenue et, donc, un rendez-vous manqué. Voilà un Etat qui botte en touche sur les perspectives de développement des langues, au moment même où les élus de la Corse, bon nombre de parlementaires français et européens engagent un processus politique de sauvegarde et de promotion des langues menacées ! Comment croire qu’en 2013, la France ne prenne pas pleinement conscience de l'extrême menace qui pèse sur l'avenir de nombreuses langues parlées sur son territoire et en Europe ? Dès lors, comment peut-elle bien nous expliquer sa stratégie à venir en matière de préservation de la diversité du patrimoine linguistique et culturel ? L’édifiante lecture de l’article 27 - et 27 bis – de la loi de refondation de l’école de Vincent Peillon témoigne d'un recul historique en la matière. En fait, on se croirait revenu, en 1925, aux temps de la IIIe République, avant la circulaire De Monzie, lorsque l'inspecteur Bréal préconisait de mobiliser les dialectes et les patois au service du français !
 
- Cette annonce vous surprend-elle ?
- Non. Et, si je dis que cela ne me déçoit pas… ! Problème constitutionnel ? Serait-elle cette constitution, quand même modifiée à 24 reprises depuis 1958, le joker qui élude toutes les réponses à notre profonde volonté de changement ? 
 
- Est-ce, par extension, une mauvaise nouvelle pour la Corse ?
- N’accordons pas à cette charte plus d’importance qu’elle n’en a ! D’autant qu’à l’origine le projet n’envisageait de n'en retenir qu’une partie. La promesse de ratification répondait à une demande forte du corps social et des élus de régions à forte identité, comme la Bretagne, le Pays Basque, l'Alsace, etc. L’objectif était d’améliorer sensiblement le statut actuel des langues régionales. Mais, quand bien même elles auraient été appliquées, les dispositions de la Charte seraient restées bien en-deçà de l’actuel statut de la langue corse, au regard de la loi sur la Corse de janvier 2002 et des différents contrats de plans Etat-CTC.
 
- N’y aura-t-il aucun effet ?
- Bien plus qu’un simple aménagement linguistique ayant vocation à apaiser le climat politique de l’île, la vraie question pose le rôle et la place de notre langue au sein d'un réseau international où l'on réfléchit à l'éducation de demain, dans un monde ouvert et pluriel, marqué par la réalité nouvelle de sociétés devenues, de fait, multiculturelles. L’action de François Alfonsi va dans ce sens et renforce cette option : une démocratie linguistique qui n’a pas la langue française pour ennemie mais seulement le monolinguisme d’État. En fait, la vraie mauvaise nouvelle réside plutôt dans l’esprit avec lequel l’Etat aborde actuellement la question corse dans toutes ses dimensions.
  
- Justement, quel impact aura cette décision sur le statut de coofficialité qui sera débattu en avril à la CTC ?
- Nous sommes les héritiers d’un combat pour l’identité, vieux de près d’un demi-siècle pour sa période contemporaine. C'est-à-dire que nous sommes partie prenante de cette construction patiente pour la reconnaissance du fait national corse et, ici, en l’occurrence d’un autre modèle de citoyenneté culturelle. A ce titre, nous nous réjouissons du débat engagé à l’Assemblée de Corse depuis deux ans en vue d’obtenir un statut d’officialité. S’il faut voir objectivement dans cet engagement de l’Exécutif le poids politique de Femu A Corsica, force est quand même de se réjouir de cette évolution impensable il y a seulement quelques années. Certains conseillers territoriaux avaient pensé un temps que la ratification de la Charte Européenne des langues minoritaires allait nous servir de porte d’entrée dans le processus de réforme constitutionnelle, notamment lors de discussions au sein de la commission Chaubon. Aujourd’hui, la clarification présidentielle nous renvoie à notre propre action.
 
- C’est-à-dire ?
- Une majorité se dessine, enfin, au-delà des clivages politiques traditionnels en faveur d’une langue coofficielle sur son propre territoire, à l’instar d’autres nations sans états d’Europe (Catalogne, Pays Basque, Pays de Galles, Iles Aland, etc.). Désormais la véritable question n’est plus tant celle de la remise en cause consécutive au renoncement de François Hollande, mais plutôt celle de notre efficacité politique en matière de langue comme dans les autres domaines du foncier, de statut de résident, de transfert de la compétence fiscale. Si l’Assemblée de Corse assume ses choix, elle devra ensuite les défendre dans la discussion avec l’Etat. Cela signifie qu’elle doit faire valider ses choix par le Peuple Corse pour instaurer un changement profond des rapports entre la Corse et Paris. Il en va de sa crédibilité.

- Les défenseurs des langues minoritaires vont réagir par de grandes manifestations prévues sur le continent. Prévoyez-vous de faire quelque chose en Corse ?
- Très certainement, en prenant soin de nous retourner d’abord vers le Peuple Corse et ses aspirations. Car, contrairement à d’autres, nous n’avons pas la prétention d’être la seule voix de ces combats…

Propos recueillis par Nicole MARI




1.Posté par stumaccatu le 24/03/2013 16:46
« Pour une démocratie linguistique contre le monolinguisme d’État » ce verbiage est d'autant plus drôle qu'il ne veut rien dire. Il veut bien de la démocratie mais à condition qu'elle se contente d'être linguistique, il ne faut pas exagérer non plus. Et pas n'importe quelle démocratie linguistique non plus: les arabes et les portugais n'ont pas à se sentir concernés par la démocratie linguistique . Pas trop de démocratie et pas pour tous.
Il reconnait par ailleurs que ses plaintes sur la charte sont de la comédie puisque de son propre aveu: "les dispositions de la Charte seraient restées bien en-deçà de l’actuel statut de la langue corse, au regard de la loi sur la Corse de janvier 2002 et des différents contrats de plans Etat-CTC. " et donc que cette charte n'apportait rien, mais il tient à dire qu'il n'est pas content .
Tout cela dans le but de revenir (pas insistant du tout) sur la réforme constitutionnelle et les fameux projets qui n'intéressent plus que ceux que ça concerne, en se gardant bien de dire en quoi ce projet consiste, car cela ouvrirait les yeux sur ses buts véritables. On sait que femu a pour ambition d'être un nouveau clan en Corse et que ce projet est un levier important dans ce but. Mais chut...
Il insiste sur l'idée d'un référendum sans oser prononcer le nom puisque l'ensemble des politiques y ont renoncé parce qu'il s'annonce plus que mal: 2003 en pire.
Il en profite pour s'autoproclamer "héritier d’un combat pour l’identité" il vaut mieux le dire vite car il en manque beaucoup pour que ce soit vrai.

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