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SRDE2I : La feuille de route du développement économique de la Corse en passe d’être finalisée


Rédigé par Nicole Mari le Jeudi 17 Novembre 2016 à 23:22 | Modifié le Vendredi 18 Novembre 2016 - 01:09


Près de 150 acteurs étaient réunis, jeudi matin, au théâtre de Furiani autour de l'Exécutif de la Collectivité territoriale de Corse (CTC) pour assister au séminaire conclusif sur la Strategia territuriale di sviluppu economicu, d'Innuvazione è d'Internaziunalizazione, le Schéma régional de développement économique, d'innovation et d'internationalisation (SRDE2I). Prévu par la loi NOTRe et lancé au printemps dernier, ce schéma, qui sera débattu le 13 décembre à l’Assemblée de Corse, fixe les grandes orientations pour un développement économique innovant, durable et équilibré. Ce plan d’action, élaboré en totale concertation avec l’ensemble des acteurs du secteur et chargé d’apporter des réponses concrètes aux chefs d’entreprises, sera applicable dès le 1er janvier 2017. Retour sur un séminaire et explications, pour Corse Net Infos, de l’économiste Guillaume Guidoni, qui pilote l’élaboration du SRDE2I.


Le maire de Furiani, Pierre-Michel Simonpietri, le président de l'Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni, le président du Conseil exécutif Gilles Simeoni, et le conseiller exécutif et président de l’ADEC, Jean-Christophe Angelini.
Le maire de Furiani, Pierre-Michel Simonpietri, le président de l'Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni, le président du Conseil exécutif Gilles Simeoni, et le conseiller exécutif et président de l’ADEC, Jean-Christophe Angelini.
Le 13 décembre prochain, un an tout juste après l'arrivée au pouvoir des Nationalistes prônant u Riacquistu economicu è suciale, sera débattu à l'Assemblée de Corse le Schéma régional de développement économique, d'innovation et d'internationalisation (SRDE2I) exigé par la loi NOTRe dans le délai d’un an après le début d’une nouvelle mandature. « Un clin d'œil de l'histoire et une date symbolique », commente Jean-Christophe Angelini, conseiller exécutif et président de l’ADEC (Agence de développement économique de la Corse), pour un document qui fixera la feuille de route pour les dix prochaines années de l’action de l’Exécutif en matière d’aides aux entreprises insulaires. Considéré comme « la matrice de l’action économique de la CTC », mais aussi des collectivités et des institutions sur l’ensemble de la Corse, ce schéma fondateur a pour objectif d’apporter des réponses concrètes aux difficultés conjoncturelles et structurelles qui pèsent sur les acteurs économiques et d’impulser de nouvelles coopérations et de nouveaux modes d’intervention.
 
L’affaire de tous
L’élaboration du schéma, confiée à l’ADEC, en collégialité avec l’Office des transports (OTC) et l’Agence du tourisme (ATC), a débuté au printemps dernier dans une démarche de co-construction, fondée sur la concertation avec les acteurs publics et privés. Le processus arrivant à son terme, tous - représentants de l'Etat, de la DIRECCTE, des chambres consulaires, du monde de l'entreprise, des syndicats, l'université de Corse, le Conseil économique et social… et des élus - se sont retrouvés, jeudi matin, au théâtre de Furiani pour un séminaire conclusif autour du Conseil exécutif et du président de l'Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni. « Ce séminaire conclusif est le moment où l’on restitue les travaux réalisés au cours d’environ 200 surfaces d’échanges, autant d’ateliers et de rencontres avec des chefs d’entreprise, des collectivités locales, les communautés de communes, le monde consulaire, des groupes politiques… Nous voulions faire état des principales préconisations issues de ces échanges. L'économie est réellement l'affaire de tous. Il faut que nous nous connections. Ce qui fait sens, ce n'est pas la démographie, ni les infrastructures, mais le bon degré de coordination entre les acteurs. Il est important de déterminer des actes et des lieux de convergence. Le SRDE2I en est un », précise, d’entrée de jeu, Jean-Christophe Angelini.
 
Un changement politique
Le ton avait été donné, auparavant, dans son allocution d’ouverture, par le maire de Furiani, Pierre-Michel Simonpietri, qui accueille sur sa commune plus de 90 entreprises, dont la brasserie Pietra, et le Centre de formation des apprentis (CFA) de Haute-Corse : « Le vieux modèle économique insulaire, uniquement basé sur le BTP, le tourisme saisonnier et l’emploi public, ne fonctionne plus. Dans notre région, le chômage a augmenté de plus de 65% en 5 ans avec un accroissement de la précarité et des inégalités. Les entreprises corses rencontrent, aujourd’hui, des difficultés structurelles. La situation commande un changement politique profond… Cette rencontre, j’en suis convaincu, permettra de faire le point sur ce qui a été engagé, comment, pourquoi, sur ce qui par le passé a été bien fait, ou mal entrepris, mais aussi et surtout de se projeter ensemble pour construire des dispositifs opérationnels et innovants. Nous avons la chance de bénéficier, aujourd’hui, d’un potentiel de jeunes exceptionnels tant sur les plans professionnel qu’intellectuel, désireux de s’investir et d’entreprendre sur leur île, et des socioprofessionnels qui entreprennent tout ce qui est possible pour sauver leurs entreprises et l'économie insulaire ». 
 
Une révolution économique
Changer de paradigme économique, c’est bien l’ambition du nouvel Exécutif qui entend utiliser ce schéma inédit pour placer la Corse sur un chemin de croissance à travers trois enjeux-clés : stabiliser et accompagner la mutation du tissu économique, soutenir les TPE (Très petites entreprises) et la relance des entreprises en difficulté, développer l’innovation et la compétitivité. «  Les grands axes sont à-peu-près identifiés : l’économie sociale et solidaire, le numérique et l’innovation, la diversification de l’économie avec le thermalisme, la filière bois, la croissance bleue… Plus que les axes principaux, ce qui compte : c’est de fixer les outils que nous mettrons en œuvre pour aider les entreprises. Nous proposons une ingénierie de fonctionnement totalement nouvelle, une simplification et une accélération des procédures d’instruction et de libération des aides publiques », explique Jean-Christophe Angelini. Il annonce : « une véritable révolution économique dont nous pensons qu’elle marquera la Corse dans les 5 ou 10 prochaines années et sur un temps plus long avec des effets positifs et dynamiques ». Aussi espère-t-il que le SRDE2I sera adopté le plus largement possible pour « l’adosser à une dynamique politique forte et qu’il fasse l’objet d’une appropriation et d’un partage résolument nouveaux. Aujourd’hui, le sujet économique doit s’inviter très fortement dans le débat public et donner lieu à des préconisations fortes. Il est temps, y compris du point de vue de l’opérationnalité, de proposer des choses très concrètes ».
 
Un chantier immense
Agir, c’est, également, le maître-mot du président de l’Exécutif, Gilles Simeoni, qui affirme : « Nous n’avons plus d’autre choix. Notre volonté politique est de construire une économie qui sorte des schémas jusqu’à aujourd’hui malheureusement dominants du clientélisme, de la rente, de la spéculation, du bricolage, de la mono-spécialisation et de la dépendance. Ces schémas, aggravés par la crise économique et sociale européenne et mondiale, nous ont menés vers la situation que nous connaissons tous : chômage, précarité et pauvreté, très fortes inégalités, déficits de qualification de la population active, faibles revenus du travail… Ces données reflètent les conséquences désastreuses d’une politique de non-développement, assumée pendant plusieurs décennies ». Même si, reconnaît-il, le chantier est immense, les embûches et les difficultés nombreuses, l'objectif est de doter la Corse d'un cadre structurant de son émancipation. « Ce Schéma, qui est un dispositif prévu partout en France, prend, forcément en Corse, une dimension radicalement différente puisque nous avons vocation à construire un document-cadre de stratégie économique qui organisera l’émancipation économique en corollaire de l’émancipation sociale, culturelle et politique que nous voulons porter. Ce schéma sera à l’économie ce que le PADDUC est à l’aménagement du territoire, voire à l’urbanisme. C’est dire l’importance des enjeux ! ».
 
Un idéal de liberté
Pas question, estime Gilles Simeoni, de le cantonner à « un catalogue de bons sentiments ou une juxtaposition de chapitres », il doit être « un véritable document opérationnel pour nous accompagner dans notre stratégie de Riacquistu economicu è suciale. A l’intérieur de ce champ d’action, trois questions sont particulièrement prégnantes : le statut fiscal qui reviendra sur le tapis dans les prochaines semaines. Les politiques publiques spécifiques en faveur de la jeunesse, ce sera l’occasion d’articuler ce schéma avec le pacte pour la jeunesse que le Conseil Exécutif portera dans les mois à-venir. Enfin, l’orientation économique vers une économie de production, y compris dans des domaines innovants où la Corse a toutes ses chances, notamment l’innovation et le numérique ». Et de conclure : « L'économie n'est pas une fin en soi, mais le moyen indispensable pour que nous puissions continuer à vivre dignement sur une terre qui nous a fait Corses et que nous souhaitons transmettre aux générations futures avec le sentiment d'être restés fidèles à notre idéal politique de liberté ».
 
Du concret avant tout !
L’opérationnalité de ce nouveau statut, c’est le souci premier des acteurs économiques qui, lors du débat, mettent les pieds dans le plat, demandant, avant tout, du concret et du pragmatisme. « L'important est l’opérationnalité. Il faudra faire des choix budgétaires, c'est là qu'il y aura des risques car il faudra conserver des valeurs, notamment de solidarité. L'innovation sociale doit être au cœur de l'innovation », déclare un représentant de l’économie sociale et solidaire. L’Institut de micro-finance Créa-sol, partenaire de l'ADEC, milite pour « la création d'une plateforme commune de financement qui harmoniserait les différents systèmes existants ». Alex Vinciguerra, président de la CADEC (Caisse de développement économique de la Corse) insiste sur deux points : le très faible niveau de crédit et d'endettement des entreprises en Corse, le plus faible de France et d'Europe. « C'est un handicap car le crédit d'aujourd'hui est l'emploi de demain ! Il faut faciliter l'accès au crédit. Chaque région autonome européenne, que ce soit l’Ecosse ou les Landers allemands, possède une institution financière ou une banque locale pour accompagner le développement économique. Nous devons en avoir une, sans quoi ce sera très difficile ! ».
 
Des priorités
Ces attentes fortes des chefs d’entreprises insulaires sont relayées par le MEDEF qui s’est beaucoup investi dans l’élaboration du SRDE2I. « Nous avons défini plusieurs axes prioritaires. D’abord, l’environnement, c’est-à-dire l’écosystème autour des entreprises, les infrastructures, la mobilité interne du marché de travail qui est assez fermé dans nos territoires, les moyens de transport et de locomotion numérique et routier, l’accompagnement et l’investissement, les technologies d’avenir, l’export... Nous attendons que les forces publiques nous accompagnent dans ces domaines et fassent la promotion de ces nouvelles organisations. La Corse a tout à y gagner, notamment sur le numérique. Elle doit être au cœur de ces économies qui ne sont pas contraintes par la géographie, permettant ainsi un vrai développement. Nous insistons beaucoup sur l’accessibilité facile à l’Internet très haut débit dans les zones industrielles », précise Olivier Milon, secrétaire général du MEDEF Corse. Le patronat met l’accent sur la problématique de la concurrence extérieure et plaide la préférence à l’intégrité locale : « Un de nos combats est de mettre en avant les bonnes pratiques des entreprises locales, notamment à travers les marchés publics. Il ne s’agit pas de réserver exclusivement les marchés publics aux entreprises locales, mais de faire en sorte que celles, qui ont de bonnes pratiques en matière de formation et d’alternance, soient mises en avant ».
 
Du cousu main
Autre représentante du MEDEF, Anne Armelle Mélikian interpelle la CTC sur la formation et le fonctionnement du Comité régional Emploi-formation-orientation professionnelle, mis en place en 2014. « La loi Emploi-formation de 2014 a donné aux partenaires sociaux une instance pour échanger des éléments de diagnostic, avancer ensemble et trouver des solutions pérennes au chômage, notamment des jeunes. Cette instance a travaillé pendant un an, mais, depuis l’installation de la nouvelle mandature, peine à avoir un rythme de rencontres susceptible de maintenir cet espace de concertation. Cette instance est un élément de gouvernance quadripartite des politiques publiques Emploi-Formation. Il est important de l’utiliser pour construire des projets d’action expérimentale ». L’idée est de « repérer des besoins d’entreprises qui ne trouvent pas de réponses immédiates », de les accompagner, de fournir des modules de formation, de résoudre des problèmes de mobilité… « La Corse est un petit territoire, nous pouvons faire du cousu main ! Dans notre région, plus que dans les autres, les liens, que nous avons les uns avec les autres, peuvent nous permettre de le faire ».
Jean-Christophe Angelini s’efforce de prendre note, promettant des derniers ajustements avant le prochain rendez-vous du 13 décembre devant les élus territoriaux qui examineront et voteront le schéma définitif. Il rappelle que le contexte national et européen est contraint et prévient que la Corse n’a pas les moyens de tout changer : « La difficulté est de rester les pieds dans la glaise en regardant les étoiles ! ».
 
N.M.
 

L’économiste Guillaume Guidoni pilote l’élaboration du SRDE2I.
L’économiste Guillaume Guidoni pilote l’élaboration du SRDE2I.
Guillaume Guidoni : « Il faut rééquilibrer le modèle économique de la Corse et le diversifier »
 
- Quel est le principe premier du Schéma ?
- Le principe premier est d’arriver à rééquilibrer le modèle économique de la Corse et à le réorienter pour le diversifier et avoir une offre plus intéressante pour les Corses en termes d’emploi. Par exemple, des emplois durables et annualisés et des activités économiques à haute valeur ajoutée. Cette diversification est un point essentiel, tout comme l’équilibre entre les territoires, mais aussi au niveau de la concurrence entre les petits commerces et les grandes entreprises de périphérie. Enfin, il s’agit de créer des mécanismes de justice sociale et de solidarité afin de réduire et de compenser les fractures observées sur le marché du travail, notamment un taux d’emploi et d’activité des jeunes beaucoup trop bas, un retard au niveau des femmes et des seniors. Ces publics sont, aujourd’hui, en difficulté sur le marché du travail avec une précarité et un taux de pauvreté importants.
 
- Quels sont les axes d’action prioritaires ?
- Ces trois axes stratégiques, la diversification, l’équilibre et les mécanismes de justice sociale, s’appuieront sur des axes opérationnels plus techniques qui concerneront le financement des entreprises, l’innovation, l’accès au foncier économique, l’économie sociale et solidaire, la coopération transfrontalière… Et quelques autres sujets permettant vraiment d’accompagner les porteurs de projets, les entreprises, les territoires et les intercommunalités pour arriver à transcrire dans la réalité ces trois axes stratégiques.
 
- L’action publique définie dans ce Schéma, est-elle de nature à influer efficacement sur l’économie corse ?
- La puissance publique doit influer sur l’économie parce qu’elle a la capacité d’améliorer et de mettre en synergie la coordination entre les acteurs et l’accès au financement, de fluidifier les problèmes de trésorerie ou de soutien d’investissements. Elle a, aussi, la capacité de faire levier là où les acteurs privés n’arriveraient pas, seuls, à se réunir ou à trouver la taille critique nécessaire pour élaborer des projets ambitieux, créateurs de valeur ajoutée et d’emploi. La puissance publique ne peut pas tout, mais peut beaucoup. Ce Schéma est assez novateur dans le sens où il ramasse les actions éparpillées à gauche et à droite. Il simplifie, clarifie, donne de la visibilité aux différents dispositifs et régimes d’aides auxquels peuvent avoir accès les entreprises et les porteurs de projets. Ce sera déjà un progrès de mettre fin à la dispersion qui conduit à des actions qui n’ont pas l’impact voulu en termes notamment de création d’activités.
 
- Ce Schéma sera opérationnel au 1er janvier 2017. Combien de temps faudra-t-il attendre pour voir les premiers résultats ?
- Un certain nombre de choses seront, effectivement, actives dès le 1er janvier, immédiatement opérationnelles et visibles sur le terrain. Par exemple, l’accompagnement des créateurs d’entreprises. Ceux, qui sont en difficulté sur le marché du travail, bénéficieront d’un dispositif spécifique qui ciblera ces publics et leur permettra d’accéder, dès le 1er janvier, à des aides pour créer une activité professionnelle. Les effets macroéconomiques, amenés par cette nouvelle dynamique et cette nouvelle trajectoire de croissance que nous souhaitons mettre en œuvre, prendront plus de temps. Le pas de temps se mesure entre 5 et 10 ans. Cela nécessitera d’avoir une action soutenue sur la durée et d’être capable de s’adapter et d’être réactif pour modifier ce qui doit l’être et amplifier ce qui marche. Il faut, aussi, s’adapter au temps de l’économie qui va très vite avec des problématiques qui peuvent surgir rapidement.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 



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