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SNCM : Le contenu détaillé des 4 offres de reprise de la compagnie maritime


Rédigé par Nicole Mari le Lundi 16 Février 2015 à 19:50 | Modifié le Lundi 16 Février 2015 - 19:54


Le site, Le marin.fr, vient de publier, dans un tableau comparatif, le détail complet des 4 offres de reprise de la SNCM : celles de l’armateur marseillais Christian Garin, de l'armateur mexicain, Daniel Berrebi, patron de Baja Ferries, de l’homme d’affaires corse Patrick Rocca, et de l’armateur grec Attica Group. Le tableau liste, notamment, les activités des candidats repreneurs, les éléments sociaux, le nombre de bateaux, de filiales et de salariés repris, les engagements financiers, les prévisions de rentabilité et les conditions suspensives. L’offre d’Attica Group, qui est une lettre d'intention, reste, encore, à compléter.


Quatre offres dites « sérieuses » sont en concurrence pour la reprise de la SNCM, qui est, depuis le 28 novembre dernier, en redressement judiciaire assorti d’une période d’observation de six mois. Ce délai a été accordé à la compagnie pour lui permettre de trouver un repreneur. Toutes ces offres restent suspendues à l’épée de Damoclès de Bruxelles sur la double condamnation de la SNCM à rembourser près de 440 millions d'euros d'aides publiques que la Commission européenne juge indûment perçues et sur la possibilité ou non de transférer la DSP (Délégation de service public) au nouveau propriétaire. L'issue de la démarche engagée nécessite désormais qu'un accord soit trouvé avec la Commission Européenne. Officiellement, il resterait trois mois de trésorerie disponible, soit 42 millions €, dans les caisses de la compagnie, ce qui lui octroierait un sursis jusqu’à la fin avril. Ces offres s’accompagnent, toutes, d’un plan drastique de restructuration qui sabre, par deux, le nombre de salariés en contrat indéterminé (CDI), et par un plan de financement bancaire.

Christian Garin.
Christian Garin.
L’armateur marseillais
L’armateur marseillais, Christian Garin, a été l’un des premiers à déposer une offre de reprise complète qui englobe, à la fois, la DSP corse et les liaisons vers le Maghreb. Cet armateur, qui a exercé plusieurs fonctions dans le domaine du transport et de l’armement maritimes, fut, notamment, le président du Port autonome de Marseille. Il est, depuis 2012, président et fondateur du groupe Levant Commodities (fuel lourd). Il projette de reprendre la SNCM en constituant 3 sociétés, dont une dédiée à l’exploitation de la DSP, qui dans un premier temps prendra la forme d’un contrat de location-gérance. Une autre sera dédiée aux liaisons vers la Corse hors DSP et vers le Maghreb, qui seront toutes poursuivies. La ligne Toulon, déficitaire, sera suspendue en 2015 pour redémarrer en 2016. Christian Garin déclare qu’il conservera tous les navires, sauf Le Corse, et qu’ils battront, tous, Pavillon français 1er registre. Il garantit, également, la reprise des filiales : Aliso Voyages, MCM, SNCM Algérie, SNCM Germany, SNCM Bruxelles et SITEC, et 897 emplois sur les 1 450 CDI existants. Tout en indiquant que les contrats de travail, pour le Maghreb et la Corse hors DSP, seront régis par la convention collective des personnels de la marine marchande. Ce qui, selon Le marin.fr « pose la question du sort des accords collectifs ».
 
Trois nouveaux navires
L’armateur marseillais escompte un chiffre d’affaires consolidé (DSP + hors DSP) en progression : 187,7 millions € en 2015, 223,8 millions € en 2016 et 230,8 millions € en 2017. Il table sur un excédent brut d’exploitation consolidé de, successivement : 17 millions €, 35,4 millions € et 34,1 millions €. Il prévoit l’acquisition de 2 nouveaux navires entre 2019 et 2020 pour remplacer les 4 navires affectés à la DSP et 1 nouveau navire pour l’activité hors DSP, en plus des 2 navires repris. Il propose de racheter la SNCM pour 9,5 millions €, dont 8 millions correspondent à la valeur des 6 navires. Il s’engage à verser une contribution forfaitaire globale de 2,75 millions € pour les salariés non repris et à solder tous les congés impayés depuis l’ouverture de la procédure de redressement judiciaire. Ce projet de reprise serait financé par l’émission d’obligations pour un montant de 50 M€, remboursables à 5 ans, et garanties par des sûretés sur les actifs et fonds de commerce. Valable jusqu’au 1er avril 2015, l’offre est suspendue à la poursuite d’activité de la SNCM, à l’autorisation de reprise de la DSP et au non-remboursement, à la charge du repreneur, des aides d’Etat.

Daniel Berrebi.
Daniel Berrebi.
L’armateur mexicain
A l’instar de son confrère marseillais, Daniel Berrebi, le patron de Baja Ferries, qui exerce une activité de transport maritime de passagers et de marchandises au Mexique et dans les Caraïbes, a déposé, avant terme, une offre globale de reprise. Cet armateur français d’origine tunisienne, installé à Miami, dirige la compagnie Baja, basée à la Paz au Mexique, et une autre compagnie parisienne, exploitant, ainsi, une flotte d’une dizaine de cargos. Il projette, pour sa part, de reprendre la SNCM en constituant 4 sociétés, dont, notamment, une dédiée à l’exploitation de la DSP et une autre aux liaisons vers le Maghreb. Les lignes déficitaires hors DSP, Toulon et Nice, seront stoppées. De la même manière, Daniel Berrebi assure qu’il gardera tous les navires, sauf Le Corse, et battra Pavillon français 100 % 1er registre sur la Corse et Pavillon européen sur le Maghreb. Il n’accepte de récupérer que 2 filiales : Air Corsica et SITEC, et de ne conserver que 708 emplois. Les navires affectés à la desserte du Maghreb seraient immatriculés à un registre communautaire. « Le candidat pose, par ailleurs comme condition à son offre, la modification du règlement intérieur de la société, la dénonciation des accords collectifs et la conclusion de nouveaux accords collectifs avant son entrée en jouissance », précise Le marin.fr.
 
Pas de grève
L’armateur mexicain envisage un chiffre d’affaires consolidé de 128,3 millions € en 2015 dont 44,9 millions € de revenus DSP, 165,3 millions € en 2016 dont 57,3 millions € de revenus DSP, et 174,5 millions € en 2017 dont 60,8 millions € de revenus DSP. Il espère un excédent brut d’exploitation consolidé de, successivement : 16,1 millions €, 18,1 millions € et 27 millions €. Il prévoit 14,4 millions € de dépenses d'investissement de capital et le remplacement du navire Le Monte d’Oru à l’horizon 2019. Il propose de racheter la SNCM pour 15 millions €, un montant correspondant à la valeur des 6 navires. Ce projet de reprise serait financé sur fonds propres pour 20 millions € et par une dette de 80 millions €. Valable jusqu’au 15 mars 2015, l’offre est suspendue à de multiples conditions, notamment un certain nombre d’audits techniques, à la dénonciation des accords collectifs en vigueur et, comme celle de l’armateur marseillais, à l’absence de conflits sociaux, à l’autorisation de reprise de la DSP et au non-remboursement, à la charge du repreneur, des aides d’Etat.
 

Transports Rocca.
Transports Rocca.
Le transporteur corse
La 3ème offre n’émane pas d’un armateur, mais de l’homme d’affaires corse, Patrick Rocca, patron du Groupe Rocca, spécialisé dans le transport de marchandises, le traitement des déchets, mais aussi dans l’immobilier et les travaux publics. Rocca Transports, fournisseur des hypermarchés Leclerc, assure environ un tiers des passages entre la Corse et le continent et est actuellement sous contrat avec Corsica Ferries au départ de Toulon. Il projette de reprendre la SNCM en constituant 5 sociétés, dont une dédiée à l’exploitation de la DSP et une autre à la détention des navires. Comme Daniel Berrebi, il entend stopper les lignes déficitaires hors DSP de Toulon et Nice, et n’accepte de garder que 4 filiales : Air Corsica, Cofremar, SNCM Algérie et SITEC. S’il est le seul à maintenir tous les navires, sans préciser sous quel pavillon, il est celui qui préserve le moins d’emplois : seulement 670. Sans toutefois poser de conditions sociales.
 
Un projet économique
Le transporteur corse compte sur un chiffre d’affaires consolidé de 165,6 millions € en 2015, 173,1 millions € en 2016, et 182,4 millions € en 2017. Il envisage un excédent brut d’exploitation consolidé, d’abord négatif, -11,5 millions €, puis de, successivement : 3,3 millions € et 9,3 millions €. Il prévoit, à échéance de 24 à 36 mois, le remplacement de 2 navires, Le Méditerranée et Le Corse, par un navire mixte sur les lignes Maghreb. Et, à échéance de 48 à 60 mois, de vendre les navires en limite d’âge qui seraient remplacés par une SEM (Société d’économie mixte), détenue par la Collectivité territoriale de Corse, et loués au repreneur. Il avance le prix de rachat le plus bas : 7 millions € et promet de reprendre les engagements conclus avec les fournisseurs. Ce projet de reprise serait financé par une dette bancaire de 10,5 millions € sur 3 ans et par 11 millions € d’apports d’éventuels associés. Valable jusqu’au 2 mai 2015, l’offre est suspendue au transfert de la DSP sans remise en cause, au non-remboursement, à la charge du repreneur, des aides d’Etat et à « la volonté actée des partenaires sociaux et du candidat d’adhérer à un projet économique respectueux de l’intérêt de tous ».
 

Attica group.
Attica group.
L’armateur grec
La dernière offre, qui provient de l’armateur grec, Attica Group, est la moins détaillée. Attica, qui est un des principaux armateurs grecs, exerce une activité de transport maritime de personnes et de marchandises couvrant la mer Adriatique. Elle possède, déjà, une flotte de 12 ferries et deux compagnies : Superfast Ferries, qui exploite trois lignes entre l’Italie et la Grèce, et Blue Star Ferries, qui dessert l’ensemble des îles grecques au départ du Pirée. Selon Le marin.fr., c’est l’offre qui s'inspire le plus du plan Poseidon, présenté à l'automne dernier,  par la direction de la SNCM. Elle ne précise ni les sociétés qu’elle compte constituer pour se substituer à l’actuelle compagnie, ni les activités poursuivies, hors de la DSP, ni les filiales reprises, ni son plan de financement. Elle indique, seulement, qu’elle veut poursuivre la DSP, reprendre tous les navires, sauf Le Corse, sans préciser le pavillon, et réembaucher jusqu’à 800 salariés dont « les contrats de travail seront soumis à une loi à déterminer en conformité avec les exigences de l’Etat de pavillon et des exigences opérationnelles ».
 
Un prix fort
L’armateur grec ne révèle pas de prévisions d’activité ou d’investissements. Il se contente de dire qu’il suivra les objectifs du Projet Poséidon. Il alloue, néanmoins, le prix de rachat le plus haut : 20 millions € et s’engage à verser 130 millions € complémentaires pour faire face aux besoins en fonds de roulement. Mais, sans préciser ses sources de financement. Valable jusqu’au 20 février prochain, l’offre est suspendue à de multiples conditions, notamment celles du maintien de la DSP jusqu’à son terme et du non-remboursement, à la charge du repreneur, des aides d’Etat et de toutes les aides publiques jugées illégales ou incompatibles par la Commission européenne.
Trois autres candidats, qui n’ont aucun lien avec le transport maritime, ont, également, déposé des offres de reprise jugées « fantaisistes » : le Suisse Pierre Mollia, patron de Swissrail, Adrien Scarso, consultant en immobilier parisien, et Giglio Mazzoli, qui s’est, déjà, positionné pour la reprise du transporteur routier, Mory Ducros. Ces sept offres, présentées le 4 février dernier aux salariés de la SNCM, ont été fort mal accueillies par les syndicats. Elles seront examinées le 20 mars prochain par le Tribunal de commerce de Marseille.

N.M.
 




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