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Rome : De San Crisogono à la procession de la Madonna Fiumarola


Rédigé par le Jeudi 6 Août 2015 à 22:18 | Modifié le Vendredi 7 Août 2015 - 18:41


Ces deux journées au cours desquelles de nombreux insulaires ont eu l’honneur de participer marquent pour les Corses un événement historique et religieux : leur retour collectif assumé à Rome, où ils ont tenu durant des siècles, particulièrement auprès de la Papauté, un rôle important et glorieux.


Rome :  De San Crisogono à la procession de la Madonna Fiumarola
La messe commandée le 25 Juillet par l’association Guardia Corsa Papale fut célébrée par l’abbé Coeroli, délégué de Monseigneur Oliver de Germay, évêque de Corse, à la basilique San Crisogono du Trastevere à Rome, l’église nationale des Corses.  
L’entrée des confréries d’Ajaccio, Bastia, Cassano, Corté, Lavatoghju, Linguizetta, Lumiu, Montemaggiore, Muro, Patrimonio, Pieve di a Serra, Quercitello, Saint-Florent, et Speluncatu, avec leurs bannières et pacette,  dans la basilique fut très émouvante.  
"Nos chants semblaient nous transporter dans le temps et s’unir aux souffles des Corses du passé. Des larmes coulaient sur des visages. Le Dio vi salvi regina résonna avec une ferveur particulière. Pour remercier Speluncatu d’avoir initié cet évènement, l’Archiconfraternita del Santissimi Sacramento e Maria Santissima del Carmine in Trastevere qui nous recevait prit la décision de faire membres d’honneur de leur confrérie, le maire de Speluncatu et les membres des deux confréries du village, Sant’Antone Abbate sotto l’invocazione della Santa Croce et Santa Croce." raconte Raphaël Quilici.

 

Cette messe fut suivie le dimanche 26 de la procession de la Madonna Fiumarola. Sur une barque, entourée de fleurs, la Vierge Marie a remonté le Tevere (Tibre). Les confréries corses et celle de l’Archiconfraternita del Santissimi Sacramento e Maria Santissima del Carmine in Trastevere attendent sur la berge du fleuve noire de monde. La procession suivie par une immense foule, dont plusieurs centaines de fidèles corses (on notera la présence de Pierre Ghionga de la Collectivité Territoriale de Corse, conseiller exécutif en charge de la langue corse, et parmi les confrères de l’historien Antoine-Marie Graziani), traverse le Trastevere, l’ancien quartier des Corses, et passe sur la place où se situent San Crisogono et Santa Agata, siège de la confrérie.
"Durant le trajet, la confrérie du Trastevere nous fait l’honneur de nous demander de porter la Madonna Fiumarola. Après un magnifique feu d’artifice et dans la liesse populaire, la Vierge est déposée dans la basilique Santa Maria in Tratevere. Elle retournera le lendemain à Santa Agata sous son majestueux baldaquin et sera parée de robes de couleurs différentes selon le calendrier de la liturgie" se souvient, ému, Raphaël Quilici.
 

Ces deux rendez-vous ont pu se réaliser après une longue préparation.
Ils furent initiés dès le mois de mai 2014 par Raphaël Quilici, membre de la confrérie  Sant’Antone Abbate sotto l’invocazione della Santa Croce de Speloncato qui établit les premiers échanges avec le governatore de l’Archiconfraternita del Santissimi Sacramento e Maria Santissima del Carmine in Trastevere, Giampiero Romani. La confrérie de Speluncatu fut invitée à participer à leur procession de la Madonna Fiumarola de juillet 2014.  L’invitation de participation à la procession de juillet nous a honoré, mais nous l’avons déclinée car nous ne voulions pas agir seul et dans l’urgence. Il fut décidé de partager cet honneur et de ne pas accaparer un événement qui devait être collectif car il concerne toute la Corse

"Nous avons préféré contacter avec l’Associu Guardia Corsa papale toutes les confréries de Corses intéressées. En effet, il nous a semblé important de coupler l’événement religieux avec la mise en valeur récente du rôle militaire majeur tenu par les Corses à Rome. Ainsi, il fut décidé d’unir nos efforts avec ceux de la très dynamique Associu Guardia Corsa papale fondée par Yves Pasquali, rejoint par Raphaël Quilici et Paul Turchi Duriani. L’association sera chargée d’organiser la messe de juillet 2015" rapelle Raphaël Quilici


Des retrouvailles émouvantes

Raphaël Quilici, cancelieru et représentant de la confrérie Sant’Antone abbate sotto l’invocazione della Santa Croce de Speloncato a été reçu au mois d’août par le Governatore de l’Archiconfraternita del Santissimi Sacramento e Maria Santissima del Carmine in Trastevere dont le siège est dans l’église Santa Agata toute proche de San Crisogono. Ce premier contact physique a été suivi par l’accueil officiel d’une délégation de la confrérie romaine à Speluncatu le dimanche 26 octobre 2014. Les confrères sont reçus par le maire de la commune, Jean-Francois Poli,  accompagné du prieur de la Confrérie Sant’Antone abbate sotto l’invocazione della Santa Croce, Guillaume Savelli, et du prieur de la confrérie Santa Croce, Pierre Dottori. Un office à la Casazza Santa Catalina, et une messe en l’église San Michele, Collégiale Santa Maria Assumpta de Speluncatu, ont été  célébrées à l'époque. Cette première rencontre officielle scellait des retrouvailles émouvantes.


Le 25 octobre 2014, l’Associu Guardia Corsa qui a multiplié les contacts, lance à Cervione une série de conférences. Elles suscitent dans toute la Corse un grand intérêt en présentant la très ancienne et remarquable histoire des Corses au service du Pape et des États pontificaux.
Les soldats corses laissèrent un souvenir d’héroïsme et d’abnégation. Rappelons par exemple l’épisode du sac de Rome. Au matin du 6 mai 1527 les troupes impériales, commandées par le général Georg von Frundsberg puis par Charles III de Bourbon qui sera tué dans l’assaut, envahissent Rome. Elles sont composées en particulier des fameux lansquenets, protestants luthériens.
Les Impériaux s'emparent du Borgo dans le Vatican. Grâce à la résistance et au sacrifice de la Garde suisse pontificale dont le premier contingent est arrivé à Rome le 22 janvier 1506, et à la très ancienne Garde corse (dont l’histoire ne parle jamais), le pape Clément VII réussit à se réfugier dans le château Sant’Angelo en empruntant le passetto, ce chemin couvert construit par un de ses prédécesseurs à la fin du XIIIe siècle.
Les troupes impériales s'emparent ensuite du quartier du Trastevere, d'où elles franchissent le Tibre malgré le sacrifice des troupes corses, et pénètrent dans Rome commettant des violences inouïes durant plusieurs semaines.

 

En 1505, la statue de la Madonna Fiumarola a été trouvée en mer au large d’Ostie (où se trouvait une forte communauté corse) par des marins corses qui la ramenèrent à San Crisogono du Trastevere, leur église nationale. Puis elle fut honorée dans la confrérie créée en 1543 dans l’église Santa Agata.
Les Corses formèrent à Rome une forte communauté dynamique et industrieuse dès le VIIIème siècle dans le quartier du Trastevere.
Aujourd’hui encore, on retrouve à San Crisogono les plaques mortuaires et les sépultures de ces Corses qui occupèrent une place souvent prestigieuse dans la cité éternelle. En effet, durant des siècles ils constituèrent la gendarmerie (gens d’armes) des États pontificaux, y assurant l’ordre et gardant les frontières. Ils assuraient la Police de Rome et constituaient la Garde papale.
Les Corses continuèrent à accéder à de hautes responsabilités, particulièrement au sein de l’Eglise, comme Domenico Savelli de Speloncato (15 septembre 1792 - 30 août 1864) fait cardinal lors du consistoire du 7 mars 1853 par le pape Pie IX. Il fut surtout un haut fonctionnaire dans un moment très difficile, le pape ayant été chassé de Rome, vice-camerlingue (chargé de l’intérim entre deux papes), gouverneur de Rome, responsable des finances du Vatican, ministre de la Police et ministre de l'Intérieur des États pontificaux.

 

"Durant notre passage à Rome, les deux confréries de Speluncatu lui rendirent hommage en l’église Santa Maria in Aquiro en chantant le Libera me de Speloncato et les litanies. Speloncato se souvenait. Parmi la foule des pèlerins corses, nous étions 49 personnes du village, avec de courageux anciens, pour vivre cet évènement historique et religieux. Toute la Corse retrouve sa prestigieuse histoire oubliée" souilgne encore Raphaël Quilici lorsqu'il évoque ces deux journées



Associu Guardia Corsa Papale remercie

Et vient le temps des conclusions et des remerciements.

Une conclusion, certes, mais comme une porte ouverte vers l’avenir.

Par le biais du travail acharné de l’Associu Guardia Corsa Papale, les corses présents à Rome ont pu vivre un voyage dans le temps comme peu ont été effectués. Descendre le Tibre derrière la Madonna Fiumarola nous a permis de remonter dans un passé lointain, occulté par des raisons géopolitiques.

Sur les traces des Corses de Rome, du Trastevere, mille ans d’histoire ont été parcourus au rythme des célébrations, des processions et des chants sacrés, dans la langue de l’ile de Corse qui est le ciment qui nous lie, associée au latin qui  est sa mère prestigieuse.

Dans la chaleur étourdissante qui régnait en maitresse exigeante au-delà du Tibre, les murs du quartier corse ont été abreuvés de langue corse, en chansons, en mora, ces pierres vivantes ont été l’écrin d’une amitié entière, de fraternité inconditionnelle, de passion pour notre histoire et d’amour de notre culture.

Nos confréries, mêlées aux confréries romaines, ont permis par leur unité, leur foi et leur piété, leur rigueur et leur présence d’inscrire ad vitam aeternam ces journées dans nos cœurs et dans nos âmes.

Notre langue, nos confréries, notre clergé, Rome, le Trastevere, San Crisogono sont des éléments qui ont résonné à travers les murs millénaires du quartier corse.

Événement mémorable, moment historique, il ne tiendra qu’à nous de faire revivre ces instants de grâce dans les années qui viennent.

Il y eut certes des imperfections, des maladresses, des erreurs de timing ou des difficultés d’organisation. Mais tout ceci constituera un travail sur lequel l’Associu Guardia Corsa Papale ne manquera pas de travailler afin de perfectionner cette présence des corses au sein de leur quartier historique, avec votre soutien, votre aide et votre présence.

Nous remercions ici les membres du Clergé corse, la vingtaine de confréries corses notamment celle di Sant’Antone Abbate di Spuncatu qui est à l’initiative du contact avec les confrères romains, les centaines de proches et de fidèles venus de notre ile pour découvrir l’histoire de nos ancêtres et marquer la puissance de notre unité, de notre foi et de notre culture.

Nous remercions chaleureusement l’Arciconfraternità della Madonna Fiumarola pour son accueil et sa mise à l’honneur des confréries corses.

Un grand merci aux membres du clergé romain qui ont permis la consécration de cette manifestation.

Merci aux corses et aux romains qui ont su se retrouver autour de San Crisogono, de Santa Agata et de Santa Maria del Trastevere pour sublimer notre identité inaliénable. Merci aux équipes de reporters qui nous ont suivis, celle de Ghjuvan Carlu Marsily et celle de Via Stella qui ont contribué à immortaliser ces instants puissants et émouvants.

Nous vous donnons rendez-vous, confrères et fidèles de toute la Corse, laïcs, passionnés et amis, en octobre, autour de la venue de la Madonna du Trastevere en la Cathédrale Santa Maria de la Citadelle de Bastia où elle sera accueillie par les confréries bastiaises de sa paroisse : Santa Croce et San Ghjisè. L’Arcicunfraterna di San Ghjisè effectuera à cette occasion son jumelage avec la confrérie romaine.

Tout ceci, en attendant de retourner au Trastevere l’année prochaine.

UN GRAND MERCI A VOUS TOUS.
CYRNIORUM FORTIA BELLO PECTORA.

 

CYRNIORUM FORTIA BELLO PECTORA.




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