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Rinnovu-Corsica Libera : divorce consommé


Rédigé par Nicole Mari le Jeudi 6 Septembre 2012 à 11:22 | Modifié le Jeudi 25 Octobre 2012 - 11:26


Ce n’est pas une surprise, mais c’est désormais officiel. Rinnovu Naziunali, avec à sa tête l’élu territorial Paul-Félix Benedetti, quitte le mouvement Corsica Libera. La scission, évitée de justesse pendant l’assemblée générale de février dernier, entérine une rupture de fait et suit celle des clandestins en juillet dernier.


Rinnovu-Corsica Libera : divorce consommé

C’est par communiqués interposés que Corsica Libera et une de ses composantes U Rinnovu Naziunali ont officialisé une séparation définitive que tout le monde savait inéluctable depuis l’assemblée générale en février dernier. Cette assemblée, qui avait mis à jour les dissensions internes, s’était soldée par une non-participation de Paul-Felix Benedetti et des militants du Rinnovu au vote final qui entérinait le nouvel exécutif. L’enjeu était le mode de désignation de ce nouvel exécutif et donc la représentativité des différentes sensibilités composant le mouvement et leur poids respectif. La scission, alors annoncée, avait été évitée de justesse.

Mais depuis, la frange dissidente d’U Rinnovu ne participait plus à la vie de Corsica Libera, ni aux réunions politiques et s’était, de fait, mise hors cadre. Le problème était resté de longs mois en suspens, malgré les tensions persistantes, jusqu’à la création, en juillet dernier, d’un nouvel FLNC. La scission des clandestins préfigurait, au regard des mécanismes déjà utilisés par le passé, celle du mouvement public.

 

Un manque de confiance

Après une rencontre, intervenue il y a quelques jours, pour régler le problème, les deux parties ont donc convenu de la rupture, annoncée par un communiqué du Rinnovu Naziunali, jeudi tôt dans la matinée. « Nous ne pouvons que constater avec regret que depuis l’AG de février 2012, l’expression de notre courant n’est plus possible au sein de la structure, et ce, quelques soient nos propositions récentes : constitution d’une tendance d’idées ou fédéralisme de structures. Nous prenons acte de la décision, ces derniers jours, de l’actuel exécutif de Corsica Libera, de considérer nos militants et sympathisants comme séparés de fait. Nous regrettons que Corsica Libera n’ait jamais permis véritablement la fusion, que nous souhaitions, des structures fondatrices. Aussi, conformément à l’esprit de sérénité, voulu par toutes les parties en présence lors d’une dernière réunion de conciliation, nos militants issus de tous les courants du mouvement indépendantiste organiseront dorénavant leurs débats et actions politiques au sein de l’espace Rinnovu Naziunali ».

Les motifs invoqués sont d’ordre, à la fois, politique et humain. Pour U Rinnovu, le départ se justifie, donc, par l’impossibilité d’avoir des relations de confiance avec leurs ex-partenaires.

 

Une rupture de fait

De son côté, Corsica Nazione a réagi, en fin d’après-midi, également par un communiqué qui « prend acte », estimant qu’U Rinnovu « se situait de fait en dehors du mouvement, à la vie duquel il ne participait plus depuis plus d’un an ». Il rappelle que l’Assemblée générale de février dernier avait désigné le nouvel exécutif « à travers une majorité massive, par un vote à bulletins secrets, en présence d’assesseurs des différentes sensibilités du mouvement ».

Le parti indépendantiste confirme «  la sérénité des échanges ayant conduit à rendre public le départ des militants du Rinnovu » et se félicite du « caractère apaisé de la démarche, qui contraste avec les polémiques marquant généralement les dissensions au sein des organisations politiques. Cette sérénité démontre aux Corses la maturité du mouvement national, désormais en mesure de gérer ses désaccords en privilégiant le dialogue et la démocratie interne ».

 

Des conséquences politiques

Ce divorce officiel n’apporte, donc, rien de concrètement nouveau, mais clarifie une situation que tous savaient tendue. Il se fait « d’un commun accord » et « sereinement », selon les termes des deux parties qui ont, chacune, tenu à donner une image de responsabilité dans ce qui apparaît, néanmoins, comme la énième fracture au sein d’une famille nationaliste où les mariages, trop souvent, de raison ne survivent ni à l’épreuve du temps, ni à celles des ambitions humaines. Il faudra, maintenant, en mesurer ses conséquences politiques.

 

La scission des élus

La première est la scission du groupe à l’assemblée territoriale (CTC). Paul-Félix Benedetti garde son mandat d’élu territorial au nom d’U Rinnovu Naziunali et ne siègera plus aux côtés des trois élus de Corsica Libera. Ne pouvant pas constituer un groupe à lui tout seul, il ne devrait logiquement plus disposer de temps de parole à moins que la CTC, dans un souci d’expression de la pluralité des opinions politiques, décide de lui en accorder. Ce qui serait souhaitable tant la qualité du travail et la pertinence des interventions de Paul-Félix Benedetti sur la totalité des sujets traités ne sont plus à démontrer. De son côté, Corsica Libera perd un débatteur de poids au moment où les grands dossiers de la mandature arrivent en débat.

 

Un parti à reconstruire

L’autre conséquence est plus difficile à mesurer dans l’immédiat.

U Rinnovu s’en va avec quelques dizaines de militants. Sa structure et son identité ayant été fondues dans la création de Corsica Libera, il va lui falloir se reconstruire et trouver sa place dans un espace politique déjà bien occupé par son ex-partenaire qui ne compte pas lui laisser beaucoup de marge de manœuvre. Le pari est risqué.

Même si les deux parties affichent un optimisme de circonstance, le départ d’U Rinnovu ne peut qu’affaiblir politiquement Corsica Libera. Il est, néanmoins, difficile, en l’absence d’échéances électorales à court terme, de vérifier son impact réel et son poids militant. Ce départ est, de toute façon, un nouvel échec dans la stratégie du mouvement indépendantiste à fédérer autour d’un projet commun la grande famille nationaliste. Une stratégie qui, depuis I Ghjurnate di Corti, semble avoir été abandonnée au profit d’une ouverture vers les partis traditionnels, à priori, plus disposés que les nationalistes modérés à discuter avec les radicaux.

Signe d’un changement des temps et des mentalités ! 

                                                                                                                                        N. M.




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