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Procès des soutiens de Colonna : Deux réquisitions sévères et deux relaxes


Rédigé par Nicole Mari le Jeudi 11 Avril 2013 à 21:50 | Modifié le Samedi 13 Avril 2013 - 00:51


Le procès en appel des cinq personnes soupçonnées d'avoir aidé Yvan Colonna pendant sa cavale s’est ouvert ce jeudi après-midi à Paris en l’absence du principal intéressé qui, comme Corse Net Infos l’avait annoncé hier, a refusé d’y participer. Les prévenus campent, tous, sur la même ligne de défense. Lors d’une audience au pas de course, le ministère public a requis deux relaxes, trois peines allant de 2 à 5 ans de prison avec sursis et privations des droits civiques, civils et familiaux, ainsi qu’un an ferme contre Yvan Colonna pour détention d’armes. Les plaidoiries de la défense se poursuivront vendredi après-midi. Le jugement sera mis en délibéré et rendu d’ici à un mois.


André Colonna d'Istria, Marc Simeoni et Patrizia Gattaceca
André Colonna d'Istria, Marc Simeoni et Patrizia Gattaceca
Patrizia Gattaceca, Frédéric Paoli, Claude Serreri, André Colonna d'Istria et Marc Simeoni comparaissent, donc, pour la deuxième fois, au Tribunal de Paris, presqu’une décennie après les faits. Leur ligne de défense n’a pas bougé : les quatre premiers reconnaissent avoir hébergé le berger de Cargèse durant sa cavale de 1999 à 2003, le dernier nie toute implication. Yvan Colonna, poursuivi pour détention d’armes au moment de son arrestation, a refusé d’être extrait de sa cellule de la centrale d’Arles pour assister au procès. Il a, également, demandé, à ses défenseurs de ne pas prendre la parole. Il est vrai que, déjà condamné à perpétuité pour l’assassinat de Claude Erignac, le jeu n’en valait pas la chandelle. « Yvan Colonna a refusé d’assister à son procès. C’est son choix, il faut le respecter », a déclaré l’avocate générale qui a requis contre lui un an de prison ferme.
 
Les raisons d’un appel
Après un rapide examen des faits et des questions ciblées sur l’appartenance ou non des prévenus à un mouvement nationaliste, le réquisitoire, mené tambour battant, a repris, quasiment à l’identique, les réquisitions de peines prononcées en première instance.
L’avocate générale a expliqué que le Parquet avait interjeté appel, non pas sur le quantum des peines qui étaient toutes assorties de sursis comme il l’avait demandé, mais sur le fait que l’accusation de « relation avec une entreprise terroriste » n’avait pas été retenue. Dans ce cas, le Tribunal aurait du se déclarer incompétent et renvoyer l’affaire devant une juridiction compétente, à savoir celles d’Ajaccio et de Bastia. « L’appel du ministère public était inévitable. Le Tribunal ne nous a pas laissé le choix », a-t-elle déclaré.
 
Deux relaxes
Ensuite, l’avocate générale, qui s’est défendue de faire « le procès d’un peuple corse », a scindé les degrés de responsabilité et demandé la relaxe pour Frédéric Paoli et Claude Serreri. Elle a estimé que le premier, propriétaire de la bergerie où a été arrêté Yvan Colonna en juillet 2003, est « une victime » qui a agi « sous la contrainte », il n’est donc « pas pénalement punissable ». Pas plus que ne l’est le second, qui a reconnu avoir apporté, une fois, de la nourriture à son ex-beau-frère en cavale et avait déjà été relaxé en première instance.
Elle a requis 2 à 3 ans avec sursis contre André Colonna d'Istria, le gérant du camping qui a servi de relais, saluant comme « courageux » son geste de reconnaître à la barre sa participation au réseau de soutien au militant nationaliste en cavale.
 
La volonté de sanctionner
Les réquisitions les plus lourdes ont été menées contre Patrizia Gattaceca et Marc Simeoni, dans une volonté manifeste de sanctionner fermement. L’avocate générale a réclamé, non seulement des peines de, respectivement, 3 et 5 ans avec sursis, qu’elle relie à l’accusation de « relation avec une entreprise terroriste », mais également de sévères privations de droits civiques, civils et familiaux qu’elle justifie en invoquant des raisons « d’ordre moral ».
Considérant que la chanteuse, qui a hébergé son ami dans sa maison de Penta-Acquatella, « croit en son innocence » et « revendique et assume son combat indépendantiste », elle a réclamé, contre elle, 3 ans avec sursis et 3 ans de privation de droits civiques, civils et familiaux.
 
Une atteinte professionnelle
Sans surprise, la représentante de l’accusation a réservé sa plus forte charge contre Marc Simeoni, l’accusant de « ne pas avoir le courage d’admettre ce qu’il a fait ». Qualifiant son attitude à l’audience « d’ironique », elle s’en prend à son statut de professeur d’université et d’expert près de la Cour d’appel de Bastia, qui lui donnait, selon elle, plus qu’aux autres prévenus, « l’obligation morale de ne pas héberger une personne recherchée » ! Elle a requis à son encontre 4 ou 5 ans de prison avec sursis, mais surtout la peine maximale, et rarement encourue, de 5 ans de privation de droits civiques, civils et familiaux. Le but clairement affiché est de l’atteindre, à la fois, professionnellement et moralement.
La défense, qui a déjà entamé ses plaidoiries, va concentrer son argumentation, vendredi après-midi, sur l’absence de preuve concernant le lien avec une entreprise terroriste.
N. M.

La position de la LDH de Corse

"Pour la Ligue des  Droits de l’Homme, comme très certainement pour de nombreux citoyens, le procès actuel des personnes accusées d’avoir hébergé Yvan Colonna pendant sa cavale semble le legs d’une mauvaise époque. Il est la conséquence d’un appel du ministère public après un premier jugement qui avait écarté l’accusation invraisemblable d’entreprise terroriste. Avant le procès en première instance, la LDH avait lancé un manifeste de la désobéissance contre la justice d’exception co-signé par des personnalités et signé par des centaines de personnes. Aujourd’hui, elle réitère son soutien aux accusés, notamment Patrizia Gattaceca qui courageusement a revendiqué un geste d’hospitalité. Il ne faut pas oublier le contexte d’une époque marquée par des dérives répressives touchant des centaines de Corses et le mépris souverain de Nicolas Sarkozy pour la présomption d’innocence. Dès lors que ce contexte est rappelé, il n’y a pas d’anachronisme mais une fois de plus, l’évidente nécessité pour la justice de contribuer à l’apaisement ici et maintenant."  



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