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Procès des gîtes ruraux : Le cabinet de Paul Giacobbi et ses hommes de l’ombre mis au pilori !


Rédigé par Nicole Mari le Vendredi 25 Novembre 2016 à 22:04 | Modifié le Samedi 26 Novembre 2016 - 09:35


Le nœud se resserre autour du cabinet de Paul Giacobbi au cinquième jour du procès des gîtes ruraux du Conseil général de Haute-Corse, qui se tient jusqu'au 2 décembre au tribunal de grande instance de Bastia. L'audition de l'ex-conseiller général, Jacques Costa, et de l'ex-DGS, Thierry Gamba-Martini, ouvre une fenêtre de tirs nourris sur les deux conseillers très controversés de l'ex-président, Dominique Domarchi, assassiné en 2011, et Mimi Viola, et leur mainmise totale sur un circuit atypique de prise de décision et de signatures. Le fonctionnaire ne se souvient de rien, mais charge le cabinet. L’élu est plus disert et vide son sac sans aucune langue de bois. L’accusation marque des points. Les audiences, qui s'enchaînent, confirment que les morts ont bon dos à tous les étages...


Paul Giacobbi à l'audience
Paul Giacobbi à l'audience
Ce fut la journée noire du cabinet de Paul Giacobbi ! Le jour du grand déballage de linge sale de la Giacobbie, un tournant décisif dans le déroulement du procès, un pain blanc pour l’accusation ! Jusqu'à présent, les prévenus avaient, dans une belle unanimité, chargé Jean Leccia, alors directeur des interventions départementales et assassiné depuis, lui imputant la responsabilité de l'attribution indues d’aides à la création ou rénovation de gîtes ruraux par le Conseil général de Haute-Corse de 2007 à 2010. L'implication du cabinet de l'ex-président du Conseil général, Paul Giacobbi, était, sous la pression de la Cour, effleurée, suggérée, sous-entendue, mais jamais clairement affirmée. Vendredi, les tirs ont dévié très nettement sur Dominique Domarchi et Augustin Dominique, dit Mimi, Viola, les deux plus proches conseillers du président et chargés de mission tant au Conseil général jusqu'en 2010 qu’à la Collectivité territoriale (CTC) ensuite. Le premier a été assassiné en 2011, le second n’est pas poursuivi. Un grand déballage, qualifié par l’avocat d’Anticor, Me Jérome Karsenti, de « moment essentiel de l'audience, un moment de vérité ».
 
Un cabinet omnipotent
Le premier à dégainer est Jacques Costa, maire de Moltifao, président du parc naturel régional de Corse (PNRC), ancien conseiller général, ancien vice-président du conseil général et ancien président de la Commission du monde rural censée valider les aides, qui comparait pour prise illégale d’intérêts dans deux dossiers. Il est soupçonné, lorsqu'il siégeait à la commission du monde rural, d'avoir fait profiter sa belle-sœur d'une aide pour des gîtes. Interrogé sur son rôle dans le système d’attribution des subventions mis en place, cet ancien membre de la Giacobbie ne fait pas dans la dentelle. « L'affaire des gîtes partait du cabinet et la liste d'attribution se faisait dans le cabinet. Je n’ai conseillé à personne dans mon canton de déposer un dossier de subventions pour des gites car j’avais vite compris qu’il ne fallait pas y toucher. Je déconseillais à ceux qui venaient me voir de faire des gites. Je l’ai même dit à ma fille. Je disais que l’aide n’existait plus. Tout passait par le cabinet, y compris les parapheurs et même, à partir d’un moment, l’aide aux communes ! A partir de 2008, nous les élus, on n’avait plus aucun pouvoir, on ne servait plus à grand chose ! On ne regardait pas les dossiers avant. On n’allait jamais dans les services. On avait juste l’obligation de venir le jour de la session pour voter car il fallait le quorum ».
 
Des élus potiches
La présidente Michel Saurel lui demandant les noms des chargés de mission, Jacques Costa ose un tir dévié: « Je ne citerai pas de nom : un est décédé, l’autre n’est pas là ». La présidente précise : « Donc, Domarchi et Viola ? ». Réponse : « Eh oui ! Ce n’était pas Paul Giacobbi, encore moins les secrétaires et les chefs de service, ni Jean Leccia qui était aux ordres du cabinet. Il était appelé vingt fois dans la journée au cabinet. Je lui ai fait remarquer qu'il avait de gros mollets, il ne faisait que monter et descendre les étages. On lui faisait changer ce que nous avions décidé en Commission ». Une commission du monde rural qui, poursuit-il : « ne servait pas à grand chose. C’était le fonctionnement, il convenait au cabinet et à certains élus. Moi, je n'étais pas d'accord ! Un jour, j'ai même quitté une séance (du Conseil général) parce que les sommes attribuées (en commission) avaient été changées, mais personne ne m’a suivi. Ils auraient du tous me suivre ! Mais, personne ne disait rien ! L’opposition se réduisait à Ange Fraticelli, mais il ne pouvait rien faire ». Il révèle, également, que le cabinet  « plaçait les personnes qu’il fallait, là où il fallait… ça marchait à la carotte ! ».
 
Un grand absent
La présidente interroge : « Pourquoi n'avez vous pas démissionné ? ». La réponse fuse : « Je n'avais pas à leur faire plaisir ! ». Du côté de la défense de Paul Giacobbi, un ange passe… A l’issue de son audition, devant la surprise provoquée par ses déclarations, Jacques Costa se justifie : « J’ai dit ce que tout le monde pense tout bas, mais n’a pas le courage de dire, même pas Mr Giacobbi ! Pour faire plaisir à une personne, pour ne pas le citer, on va mettre d’autres en difficulté ! C’est facile d’accuser Jean Leccia qui n’est plus là pour se défendre. Il n’était pas question pour moi, aujourd’hui, que j’enfile un costume pour quelqu’un d’autre ! On assume ! ». Le procureur Nicolas Bessone savoure son pain blanc et demande à la Cour que soit notée cette mise en cause des proches conseillers de Paul Giacobbi : « Cela est important pour motiver un jugement ». S’adressant à Jacques Costa : « Si vous aviez dit ça avant, j'aurais eu assez de charges pour poursuivre Dominique Viola. C'est le grand absent aujourd'hui ! ».
 
Aucun souvenir
Un cabinet fustigé, également, par Thierry Gamba-Martini, l’ex-DGS (Directeur général des services) du Conseil général, puis de la CTC, qui comparait pour détournement de fonds publics. Pendant ses quatre heures d’audition, il charge et enfonce les Domarchi, père et fils. Sa ligne de défense est simple : il nie tout, n’a jamais eu un quelconque document en main, n’a rien fait, ne sait rien, n’a rien vu, n’a rien soupçonné ! « Les actes auraient dû arriver jusqu'à moi, j'aurais dû les regarder et examiner les pièces. Ces actes, je ne les ai jamais vu, je n'en ai aucun souvenir ». Il admet que « Ça paraît surprenant », mais qu’il y a, dans cette affaire, des éléments qui le sont tout autant : « Il n'y a pas deux arrêtés datés du même jour. Les actes montaient non enregistrés, non datés jusqu’au cabinet, ils redescendaient enregistrés et datés du cabinet. C'est comme ça que ça marche pour tous les actes… Pour la quasi-totalité de ces actes, je n'étais pas potentiellement à Bastia. Je n'ai jamais reçu un demandeur ou un élu pour me parler des gîtes. Je ne me suis douté de rien ». La présidente s’étonne que de tels dossiers aient pu échapper au DGS : « Des dossiers, vous n'en voyez jamais, ça ne vous interpelle pas ? ». Réponse : « Non ! J'étais mobilisé sur des sujets plus importants. Les parapheurs ne passaient pas par moi. Tout devait passer par Dominique Domarchi. Des parapheurs, que nous envoyions chez le président, n'arrivaient pas et étaient bloqués chez Mr Domarchi. Quand on allait dans son bureau, on voyait bien la pile de parapheurs. Mais, c'est assez courant dans les Collectivités locales. J'ai appris plus tard que l'acte final n'était pas le copié-collé de la décision de l'assemblée ».
 
Entre menaces et démission
L’ex-DGS décrit longuement un cabinet tout puissant qui phagocyte les services, y fait régner une ambiance délétère : « J'ai fait part au président Giacobbi de ces dysfonctionnements et je l'ai formalisé dans une note ». Il explique que, suite à cela, en octobre 2012, dans le parking du Conseil général, il subit une agression de la part de Jean-Marc Domarchi qui l’accuse de mettre en cause son père, le bouscule et le menace : « Ce n'est pas parce que mon père est mort que les choses vont changer. Si tu veux faire la une des journaux, tu n'as qu'à le dire ! Il répétait ça à l'envi... J’ai vu quelque chose dans sa ceinture. J’ai cru que c’était une arme ». Il avoue avoir été « très choqué » et avoir appelé sur le champ le secrétariat de Paul Giacobbi. « J'étais bousculé émotionnellement. Ma décision était prise, je ne pouvais pas continuer de cette façon-la. Je considérais que, vu la place et le rôle de cette famille Domarchi auprès de Mr Giacobbi, je préférais partir. J’ai demandé l'aide du préfet Strzoda pour obtenir un poste ailleurs ». Il apprend, un an plus tard, que « des proches de Paul Giacobbi se sont débrouillés pour que je n’ai pas le poste. Je n'ai pas renoncé à partir. J'ai annoncé, courant 2015, à Paul Giacobbi que je ne continuerai pas. J'ai fait état du comportement des membres de son cabinet qui ne correspondait pas à ce qui doit être dans la fonction territoriale ».
 
Un point de non-retour
Thierry Gamba-Martini s’explique longuement et calmement, mais vire à l’aigre sous le feu des questions de l’accusation pas convaincue du tout par la démonstration. A Me Karsenti qui ne comprend pas comment une décision, telle que celle de l’attribution d’aides aux tiers, ait pu lui échapper, il reconnait : « Les subventions aux communes sont des décisions politiques et dépendent des relations qui s'établissent entre des maires et un cabinet, parfois le président. Les subventions des gîtes ont, aussi, un caractère politique. L'objet de cette aide a été détourné de son objectif premier ». Le procureur Bessone ironise : « Personne n'a de supérieur hiérarchique ! Personne n'a dépassé ses fonctions ! Personne n'intervient sur l'aide aux tiers !... Vous ne savez rien, vous ne voyez rien, vous passez votre temps à donner des cours, je comprends que vous ne pouviez rien voir !... Vous vouliez partir, pourtant vous êtes resté jusqu'à la défaite de Paul Giacobbi ». L’ex-DGS n’apprécie pas et hausse le ton, avant d’être rappelé à l’ordre par la Cour. Il raconte, alors, ce qu’il subit depuis la mort de Jean Leccia, son placement sous protection judiciaire pendant deux ans, et s’en prend aux médias et aux réseaux sociaux : « Je lis dans la presse que j'ai volé la CTC, alors que je n'ai fait qu'appliquer le droit. J'arrive ici avec l'image de quelqu'un que je ne reconnais pas ! Je travaillais sans compter mon temps. Je suis vraiment consterné ! On me traite de balance sur les réseaux sociaux. Je suis à un point de non-retour, j'ai déposé une plainte pour diffamation. Je suis au bout du rouleau, je me suis mis en congé de longue maladie parce que je peux plus continuer ma carrière ».
 
La Cour auditionnera, lundi matin, le député Paul Giacobbi, et, espère-t-elle, Jean-Marc Domarchi, absent pour mal de dos invoqué. Le réquisitoire et les plaidoiries des parties civiles sont prévus dans l’après-midi.
 
N.M.
 




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