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Plus d'un millier de personnes à l'Ile-Rousse pour soutenir Jean-Louis Emmanuelli


Rédigé par (Jean-Paul-Lottier) le Mardi 22 Mars 2016 à 21:36 | Modifié le Jeudi 24 Mars 2016 - 06:39


La Balagne s'est mobilisée, mardi soir, pour apporter son soutien à un commerçant de Monticello condamné à 5 années de prison, dont 3 fermes, et 5 ans d'annulation de permis de conduire. Son véhicule de travail a été confisqué. Ils étaient en effet plus d'un millier derrière un comité de soutien à Jean-Louis Emmanuelli pour exiger sa libération immédiate en attendant un procès en appel juste et équitable.



De mémoire d'Ile-Roussien, on n'avait jamais vu une telle mobilisation pour un homme que chacun s'accorde à considérer comme un honnête commerçant au casier judiciaire vierge, qui a été condamné à une lourde peine dans le cadre d'une affaire qui ne le concernait pas. Un comité de soutien s'est créé pour crier à l'injustice et exiger sa libération en attendant son procès en appel.
C'est dans le calme et avec beaucoup de dignité que plus d'un millier de personnes sont venues assister à la conférence de presse du comité de soutien qui avait lancé un appel, via les réseaux sociaux, pour qu'il n'y ait aucune manifestation avant et après la conférence et que rien ne soit entrepris qui puisse nuire à leur ami Jean-Louis Emmanuelli.

Rappel des faits
Les faits remontent au 6 février dernier à Monticello. Ce jour là, des policiers et des gendarmes procèdent en Balagne à plusieurs interpellations de personnes soupçonnées de trafic de drogue. " Le père d'un des interpellés, Jean-Louis Emmanuelli, 52 ans, commerçant connu et apprécié de tous, rentrait chez lui, à ce moment là, au volant de sa camionnette. Pris de panique à la vue de deux hommes sans cagoule mais avec des armes de poing, il tente de fuir dans une impasse et se retrouve face à une voiture. Deux autres assaillants cagoulés en sortent et le mettent en joue avec des fusils d'assaut. Jean-Louis prend peur, enclenche la marche arrière et se retrouve face aux deux précédents intervenants qui ouvrent le feu (des tirs de sommation diront-ils plus tard). A demi couché sur la banquette avant, il continue sa marche arrière et subit, alors, le feu des fusils d'assaut : entre 30 et 40 douilles seront retrouvées dont 11 impacts dans le camion et plusieurs à hauteur de portière. Poursuivi, Jean-Louis abandonne son camion, il a le sentiment d'être sauvé ! En revenant sur ses pas, son téléphone sonne, c'est Marie Paule son épouse qui lui dit : "Reviens, reviens, c'est la police". "Tu en es certaine ? J'arrive !". Jean Louis revient et est intercepté par un homme qui dit au téléphone: "c'est bon, on l'a eu, on l'a attrapé". Jean-Louis rétorque : " Vous avez eu qui ? Vous ne voyez pas que je me rends, je ne savais pas que vous étiez des policiers " explique, à la tribune, Christian Graziani, présent à Monticello et lors du procès à Bastia.

Une forte peur
Il revient sur une condamnation qui semble, à tous, incompréhensible : " Jean-Louis a été condamné malgré le témoignage de l'homme assermenté, qui a porté plainte, c'est à dire le gendarme Buisson : " Quand j'ai vu venir le véhicule en marche arrière, je me suis mis en position de légitime défense et me suis donc placé dans l'axe (caché) du véhicule, j'ai eu très peur. Il aurait pu y avoir des personnes armées à l'intérieur. Il est très possible que M. Jean-Louis Emmanuelli n'est pu me voir".
Jean- Louis a été condamné, malgré la déposition du chef des opérations qui affirme : " Il est très probable que Jean-Louis Emmanuelli, qui a eu très peur, n'ait pas pu nous identifier comme de vrais policiers"". Il a été condamné, malgré les conversations par talkies walkies entre policiers qui disent : " Sa femme l'a eu au téléphone, il revient se rendre". Le chef des opérations : " Il a eu très peur. Attention pour l'interpeller, mettez au moins deux brassards visibles....".


Une onde de choc sans précédent en Balagne
Une condamnation disproportionnée dénoncée, également et avec la verve qu'on lui connaît, par François Acquaviva : " Une telle condamnation pour violence aggravée alors que Jean Louis a essuyé des dizaines de coups de feu : 11 ont atteint le véhicule dont 9 à hauteur d'homme avec un fusil d'assaut. C'est un miracle s'il est encore en vie aujourd'hui ! Des violences aggravées lui sont imputées : on croit rêver ! ". Il poursuit : " Le TC de Bastia a pris la lourde responsabilité de détruire un homme qui n'était pas armé, qui n'a blessé personne, à qui l'on reproche d'avoir eu une réaction normale dans un contexte qui ne l'était pas. Si la peine est maintenue en appel, c'est une vie brisée pour une réaction normale sans violence et qui a duré une poignée de minutes. L'énormité du jugement a provoqué en Balagne une onde de choc sans précédent et a plongé la population dans l'incompréhension et la consternation. L'émotion est immense. Jamais de mémoire d'homme un verdict dans une affaire, autre que politique, n'avait généré une mobilisation de cette ampleur !".
Tout comme Christian Graziani, François Acquaviva souligne les incohérences de ce dossier avant d'appeler à une nouvelle mobilisation pour le procès en appel : " Je voudrais, au nom du collectif, m'adresser à Jean-Louis et à sa famille pour leur dire qu'ils ne sont pas seuls, que la Balagne est mobilisée, que notre soutien est total et que nous serons à leurs côtés lors du procès en appel".

Un appel du représentant de la Ligue des droits de l'homme
Visiblement surpris de cette mobilisation et ému des propos tenus, André Paccou, représentant de la Ligue des droits de l'homme, avait fait le déplacement pour apporter son soutien : "Lorsque la justice n'est pas rendue dans un prétoire ou dans un tribunal, il est tout a fait normal qu'elle sorte dans la rue. La justice est rendue au nom des citoyens, que personne ne l'oublie ! La justice rendue doit être sereine. Dans cette affaire, la justice, telle que nous la voulons, n'a pas fonctionné, c'est une évidence. Le débat contradictoire n'a pas eu lieu, le droit à la défense n'a pu être exercé alors que, dans cette affaire, nous étions au bord d'une grave bavure policière". Après avoir dénoncé la procédure accélérée, il ajoute : " Ce citoyen n'a pas de casier judiciaire et est décrit par tous comme un honnête homme, un véritable chef d'entreprise avec ses obligations et ses responsabilités. De part les faits et du portrait que l'on en dresse, il est clair que la lourdeur de cette peine ne correspond pas. Sachez que la LDH, que je représente, sera à votre côté. Je vous suggère, outre la pétition en cours, d'adresser une lettre publique dans laquelle vous allez demander, exiger qu'il soit remis en liberté. C'est un honnête homme qui ne fuira pas ses responsabilités".
Membre du comité, Pierre-Paul Cruciani a rappelé que la pétition en cours a déjà recueilli 1500 signatures. Il a remercié les gens pour leur mobilisation: " La justice est passée à côté pour Jean-Louis, pas vous ! Un grand merci ".

Le témoignage émouvant du frère de Jean-Louis
C'est sur les mots sortis du coeur de José, le frère de Jean-Louis, que s'est close la soirée :" Dans un monde où l'on parle souvent d'indifférence, d'égoïsme, il est rassurant de voir des femmes et des hommes se réunir par amitié et pour combattre l'injustice. Car c'est de ça qu'il s'agit ! Jean-Louis a été victime d'une opération de justice qui ne lui était pas destinée, et qui a mal tourné. Il a essuyé des coups de feu, et son véhicule est criblé de balles. S'il est vivant aujourd'hui, c'est un miracle. Alors, pour justifier l'injustifiable, des tirs inutiles, en face, ils sont disposés à mentir. Non contents de l'avoir mitraillé, d'avoir failli le tuer, ils veulent maintenant le ruiner et le déshonorer. Mais ils n'y arriveront pas, car vous êtes là. Aussi, je voudrais vous remercier et chacun de vous individuellement. Pour Jean-Louis,  merci. Pour Marie-Paule et Laurent, merci. Pour ce comité de soutien exemplaire, ses amis, son entourage, merci. Pour la mémoire de notre père, ceux qui l'ont connu me comprendront, merci. Pour notre mère, une vieille dame de 84 ans qui a beaucoup vieilli cette semaine et qui passe son temps à pleurer, merci.
Ce soir, lorsque je lui parlerais de vous, de votre soutien, de votre bienveillance, de votre dignité, elle pleurera encore sûrement. Mais cette fois, ses larmes seront des larmes de reconnaissance et d'espoir. Alors pour tout cela, Merci, Merci, Merci, E AVA GHJUSTIZIA".

Comme cela a été demandé, c'est dans le calme, mais toujours aussi déterminée dans son soutien, que la foule s'est retirée.



 






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