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Pierre Mattei : "Corsica Ferries est le 1er transporteur de touristes sur la Corse, notre ADN est l’innovation !"


Rédigé par Nicole Mari le Dimanche 26 Juin 2016 à 23:20 | Modifié le Lundi 27 Juin 2016 - 01:44


Corsica Ferries a inauguré, fin mai, de nouvelles lignes entre la Corse, le continent et la Sardaigne au départ de Porto-Vecchio. Un nouveau défi pour la compagnie maritime, leader sur le marché du transport de touristes en Corse, qui a totalisé un record de 2,8 millions de passagers sur la France en 2015 et dont l’objectif est de créer de nouveaux marchés par un maillage inter-îles. Pierre Mattei, président du directoire Lota maritime - Corsica Ferries, explique, à Corse Net Infos, que le succès de sa compagnie réside dans sa capacité à innover. Il se dit satisfait des orientations politiques du nouvel Exécutif corse en termes de respect des règlements européens et confiant dans les atouts de l’île en termes de développement touristique.


Pierre Mattei, président du directoire Lota Maritime - Corsica Ferries.
Pierre Mattei, président du directoire Lota Maritime - Corsica Ferries.
- Quel regard portez-vous sur la crise récurrente des transports maritimes de la Corse ?
- Nous n’avons pas de regard à porter sur la situation des compagnies qui opèrent, aujourd’hui, en Corse. La situation actuelle est marquée par une jurisprudence importante sur l’illégalité de certaines aides et sur des principes européens, maintenant connus, qu’il convient de respecter. Le président de l’Office des transports de la Corse (OTC) a dit deux choses essentielles : « C’en est fini des procédures viciées ! » et « Nous allons tout notifier à Bruxelles qui donnera son tampon pour valider le respect des règles européennes sur tous les dispositifs qui seront mis en œuvre ». Ces deux éléments-là nous satisfont pleinement.
 
- Pourquoi ?
- Primo, on reconnaît que, par le passé, les subventions étaient illégales et les procédures viciées. Deuxio, on présente le dossier à Bruxelles, ce qui fait tomber le premier principe d’illégalité qui résidait dans le simple fait que les dossiers n’étaient pas notifiés à Bruxelles. En matière d’aides d’Etat, même si les subventions sont par nature compatibles avec les règles communautaires, ne pas les notifier les rend illégales. C’est une erreur de fond que commettaient les précédentes gestions qui pensaient passer à travers. C’est un changement radical de ce point de vue-là. On ne peut que s’en féliciter ! La Corse doit respecter les règlements européens qui sont faits pour protéger les résidents et les îles des excès des monopoles et de l’emprise des compagnies maritimes qui ne pensent qu’à leurs propres intérêts sans considérer l’intérêt général. Ce qui est normal !
 
- N’est-ce pas la principale accusation que vos concurrents portent contre vous ?
- Oui ! Qu’ils la portent tant qu’ils veulent ! Les statuts même d’une société anonyme ou privée empêchent de faire passer l’intérêt général devant l’intérêt de la société, de ses salariés et de ses actionnaires. On peut faire toutes les déclarations d’intention qu’on veut ! L’intérêt général, c’est à la Corse d’y penser ! Seuls, les élus en sont comptables ! Le règlement européen est là pour le garantir, pour démontrer que le service public est utile, qu’il ne serait pas assuré sans subventions et l’attribuer à travers un appel d’offres à celui qui le fait dans les meilleures conditions et au moindre coût.
 
- Des syndicats de l’ex-SNCM vous accusent de manière récurrente de ne pas naviguer sous pavillon 1er registre et de faire du dumping social. Que répondez-vous ?
- C’est une accusation que nous entendons depuis 25 ans ! Il serait temps que ça s’arrête ! Sur le marché Corse – Continent français, il y a l’obligation d’appliquer les règles françaises, des règles signées par les syndicats qui nous accusent de faire du dumping social. Ces accusations n’ont aucun sens ! Elles sont totalement infondées et proférées de manière répétitive, récurrente et inutile par les mêmes syndicats dont l’aveuglement est responsable en partie des difficultés de leur compagnie. Les dirigeants de la SNCM étaient complices parce qu’ils n’ont jamais expliqué aux marins que ces accusations étaient fausses, ils ont continué à les entretenir dans cette phobie anti-Corsica Ferries et cette légende comme quoi nous ne payons pas nos marins. Si c’était le cas, nous serions condamnés aux Prudhommes ! Si les gens ont droit à quelque chose, pensez-vous qu’ils ne vont pas le réclamer !
 
- Comment appréhendez-vous la volonté de l’Exécutif de créer une compagnie régionale semi-publique ?
- Nous n’avons pas d’opinion à avoir sur cette question. Nous avons connu des concurrents étatiques, semi-étatiques ou totalement privés. Aujourd’hui, toutes les compagnies sur ce marché sont purement privées. Qu’il y ait, demain, une compagnie à participation publique ou régionale ne change rien pour nous ? La seule question importante est : respecte-t-on le droit européen et fait-on en sorte qu’il n’y ait pas de système de subventions croisées, c’est-à-dire de subventions attribuées pour un service dont on a maximisé les pertes et qui sont dévoyées pour créer de la concurrence déloyale sur un autre marché où les subventions sont illégales ? Il n’y a pas de problème si nous sommes garantis contre ça ! La notification à Bruxelles et l’appel d’offres ne nous donnent aucune raison d’en douter. Après 25 ans de procédures, on pense que ces comportements du passé n’existeront plus.
 

- Pensez-vous qu’une compagnie régionale soit viable ?
- Tout ce qui est rentable est finançable ! L’activité en Délégation de service public (DSP) est rentable ! Il suffit de voir pour cela les comptes de la CMN qui a toujours gagné de l’argent. La CMN est un bon exemple parce qu’elle ne fait que du service public au départ de Marseille. La SNCM perdait de l’argent à Toulon, à Nice et sur le Maghreb, c’est-à-dire sur les activités où elle n’était pas en DSP, mais elle ne perdait pas d’argent sur le service Corse-Marseille ! On ne peut pas perdre d’argent lorsque la DSP finance les déficits et donne un intéressement sur le capital investi.

- Y-a-t-il de la place pour quatre compagnies sur la Corse ?
- Oui ! C’est évident ! Toutes les compagnies étant privées, personne ne les oblige à rester sur ce marché. Si elles le font, c’est qu’elles y trouvent un intérêt. Le privé ne va sur un marché que s’il y trouve son compte. En l’absence du privé, les Obligations de service public (OSP) sont là pour garantir le service public.
 
- En janvier, l’Exécutif régional a lancé un appel aux acteurs privés pour participer au capital de la future compagnie régionale. Etes-vous intéressé ?
- Nous ne connaissons pas encore les conditions. Nous n’avons pas été conviés aux discussions. Nous suivons ce qui se passe. Je ne vois pas trop ce que nous pourrions apporter de plus à ce système dans la mesure où beaucoup de gens se pressent au portillon. Nous n’avons pas vocation à être monopolistique sur la Corse où nous détenons déjà une très grande part de marché. C’est une des raisons pour lesquelles nous ne nous sommes pas du tout intéressés au dossier de la reprise de la SNCM parce que nous n’aurions pas eu droit de le faire. Cela aurait été à l’encontre des règles de concurrence. Nous ne pouvons pas nous battre en permanence pour le respect des règles de concurrence et être les premiers à les enfreindre !

- Quelle est la part de marché de Corsica Ferries sur la Corse ?
- Près de 77 % en passagers transportés en maritime sur les lignes Toulon-Nice-Corse et Italie-Corse et 40 % sur la totalité du transport corse. Ce qui fait de nous le 1er transporteur de passagers, donc de touristes, sur la Corse.

- Comment se présente, globalement, cette nouvelle saison touristique ?
- C’était bien parti, mais il y a eu un petit ralentissement des réservations au mois de juin dû sans doute à une conjoncture défavorable : météo, morosité, craintes sur l’avenir, grèves, loi El Khomri… Tout cela a pesé sur les réservations, mais nous sommes confiants. Grâce à nos nouvelles lignes au départ de Porto Vecchio vers Toulon, Nice et les deux ports sardes : Porto Torres et Golfo Aranci, nous pensons augmenter notre trafic, même si nos parts de marché devraient se stabiliser, voir se réduire, vu qu’il y a de nouveaux concurrents.

Au départ de Porto Vecchio.
Au départ de Porto Vecchio.
- Pourquoi avez-vous décidé d’ouvrir ces nouvelles lignes à partir d’un port secondaire ?
- Notre ADN, c’est l’innovation ! Nous avons toujours surpris en innovant. Quand nous sommes arrivés à Nice en 1996, tout le monde a rigolé ! Nous avons atteint 55 000 passagers dès la première année. Nous avons totalisé 2,8 millions de passagers sur la France en 2015 en créant de nouveaux marchés parce que nous pensons que, plutôt que de se battre pour le même petit fromage, il faut mieux agrandir le fromage. Donc, offrir de nouvelles dessertes, faciliter l’accès à la Corse, baisser les tarifs, augmenter les possibilités de connexion avec des maillages inter-îles. Un autre élément nous a motivé : une étude de l’Agence de tourisme de la Corse (ATC), réalisée il y a quelques années, démontrait que la Sardaigne était le principal concurrent de la Corse dans l’esprit des clients français. On s’est posé la question : est-ce un problème ou une opportunité ? Nous l’avons vu comme une opportunité.
 
- Comment ?
- En proposant aux clients de faire les deux ! On peut aller de Corse en Sardaigne, de Sardaigne en France via la Corse… Nous essayons d’entrer dans une logique de multi-destinations, de pack et de combinaisons entre les deux îles. Ce n’est qu’un début, nous faisons des tests de marché, mais, dans notre secteur, c’est souvent l’offre qui crée la demande. Il suffit de regarder ce qui s’est passé sur le low cost aérien ou sur nos dessertes de Toulon et Nice. On nous disait que ces lignes ne feraient que pêcher dans le vivier de la SNCM et qu’on ne s’en sortirait pas. La réalité est que nous avons créé un nouveau marché et drainé près de 1,5 million de passagers supplémentaires sur les lignes françaises !
 
- Combien proposez-vous de rotations sur la Sardaigne ?
- Deux rotations par semaine au départ de Toulon vers Porto Vecchio et Porto Torres, et trois au départ de Nice vers Porto Vecchio et Golfo Aranci. Nous avons l’intention de continuer la desserte de Porto Vecchio en hiver. Nous avons déjà déposé des programmes en ce sens.
 
- Avec une clientèle plus locale ?
- Oui ! Peu de gens savent que nous sommes les seuls à desservir la Balagne en hiver ! Peu de gens savent que nos lignes fonctionnent tous les jours sur Toulon-Ajaccio et Toulon-Bastia alors que nous n’avons aucune obligation de le faire. La seule ligne Toulon-Ajaccio concentre, à elle seule, plus de passagers que tout le trafic Corse-Marseille en 2015. Les OSP exigent 400 passagers par jour, notre offre est dix fois supérieure : 4 000 ! Même le 10 janvier, la pire journée de l’année en termes de trafic ! Notre logique est d’être présent partout parce que nous sommes la compagnie pour la Corse et la seule à être gérée au départ de la Corse, à avoir son siège social en Corse.
 
- Pensez-vous ouvrir des lignes vers le Sud de l’Italie ou l’Espagne, comme le souhaite l’Exécutif territorial ?
- Trop loin ! Nous pouvons le faire dans le cadre d’opérations ponctuelles. Nous proposons, par exemple, pour le 31 décembre, une croisière à Naples au départ de Bastia et une autre à Barcelone au départ d’Ajaccio. Barcelone et Naples restent jouables, mais le marché est potentiellement faible. Financer un navire à l’année suppose plusieurs centaines de milliers de passagers. Ce sont des lignes très longues, leur pérennité dépend aussi des cours du carburant qui subissent de très fortes fluctuations : ils avaient perdu 70% jusqu’en janvier et ont grimpé de 100% depuis. Mais ce peut-être un choix de service public ! Si on considère qu’il est vital pour la Corse d’avoir une liaison avec Barcelone, aucune compagnie ne l’assurant, on peut définir des OSP dans le cadre d’un appel d’offres et attribuer la ligne à la compagnie qui demandera le moins d’argent pour le faire.
 

- Depuis les derniers déboires de l’ex-SNCM, les usagers fustigent la hausse générale des prix. Or, vous parlez de baisse… Qu’en est-il ?
- Trois choses à dire. Primo le cours du carburant ayant chuté en 2015, les prix ont baissé en 2016. Pour l’exercice 2014-2015, l’aide sociale ayant été supprimée, il y a eu une augmentation de tarif correspondant à cet arrêt. Ni plus, ni moins ! Deuxio, dans un système concurrentiel, si nous sommes assez fous pour faire flamber nos tarifs, les clients ne viendraient pas, la sanction du marché serait immédiate. Enfin, allez vérifier sur Internet : Corsica Ferries est la solution la moins cher pour venir en Corse. En plus, les clients des ferries restent deux fois plus longtemps que les clients de l’aérien. C’est une constatation statistique.
 
- Pourquoi ?
- A cause de la voiture. Les clients des ferries arrivent avec leur voiture et n’ont pas besoin d’en louer une. Le coût de location d’une voiture renchérit, chaque jour, le coût du transport. Les études de l’ATC démontrent qu’en 2015, un client de ferry est resté 10 jours en Corse contre 4 ou 5 jours pour un client de l’aérien. Les passagers de juillet de Corsica Ferries restent 15 jours, ceux d’août, 11 jours. En termes d’étalement, de nuitée et d’impact sur l’économie locale, le maritime est plus performant que l’aérien. Le ferry est toujours moins cher. Notre stratégie à Corsica Ferries est de rendre l’île facile d’accès. Il n’y a pas un jour où nous refusons des places. Cela n’arrive jamais. Vous pouvez acheter un billet au dernier moment chez nous, il y a toujours de la place ! Lors de la grève de la SNCM en juillet 2014, nous avons transporté tout le monde.
 
- Les professionnels du tourisme ne cessent de se plaindre de la baisse de l’activité, de la cherté des transports, du manque de compétitivité de l’île. Qu’en pensez-vous ?
- Je suis très optimiste. La Corse a deux avantages : d’un point de vue de l’offre, elle peut accueillir toutes les catégories de touristes sans que l’une chasse l’autre. Aussi bien du tourisme résidentiel qu’hôtelier, du 5 étoiles comme du plein air, également du tourisme social avec des centres, comme la CCAS, grand pourvoyeur de touristes. Sans compter la qualité des sites, la mer et la montagne… Avoir en même temps le GR20 et Rondinara est unique en Méditerranée ! C’est un avantage très important en termes d’offres. D’un point de vue de la demande, la Corse est une des seules régions d’Europe aussi proche, en avion et en bateau, de régions très riches et fortes émettrices de touristes, comme la Lombardie, la Ligurie, la région PACA, l’île de France, la Bavière, la Suisse… Ce sont des opportunités phénoménales !
 
- Des compagnies aériennes low cost affirment que les touristes ne viendront jamais l’hiver en Corse. Etes-vous d’accord ?
- Non ! Je ne suis pas du tout d’accord ! Ne soyons pas aussi radicaux ! Ce n’est pas une question d’hiver ou d’été, mais de savoir si on peut gagner plus sur le mois d’avril ou d’octobre par des évènements, de l’activité... Les chiffres montrent que le mois d’octobre a été très bon en 2015, meilleur qu’avant. Corsica Ferries a fait d’énormes efforts tarifaires pour cela. Cette année, la mauvaise avant-saison est due à des phénomènes conjoncturels : Pâques trop tôt, pas de ponts en mai, un climat mauvais… mais je suis sûr que l’an prochain, nous aurons une excellente avant-saison parce que les fêtes mobiles sont très bien placées tard dans l’année : Pâques fin avril Pentecôte en juin, quatre ponts en mai qui se suivent…
 
- Qu’est-ce qu’il faudrait pour mieux développer le tourisme ?
- La Corse n’a pas trop fait d’erreurs pour le moment. On pourrait, cependant, améliorer la visibilité, faire une meilleure promotion à l’étranger pour attirer des touristes comme les Allemands qui étalent beaucoup plus leurs vacances en avant et arrière-saison… D’énormes efforts ont déjà été faits par les hôteliers pour ouvrir plus tôt, chauffer les piscines, se moderniser, également par les producteurs, les agriculteurs, les industriels de l’agro-alimentaire… L’île a beaucoup d’atouts en termes de qualité globale de l’offre. Tous les acteurs de la chaîne s’améliorent et la Corse propose vraiment un produit imbattable.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 



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