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Oletta : Le pyromane présumé mis en examen et écroué à Borgo


Rédigé par Nicole Mari le Jeudi 19 Septembre 2013 à 18:37 | Modifié le Jeudi 19 Septembre 2013 - 23:10


Jean-Laurent Massari, un éleveur d’ovins de la plaine d’Oletta, âgé de 40 ans, vient d’être inculpé pour incendies criminels et, immédiatement, écroué à la prison de Borgo. Il a d’abord, en garde à vue, reconnu 12 mises à feux sur les 29 dont il est accusé, avant de faire jouer son droit au silence. Explications, pour Corse Net Infos, du Procureur de la République, Dominique Alzeari.


Chef d’escadron Grégoire Demaison, Colonel Didier Rahmani et Dominique Alzeari.
Chef d’escadron Grégoire Demaison, Colonel Didier Rahmani et Dominique Alzeari.
L’enquête fut longue et difficile, de l’avis même du Procureur de la République, Dominique Alzeari, du Colonel Didier Rahmani, commandant le groupement de gendarmerie de Haute-Corse et du chef d’escadron Grégoire Demaison, commandant la compagnie de Bastia. Tous ont exprimé leur satisfaction d’avoir mis fin à la pression incendiaire qui, depuis deux étés, plonge dans la peur et la colère toute la région d’Oletta situé dans le Nebbiu en Haute-Corse.
Ces incendies avaient même suscité dans la population des réactions d’autodéfense face au feu qui touchait les habitations. Au total, 29 incendies et 2 tentatives ont été dénombrés entre juin et juillet 2012, une vingtaine a été recensée, cette année, depuis début juin. Le 17 septembre, alors que 3 feux se sont déclenchés, l’incendiaire présumé est arrêté, presqu’en flagrant délit.
 
Le pari du retour
Il aura fallu plus d’un an d’enquête, beaucoup de ténacité et un énorme travail de surveillance fastidieux et complexe pour obtenir cette arrestation. « La rumeur désignait l’incendiaire présumé, les gendarmes l’avaient repéré, mais on n’avait pas de preuves », indique Dominique Alzeari. Etant donné le décalage existant entre le moment de la mise à feu et le moment de déclenchement des secours, qui se déroule entre 5 mn et 6 heures, la grande difficulté était de trouver le dispositif de mise à feu qui aurait servi de pièce à conviction. Les pompiers constatant que, d’une année sur l’autre, c’étaient toujours les mêmes lieux qui brulaient, les gendarmes prennent le pari de traquer l’incendiaire sur ces lieux déjà consumés. « Nous avions cartographié les lieux de départ de feux des années précédentes. Sur ces lieux, nous avons commencé à mettre en place des dispositifs physiques et techniques de surveillance qui nous ont permis de remonter d’abord jusqu’au véhicule, puis jusqu’à l’individu. », précise le chef d’escadron Grégoire Demaison.
 
La nasse se resserre
Peu à peu, le déploiement de moyens humains qui quadrillent toute la zone va permettre de resserrer la nasse autour du suspect. « Un gros travail humain, consommateur en personnels et en heures gendarmes, nous a permis d’interpeller le suspect. Dès octobre 2012, nous avons créé un groupe d’enquête permanent dédié à cette affaire. Ce groupe était initialement composé de 6 militaires de la brigade de recherche de Bastia. Comme c’était un dossier mobilisateur, nous avons bénéficié du soutien, pour certains dispositifs techniques, de la section de recherche d’Ajaccio. Nous avons, aussi, eu recours aux équipes cynophiles du groupement de gendarmerie, aux chevaux de la Garde républicaine pour effectuer les surveillances opérationnelles et au précieux appui de la gendarmerie mobile, notamment pour tout ce qui concerne les surveillances discrètes dans le maquis, en poste d’observation de jour et de nuit. Ce qui nous permis d’identifier un véhicule, puis son propriétaire et l’individu à bord du véhicule, recensé au niveau de différents feux », explique le Colonel Didier Rahmani.
 
 
Une pulsion incendiaire
Les difficultés d’une telle enquête est de trouver des éléments matériels puisque le dispositif de mise à feu disparaît dans le feu. Le 17 septembre, les gendarmes surprenne le suspect sur le lieu d’une mise à feu et l’interpelle « non pas en pleine action, mais dans un temps très proche de l’action ».
Jean-Laurent Massari, un éleveur d’ovins de la plaine d’Oletta, âgé de 40 ans, avoue assez facilement les faits en garde-à-vue, mais ne reconnaît qu’une douzaine d’incendies sur les 29 dont il est accusé. Il définit son mode opératoire : une allumette coincée dans une cigarette en feu. Et un motif : une pulsion incendiaire incontrôlable. A l’arrivée de son avocat, Me François Fabiani, il choisit de garder le silence.
La gendarmerie va continuer ses investigations sur d’autres incendies qui ne sont toujours pas résolus. Depuis le 17 septembre, aucune mise à feu n’est à déplorer dans la région d’Oletta.
N. M.

Dominique Alzeari, Procureur de la République
Dominique Alzeari, Procureur de la République
Dominique Alzeari : « Cette interpellation n’a pas résolu tous les incendies d'Oletta »
 
- Qu’est-ce qui a permis cette interpellation ?
- C’est une logique, que nous avions exposée avec le préfet Louis le Franc, il y a 1 an, lorsque nous avions déploré plus de 20 incendies sur la région d’Oletta. Ce qui nous a amené à interpeller l’auteur présumé d’un certain nombre de ces faits, c’est la continuité de l’investigation sur commission rogatoire, la vigilance constante des gendarmes, leur mobilisation continue qui ont fait que le 17 septembre, alors que 3 feux s’étaient déclenchés sur Oletta, 5 minutes après le démarrage du dernier feu, nous avons interpellé un homme qui venait, manifestement, de mettre le feu du côté du lieu dit Le Pont de Fer.
 
- Comment s’est déroulée cette interpellation ?
- Dans le cadre de la commission rogatoire et sur le fait que l’homme conduisait sans permis. Des éléments plus que concordants ont justifié une mise en examen criminelle. Placé en garde à vue, il a fait des déclarations et s’est expliqué sur un certain nombre de faits. Inculpé pour 29 incendies criminels dont 2 tentatives, il en a reconnu une douzaine. Par la suite, dans le cadre de la garde à vue et de la stratégie de défense qu’il a développée avec son avocat, il a préféré faire jouer son droit au silence.
 
- A-t-il expliqué les raisons qui l’ont poussé à agir ?
- Il explique qu’il subit des pulsions incendiaires qu’il ne contrôle pas. Nous allons, de ce fait, diligenter un certain nombre d’expertises psychologiques et psychiatriques. Par ailleurs, il a manifestement une sorte d’obsession d’écobuage qu’il pratique de manière non contrôlée, peut-être dans le cadre de contentieux avec la municipalité. Tout cela est assez confus. On a surtout retenu le trouble à l’ordre public et la pulsion incendiaire avec le risque de réitération qui est le motif qui l’a conduit en détention. Il encourt 15 ans d’emprisonnement et 150 000 € d’amendes.
 
- C’est le 1er incendiaire que vous interpellez. Est-ce si difficile ?
- Il y a 3 éléments. D’abord, nous ne pouvons pas considérer que nous avons résolu tous les incendies, y compris sur Oletta, avec l’interpellation de cet homme. Ensuite, cette arrestation est la preuve que nous sommes face à des enquêtes très difficiles. On a de moins en moins d’éléments de police technique et scientifique, de dispositif de mise à feu, rarement des témoins. Les feux se déclenchent souvent par temps de grand vent, un peu partout en même temps. Il est déjà très difficile de faire le tri des interventions et d’intervenir dans des conditions pareilles proches de la flagrance. Enfin, ce succès prouve qu’il faut continuer à traquer les incendiaires. La gendarmerie va exploiter, un par un, l’ensemble des dossiers en cours. On ne désespère pas de continuer à interpeller des auteurs. On s’inscrit, encore une fois, dans une campagne de feux qui a été dure puisque 63 PV ont été dressés, cet été, en gendarmerie et 21 saisines de la CTIIF ont été dénombrées en Haute-Corse.
 
Propos recueillis par Nicole MARI




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