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« Notre priorité est d’améliorer la qualité de vie des Bastiais »


Rédigé par Nicole Mari le Samedi 16 Juillet 2016 à 19:00 | Modifié le Lundi 8 Août 2016 - 09:08


Améliorer la qualité de vie des Bastiais et redynamiser le centre-ville à bout de souffle étaient au cœur des promesses de campagne de la nouvelle municipalité. C’est devenu un axe majeur de la mandature à travers des projets emblématiques et complètement revisités : la rénovation du centre ancien, la sauvegarde du Puntettu et la restructuration du quartier Gaudin, de loin le plus ambitieux. Emmanuelle De Gentili, 1ère adjointe à la mairie de Bastia, déléguée à la politique de la Ville, au renouvellement urbain et à la vie de quartiers, en charge des affaires européennes et internationales, présidente de l'Office de tourisme de la Communauté d'agglomération de Bastia (CAB), explique, à Corse Net Infos, la vision politique qui préside à la réhabilitation de ces quartiers aux enjeux socio-économiques et patrimoniaux très forts, et fait le point sur l’état d’avancement des projets.


Emmanuelle De Gentili, 1ère adjointe à la mairie de Bastia déléguée à la politique de la Ville, au renouvellement urbain et à la vie de quartiers, en charge des affaires européennes et internationales, présidente de l'Office de tourisme de la Communauté d'agglomération de Bastia (CAB), et Secrétaire nationale du Parti Socialiste (PS).
Emmanuelle De Gentili, 1ère adjointe à la mairie de Bastia déléguée à la politique de la Ville, au renouvellement urbain et à la vie de quartiers, en charge des affaires européennes et internationales, présidente de l'Office de tourisme de la Communauté d'agglomération de Bastia (CAB), et Secrétaire nationale du Parti Socialiste (PS).
- L’opposition vous reproche de manquer de vision pour Bastia. Qu’en est-il ?
- Notre vision s’articule autour d’une priorité : comment améliorer la qualité de vie des Bastiais à partir des projets structurants du cœur de ville ? Comment rendre ce centre-ville plus attractif ? Elle part d’un constat : 40% des gens, qui travaillent à Bastia, n’y vivent pas. A cela s’ajoute une hausse de la fréquentation de gens venus de l’extérieur depuis que nous avons fortement développé l’attractivité de Bastia en multipliant les animations. Tout cela génère un flux de voiture et une surcharge de stationnement. Il y a, donc, un cisaillement entre la qualité de vie, la circulation, les transports et la restructuration de la ville. Notre volonté est de redessiner la ville sur la ville pour que les gens qui y habitent s’y sentent mieux et, en même temps, attirer de nouvelles populations, notamment des jeunes ménages.
 
- L’un de vos projets phare est la restructuration du quartier Gaudin qui dépasse le simple projet initial de parking. En quoi consiste-t-il ?
- Le parking Gaudin semblait, en effet, être posé là, un peu hors du temps et de l’espace ! Nous avons voulu le repositionner par rapport à son environnement, c’est-à-dire par rapport au collège Vinciguerra et à toute la fonctionnalité du boulevard Gaudin, mais aussi à la réhabilitation du Centre ancien et du Puntettu, et à ses liens avec la Citadelle et le Vieux Port. Ce projet beaucoup plus large intègre la restructuration de l’école Gaudin qui était considérée comme une école ghetto dont certains envisageaient même la fermeture. Nous maintenons cette école, mais nous la fermons pendant deux ans, le temps d’effectuer les travaux et de la restructurer tant au niveau du bâti que du projet pédagogique.
 
- Que voulez-vous en faire ?
- Nous voulons en faire une école modernisée en définissant, en partenariat avec le rectorat, un nouveau projet pédagogique innovant, notamment au niveau du numérique. Nous y rajouterons une crèche pour la rendre plus attractive. Quand nous livrerons le parking Gaudin, cette école aura pris un tout autre visage. Nous aurons, ainsi, effacé, l’image ghetto qu’elle traine actuellement.
 
- Que deviendront les écoliers pendant deux ans ?
- La question s’est posée de savoir si on maintenait les enfants dans l’école actuelle ou si on installait provisoirement des constructions modulaires pour les accueillir. Le travail du maire Pierre Savelli et d’Ivana Polisini, adjointe déléguée aux affaires scolaires, a permis, de trouver un arrangement avec l’école Venturi. Tout au long de cette année scolaire, ils ont mené des réunions de concertation avec les deux équipes enseignantes et les parents d’élèves. Des aménagements à hauteur de 150 000 € ont été réalisés à l’école Venturi pour qu’elle puisse intégrer les écoliers de Gaudin le temps des travaux.
 
- Où implanterez-vous la crèche ?
- Dans les salles inoccupées de l’école. Nous avons effectué un travail de reconfiguration pour optimiser l’espace, garder le Conservatoire de musique, une salle de danse et y rajouter la crèche. L’idée est de tout regrouper là, de la petite enfance jusqu’à l’accompagnement au collège. Nous voulons faire de l’école Gaudin un facteur d’attractivité du Centre ancien.
 
- De quelle façon ?
- En la replaçant dans ce contexte. De forts moyens financiers allaient être investis dans le Centre ancien, à la fois, à Vattalapesca, rue Chanoine Letteron et dans la zone du Puntettu. Nous nous sommes, alors, posés la question de la qualité de vie, de l’attractivité et de la redynamisation de cette zone. Pour redynamiser un quartier, il faut attirer de nouvelles populations. Sans école, comment imaginer attirer des jeunes familles, les inciter à s’installer et à subir les contraintes du centre ville ? En la replaçant dans ce contexte, une école prend tout son sens. Le bâtiment restructuré, de nouvelles fonctionnalités, un nouveau projet pédagogique et toute la restructuration du Centre ancien permettront de redonner à ce quartier une nouvelle identité, comme ce fut le cas à la Citadelle.
 
- Concernant le collège Vinciguerra, avez-vous finalisé le projet ?
- Nous sommes en train de discuter avec la CTC (Collectivité territoriale de Corse) pour le bâti, avec le rectorat et l’équipe enseignante pour le projet pédagogique. Nous leur avons demandé de prendre en compte toutes les données patrimoniales et de trouver à terme une restructuration qui compense les salles aveugles générées par la construction du parking. Nous pourrions, par exemple, reconstruire l’aile historique qui a été démolie, ce qui nous permettrait de récupérer des salles. Le but est de redonner au collège tout son lustre en tant que collège historique et patrimonial de la ville et de lui offrir une seconde vie. Plus globalement, nous profitons de la mise en œuvre d’un projet structurant pour travailler avec tous les acteurs, améliorer les projets initiaux, et redéfinir les fonctionnalités des quartiers.

Boulevard Auguste Gaudin.
Boulevard Auguste Gaudin.
- Le boulevard Auguste Gaudin est quasiment en mort clinique. Comment comptez-vous le ranimer ?
- Par des projets en cascade. Il y a déjà de nombreux projets comme, par exemple, en faire un parcours des arts et des métiers de l’art. C’est une idée très intéressante que nous espérons, un jour, voir se concrétiser, mais, aujourd’hui, la priorité, que nous avons constatée par la concertation publique, est vraiment de redynamiser ce boulevard par le commerce de proximité. Il y a quelques semaines, nous avons lancé une étude qui déborde jusqu’à Saint Joseph, touche le boulevard Paoli et toutes les rues adjacentes au Centre ancien pour déterminer quels sont les manques en matière de commerce de proximité. Il manque des boulangeries, des épiceries, des boucheries… L’absence de ce type de commerces pénalisent la réappropriation de ces quartiers. L’étude, qui sera rendue en septembre, nous permettra de lancer de la préemption commerciale.
 
- Pour quoi faire ?
- Nous pensons que, dans des quartiers qui ont été abandonnés, il faut être plus dirigiste que sur le boulevard Paoli où l’attractivité est naturelle. Nous envisageons, donc, en faisant jouer les compétences de la CAB (Communauté d’agglomération de Bastia), de faire de la préemption commerciale sur certains boyaux de rues, comme le boulevard Auguste Gaudin. Il ne serait pas impossible que nous préemptions, par exemple, des ventes futures pour pouvoir réaffecter des locaux et enclencher une dynamique de renouveau du quartier. Mais cela ne sera possible qu’une fois le parking Gaudin livré afin que nous puissions, éventuellement, envisager, dans le cadre d’une concertation avec les habitants, de supprimer la quinzaine de places de stationnement dans cette rue afin de procéder à des aménagements urbains.
 
- Lesquels ?
- Il est envisagé d’élargir les trottoirs pour que les poussettes puissent passer plus facilement et pour que la circulation en double sens fonctionne mieux. Sur ce boulevard complexe qui a, quand même, un goulot d’étranglement, on peut envisager une restructuration qui donne plus d’amplitude aux fonctionnalités naturelles de la rue.
 
- Pensez-vous que cela suffise pour redonner une seconde vie à ce boulevard ?
- Oui ! J’en suis persuadée. Un immeuble de 24 logements sera reconstruit. Le trottoir élargi va attirer les passants et donnera plus de perspective pour rejoindre la Citadelle et le Centre ancien. Le travail le plus important à faire est d’identifier les bons commerces à repositionner dans ce boyau. Il y a énormément, à la fois, de jeunes familles et de seniors qui vivent dans ce quartier. Tout est intiment lié, mais les choses doivent se faire dans l’ordre et non à l’envers. Il ne faut surtout pas faire comme dans la rue Napoléon qui est la bonne-mauvaise idée !
 
- C’est-à-dire ?
- La bonne idée était d’en faire une rue piétonne. La mauvaise idée est de l’avoir faite dans le sens où elle a été. Il fallait, d’abord, régler le problème du stationnement qui a été supprimé, puis celui des transports en commun et, enfin, piétonniser. On a piétonnisé sans se préoccuper de ce que devenaient les voitures et la circulation, ce qui a rajouté de la complexité dans le quartier. Nous sommes persuadés qu’il faut, comme dans toutes les villes de France, éloigner les voitures du centre ville. Mais, comme nous sommes très en retard en matière de gestion des flux de circulation, il faut, au préalable, mettre tous les voyants au vert. Il faut travailler sur un système de navettes plus efficace, revoir le plan de déplacement et le mode de stationnement pour privilégier le confort des habitants et, ainsi, inciter des populations à se réinstaller en centre ville. Nous avons constaté que, sur le boulevard et sur les grands axes de la ville, de nombreux appartements sont vacants. Cela veut dire que les gens, aujourd’hui, se désintéressent du centre-ville.
 
- Pourquoi ?
- C’est, sans doute, une question d’attractivité du centre-ville, mais c’est aussi cyclique. Le cycle dure, en général, une dizaine d’années. C’est, bien sûr, lié à la circulation et à la difficulté de garer sa voiture. Nous travaillons sur ces axes-là. Gaudin est le parking prioritaire puisqu’il articule tous les autres projets du cœur de ville. Nous avons, également, lancé des études pour déterminer la priorité entre un parking de dissuasion au Nord ou un autre au Sud de la ville. Comme il y a de moins en moins d’argent public, nous ne pouvons pas mener 50 projets en parallèle, nous devons définir les projets les plus efficaces qui s’imbriquent les uns avec les autres afin de donner des résultats visibles.
 
- Où est la priorité ?
- Nous sommes en train de réfléchir. Est-ce un parking à Toga, qui absorberait le flux du Cap Corse, ou un parking au Sud pour absorber les flux entrants dans ce sens-là. Aujourd’hui, nous manquons de visibilité à cause des travaux de construction des ronds-points de Casatorra et de Furiani qui amènent plus de complexité dans les flux de centre-ville. Quand ils seront achevés, nous y verrons plus clair. L’idée est vraiment d’absorber les voitures aux entrées de ville et de travailler davantage avec le chemin de fer et les transports en commun pour fluidifier la circulation dans le centre. Cela ne veut pas dire que les habitants ne pourront plus garer leur voiture prés de chez eux, ce sera une gestion nouvelle, comme cela se passe sur le continent.

« Notre priorité est d’améliorer la qualité de vie des Bastiais »
- L’opposition polémique sur votre projet du Puntettu que vous n’avez pas encore dévoilé. Où en êtes-vous ?
- Nous avons présenté, en juin, les axes de travail. Nous avons du vérifier si le fait de conserver la Casa Montesoru et de limiter les destructions d’immeubles permettait de rester éligible au financement de l’ANRU (Agence nationale de rénovation urbaine) puisque l’ANRU ne finance que la restructuration urbaine, c’est-à-dire la démolition et la reconstruction. C’était une question clé qu’il a fallu défendre devant l’ANRU. Nous avons expliqué quelle était notre philosophie, notre vision pour Bastia, en quoi le nouveau projet permettait de restructurer ce quartier tout en facilitant la liaison entre le Vieux Port et la Citadelle, le Vieux Port et Gaudin, comment se faisait l’articulation et quelle était notre ambition pour les habitants.
 
- Quelle est votre priorité ?
- Notre priorité est de construire le projet avec les habitants et non contre les habitants. Cette étape de discussion et de dialogue a été importante. Ensuite, nous avons souhaité que le côté patrimonial, qui n’avait pas été pris en compte dans l’ancien projet, soit un des points majeurs de la réflexion. Ce qui nous a permis de sauver trois autres bâtiments prévus à la démolition. Nous voulons aussi que la convivialité et le lien social soient des éléments importants à considérer. La place, qui devait être transformée en parking, est devenue, dans notre projet, une vraie place de village qui conjugue les fonctionnalités du passé et la modernité, c’est-à-dire des bâtiments à destination publique, plus de mixité sociale et tout un travail de redynamisation économique. Nous avons des demandes d’espaces de co-working dans un mélange nouvelles technologies-commerces de proximité, ce qui correspond à l’esprit du quartier entre tradition et modernité.
 
- Prendrez-vous en compte les demandes des habitants ?
- Oui ! Le Puntettu est un quartier phare de la ville avec une forte identité. C’est une sorte de village dans la ville où les habitants aiment se retrouver et garder des fonctionnalités comme il y a une trentaine d’années. Aujourd’hui, tous ces critères sont pris en compte. Le projet, que nous allons finaliser avec les habitants, intègrera leurs préconisations en termes de fonctionnalités, de mieux vivre-ensemble et de lien social. Nous présenterons, ensuite, devant le Conseil municipal et devant l’ANRU, le projet définitif qui sera mis en œuvre au lendemain de sa validation. Peut-être à l’automne.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 




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