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Nadine Nivaggioni : « Nous craignons l’abandon du projet Cyrénée »


Rédigé par Nicole Mari le Jeudi 30 Mai 2013 à 22:21 | Modifié le Dimanche 2 Juin 2013 - 01:41


GDF Suez remettrait en cause la construction du réseau terrestre Cyrénée de distribution de gaz naturel qu’il juge peu rentable. C’est ce qu’affirme Femu a Corsica qui, a déjà, interpellé l’Exécutif de l’Assemblée de Corse (CTC) et le gouvernement à maintes reprises. Le groupe nationaliste modéré souhaite que la ministre de l’environnement, Delphine Batho, profite de sa venue, ce vendredi à Ajaccio au salon Energ’îles, pour discuter du projet avec le président de l’Exécutif, la conseillère exécutive chargée de l’énergie et les élus territoriaux. Explications, pour Corse Net Infos, de Nadine Nivaggioni, élue territoriale, qui tire la sonnette d’alarme et demande à l’Etat de confirmer ses engagements.


Nadine Nivaggioni, élue territoriale du groupe Femu a Corsica.
Nadine Nivaggioni, élue territoriale du groupe Femu a Corsica.
- Quelle est la situation ?
- Le projet Cyrénée est la réduction de l’ancien projet GALSI au seul réseau terrestre d’alimentation. Il prévoit, en amont de la nouvelle centrale de Lucciana, la construction en mer d’une barge qui serait alimentée par deux bateaux. Cette barge, qui est une unité flottante de stockage et de regazéification, alimenterait la centrale thermique de Lucciana. De là, partiraient un réseau terrestre en direction de la centrale d’Ajaccio et un réseau public de distribution de gaz sur Bastia et Ajaccio. Environ 95% du gaz, qui arriverait par barge au large de Lucciana, serviraient à la production électrique des deux centrales et 5% seulement seraient dévolus à la distribution publique de GNL (gaz naturel liquéfié) sur Bastia et Ajaccio.
 
- Le GNL n’est-il pas distribué aujourd’hui ?
- Non. Aujourd’hui, le gaz de ville distribué est du GPL (gaz de pétrole liquéfié), deux fois plus cher que le GNL. Il est stocké dans des serres aériennes à Ajaccio et dans des serres semi-enterrées à Bastia. La cherté du GLP explique le non-développement de la distribution publique dans les deux villes. La concession de Bastia, qui compte 10 000 clients, est déficitaire. Celle d’Ajaccio, avec 20 000 clients, atteint à peine l’équilibre financier. Le GNL, moins cher que le GPL et le fuel léger, serait plus rentable.
 
- L’Etat s’est-il engagé fermement sur Cyrénée ?
- Le 8 novembre 2012, dans un courrier adressé au président de l’Exécutif, suite aux interpellations de Maria Guidicelli et de notre groupe Femu a Corsica, la ministre Delphine Batho donnait un certain nombre de confirmations. Mais des aspects restent à compléter. Pour l’instant, le projet Cyrénée n’est pas inscrit dans la programmation pluriannuelle d’investissements. Il n’a pas, non plus, été intégré dans le tarif de transport de gaz national par la Commission de régulation de l’énergie. En général, cette inscription se fait plusieurs mois ou même plusieurs années à l'avance, mais elle peut encore être faite.
 
- Qu’est-ce qui vous inquiète ?
- Depuis sept mois, nous n’avons plus de nouvelles. Notre grande inquiétude porte sur les négociations avec GDF Suez qui est en train de remettre en cause le projet. Pour lui, qui ne va exploiter que les distributions publiques d’Ajaccio et de Bastia et la canalisation entre les deux villes, le projet n’est pas rentable. En général, pour tous les ouvrages complexes, une directive européenne permet d’établir des taux de rémunération de 11% pour les capitaux investis. Or, l’Etat a considéré que Cyrénée était un projet normal. Son taux de rémunération est, donc, de 6,5%. A ce tarif, le projet n’intéresse pas GDF Suez.
 
- N’est-ce pas un marché de distribution classique ?
- Non. Ce n’est pas un marché ouvert classique. Généralement, sur le continent, un marché s’ouvre avec plusieurs clients et une concurrence au niveau des opérateurs. En Corse, il y a un seul client : EDF, et pas d’autres opérateurs possibles que GDF Suez. Cyrénée est un projet industriel avec des emplois à pérenniser et un gros chantier que la CTC ne pourrait lancer, toute seule. Le projet des barges et le projet terrestre coûtent, chacun, 200 millions €.
 
- Craignez-vous que GDF Suez ne sabote Cyrénée ?
- Bien sûr ! A partir du moment où le taux de rémunération et le traitement financier du projet ne sont pas intéressants, il est évident que GDF Suez va freiner des quatre fers et refuser d’y aller. Pendant quelques temps, nous nous sommes dit, avec Maria Guidicelli, la conseillère exécutive chargée de l’énergie, que ce point relevait d’une négociation financière. Maintenant, nous devons passer à l’acte politique.
 
- C’est-à-dire ?
- Le gouvernement doit décider d’un schéma spécifique pour la Corse avec un système dérogatoire. La Corse présentant une situation particulière, l’Etat doit lui conférer, d’un point de vue économique, des dispositions particulières permettant d’octroyer un taux rentable à GDF Suez. Si ce taux n’est pas rentable pour GDF Suez, le projet Cyrénée ne se fera pas.
 
- Quelles seraient les conséquences de l’abandon de Cyrénée ?
- A Bastia, la distribution publique se ferait toujours avec du GPL, les clients continueront de payer le gaz deux fois plus cher. A Ajaccio, la situation serait plus inquiétante. Il est impensable, aujourd’hui, de construire une barge dans le golfe d’Ajaccio. De même, à l’extérieur du Golfe, la mer étant trop profonde, les coûts seraient exorbitants. En cas de tempête, ce serait irréalisable. Donc, il n’est pas possible d’amener le gaz à la centrale par barge comme à Lucciana.
 
- Quelle serait, alors, la solution ?
- L’option du fuel léger n’étant pas tenable à long terme, il ne resterait, alors, que l’option du fuel lourd pour alimenter la centrale d’Ajaccio. C’est toute notre inquiétude ! Un second problème se pose concernant les serres aériennes de stockage de gaz. Leurs canalisations souffrent de trop nombreux points de corrosion. Leur exploitation reste permise, mais se fait sur un système dérogatoire qui arrive à terme dans quelques mois. Il faut, donc, décider, maintenant, des options pour Ajaccio : soit la ville est alimentée par Cyrénée, soit il faut investir dans un nouveau réseau de serres qui ne seront plus aériennes, mais seront des cigares de stockage semi-enterrés. Les risques Seveso restent entiers. Cette dernière option pose un problème, à la fois, d’implantation, politique et environnemental. Ce qui signifie que le problème, à Ajaccio, reste entier.
 
- A quelle date, Cyrénée devrait-il fonctionner ?
- Aux environs de 2018. Normalement, à partir d’août prochain, la centrale de Lucciana devrait tourner au fuel léger. En 2018, la barge au large de Lucciana devrait être construite et alimenter la centrale. Dans ce laps de temps de 5 ans, étaient prévus 3 ans d’études pour le réseau Cyrénée et 2 ans de chantier. Or, depuis novembre dernier, sept mois se sont écoulés sans que rien ne bouge. Le temps file. Face à ce retard, nous sommes obligés, maintenant, de réagir. La seule chose, que nous savons, est que GDF Suez n’est pas motivé pour construire cet ouvrage.
 
- Que demandez-vous à la ministre ? D’augmenter le taux de rentabilité du projet ?
- Non ! Nous ne rentrons pas dans ces discussions. Nous disons que l’Etat doit prendre ses responsabilités et faire démarrer les travaux. Pour cela, il faut, bien évidement, que GDF Suez y trouve son compte. Dans son courrier de novembre 2012, Delphine Batho demandait au directeur de GRT Gaz et au président d’EDF que des études et des procédures administratives, nécessaires à ces constructions d’ouvrages, soient lancées. Un rapport de GDF Suez, remis à la Direction générale de l’énergie et du climat, pointe des éléments défavorables, notamment la rentabilité. Nous souhaitons que les élus de la CTC aient connaissance du contenu de ce rapport et que Delphine Batho prenne une décision politique.
 
- Est-ce juste le groupe Femu a Corsica ou tous les élus de la CTC qui interpellera la ministre, ce vendredi ?
- C’est toute la question ! Delphine Batho vient à Ajaccio dans le cadre du salon Energ’îles. Le projet Cyrénée n’est pas à l’ordre du jour de sa visite. A Femu a Corsica, nous profitons de sa venue pour tirer la sonnette d’alarme. Nous la tirerons, également, la semaine prochaine, pendant la session de la CTC. Nous souhaitons que la ministre consacre un moment au président de l’Exécutif, à Maria Guidicelli et aux élus pour échanger sur ce sujet. Il faut que nous allions tous, ensemble, dans le même sens sur le projet Cyrénée, comme nous l’avons fait pour obtenir le fuel léger et le gaz à la centrale de Lucciana.
 
Propos recueillis par Nicole MARI



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