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Municipales de Bastia : La guerre de succession


Rédigé par Nicole Mari le Jeudi 23 Mai 2013 à 00:02 | Modifié le Vendredi 24 Mai 2013 - 02:30


En annonçant qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat lors des prochaines élections municipales, le maire de Bastia, Emile Zuccarelli, ouvre la boite de Pandore des investitures à gauche. Pour l’instant, trois candidats se profilent à l’horizon 2014. Entre un fils spirituel déjà proclamé candidat, un fils biologique prêt à se déclarer et la fronde socialiste qui se dessine, la bataille risque de faire rage. Sur fond d’ambitions personnelles portées par des personnalités affirmées, la gauche pourrait bien partir au combat en ordre dispersé.


Emmanuelle De Gentili, François Tatti et  Jean Zuccarelli
Emmanuelle De Gentili, François Tatti et Jean Zuccarelli
La nouvelle ne surprend personne. La rumeur courait depuis quelques semaines, s’aiguisant un peu plus chaque jour. Les deux sondages, commandés pour tâter le terrain, et l’activisme tous azimuts du fils contribuaient à préparer les esprits au renoncement du père. On se demandait juste quand et comment Emile Zuccarelli annoncerait qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat à la mairie de Bastia. On supputait l’annonce, courant du mois de juin. C’est finalement, mardi soir, à travers une lettre ouverte distribuée aux Bastiais, que le premier édile a annoncé qu’il ne serait pas candidat à sa propre succession lors des municipales de mars 2014.
 
Du père au fils
A 73 ans, après 24 ans de service, le maire de Bastia décide, donc, de passer la main… à son fils Jean, comme son père l’avait fait, en 1989,… avec lui ! D’ailleurs Jean, qui porte le nom de son grand-père, déjà conseiller municipal, conseiller exécutif et président de l’ADEC, s’y prépare activement depuis un certain temps, notamment depuis les dernières législatives où il avait annoncé son intention de se consacrer totalement à la politique. L’investiture du futur candidat, dont la désignation ne fait aucun doute, devrait être consacrée par les instances locales du PRG lors d’une réunion prévue dans les prochains jours et même entérinée à Paris par un accord national avec le PS.
 
Une dynastie en question
Si nul ne sait encore ce que pensent réellement les Bastiais de cette belle histoire de famille qui se répète et s’ils sont prêts à réélire un 3ème Zuccarelli aux commandes de la ville, il est, néanmoins, déjà certain que le principe de primauté dynastique, qui semble prévaloir au PRG insulaire lors des successions, n’est pas apprécié, de la même manière, par toutes les composantes de la majorité de gauche. Des personnalités plus jeunes, issues des allées du pouvoir en place, s’estiment tout aussi légitimes que le fils biologique du maire sortant à revendiquer le droit à l’investiture. Les sécessions se profilent et s’affirment sur fond d’ambitions personnelles.
 
La dissidence du fils spirituel
En premier lieu, le fils spirituel. Longtemps présenté comme le successeur putatif de celui qui fut son mentor, François Tatti pensait que les habits de premier édile lui reviendraient de droit. Non seulement, en échange de 20 longues années de bons et loyaux services, mais aussi d’une promesse qui lui aurait été faite, réitérée et… oubliée. L’ex-bras droit d’Emile Zuccarelli, conseiller municipal, conseiller territorial et président du Syvadec, n’a pas accepté d’être sacrifié sur l’autel dynastique. Il est, donc, rentré en dissidence. Sa déclaration télévisée de candidature à la Mairie de Bastia et son obstination à la maintenir contre vents et marées lui a déjà valu son poste d’adjoint en charge des travaux qui lui a été retiré en juin 2012. Il vient, dans un communiqué, de prendre acte du retrait d’Emile Zuccarelli et de réaffirmer sa participation au prochain scrutin.

La fronde socialiste
En deuxième lieu, la prétendante socialiste. Déjà évincée par Jean Zuccarelli lors de l’investiture pour les dernières législatives dans la 1ère circonscription de Haute Corse, Emmanuelle de Gentili, conseillère municipale, adjointe déléguée à l’urbanisme et au logement, conseillère exécutive et présidente de l’Office hydraulique, va-t-elle se laisser, encore une fois, couper l’herbe sous les pieds ? C’est fort peu probable ! La première secrétaire de la fédération socialiste de Haute-Corse, membre du Conseil national du PS et secrétaire adjointe au développement durable n’entend pas continuer à laisser contrarier les ambitions qu’elle représente. Difficile, en effet, d’accepter que le premier parti de France continue de végéter localement pour se résigner à n’être que le faire-valoir d’un PRG inconsistant au plan national, pour ne pas dire totalement inexistant, mais hégémonique dans la gauche insulaire. Nul doute que le retrait du maire sortant ne donne à Emmanuelle de Gentili, renforcée par ses nouvelles fonctions politiques nationales, de meilleurs arguments pour plaider sa cause ! Néanmoins, si elle fait, encore une fois, les frais d’un accord national entre les deux partis, entrera-t-elle, elle aussi, en dissidence ? La question se pose.
 
Le désir avorté des primaires
Pour contrecarrer l’investiture prévisible de Jean Zuccarelli, François Tatti avait lancé, l’an dernier, l’idée de primaires citoyennes à gauche. L’initiative a été reprise par le Collectif Pour un élan citoyen, créé fin 2012 par une poignée de militants que la dure controverse sur la succession d'Emile Zuccarelli, les querelles de personnes et les schismes avérés ou latents inquiètent. Mais toute démocratique qu’elle soit, la demande a fait long feu, le maire sortant, patron du PRG, lui opposant une évidente fin de non-recevoir. Sans pour autant endiguer la crainte affichée qu'un mauvais candidat ne précipite un changement de camp de la majorité municipale.
 
Le silence communiste
Dans ce concerto discordant à trois voix, il faudra, aussi, compter avec la position communiste. Lors des premières fissures dans l’union de la gauche, Ange Rovere, avait affirmé, haut et fort, que le PC ne remettait pas en cause les alliances municipales. Mais, le premier adjoint délégué aux finances achève, lui aussi, sa dernière mandature… Même s’il y a fort à parier que l’entente avec Emile sera reconduite avec Jean, les prises de position nationales et locales du Front de gauche très virulentes contre l’action gouvernementale risquent de rendre le jeu habituel plus malaisé.
 
Une gauche fragilisée
La discorde sourde, qui gangrène la majorité municipale, pourrait bien s’envenimer au fil des semaines au fur et à mesure de l’officialisation des ambitions de chacun. Des ambitions qu’il devient de plus en plus difficile de réprimer et qu’aucun mandat sortant ne peut plus empêcher de légitimer. Sauf à redessiner les contours d’un nouvel accord de pouvoir plus soucieux des équilibres personnels et politiques, la gauche risque d’arriver en ordre dispersé au premier tour de scrutin. Comment imaginer, alors, que les affrontements inévitables entre alliés devenus adversaires ne laisseront pas de trace ! D’autant que si le maire partait en pôle position à la reconquête de son siège, le changement de tête de liste rebat, également, les cartes d’une campagne qui s’annonçait, déjà, âpre et d’un scrutin que tout le monde prévoit serré. Au plus grand bénéfice d’une opposition qui se renforce, entre le regain d’appétit d’une droite en reconstruction et l’inexorable montée en puissance des Nationalistes modérés.
N. M.



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