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Mobilisation contre les assassinats en Corse : Une manifestation prévue


Rédigé par Nicole Mari le Dimanche 23 Juin 2013 à 00:37 | Modifié le Dimanche 23 Juin 2013 - 01:30


Le Collectif "contre les assassinats et la loi de la jungle" a tenu une réunion publique, samedi après-midi, à l’Université de Corse à Corte. Une cinquantaine de personnes a répondu à l’appel lancé par 11 membres de la société civile, notamment des élus, des représentants du monde associatif et économique ainsi que des victimes d’agression. Le but était de répondre à la question : « Que faire contre la violence ? » et de trouver les moyens de mobiliser la société insulaire. L’idée d’une grande manifestation populaire, qui pourrait être organisée à la rentrée pour réclamer la démocratie et l’état de droit, a été débattue. Explications d’André Paccou, représentant de la ligue des droits de l’homme et membre du Collectif. Egalement, la réaction d’Edmond Simeoni, autre membre du Collectif.


Ange-Pierre Vivoni, Isabelle Luccioni, André Paccou, Patrizia Poli et Père Gaston Pietri, membres du Collectif.
Ange-Pierre Vivoni, Isabelle Luccioni, André Paccou, Patrizia Poli et Père Gaston Pietri, membres du Collectif.
- Qu’est-ce que ce Collectif contre les assassinats et la loi de la jungle ?
- Ce Collectif est né d’une discussion entre deux personnes de la société civile, suite à un ras-le-bol des violences, en particulier de certaines violences qui blessent en profondeur la société corse, notamment les assassinats et les attentats. Il obéit à une volonté de se frayer un chemin dans la complexité de la violence, de porter une voix démocratique par l’intermédiaire d’un texte avec des signataires et un débat public.
 
- Quel est le but de ce débat ?
- La question posée est : « Que pouvons-nous faire par rapport à une situation que nous considérons comme grave concernant l’avenir de la Corse ? ». Les assassinats sont la partie la plus visible, la plus cruelle de ce qui se passe bien plus en profondeur, de cette loi de la jungle qui se concrétise par du racket, des pressions et des menaces sur des commerçants, des entrepreneurs, des syndicalistes, des militants associatifs, des journalistes... La société insulaire est en perte de repères sous le coup de violences dont elle n’a évidemment pas la responsabilité pleine et entière. La Corse n’est pas, comme dit Manuel Valls, une société de violence, mais, dans la société corse aujourd’hui, il y a production de violence à laquelle les citoyens ont du mal à répondre.
 
- Comment y répondre ?
- Ne serait-ce qu’en faisant entendre une parole démocratique disant qu’il existe une autre Corse, qui travaille et a envie d’un avenir de paix, de démocratie, de développement culturel… Nous sommes convaincus qu’il ne faut pas se laisser aller à la fatalité voire, comme nous le constatons, à la résignation contre ceux qui pratiquent la loi de la jungle car ce serait vraiment leur offrir toute la société en perspective. Il ne faut pas l’accepter ! En tant que militant des Droits de l’Homme, je sais que, dans l’histoire de l’humanité, la défense et la garantie des droits fondamentaux sont toujours venues de la société civile et des citoyens. Nous sommes les premiers garants de nos droits.
 
- Justement, à la question posée : « Que pouvons-nous faire ? », quelles réponses apportez-vous ?
- D’abord, nous allons rencontrer d’autres collectifs, notamment le Collectif d’Aïtone 2013 (en soutien à Jean-Jacques Ceccaldi et Gigi Casabianca). Ensuite, pendant le débat, des gens ont réclamé une manifestation. Nous pouvons y travailler à condition d’avoir un discours politique clair. Nous avons l’expérience en Corse de manifestations demandant l’état de droit qui se sont retournées contre les citoyens et se sont transformées en vagues de répression contre la société corse. Souvenez-vous, après l’assassinat du Préfet Erignac, de la demande corse d’un Etat de droit et de la répression qui a suivi avec Bernard Bonnet à la Préfecture et la justice anti-terroriste présente dans nos rues tous les jours ! Il faut faire très attention.
 
- Que devrait-on demander ?
- D’abord, un état de droit démocratique. Ensuite, si nous faisons une manifestation, nous devons porter un certain nombre de messages clairs en direction de la société. Des grands thèmes ressortent qui sont autant de réflexions et de chantiers à mener : le développement et la régulation démocratiques de la société insulaire et une politique de la jeunesse. Il faut arrêter de dire que la jeunesse est une classe dangereuse. Non ! La jeunesse est en danger. Aucune politique ne la prend en considération. Il y a, aussi, la nécessité d’interpeller l’Etat sur ses responsabilités.
 
- Quand prévoyez-vous d’organiser cette manifestation ?
- Nous allons nous retrouver d’ici à fin juillet pour formaliser concrètement ces idées, élargir notre démarche afin, dès septembre, de relancer des initiatives dans l’objectif d’une grande manifestation. Celle-ci devra se faire sur un discours politique clair en termes de demande démocratique et qui rassemble au maximum. Face à ceux qui pratiquent la loi de la jungle, ceux qui portent les voix démocratiques doivent s’unir parce que la force des voix démocratiques est beaucoup plus conséquente que celle des voix de la jungle.
 
- Pensez-vous que la société corse est prête à descendre dans la rue ?
- Non ! Pas aujourd’hui ! Il y a un travail à faire. Nous avons la volonté de le faire. Le Collectif va réfléchir au débat qui vient d’avoir lieu et le mettre en perspective. Nous sommes dans un processus. Nous allons donner de notre temps militant pour construire, pas à pas, une démarche. Nous ne voulons pas d’une manifestation de révolte, sans lendemain, mais d’une manifestation politique afin de porter les grandes questions que suscitent aujourd’hui notre société : la question sociale et démocratique, la question de la jeunesse et de l’Etat.
 
- Cette mobilisation n’est-elle pas avant tout un appel en direction de l’Etat ?
- Oui, mais pas seulement ! Il faudra que nous interrogions nos élus. Les nombreux échanges autour de la problématique du PADDUC (Plan d'aménagement et de développement durable de la Corse) sont une méthode de travail intéressante qui mobilise, crée de la délibération et associe les citoyens. Il existe des frictions avec des maires qui acceptent que le PADDUC donne un cadre d’ensemble, mais pas qu’il dicte la politique d’une municipalité. Plus il y aura du désordre dans les possibilités politiques données aux élus, plus il y aura possibilité, pour ceux qui ont envie de profiter de ce désordre, de le faire ! Le désordre n’est pas seulement du côté de l’Etat qui, incontestablement, doit changer de stratégie, notamment, sur le plan de la justice, où cette stratégie, qui a toujours reposé sur un droit d’exception, montre ses limites et son échec profond !
 
- Quelle serait la bonne stratégie ?
- Il ne faut plus considérer la société corse comme une société à maîtriser, comme un ordre public à maintenir. Il faut concevoir la justice comme une contribution à la démocratie, comme une demande de tranquillité civile de la part de la population. Il faut une justice sereine, équitable, sans droit d’exception. Le Collectif portera ce discours. Mais, il faut aussi que les élus, au niveau des régulations démocratiques mises à leur disposition, s’entendent et travaillent ensemble main dans la main pour mettre en œuvre les PLU (Plan local d’urbanisme) et les SCOT (Schéma de cohérence territoriale) et non pas, chacun selon son pré carré. Nous allons demander qu’ils se mettent d’accord pour qu’une régulation démocratique harmonise ces politiques d’aménagement.
 
- Peut-on parler de démocratie en Corse ?
- Oui. Un débat, comme celui que nous venons d’avoir, semble n’être que des paroles mais je rappelle que les droits d’expression, de pensée et de conscience sont les premières libertés fondamentales à faire vivre si nous voulons ouvrir davantage la démocratie. Ce sont les premières libertés auxquelles s’attaquent les régimes autoritaires lorsqu’ils veulent mettre les citoyens sous le joug. Par rapport aux liens entre élus et citoyens et entre élus eux-mêmes, il y a un vrai chantier de réflexion à mener, des demandes de participation des citoyens et la nécessité pour les élus de mettre en œuvre les outils de régulation qui permettent d’organiser la vie en société.
 
- C’est-à-dire ?
- Prenons l’exemple de l’intercommunalité qui est en train d’être mise en œuvre. Comment sont désignés les élus qui feront partie des groupements intercommunaux ? Est-ce que ce sont les citoyens qui les désignent ou les élus qui se cooptent entre eux ? N’y-a-t-il pas là un vrai problème démocratique sachant l’importance que vont prendre les intercommunalités dans l’aménagement du territoire ? Où est la démocratie représentative en matière d’intercommunalité ?
 
- Les Corses sont-ils encore libres aujourd’hui ?
- Les Corses sont encore libres s’ils décident de l’être ! Vues les conditions extrêmement difficiles, il est bien évident que la liberté finit par être abîmée, remise en cause soit par des politiques d’Etat qui pratiquent l’arbitraire et la justice d’exception, soit par des graves dysfonctionnements au sein même des sociétés lorsque celles-ci se laissent déborder par les violences qu’elles produisent. Toutes les sociétés humaines produisent des violences. Il faut nous donner les moyens d’une régulation démocratique pour ne pas nous laisser déposséder de notre destin, mais pour construire un avenir serein et démocratique.
 
Propos recueillis par Nicole MARI


Edmond Simeoni : « Il y a vraiment une insuffisance de démocratie et de respect de la loi en Corse »

Edmond Simeoni, membre du Collectif.
Edmond Simeoni, membre du Collectif.
- Pourquoi participez-vous à cette réunion ?
- J’ai participé de façon très soutenue à la réunion d’Evisa pour soutenir Jean-Jacques Ceccaldi et Gigi Casabianca qui ont été victimes de la destruction de leur outil de travail. Cette réunion a fait preuve de maturité et de responsabilité et a lancé un appel à la réflexion collective. Cette réunion du Collectif contre les assassinats et la loi de la jungle est une initiative similaire. J’ai pensé qu’il fallait rapprocher les deux démarches. Nous allons nous employer à le faire afin que ces initiatives de la société civile soient vraiment productives.
 
- Etes-vous inquiet de la situation actuelle ?
- Cette situation n’est pas spécifiquement inquiétante aujourd’hui. Elle se dégrade par la multiplication des actes de violence, des assassinats… A l’arrière plan de ces problèmes, il y a vraiment une insuffisance de démocratie et de respect de la loi en Corse. Si on ne prend pas en compte l’aspiration des Corses à une vie collective normale, saine et démocratique avec le respect des droits, la société va s’enfoncer de plus en plus dans cette spirale. Les stigmates sont évidents. La Corse a envie de progresser, de se mobiliser et de travailler. Les démarches, comme celles-ci, sont d’excellents augures.
 
- Pensez-vous que la société corse est prête à entendre le message ?
- Oui. Je pense qu’elle est apte à recevoir le message, qu’elle l’attend et qu’elle l’espère au fond d’elle-même.

Propos recueillis par Nicole MARI




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