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Michèle Rivasi, eurodéputée EELV/ALE : "Il faut que les Corses se battent !"


Rédigé par le Mardi 20 Septembre 2016 à 05:54 | Modifié le Mardi 20 Septembre 2016 - 16:09


Michèle Rivasi était en visite à Ajaccio lundi. Objectif : évoquer les grandes batailles à venir et expliciter le champ d'action des élus européens dans les débats qui concernent la Corse en matière d'écologie. Résumé des échanges et interview décapante de l'Eurodéputée avec révélations à la clef, sur E.D.F. notamment.


Michèle Rivasi, entouré à gauche de Jacques Parodi directeur de la DRAF et à droite de Daniel Fauvre directeur de la DREAL.
Michèle Rivasi, entouré à gauche de Jacques Parodi directeur de la DRAF et à droite de Daniel Fauvre directeur de la DREAL.
Militante jusqu'au bout des ongles bien longtemps avant d'être eurodéputée, Michèle Rivasi est - entres autres - l'une des fondatrices de la CRIIRAD : la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité, créée peu de temps après Tchernobyl. Elle fut aussi directrice de Greenpeace France entre 2003 et 2004, puis présidente de Nuclear Transparency Watch, réseau européen de vigilance citoyenne qu’elle a initié afin de promouvoir la transparence dans le domaine du nucléaire civil.

Vice-présidente du groupe Europe écologie les Verts - Alliance libre européenne au Parlement européen, elle est membre de la Commission Environnement, santé publique et sécurité alimentaire. C'est au titre de ces nombreuses casquettes que l'Eurodéputée était lundi en visite en Corse, où l'A.L.E. a de nombreuses ramifications, par l'intermédiaire de François Alfonsi - lui-même ancien eurodéputé -  qui en est aujourd'hui le président.

En visite en début d'après-midi sur le site Natura 2000 du Ricantu-Capitellu  à Campo dell'Oro, Michèle Rivasi a ensuite présenté le Projet Life "Défense Nature 2Mil"  à la base navale d’Aspretto.

En fin de journée, la député a participé à une confér
ence-débat, qui s'est déroulée dans les murs de la Bibliothèque d'Ajaccio.
Présents aussi en tribune pour débattre: Jacques Parodi, directeur de la Draf (direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt), et Daniel Fauvre, directeur de la Dreal (Direction régionale de l'environnement de l'aménagement et du logement)
 
Parmi les thèmes abordés : la biodiversité, le réseau Natura 2000, et la lutte contre les maladies qui touchent les végétaux. Le débat long et passionnant qui s'est organisé autour de ces grands thèmes a duré près de 3 heures.
Salle combre pour le débat citoyen organisé sur les thématiques de biodiversité, Natura 2000 et la lutte contre les maladies touchant les végétaux.
Salle combre pour le débat citoyen organisé sur les thématiques de biodiversité, Natura 2000 et la lutte contre les maladies touchant les végétaux.

 La première question portait sur l'existence de financements européens pour l'éradication des plantes invasives. Les griffes de sorcières, qui envahissent la Parata et plus généralement les Sanguinaires depuis 1994 étaient spécifiquement visées. Elles représentent aujourd'hui plusieurs dizaines de tonnes à éliminer.

Une réponse  apportée par Bernard Recorbet, expert de la DREAL Corse: 
 
" De nombreuses opérations d'arrachage sont organisées par le syndicat mixte, avec des financements hors Europe, la pointe des Sanguinaires étant classée Natura 2000. Les techniciens travaillent au maximum, mais d'autres aides sont disponibles, encore faut-il les demander..."
 
Un complément de réponse est apporté par Michèle Rivasi:
 
"Il existe des fonds européens pour lutter contre les espèces invasives. Le 16 juillet 2016, la Commission européenne a adopté un texte permettant des financements pour lutter contre 37 espèces. Je ne sais pas si les griffes de sorcières y sont mentionnées, mais la liste est évolutive. Moi-même j'ambitionne d'y rajouter le moustique-tigre et l'ambroisie, alors pourquoi pas les griffes de sorcières, il faut simplement faire remonter l'information jusqu'à l'Europe." 


 
Autre source de questionnements, le Cynips  et de la Xillela Fastidiosa , qui ont tous deux frappé la Corse dernièrement. C'est  Jacques Parodi, Directeur de la Draf (direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt) , qui a explicité la situation concernant ces deux fléaux :

" Concernant la lutte contre le Cynips, tout va bien : nous avons implanté des Torymus qui sont des prédateurs naturels du cynips. Les résultats sont satisfaisants, les productions repartent, tandis que les populations des deux insectes se stabilisent.

Pour la Xillela, nous avons trouvé plusieurs souches dans l'île. Il semble qu'elles soient différentes de celle qui a ravagé les oliviers de la région des Pouilles en Italie. Des tests sont toujours en cours, mais aujourd'hui aucun n'a révélé un rôle pathogène important pour les souches corses. Par ailleurs, parmi les souches trouvées, certaines sont très anciennes en Corse, et proviennent en grande partie du milieu naturel.

Cela signifie que la Xillela corse serait donc relativement peu pathogène, tout en étant extrêmement présente : 19 espèces ont été trouvées contaminées, comme l'immortelle ou le romarin. Ce qui est intéressant, c'est que nous travaillons sur des souches d'oliviers corses qui pourraient être résistantes. On envisage même de les emmener dans les Pouilles pour voir comment elles évolueraient. A l'heure actuelle, on découvre encore cette maladie. On travaille donc pour adapter les modes de lutte au fur et à mesure. "

 
Une autre question marquante, posée par Toni Casalonga, ancien candidat Europe Ecologie les Verts aux élections européennes de mai 2014, concernait la réserve de Scandola: pour lui dans ce cas précis, l'espèce invasive, c'est l'Homme: en conséquence, comment limiter son impact sur des zones protégées comme cette réserve à forte biodiversité ? L'Eurodéputée y a répondu, sans aller par quatre chemins:
 
"  Effectivement le premier prédateur c'est l'être humain. Il faudrait prendre en compte la quantité de touristes que l'on peut absorber. Pour cela il faut des études. Le plus gros obstacle c'est la recherche du profit, cette réflexion est générale. C'est pour cela que l'on parle de "sobriété heureuse ". C'est très important car on va vers un appauvrissement du site, ce qui implique une baisse de qualité. La seule solution qu'y en découle, si on n'agit pas assez vite, c'est d'interdire des sites pour préserver la biodiversité. Plutôt que d'en arriver à ces mesures, il vaut mieux limiter, c'est évident."  
 
Toujours autour du thème des espaces protégés: une question portait sur un site de la basse vallée du Tavignanu: le Ghjuncaghju, sur lequel un projet de centre d'enfouissement était à l'étude. Ce projet qui se situe au bord d'un site Natura 2000. Un collectif s'est alors constitué contre le projet, qui a ensuite fait l'objet de plusieurs enquêtes. Toutes ont donné lieu à des avis défavorables, sauf une réalisée par les investisseurs. Hors, des travaux ont repris en septembre, ce qui inquiète grandement le collectif. On parlerait maintenant - selon un de ses représentants - d'un projet de prélèvement de matériaux "tout venant" pour la création d'une carrière. Ce nouveau projet serait, lui, dans le site Natura 2000. Sur cette question, Michèle Rivasi est intraitable: 
 
"  La DREAL doit donner un avis défavorable, et normalement, le préfet ensuite ne devrait pas donner l'autorisation. Si cela arrive il faut saisir l'Europe, et la Commission des pétitions, qui devra confirmer le "non respect de la Directive". A ce moment-là, des comptes devront être demandés à la France. Je l'ai fait plusieurs fois sur le territoire français, ça peut aller jusqu'à la suppression de fonds européens. "

Un complément d'information est apporté par Daniel Fauvre, Directeur de la Dreal (Direction régionale de l'environnement de l'aménagement et du logement)  :
"  Une réunion se tiendra le 29 septembre, et ensuite le préfet devra donner un avis. Pendant cet examen le porteur de projet peut venir le défendre. Aujourd'hui, je n'ai pas connaissance d'un projet de carrière, mais je rejoins Mme Rivasi. "
 

Autre sujet abordé : les bateaux de croisiéristes en tant que source de pollution importante. Ceux qui polluent doivent payer, l'Europe peut elle agir ? Existe-t-il des fonds européens pour les équiper de limiteurs de pollution ?
 
Réponse de Michèle Rivasi:
" On peut agir en amont, mais ce n'est pas de notre ressort. C'est de la responsabilité du port et des transports maritimes. On ne peut demander à l'Europe de tout réguler. Encore une fois, à un moment, il faut que les instances locales régulent et limitent.

Concernant des fonds européens pour financer des limiteurs de pollution: la réponse est Non: les bateaux sont soumis à des normes, ils doivent les respecter, et ce n'est pas à l'Europe d'effectuer les contrôles nécessaires. Cela étant dit, il est anormal que le kérosène ne soit pas taxé sur les avions, et il en va de même pour le CO2 sur le transport maritime. C'est anormal."
 
 

Daniel Fauvre, Directeur de la Dreal (Direction régionale de l'environnement de l'aménagement et du logement), a tenu à apporter des précisions sur cette question:


" Il existe un certain nombre de contrôles, mais ceux-ci sont dimensionnés par les moyens financiers. Nous cherchons à cibler les grandes priorités. Vous avez cité les croisiéristes, mais il ne faut pas oublié les ferries. Encore faut-il trouver un système économique qui fonctionne. Le branchement en réseau électrique des navires une fois à quai, par exemple, permettrait d'éviter une pollution supplémentaire des golfes, due au maintien en fonctionnement des moteurs. "

 
Une ultime question : qu'en est-il des directives européennes ? Sont-elles bien appliquées en France ? Si non quelles sont les solutions ? Michèle Rivasi répond :
" La directive donne des orientations. La gouvernance est du ressort des Etats. Chaque Etat doit contrôler. En France nous avons une structuration quand même performante : Région et Département se partagent les compétences. Le souci est d'aller contrôler. Les DREAL n'ont souvent pas les moyens financiers nécessaires. Et alors qui finance ? les Industriels ?

L'ennemi : ce sont les lobbies

Au niveau européen, on est face à une situation très grave: le rachat de Monsanto par Bayer va créer un monstre qui pourrait finir par contrôler l'Agriculture et la Santé. C'est très dangereux !"
​Pour étayer son argumentation, la députée s'appuie sur le cas du glyphosate, un des herbicides les plus utilisés en Europe : près de 1500 études publiées disent que ce produit est cancérigène.
 
" L'agence européenne EFSA, basée à Parme, entourée d'industriels dit que ce produit, que l'on retrouve aujourd'hui partout, ne serait pas cancérigène, mais ses experts sont financés par l'Industrie ! Et quand on leur demande leurs analyses, ils refusent de nous les montrer: ils ne nous donnent qu'un avis et on doit s'en contenter. Dans une semaine, je serai, avec d'autres, dans un bureau, pour avoir accès à ces documents, sans pour autant avoir accès à une photocopieuse, et je devrais ensuite quitter ce bureau avec seulement mes prises de notes pour contrecarrer leur étude. Cela parait invraisemblable, mais telle est la situation et la pression des lobbies... Mais il faut se bagarrer et on va gagner, quitte à faire une action à la Greenpeace pour conserver des documents." 
 
Michèle Rivasi fait de la lutte contre les lobbies industriels une de ses priorités, et dans un élan de militantisme, elle rappelle à la salle: 
" L'Europe nous appartient, mais les votes sont importants. Si on ne vote pas, on laisse la place aux industriels et aux lobbies. Si la majorité est libérale et conservatrice, l'Europe le restera. Aujourd'hui les gouvernements défendent leurs industries. Ce n'est pas bon. Les gens doivent voter pour avoir une Europe plus sociale. Et si cela ne va pas en Corse, c'est localement qu'il faut agir: agir localement pour avoir des villes en transition énergétique, agir sur les ports pour qu'ils polluent moins, etc... Chacun doit agir à son niveau. On se bagarre a l'échelle européenne, mais bagarrez vous ici !"

Interview de Michèle Rivasi, eurodéputée

" Je suis très familiarisée à la situation de la Corse. J'ai défendu vos droits plus d'une fois. Le lobby exercé en Corse par EDF par exemple est très puissant. Vous savez que, contrairement à ce qu'il se dit, la Corse est en zone connectée, c'est-à-dire qu'un câble la raccorde à la Sardaigne et à l'Italie.

En conséquence dans ce genre de cas de figure, le renouvellement d'une centrale doit se faire par appel d'offre européen. Hors, comme EDF possédait la centrale d'Ajaccio et souhaitait garder le monopole, l'entreprise a fait un forcing au niveau de la Commission européenne pour qu'il n'y ait pas d'appel d'offres. EDF voulait encore une fois imposer une centrale au fuel lourd.

Je suis donc intervenue plusieurs fois au niveau de la Commission, notamment auprès de la Direction générale de l'Energie, pour demander cet appel européen, et aussi pour favoriser la transition énergétique. Les seules choses que j'ai obtenues sont des turbines mixtes : fuel lourd au départ puis léger aujourd'hui, et elles pourront passer au Gaz éventuellement... 

On dit souvent qu'on ne peut pas avoir plus de 30 % d'énergie renouvelable en Corse, qu'en est-il ?

C'est Faux ! C'est EDF qui a imposé ces 30 %, mais quand on met des éoliennes, du photovoltaïque, qu'on a un fonctionnement intelligent sur les barrages, on peut facilement atteindre au moins les 50 %, très facilement.

C'est quelque chose que vous avez voulu dire en Corse, mais on vous en a empêché ?

Effectivement il y a trois ans, j'étais à Calvi pour Festiventu et j'ai voulu alerter l'opinion publique sur ce sujet. Les syndicats comme EDF m'en ont empêchée, menaçant de couper le courant sur Calvi le temps de mon passage.

Pourquoi ce blocage ?

Parce qu'il y a du corporatisme, qu'on ne veut pas transférer des emplois d'une centrale à Ajaccio à d'autres types d'énergie, et parce que tout le monde a intérêt à ce que rien ne bouge. "





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