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Michel Stefani : « On ne peut pas laisser le gouvernement brader la SNCM ! »


Rédigé par Nicole Mari le Mercredi 14 Mai 2014 à 21:08 | Modifié le Mercredi 14 Mai 2014 - 21:32


Le 12 mai, le patron du directoire de la SNCM, Marc Dufour, a été débarqué par le Conseil de surveillance qui a rejeté par 6 voix contre 5, la prorogation de son mandat, fin mai. Cette éviction, voulue par Transdev, l’actionnaire principal, a été rendue possible par l’abstention des 3 représentants de l’Etat qui ont lâché la compagnie maritime. Elle enterre le plan de redressement, pourtant soutenu par les pouvoirs publics, et fait fuir le groupe norvégien Siem qui était sur les rangs pour un éventuel rachat. La CGT crie à la trahison, à la provocation et continue le combat. Réaction, pour Corse Net Info, de Michel Stefani, conseiller territorial Front de Gauche et président des Chemins de fer de la Corse.


Michel Stefani, conseiller territorial Front de Gauche et président des Chemins de fer de la Corse.
Michel Stefani, conseiller territorial Front de Gauche et président des Chemins de fer de la Corse.
- Comment interprétez-vous le rôle joué par les représentants de l’Etat au dernier Conseil de surveillance de la SNCM ?
- L’attitude du gouvernement est stupéfiante ! Nous assistons à un véritable lâchage de la compagnie. Mr Cuvillier (secrétaire d’Etat aux transports) dit que l’abstention est exigeante, sauf qu’il met aux commandes de la SNCM ceux qui, depuis des mois, rêvent de la saborder, c’est-à-dire Mr Frérot (PDG de Veolia) et Mr Janaillac (PDG de Transdev), les représentants des actionnaires principaux. Ce n’est pas ce que nous avions compris des propos du ministre, ni même du Président de la République qui, en juin dernier, nous expliquait que l’Etat ne serait plus un actionnaire dormant. Son réveil est plutôt fracassant ! La façon, dont le gouvernement agit, est une véritable provocation !
 
- C’est-à-dire ?
- Le réveil est fracassant pour les 2600 salariés de la compagnie et les 1200 emplois induits chez les prestataires de service. Il l’est aussi pour le service public de continuité territoriale entre le Continent et la Corse qui relève - faut-il le rappeler ! – de la responsabilité de l’Etat. Le gouvernement semble se laver les mains de l’avenir de la SNCM et laisse, au privé, aux actionnaires Veolia et Transdev, le soin de le définir en ignorant totalement le vote de l’Assemblée de Corse (CTC) qui a attribué la Délégation de service public (DSP) au groupement SNCM-CMN. La DSP garantit à la SNCM une compensation financière de près de 600 millions €. Je connais peu d’entreprises dans le pays qui ont une telle garantie publique avec elles !
 
- Les actionnaires et le gouvernement ont-ils, selon vous, programmé le démantèlement de la SNCM ?
- Contrairement à d’autres, nous n’acceptons pas ce scénario. Nous le combattons et nous l’avons toujours combattu ! Nous alertons, aujourd’hui, les usagers du service public. En premier lieu, toutes les personnes qui considèrent qu’on ne peut pas laisser le gouvernement brader, comme il le fait aujourd’hui, l’intérêt industriel et social de la France. Il le fait pour la SNCM, comme il le fait pour Alsthom. Nous disons : « Ça suffit ! ». Nous ne pouvons pas faire ce constat et ne pas le dire clairement.
 
- La question du renouvellement des navires se pose-t-elle encore ?
- Curieusement, le ministre Cuvillier dit que les investissements et le renouvellement de la flotte ne posent pas problème ! Ce qui lui pose problème, ce sont les deux amendes réclamées par la Commission européenne à la SNCM. Or, Mr Cuvillier sait pertinemment que la responsabilité de la 1ère amende à 220 millions € incombe à l’Etat puisqu’elle résulte de la privatisation scandaleuse conduite par le gouvernement Fillon-Sarkozy en 2005. La 2ème amende porte sur l’exécution de la DSP de 2007 et, donc, sur un service effectué par l’opérateur. La SNCM n’est pas responsable de la rédaction du cahier des charges, ni du fait qu’il ne correspond pas à la réglementation européenne.
 
- Ces amendes, que la Commission européenne vient encore de réclamer, ne sont-elles pas une épée de Damoclès pesant sur l’avenir ?
- Dans les deux cas, la SNCM est, certes, visée par la torpille de Corsica Ferries, relayée par la Commission européenne, mais cette torpille ne pèse pas sur le devenir de la compagnie pour peu que l’on accepte l’argumentation que nous développons et que le gouvernement devrait développer.
 
- Ne croyez-vous pas que le gouvernement joue, encore, la montre comme il l’a fait pendant la campagne des élections municipales ?
- On n’en est plus là ! Si le gouvernement souhaitait pérenniser l’entreprise, comme il le laissait entendre il y a encore quelques semaines, le Conseil de surveillance de lundi dernier aurait pris une autre tournure. Il aurait conforté le choix du plan à long terme avec le renouvellement de la flotte pour maintenir 8 navires et laisser la possibilité à la SNCM d’exécuter la DSP qui lui a été confiée par la CTC. Ce n’est pas le cas ! La Caisse des dépôts et consignations n’est pas un organisme étranger ! Le gouvernement peut très bien imposer le maintien de Transdev et de la Caisse des dépôts dans le capital de la SNCM et stabiliser l’entreprise.
 
- N’a-t-il pas prétendu le faire en restituant les rênes aux actionnaires principaux ?
- C’est ce qu’il dit, mais ce n’est pas le cas ! Au contraire, il déstabilise encore plus la SNCM ! Le gouvernement aurait du, de ce point de vue, faire le choix de la puissance publique dans le capital de la SNCM. Il ne l’a pas fait ! Cet ensemble d’éléments traduit bien une volonté politique qui n’est pas celle que les salariés attendent à juste titre, ni celle que les usagers sont en droit d’attendre de la desserte de service public maritime de continuité territoriale.
 
- Ne craignez-vous pas que la SNCM soit déjà morte ?
- Non ! Nous allons nous battre ! Et je pense que les salariés vont le faire. Ils peuvent compter sur nous dans cette bataille qu’ils mènent courageusement, dans un esprit de responsabilité, depuis des mois, sinon des années. La réalité est celle-là, mais nous n’allons pas, nous, prononcer l’oraison funèbre de la SNCM !
 
Propos recueillis par Nicole MARI
 
 
 




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