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Michel Barat : « Si l’académie de Corse réussit, c’est grâce à la corsitude ! »


Rédigé par Nicole Mari le Vendredi 12 Septembre 2014 à 22:04 | Modifié le Vendredi 12 Septembre 2014 - 23:39


C’est au collège Saint-Joseph de Bastia, qui expérimente, cette année, le réseau d’Education prioritaire plus (REP +), que le recteur de l’Académie de Corse, Michel Barat, a fait, vendredi matin, la rentrée du secondaire. Accompagné de Catherine Mercier-Benhamou, inspectrice d’académie-directrice académique de Haute-Corse, d’Antoine Chelelekian, IEN de circonscription, et de Jean-Luc Giocanti, directeur de cabinet, il en a profité pour faire le point sur les sujets de satisfaction, comme les sujets de polémique : l’application des rythmes scolaires et la controverse du 8 septembre. Il explique à Corse Net Infos pourquoi, selon lui, la Corse, plus petite académie de France avec seulement 43 établissements scolaires, affiche de très bons résultats au baccalauréat et au brevet.


Catherine Mercier-Benhamou, inspectrice d’académie – directrice académique de Haute-Corse, et Michel Barat, recteur de l’Académie de Corse.
Catherine Mercier-Benhamou, inspectrice d’académie – directrice académique de Haute-Corse, et Michel Barat, recteur de l’Académie de Corse.
- Etes-vous satisfait de la rentrée scolaire ?
- Oui ! Mais il faut attendre 8 jours pour voir si les problèmes arrivent. Par exemple, un poste sans enseignant. Tel professeur qui est malade ou qui ne s’est pas présenté à tel endroit. Ou bien telle école qui estime être un peu chargée en nombre d’élèves… parfois légitimement, parfois c’est déraisonnable !
 
- Quel bilan tirez-vous de l’application de la réforme des rythmes scolaires dont on parle beaucoup depuis quelques mois ?
- Nationalement, on va en parler beaucoup moins. En Corse, bientôt, on n’en parlera plus du tout ! La réforme des rythmes scolaires consiste à ouvrir les écoles pendant 3 heures le mercredi matin. Elle offre la possibilité aux communes de proposer des activités péri- ou extra-scolaires. Juste deux communes de Corse du Sud, Figari et Pianottoli, n’ont pas, pour l’instant et pour des raisons diverses, mis en place d’activités. Nous sommes très satisfaits.
 
- Borgo et Calvi s’y refusaient aussi !
- A Borgo, il n’y a pas de problème. La municipalité, qui avait été, dans un premier temps, porteuse d’une motion contre, met en place un système un peu complexe. A Calvi, je n’ai pas encore compris ce que la municipalité faisait ! La question du paiement de la garderie m’inquiète, nous regardons, donc, de près ce qui se passe. Globalement, c’est la population, les parents d’élèves qui ont fait changer d’avis les maires. Je ne peux que me féliciter que le maire d’Ajaccio, qui était réellement contre et était entré dans un conflit institutionnel avec le rectorat, ait compris que les rythmes scolaires pouvaient apporter un bénéfice pour l’école. Je préfère un maire qui dit d’abord « Non » et change d’avis plutôt qu’un maire qui fait semblant de dire « Oui » et qui met en place des faux rythmes scolaires.
 
- A l’inverse, quelles sont, selon vous, les communes qui ont le mieux réussi dans l’application des rythmes scolaires ?
- En Haute-Corse, Moriani-Plage est, quand même, la pionnière. Monticello a mis en place le meilleur système de France. Il faut y ajouter Bastia, la communauté de communes d’Oletta et, en Corse du Sud, les RPI (Regroupement pédagogique intercommunal) de l’Alta-Rocca. Les rythmes scolaires apportent de l’animation dans les villages. S’ils coûtent un peu d’argent aux mairies, ils permettent des recrutements. L’Etat essaye de maintenir, le plus possible, les écoles dans le rural. Nous sommes très contents quand les municipalités nous y aident en apportant des animations. L’Education nationale est, aussi, un aménageur culturel du territoire.
 
- Autre sujet de polémique : la vacation de la journée du 8 septembre que certains considèrent comme une atteinte à la laïcité. Que leur répondez-vous ?
- Soyons clairs ! C’est bien la première fois qu’on m’attaquerait sur la question de la laïcité ! Attaque-t-on le fait que Noël soit chômé ? Même les athées militants sont très contents de chômer à Noël ! Le 8 septembre est une des grandes fêtes corses. Elle est un fait culturel. La CTC (Collectivité territoriale) avait pris position pour que le calendrier scolaire n’inclut pas, ce jour, dans les jours de classe. Elle avait émis un vote hostile à l’unanimité. Son avis n’étant que consultatif, j’aurais très bien pu aller contre. J’ai préféré faire l’inverse. Il eut été stupide de ne pas en tenir compte ! Pourquoi réussit-on en Corse aujourd’hui ? Le vrai changement, c’est la corsitude !
 
- Pourquoi dites-vous que la corsitude est un élément de réussite ?
- A partir du moment où il y a du lien social, l’école n’est plus simplement le lieu de la transmission du savoir, mais aide à la constitution de personnes et à la mise en place de liens culturels. Dans notre île, la corsitude, que l’on nous reproche parfois, est un vrai lien social. Nos établissements scolaires ne sont pas simplement des lieux de transmission du savoir, mais des lieux de vie qui se forment autour de l’idée et de la manière dont les Corses vivent le fait qu’ils sont corses. Cela aide, justement, les élèves à recevoir les apprentissages.
 
- Les résultats de l’académie de Corse au baccalauréat sont bons, mais, chaque année, 400 à 500 élèves décrochent des études. Comment expliquez-vous ce chiffre élevé ?
- Ce chiffre est réel et, relativement à la population, dans les normes. La Corse n’est pas un pays riche, mais un pays avec une double misère : celle du péri-urbain avec des gens qui n’ont pas d’argent et celle du rural où des jeunes et des personnes âgées se trouvent dans des situations de très grande précarité. Si cette misère se voit moins et semble moins cruelle qu’ailleurs, c’est qu’il existe encore des solidarités familiales. L’Education nationale a, récemment, fourni les cartes des risques scolaires par académie. On voit très bien que c’est là où se situe le problème en Corse ! La grande multiplication des familles monoparentales en milieu péri-urbain peut être, également, un facteur de risque d’échec scolaire.
 
- Comment résorber ce problème des décrocheurs ?
- Il faut, comme à Saint-Joseph, le faire le plus tôt possible, dès l’école élémentaire et le collège, pour essayer de trouver, dans l’éducation, des palliatifs à ce problème qui ne vient pas de l’éducation, mais vient de la société. On nous demande parfois beaucoup ! Ce n’est pas nous qui allons résoudre la crise économique ! Mais, si nous ne sommes pas capables de prendre en compte la misère qu’elle engendre, qu’elle soit économique, sociale ou intellectuelle, nous n’avons plus aucune raison d’être ! Aussi faut-il être attentif et mettre les moyens pédagogiques et financiers là où la précarité est la plus grande ! Il y a, également, un problème culturel. Des jeunes bacheliers, qui ont eu sans difficulté, voire brillamment, leur baccalauréat, ne continuent pas d’études alors que 71% de ceux qui continuent, vont à l’université de Corté. Il faut, en Corse, inciter à la continuation d’études.
 
- Est-ce pour cette raison que vous avez choisi le collège Saint-Joseph de Bastia, qui expérimente la nouvelle politique de refondation de l’école, pour faire votre rentrée ?
- Premièrement, j’essaye d’alterner mes rentrées entre la Haute-Corse et la Corse du Sud. Deuxièmement, comme ce collège fait partie du réseau d’Education prioritaire plus (REP +), le seul que nous avons en Corse, il était tout à fait normal que je vienne dans cet établissement précurseur. C’est la grande innovation de cette rentrée en France où seuls 102 établissements expérimentent cette nouvelle manière de voir l’Education prioritaire.
 
- Qu’apporte ce REP+ au collège Saint-Joseph ?
- D’abord, beaucoup plus de moyens. Des dégagements d’heures pour que les professeurs puissent travailler en équipe. Par exemple, ce vendredi matin, j’ai assisté à un atelier de lecture de 6ème animé par la documentaliste et deux professeurs de lettres. Cet atelier est appelé à s’ouvrir sur le CM2 afin de bien assurer le lien avec les 3 écoles élémentaires de ce réseau. Ensuite, j’ai assisté à un cours d’anglais où deux professeurs exerçaient leurs talents pour essayer de dynamiser un cours de langue vivante. Je tiens à préciser que l’ensemble du personnel du corps d’inspection de Corse est mobilisé derrière cet établissement.
 
- Le dernier classement PISA mondial ne remet-il pas en cause le système éducatif français qui y est très mal noté et occupe le 25ème rang ?
- Non, on ne peut pas dire que la France est très mal notée, elle est au milieu ! PISA n’est pas une parole d’évangile ! C’est un des indicateurs qui doivent nous faire réfléchir à ce qu’est notre enseignement. Le 1er pays classé est la Corée du Sud dont l’enseignement a un mode d’encadrement quasi-militaire ! Je ne suis pas sûr que nous souhaitons cela pour notre école ! Cela dit, nous devons faire attention à ce que montre PISA. Le système français est jugé comme devenant inégalitaire
 
- Est-ce vrai ?
- Oui ! Bien sûr que c’est vrai ! L’enseignement français augmente la question d’inégalité. D’abord, la société française, qui vit une crise économique et financière, devient plus dure. Cela a des répercutions naturelles sur l’école. Ensuite, la France ne met pas assez d’assistance et de moyens sur le début de l’école, c’est-à-dire l’école élémentaire et le début du collège. Dans les dernières statistiques, la France se situe dans les moyennes honorables de l’OCDE concernant l’investissement financier réalisé dans les lycées et les collèges. Au niveau de l’université, elle est au-dessus des moyennes. Sur l’enseignement élémentaire, elle est en dessous. Il est évident que si les apprentissages fondamentaux n’ont pas été mis en place, l’élève aura de grosses difficultés plus tard. L’idée de la refondation, qui consiste à recommencer à partir de l’école élémentaire en y mettant les moyens, est plutôt une bonne chose.
 
- Vous avez évoqué le problème du collège de Levie qui ne compte que 80 élèves. Est-il pertinent de maintenir un tel établissement pour si peu d’élèves ?
- C’est une question qui mérite d’être posée, mais à laquelle il est difficile de répondre ! Vous connaissez comment, chez nous, nous raisonnons ou plutôt nous ressentons ! En rationalité pure, au niveau de l’action pédagogique, ce nombre d’élèves n’est pas très raisonnable. Mais, les Corses sont attachés aux microrégions. Un lien social est toujours fait par le collège de Levie, que, pour l’instant, je défends. Mais, pour qu’il soit un jour pérenniser, même s’il ne craint rien dans les années qui viennent, il faudrait redynamiser l’ensemble de la région pour attirer de nouveaux enfants. Si jamais la démographie scolaire baissait encore, là, l’établissement serait en danger.
 
- Une question plus personnelle. L’université de Corse n’a pas de chaire de philosophie. La rumeur prétend que le philosophe, que vous êtes, pourrait en créer une. Le confirmez-vous ?
- Ce n’est pas tout à fait cela ! Il y a des enseignements de philosophie à Corte, notamment d’épistémologie dans le cadre de certains masters ou certaines licences. Mais cet enseignement est minoritaire par rapport à celui de Lettres, de Langues ou de Sciences. Mme Demichel, la présidente de la Fondation de l’université, m’a posé la question de la création d’une chaire de philosophie au sein de cette fondation. Je lui ai répondu chaleureusement : « Oui ! ». Cela se fera-t-il ? Je n’en sais rien ! Si les choses allaient jusqu’au bout, j’en serais très heureux !
 
Propos recueillis par Nicole MARI

Antoine Chelelekian, IEN de circonscription, Catherine Mercier-Benhamou, inspectrice d’académie – directrice académique de Haute-Corse, Michel Barat, recteur de l’Académie de Corse, et Jean-Luc Giocanti, directeur de cabinet.
Antoine Chelelekian, IEN de circonscription, Catherine Mercier-Benhamou, inspectrice d’académie – directrice académique de Haute-Corse, Michel Barat, recteur de l’Académie de Corse, et Jean-Luc Giocanti, directeur de cabinet.




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