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Marc Simeoni : « 8 000 entreprises corses devront être cédées sous peine de causer un préjudice économique terrible »


Rédigé par Nicole Mari le Vendredi 23 Octobre 2015 à 21:38 | Modifié le Samedi 24 Octobre 2015 - 00:27


Près de 8 000 entreprises, sur un total d’environ 28 000, devront être transmises ou cédées en Corse dans les prochaines années. Ce processus de reprise, qui constitue un enjeu essentiel en termes de développement économique et d'aménagement du territoire, est long, complexe et pas assuré. Il faut s’y préparer suffisamment à l’avance sous peine d’aller à l’échec. Consciente du problème, l’Assemblée de Corse a voté, en 2013, un plan régional Corse- transmission qui s’avère insuffisant. Pour répondre à l’urgence des besoins, le cabinet Marc Simeoni consultings, composé de six consultants qui interviennent dans l’appui au développement de projets sur les plans économiques, financiers et stratégiques, a décidé de proposer une offre complète d’accompagnement de la cession et de la reprise d’entreprises. Explications, pour Corse Net Infos, de son directeur, Marc Simeoni.


Marc Simeoni entouré de son équipe de consultants.
Marc Simeoni entouré de son équipe de consultants.
- Qu’est-ce qui a motivé votre décision de diversifier votre activité ?
- Nous nous sommes aperçus que, lorsque nous réalisons des études de marchés, des prospectives financières ou des recherches de financements, notamment dans le secteur privé, il manquait, souvent, une composante supplémentaire pour totalement appuyer nos clients et leur permettre de réaliser leurs projets. La composante allant jusqu’à la maîtrise d’ouvrages complète, c’est-à-dire aider les clients à identifier les contacts-clés et les accompagner dans les négociations. Cela dépassait notre périmètre technique. Or, en regardant les statistiques de la pyramide des âges en Corse, on s’aperçoit que, d’ici sept à huit ans, plus du tiers des entreprises corses devront être cédées ou transmises sous peine de causer, à l’économie corse, un préjudice économique terrible.
 
- N’est-ce pas un problème dont les pouvoirs publics se sont déjà saisis ?
- Oui, avec plus ou moins de bonheur ! Le secteur privé, lui, ne s’en était pas encore saisi. Au carrefour de ces deux problématiques, le plus apporté à nos clients et le besoin économique terrible qui existe en Corse, nous avons décidé de développer une offre d’accompagnement de A à Z de la cession et de la reprise d’entreprises. Nous proposons à nos clients d’aller jusqu’à l’identification, la négociation et la réalisation effective des transmissions de cession, comme de reprise.
 
- Quel est le nombre et la structure des entreprises insulaires touchées par cette problématique de transmission ?
- Si on regarde strictement la pyramide des âges, on sait qu’environ 8000 entreprises devront être cédées sur un total d’environ 28 000. Elles sont représentatives du tissu économique corse, c’est-à-dire une majorité de TPE (Très petite entreprise), situées dans le secteur du tertiaire ou de la construction. A l’heure actuelle, la plupart d’entre-elles ne se projettent pas dans l’acte de cession.
 
- Pourquoi est-ce si difficile de céder une entreprise en Corse ?
- L’acte de cession est un acte complexe. Il s’agit, d’abord, de rompre avec un patrimoine qu’on a créé, souvent au terme d’une vie de travail. Cette décision psychologique est très lourde et très difficile à prendre. Ensuite, un entrepreneur ne réalise pas beaucoup de cession dans son activité. Il en réalise une, peut-être un peu plus s’il est un serial-entrepreneur très moderne. Cette opération réclame techniquement, sur le plan financier, économique, juridique et social, une réflexion, une stratégie aboutie et une préparation avancée. D’où l’espace ouvert à des intervenants tels que nous qui, au surplus, permettent de multiplier les contacts et de mettre en concurrence des repreneurs différents pour optimiser la valeur de cession.

- Combien d’entreprises insulaires disparaissent, aujourd’hui, faute d’avoir été cédées ou transmises ?
- Céder, c’est-à-dire vendre est différent de transmettre à quelqu’un, généralement du giron familial, qui est en situation de reprendre. On ne dispose pas vraiment de chiffres nous permettant de dire quelle est la part des entreprises, qui seront strictement cédées, et celles qui devront être transmises et où existe une succession familiale. On peut dire, à l’heure actuelle, que beaucoup d’entreprises, qui devraient être cédées, ne le sont pas parce que les chefs d’entreprises ne savent pas trop comment s’y prendre ou ne prennent pas la décision suffisamment tôt.
 
- Que se passe-t-il alors ?
- Comme les entrepreneurs ont moins envie qu’auparavant de s’impliquer, de développer leur société, de chercher des parts de marché et des financements, la valeur de ces entreprises subit une érosion. Ne pas céder au bon moment, c’est subir une dégradation d’un patrimoine accumulé pendant toute une vie de travail.
 
- Vous parlez de préjudice économique. Quel est-il ?
- La richesse et des emplois disparaissent, des savoir-faire se perdent et des territoires se vident parce que les entreprises jouent un rôle essentiel dans l’aménagement du territoire. C’est un enjeu énorme de politique publique dont l'Assemblée de Corse s'est saisi, mais sans avoir la réactivité qu’offre un acteur privé, comme nous le sommes. Nous pouvons jouer un rôle d’intermédiaire, de recherche et de mise en relation pour dynamiser ce processus.
 
- Votre société s’occupe-t-elle de trouver des repreneurs ?
- Oui ! Bien sûr ! Nous cherchons des repreneurs et nous les identifions sur la base de techniques de segmentation. Certaines personnes se lancent dans ce métier sans aucune habilitation, ni agrément. Or, des agréments sont nécessaires pour effectuer ce type de transactions et offrir des garanties en termes de responsabilité civile, de déontologie et de rigueur du process. Celui-ci très cadré nous est imposé par les normes de notre profession. Pour notre part, nous sommes Conseils pour les investissements financiers, spécialisés dans le haut du bilan. C’est un agrément AMF, Autorité des marchés financiers, relativement sélectif. Nous possédons, aussi, la carte d’agent immobilier pour réaliser des transactions immobilières en toute transparence. Une entreprise est souvent achetée avec les murs. L’activité commerciale, qui se tient dans ces murs, est fortement liée à la configuration du site et à son emplacement. Lorsqu’on vend, on essaye de vendre les deux.
 
- Il y a 8000 entreprises corses à céder. Y a-t-il 8000 entrepreneurs corses pour les racheter ?
- On serait très surpris de voir le nombre de personnes qui, en Corse, désirent reprendre une entreprise et les énergies entrepreneuriales qui existent. Beaucoup de gens sont susceptibles d’étudier des projets, encore faut-il que ceux-ci tiennent la route ! C’est pourquoi nous nous efforçons de formaliser le projet de cession et, quand notre client est le cédant, d’appuyer, à titre gracieux, le repreneur pour la finalisation de son projet, la recherche de financement et la réalisation effective de la transaction. Les financements existent, mais sont insuffisamment ponctionnés. Aussi, proposons-nous une approche globale de la transaction que ce soit au niveau du cédant ou du repreneur.
 
- A quel type de repreneurs s’adresse ces propositions de rachat ?
- La typologie est assez diverse. Elle s’adresse, d’abord, à des entrepreneurs bien installés et très connus sur le marché local, qui cherchent à diversifier, à renforcer ou à structurer leur action entrepreneuriale et l’action de leur société. Ces gens examinent les projets qui sont très sériés et sélectifs avec une forte assise économique. Puis, il y a des serial entrepreneurs qui passent d’un projet qui réussit à un autre projet pour le faire encore réussir. Ils sont capables de réaliser plusieurs culbutes à la suite. Ce sont des profils très intéressants parce qu’ils induisent de l’économie et des créations d’emplois. Il y en a quelques uns en Corse.
 
- La diaspora est-elle intéressée par ces reprises ?
- Oui ! C’est la troisième catégorie de repreneurs potentiels. Celle des gens qui cherchent un second projet de vie et qui appartiennent, souvent, à la diaspora. Ils ont déjà un certain âge et veulent rentrer en Corse. Ils cherchent l’entreprise qui leur permettra, à la fois, de vivre chez eux et de réaliser leur rêve d’entrepreneur. Enfin, il y a la catégorie des entrepreneurs installés qui cherchent la croissance externe. C’est un profil intéressant et important pour la Corse dont le tissu économique est formé de petites entreprises (PME-TPE) et qui a un problème de taille critique. Cette problématique de la transmission de la cession des entreprises trace des perspectives en matière de croissance externe et d’acquisition de taille critique pour ces entreprises souvent modestes.
 
- Ces PME-TPE ont-elles les moyens de réaliser cette croissance externe ?
- Nous essayons parfois d’aider les petits ou les moyens à manger des gros ! Nous avons réussi quelques opérations dans ce domaine-là. Cette capacité d’un tiers, tel que nous, à rentrer dans le jeu des acteurs extérieurs qui vont s’appuyer sur des acteurs locaux, permet de réaliser des opérations de croissance externe qui leur sont inaccessibles autrement.
 
- Qui sont ces acteurs extérieurs ?
- Des franchises, des fonds extérieurs, des opérateurs industriels extérieurs… permettent de reprendre, en s’associant avec un porteur de projet local, une entreprise qui, autrement, s’éteindrait en Corse. Cela permet de réaliser des joint-venture qui sont des opérations très porteuses pour l’investissement et l’emploi local.

Marc Simeoni
Marc Simeoni
- Un jeune entrepreneur, qui part de zéro, peut-il reprendre une entreprise ?
- On a coutume de dire qu’on ne prête qu’aux riches ! C’est souvent vrai en économie. Il y a, néanmoins, des solutions qui permettent de déminer le fait de partir de zéro et le fait de disposer de très peu de fonds propres. Lorsque le projet tient la route, particulièrement dans le cadre des reprises d’entreprise, il existe des fonds susceptibles d’appuyer les jeunes entrepreneurs. Pour contourner le premier obstacle financier et bénéficier de ce type de soutien, il faut quand même avoir un CV (curriculum vitae) solide, la capacité à se projeter dans le marché, à expliquer ce que l’on va faire de cette entreprise qu’on reprend, comment va-t-on lui permettre de trouver un second souffle et de capturer un nouveau potentiel de croissance.
 
- Quels sont les qualités ou les critères de base pour se lancer dans ce type d’opération ?
- Les qualités, ce sont, indéniablement, une grande capacité de travail, une vraie vision de marché et une vraie compétence manageuriale pour pouvoir mettre tout cela en musique.
 
- Quel est l’état du secteur privé en Corse ?
- La manière dont a été structurée notre économie recèle de nombreux effets pervers. Elle a été structurée autour d’un triptyque. Le premier pilier, l’économie publique représente 32 % de notre valeur ajoutée alors que la moyenne en France est de 23%. Le second pilier, l’immobilier prend une place excessive dans le modèle économique. Le troisième pilier, le tourisme non-marchand, très saisonnier, crée très peu de valeur ajoutée et pénalise beaucoup nos actifs environnementaux. Quand on fonde un développement sur ce triptyque-là, il ne faut pas s’étonner qu’il y ait des difficultés pour les entreprises et qu’elles soient particulièrement exposées au risque, notamment les risques économiques globaux tels que la crise systémique dont les effets perdurent encore dans le monde actuel.
 
- N’y-a-t-il pas des éléments plus positifs ?
- Oui. Il ne faut pas négliger l’ensemble des initiatives qui existent aujourd’hui et qui vont permettre d’échapper à ce triptyque mortifère dans un tas de domaines, qu’il s’agisse de domaines traditionnels revisités comme l’éco-construction, la filière bois… ou des domaines plus ambitieux et plus dynamiques dans l’innovation en termes de traitements des déchets, en matière environnementale, dans l’e-commerce ou dans le domaine des technologies de l’information et de la communication. Il y a, en Corse, une floraison très importante d’entreprises et l’on peut déjà pressentir les pépites qui alimenteront la croissance de demain.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.




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