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Manuel Valls : "Personne ne discutera sous la menace de je ne sais quelle bombe !"


Rédigé par Nicole Mari le Samedi 7 Décembre 2013 à 15:01 | Modifié le Lundi 9 Décembre 2013 - 01:40


Visite éclair de Manuel Valls en Corse, samedi, pour apporter son soutien aux gendarmes après les tirs de roquette qui ont ciblé la caserne Battesti à Ajaccio et le groupement de gendarmerie de Montesoro à Bastia. Il a réaffirmé la détermination de l’Etat face à des attentats qu’il qualifie « d’actes de guerre », n’exclut pas un lien avec les dernières arrestations de militants nationalistes et assure qu’aucune réforme institutionnelle ne se fera en dehors de la République et sous la menace.


Le ministre de l'intérieur, Manuel Valls, à la caserne du groupement de gendarmerie de Haute-Corse.
Le ministre de l'intérieur, Manuel Valls, à la caserne du groupement de gendarmerie de Haute-Corse.
Rapide et symbolique. Deux mots pour résumer la visite express du ministre de l’Intérieur, samedi, en Corse. Rapide : elle n’aura même pas duré 4 heures, trajet Ajaccio-Bastia inclus ! Symbolique : il s’agissait surtout d’afficher un soutien aux gendarmes dont les casernes ont été la cible de tirs de roquettes et de réaffirmer, comme à chaque précédente visite, dans le même discours ressassé, la détermination de l’Etat. Et, surtout médiatique : même s’il est également venu « adresser un message de confiance aux Corses », Manuel Valls s’adresse surtout à l’opinion publique continentale. Il a, comme d’habitude, fallu toute la pugnacité du service de presse de la préfecture de Haute-Corse pour que les journalistes insulaires soient autorisés à rejoindre le ministre pendant sa visite des locaux de la caserne alors que la presse parisienne a pu, à son gré, comme toujours, le suivre pas à pas, sans être refoulée !
 
Une roquette anti-char
Une double visite, donc, en tous points similaires dans les deux casernes concernées où le ministre, accompagné du directeur général de la gendarmerie, le général Denis Favier, a, d’abord, constaté les dégâts matériels occasionnés par les deux roquettes tirées, jeudi soir, avant 20 heures. A la caserne Battesti, siège de la gendarmerie en Corse, la roquette, tirée depuis une colline en face, a creusé un trou au bas d'un immeuble, détruit les vitres et endommagé une voiture de gendarmerie garée en contrebas.
A la caserne de Montesoro, le ministre, entouré des représentants des autorités judiciaires et policières et de seulement deux élus, le maire de Bastia, Emile Zuccarelli, et le député Sauveur Gandolfi-Scheit, a fait le tour du bâtiment pour évaluer les dégâts de l’extérieur. Puis, il a visité les salles touchées, apprécié les impacts sur les murs et écouté les explications des gendarmes qui ont matérialisé la trajectoire du tir par un fil rouge reliant les vitres ciblées à la trace de l’impact sur le mur d’un couloir intérieur. Selon Manuel Valls, la roquette serait « une roquette anti-char de fabrication serbe dotée d'une capacité de pénétration très importante, un projectile qui n'a pas été utilisé en Corse depuis 2009 ».
 
Le soutien de l’Etat
Après avoir, chaque fois, fait brièvement le point sur l’enquête en cours confiée à la section anti-terroriste du Parquet de Paris, le ministre a, ensuite, délivré le même message solennel de soutien et de solidarité de l’Etat aux gendarmes, venus l’écouter en famille avec femmes et enfants. « Ce qui s’est passé, jeudi soir, n’est pas anodin. C’est un acte particulièrement dangereux, un acte terroriste » perpétré avec « deux armes de guerre », déclare-t-il à Bastia. Evoquant l’émotion des familles présentes dans les locaux ciblés, il estime qu’elles ont échappé au pire : « Ces tirs auraient pu tuer à l’heure dite dans une caserne où il y avait des familles, dans des locaux où il y avait des gendarmes. On ne doit qu’à la chance ou à la maladresse qu’il n’y ait pas de dégâts humains importants ». Rendant hommage au courage des Pandores, il promet que l’Etat sera très attentif à leur sécurité et à celle de leur famille et prendra toutes les mesures adéquates.
 
Un acte de guerre
Rappelant la situation en Corse où ce « type d’actes » est banalisé, le ministre prévient : « Ce n’est pas parce qu’on est en Corse qu’on doit minimiser ce qui est un acte de guerre ». Pour lui, s’attaquer à un bâtiment officiel, c’est « s’attaquer à des lieux symboliques qui incarnent la République. C’est, incontestablement, ce qui était visé. Face à cela, il faut être d’une très grande fermeté ». Il certifie que, contrairement à l’opinion acquise, ces faits seront élucidés. « Depuis 18 mois, nous obtenons des résultats spectaculaires dans la lutte contre la criminalité organisée, les mafias et contre le terrorisme. Des clans, des groupes, des individus, qui ont commis des attentats, des meurtres, ont été interpellés. Il appartient à la justice de les punir sévèrement. Nous allons poursuivre. Nous ne nous laisserons pas impressionner. Les Corses réclament de la sécurité ». Traitant de « lâches », ceux qui s’attaquent aux gendarmes et aux policiers, garants de la sécurité, il assène : « Ils n’aiment pas la Corse ». 
 
Des liens probables
Faisant référence aux arrestations d'une dizaine de sympathisants nationalistes, il y a quelques jours, le ministre les relie, sans complexe, aux attentats. « Je suis convaincu qu’il y a des liens entre un certain nombre d’interpellations et ce qui s’est passé ». Rappelons, néanmoins, que, pour l’heure, ces attentats n'ont pas été revendiqués. Il n’hésite pas, non plus, à faire le lien entre crime organisé et terrorisme. « Nous allons poursuivre avec la plus grande détermination cette lutte opiniâtre contre le crime organisé, les dérives mafieuses et le terrorisme, sachant que les deux peuvent être souvent liés, mais aussi la lutte contre toutes les dérives, le blanchiment d’argent, le non-respect des règles dans les marchés publics. Notre volonté de poursuivre ces objectifs avec une très grande détermination dérange sans aucun doute et cela prouve que nous sommes sur la bonne voie ».
 
Des efforts consentis
Manuel Valls enchaîne sur les efforts consentis en Corse par le gouvernement qu’il prétend « très attentif » à la situation économique et sociale insulaire, au problème du chômage, de l’agriculture, des services publics et aux conditions de vie. « Nous avons respecté la parole de l’Etat. J’ai signé, il y a un an, la dernière tranche du Plan exceptionnel d’investissement (PEI) qui, en 10 ans, a permis à la Corse d’évoluer positivement, même s’il reste évidemment beaucoup de problèmes. La Corse a besoin de l’Etat pour son développement économique. Elle a besoin de la paix et de la tranquillité ».
 
Pas de discussion sous la menace
Revenant sur les discussions engagées, le 22 novembre dernier, entre les élus insulaires et le gouvernement sur une possible évolution institutionnelle, Manuel Valls, qui, jusqu’à présent avait opposé, à cette perspective, une fin de non-recevoir nette et froide, a botté en touche. D’abord, en relativisant les discussions : « Un dialogue républicain engagé, en Corse comme ailleurs, avec les élus pour voir si les évolutions politiques, institutionnelles sont possibles. En sachant que les deux grandes priorités des Corses sont le développement économique de l’île et la lutte contre la criminalité organisée ». Ensuite, en en fixant les limites : « La Corse, c’est la France, c’est la République ! Personne ne discutera sous la menace de je ne sais quelle bombe ou roquette ! Il faut qu’on soit clair. De toute façon, toute évolution de la collectivité territoriale ne sera possible que dans le cadre de la République. Nous l’examinerons avec attention dans un calendrier que nous avons défini. Mais le calendrier politique et électoral ne doit pas être l’occasion de je ne sais quelle menace, de je ne sais quelle pression ou de je ne sais quelle stratégie !». Pour conclure : « C’est ensemble que nous avancerons ».
 
En attendant les élections
Au final, une visite furtive, donc, toute symbolique, dans le but d’apaiser, de rassurer et de réaffirmer la fermeté de l’Etat, mais les familles des gendarmes ont fait savoir qu’elles attendent plus que des promesses, notamment au niveau du renforcement de la sécurité... Elles attendent du concret, du résultat. Comme l’ont attendu les Corses, après chaque venue du ministre de l’Intérieur ou de sa consœur à la justice, Christine Taubira, qui sera dans l’île, le 13 décembre !
Difficile de dire si la longue période électorale, ouverte jusqu’en 2015, engrangera autre chose que des promesses et si le gouvernement, si autiste et si oublieux de la Corse, hors faits divers, est, désormais, aussi attentif que le prétend l’un de ses ministres…
Répondant avant son départ à une question sur la poursuite des discussions institutionnelles, Manuel Valls a insisté sur le calendrier politique et les prochaines échéances électorales, municipales et territoriales. Nul doute que le gouvernement sera, là, très attentif aux résultats des scrutins, d’abord dans les deux grandes villes corses, et, ensuite, à la région et qu’il ajustera, alors, la conduite à tenir. D’ici là, on peut toujours attendre…
 
N.M.

Ecoutez la réaction de Manuel Valls concernant la poursuite des discussions sur l'évolution institutionnelle de la Corse

manuel_valls_bastia.m4a Manuel Valls-Bastia.m4a  (2.84 Mo)





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