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Livia : A sittimana santa e u binidittu


Rédigé par Simon Dominati le Samedi 8 Mars 2014 à 23:23 | Modifié le Samedi 8 Mars 2014 - 23:30


Le début du printemps n’est plus très loin et les fêtes pascales vont se rappeler à notre bon souvenir. C’était hier…


Le jeudi Saint à la tombée de la nuit, les jeunes lévianais partaient à la recherche du Christ. Ils faisaient mine de le chercher partout dans le village puis entamaient un tour des quartiers en chantant des cantiques de circonstance. Ils tapaient aux portes pour annoncer qu’ils avaient trouvé le Christ avant de ramener à l’église la croix en bois réservée à cette tradition.

Le vendredi soir tout le village était illuminé. Chaque famille alignait ses bougies sur le bord des fenêtres et le pas de la porte pour éclairer le passage. La procession évoluait de quartier en quartier en circuit immuable. Les reposoirs, recouverts d’un drap blanc et d’un coussin, étaient en place dès la tombée de la nuit, prêts à recevoir le Christ sur la croix. Les habitants de chaque quartier attendaient le passage de la procession qui s’étoffait à mesure que ces personnes grossissaient le contingent. Dans les dédales des ruelles et la nuit noire, la voix des fidèles se faisait plus puissante et plus poignante. A l’unisson, le « Perdono mio Dio » qui implorait Dieu en lui demandant pardon, vous prenait aux tripes que vous soyez au cœur de la procession ou très loin en écoutant ces chants monter au ciel.

Le jour suivant, c’était la bénédiction de l’eau. Le prêtre remplissait une bassine pour constituer sa réserve de l’année. Une messe avait lieu à minuit et la bénédiction s’effectuait devant un feu allumé tout près de l’entrée de l’église. Les fidèles exhibaient une fiole ou une petite bouteille pour leur « consommation » personnelle. Il arrivait que certains, peu visibles dans l’année, se présentent avec une bonbonne de cinq litres s’exposant aux facéties des trouble-messe. Des hommes attendaient la fin de l’office à l’extérieur pour tirer des coups de fusil dans la nuit pascale, censés annoncer la résurrection du Christ.  

Le dimanche l’église était toujours pleine et a Piazzona prenait un air de fête. Les candidats au voyage du lundi de Pâques répondaient présent à l’appel et les moins assidus affichaient clairement leur présence ce jour-là. C’était pour les enfants, une occasion rêvée de découvrir les plaisirs « di a pucena » au bord de la mer en ce lundi  rituel.

Quelques jours plus tard, le curé procédait à la bénédiction des maisons : u binidittu. Son plan était invariable, aussi. Deux enfants, les plus réguliers aux messes, l’accompagnaient. L’un portait le bénitier et l’autre la sacoche à l’ouverture à soufflet pour récolter les dons.

Les gens étaient avertis du passage et ceux qui attendaient la bénédiction patientaient sagement dans la pièce principale. Le curé filait de maison en maison et ne s’attardait que rarement.  Dès qu’il posait le pied sur le pas de la porte ses prières fusaient, les gens se levaient, les mains jointes et la tête basse dans une attitude de recueillement instantané. L’homme d’église franchissait toutes les portes ouvertes pour n’oublier aucune pièce de la maison. Lorsqu’un malade ou une personne handicapée habitait le foyer, l’aspersion de l’eau bénite était plus marquée et ponctuée d’une prière, chacun concluait d’un signe de croix. Le curé serrait des mains puis passait à la maison voisine. L’enfant à la sacoche ouvrait son accordéon en détournant le regard afin que chacun dépose son offrande en toute discrétion.

Certains gardaient porte close et se cachaient dans la chambre, parfois, ils chargeaient le voisin de signaler leur absence. Le prêtre n’était pas dupe mais n’insistait jamais. Il arrivait aussi, que des personnes non averties du passage soient surprises d’apercevoir de loin l’aube blanche. Elles se précipitaient dans leur maison et s’enfermaient à double tour. Les enfants hésitaient, le curé qui avait vu le manège tambourinait un peu à la porte puis passait à une autre chaumière… Ce n’était pas la bénédiction qui posait problème mais la gêne de ne pouvoir donner suffisamment d’argent.

Avec l’arba di l’Ascinzioni suspendue au-dessus des lits, i crucetti et les maisons bénies, les familles semblaient tranquillisées pour l’année…

Comme le dit la pub, « mais ça c’était avant ». Bientôt les fêtes de Pâques battront leur plein juste pour le fameux « cacaveddu » avec ses deux, trois ou quatre œufs enfoncés dans la pâte avant la cuisson… et le long week-end pour savourer « l’agneddu di Pasqua ».

La tradition survit encore dans le village de Lévie.
Simon Dominati

 

 






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