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Les indépendantistes polynésiens reçus en Corse, avant de partir en campagne pour la présidentielle


Rédigé par le Mercredi 24 Août 2016 à 21:54 | Modifié le Jeudi 25 Août 2016 - 00:15


Une délégation d'indépendantistes polynésiens menée par Oscar Temaru a été reçue en Corse ce début de semaine (lundi et mardi). En ligne de mire : une candidature nationaliste pour la prochaine élection présidentielle, et le potentiel soutien de la majorité territoriale.


Symbole de la lutte pour l'autodétermination polynésienne, Oscar Temaru est un ancien président de Polynésie française, où  il est actuellement membre de l'Assemblée. Il était ces deux jours de passage en Corse, accompagné de Moetai Brotherson, responsable des relations internationales du Tavini.

Contrairement aux indépendantistes corses, Oscar Temaru a présidé cinq fois la Polynésie de 2004 à 2013, et a subi plusieurs renversements. Durant sa dernière mandature, il a - entre autres - obtenu la réinscription de son pays sur la liste de l’ONU des pays à décoloniser
 
Le but premier de sa venue est de récolter des promesses de soutiens, en vue de la prochaine élection présidentielle. L'objectif derrière la candidature du leader polynésien est de défendre la voix des nations sans Etat sous tutelle de la France, tout en militant pour l'Indépendance de la Polynésie. Il avait annoncé sa candidature dès janvier dernier, mais les conditions pour être autorisé à se présenter sont difficiles à remplir..  
  
  
Ce que prévoit la loi
  
  • Les candidats doivent rassembler au moins 500 soutiens d'élus avant la fin du mois de mars (exactement six semaines avant le premier tour de l'élection présidentielle).
       
  • Les signatures doivent provenir d'au moins 30 départements ou collectivités d'outre-mer différents,
     
  • Il ne peut y avoir plus de 50 soutiens (un dixième de 500) provenant d'un même département ou d'une même collectivité d'outre-mer.
     
  • L'élection présidentielle 2017 aura lieu les 23 avril et 7 mai 2017.
  
  
Un planning chargé
Plusieurs fois déjà invité des journées internationales de Corte, le leader du parti indépendantiste polynésien a débuté sa visite dans l'île lundi à l'Assemblée de Corse par une rencontre avec Jean-Guy Talamoni, suivi d'un entretien à 3 avec Gilles Simeoni, et d'un repas en présence de plusieurs conseillers territoriaux -dont certains de l'opposition- dans la vieille ville ajaccienne.
  
La délégation polynésienne s'est ensuite rendue en fin de journée à Bocognano accompagnée de Jean Guy Talamoni, pour échanger avec des élus de la micro-région. Le lendemain matin le rendez-vous était donné à la mairie de Poghju-di-Venacu, pour rencontrer cette fois les élus du Cortenais. Enfin hier après midi, c'est par Bastia que se clôturait cette visite en Corse, avec un accueil et des discussions à la mairie.

Le voyage d'Oscar Temaru et Moetai Brotherson ne s'arrête pas là. Aujourd'hui et pour quelques jours les responsables du Tavini  ont rendez-vous avec les principaux partis français de gauche sur le continent. Une rencontre capitale se tiendra demain: Oscar Temaru devra trouver un terrain d'entente avec Christian Troadec


Une situation délicate
Si le Tavini entretient de bons rapports avec la fédération Régions et peuples solidaires , tout comme avec Christian Troadec, il n'en demeure pas moins que le régionaliste breton s'est lui aussi lancé dans la campagne présidentielle le 8 Avril dernier.
  
Affirmant vouloir "être le candidat régionaliste", C. Troadec est soutenu par R&PS, dont est partie prenante le P.N.C., composante de Femu a Corsica. Il est lui aussi venu en Corse le mois dernier, et a reçu un accueil tout aussi positif.
  
 Dès lors il parait compliqué pour les élus nationalistes de soutenir 2 candidats différents, et une double candidature "nationaliste" serait selon eux contre productive. En effet, à l'heure actuelle, ni Christian Troadec ni Oscar Temaru ne comptabilise les 500 promesses de soutiens, nécessaires pour être candidat.
 

Gilles Simeoni, avec autour de son cou un collier polynésien.
Gilles Simeoni, avec autour de son cou un collier polynésien.
" Deux candidats nationalistes pour ces élections, je pense que ce n'est pas l'objectif. Il faut avoir un candidat qui puisse porter de la manière la plus forte possible l'ensemble des aspirations des peuples qui se battent de façon démocratique pour être reconnus dans leur existence et dans leurs droits.  Il est extrêmement important que les 500 signatures soient obtenues, et que la voix de celui qui exprimera la lutte des peuples pour leur émancipation soit entendue ! 

Une discussion entre Oscar Temaru et Christian Troadec devrait se tenir dans quelques jours. Je pense qu'aujourd'hui la Corse est écoutée dans ce débat, puisque c'est ici qu'aujourd'hui s'exercent les responsabilités de la façon la plus forte au service de ces idées. Bien évidemment nous participerons à ces débats, et nous entendons nous y impliquer. Notre responsabilité de dirigeants est aussi de créer les conditions pour que lors de la prochaine mandature, le futur Président de la République et la future majorité parlementaire prennent enfin en compte les aspirations de la Corse. "

Jean-Guy Talamoni, avec autour du cou un collier polynésien, symbole selon O.Temaru de la fraternité Corse-Polynésie.
Jean-Guy Talamoni, avec autour du cou un collier polynésien, symbole selon O.Temaru de la fraternité Corse-Polynésie.
" C'est une rencontre fraternelle entre des organisations - Corsica Libera et le Tavini  - qui entretiennent des relations depuis de longues années. Aujourd'hui il s'agissait de poursuivre ces relations politiques.  [...] 

Je vais saisir l'Exécutif de Corsica Libera en ce qui concerne cette démarche de parrainage qui est projetée. Je vois cette demande avec beaucoup de sympathie, mais il faut qu'il y ait une discussion avec Corsica Libera et l'ensemble de la majorité, car je pense que c'est une démarche commune que nous devons avoir de ce point de vue là. 

Il parait tout à fait nécessaire qu'il y ait une discussion entre Oscar Temaru et Christian Troadec pour qu'une candidature unique se dégage, et puisse défendre  au mieux les intérêts des nations sans Etat sous tutelle française. C'est une démarche qui peut effectivement être importante pour faire entendre la voix de ces nations, leurs difficultés, perspectives et aspirations."
   

Interview de Oscar Temaru, leader du Tavini

Oscar Temaru entouré de Jean-Guy Talamoni et Gilles Simeoni.
Oscar Temaru entouré de Jean-Guy Talamoni et Gilles Simeoni.
Quel est votre sentiment à l'égard de la France aujourd'hui ? 

" Nous avons une histoire partagée avec la France qui a décidé d'utiliser notre pays. Si Charles de Gaulle est pour les français un héros, pour nous c'est un criminel. Les conséquences sont là: plusieurs milliers de personnes sont décédés contaminés par les essais nucléaires français, et les futures générations, nos enfants, vont aussi en subir les conséquences."
  
Entre 1960 et 1996, la France a réalisé plus de 200 essais nucléaires dans le Sahara algérien et en Polynésie française. Depuis des décennies, les victimes de ces essais se battent pour connaître la vérité sur leurs conséquences sanitaires et environnementales.
  
" C'est scandaleux et inadmissible, nous savons que les militaires américains avaient prévenu les français à l'époque. Nous sommes des êtres humains, et cela reste impardonnable, et gravé dans notre mémoire pour toujours. Notre pays est aujourd'hui dans une situation économique catastrophique, il y a 50 000 demandeurs d'emploi (le 6ème de la population), deux fois plus qu'en France, sans parler des problèmes de santé à cause de ces essais nucléaires.

Nous voulons très rapidement avoir une constitution pour notre pays pour pouvoir enfin travailler durablement sur les vrais problèmes, sur le plan social et culturel. C'est la raison principale de ma candidature à la présidentielle de 2017. "

Christian Troadec est aussi candidat, soutenu par Régions et peuples solidaires avec qui vous entretenez pourtant de bonnes relations ?

Nous allons rencontrer Christian Troadec le 25 et parler de ça. Il faudrait un accord, qu'on parle de programme, mais je pense qu'on doit pouvoir s'entendre. Je suis positif d'après la rencontre que nous avons eu ce matin avec Messieurs Talamoni et Simeoni. Nous allons entre frères jouer cartes sur table.

Pensez vous pouvoir obtenir les 500 parrainages si les deux candidatures sont maintenues ?

"C'est dans le domaine du possible puisque nous avons déjà contacté nos collègues de nouvelle Calédonie. Ils nous ont assurés de leurs soutien, la Guadeloupe également. Nous avons déjà rencontrer les principaux parti français de gauche, et nous allons les rencontrer encore en fin de semaine."

Avez-vous aujourd'hui reçu un soutien affiché des Corses ?
 

"Non, l'idée est soutenue, mais je ne veux pas m'avancer. Je suis positif, on en saura plus au mois de février prochain. "

 
En effet, pour l'heure aucun soutien n'est réellement effectif ou comptabilisé. Il faudra attendre le mois de février pour que le Conseil constitutionnel émette des formulaires officiels envoyés à l'ensemble des élus susceptibles de parrainer (maires, députés, sénateurs, parlementaires européens, les conseillers régionaux et généraux, membres de l'Assemblée corse et des Assemblées d'outre-mer). Ces derniers auront à peu près un mois pour renvoyer - ou non - les formulaires.
 
 
Moetai Brotherson est le responsable des relations internationales du Tavini. Conseillé rapproché d'Oscar Temaru, il a aussi en charge la récolte des parrainages. 

Moetai Brotherson, responsable des relations internationales du Tavini.
Moetai Brotherson, responsable des relations internationales du Tavini.
" L'un des buts de ce déplacement est de recueillir des signatures. Nous sommes venus voir nos frères corses et discuter des perspectives."

Il en ressort quelque chose de mitigé ?

"Non, je pense que sur le principe de la candidature il y a un vrai enthousiasme. La question qui se pose maintenant de manière concrète c'est cette seconde candidature de Christian Troadec avec qui nous avons d'excellents contacts, et que nous rencontrons le 25."

Au terme de cette rencontre, serait-il logique de penser qu'il y aurait un désistement d'un des deux partis ?

"La logique mathématique voudrait ça, maintenant la logique des hommes est souvent un peu différente..."

Ce serait dommage selon vous ?

"Ce serait dommage s'il n'y avait pas de candidat nationaliste. Aujourd'hui il y en a deux. C'est une bonne chose parce que ça permet d'attirer l'attention de la nation française sur le fait qu'il existe des peuples qui veulent exister. Maintenant le contexte légal de cette élection et notamment les contraintes par rapport aux signatures représentent un obstacle."

Un obstacle que vous pensez franchir ?

"Pour l'instant nous avons recueilli 217 promesses de signatures, auxquelles viennent de s'ajouter une trentaine d'autres reçues ce matin-même de nos frères guadeloupéens. Ce ne sont toujours que des promesses, il faut que ça se convertisse en parrainage effectif, mais nous sommes optimistes."

Des avancées pour les indépendantistes polynésiens

  
Le comité régional de décolonisation de l'ONU (Organisation des Nations Unies) a adopté il y a quelques mois un texte de résolution défendu par les indépendantistes polynésiens:
 
  • Un premier article renforce la souveraineté de la Polynésie sur ses ressources. 
      
  • Un second article vise également à intensifier la transmission d’informations concernant les essais nucléaires qui ont eu lieu en Polynésie française de 1966 à 1996.

En savoir plus
 




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