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Le renouveau des Eaux thermales et naturelles de Corse : Une richesse à exploiter !


Rédigé par Nicole Mari le Samedi 15 Avril 2017 à 23:22 | Modifié le Dimanche 16 Avril 2017 - 00:05


Le 27 octobre 2016, l’Assemblée de Corse avait adopté, à l’unanimité, la mise en œuvre d’une politique en matière de thermalisme. L’idée est de faire de ce secteur, abandonné depuis trois décennies, un levier de développement économique et touristique par la mise en valeur des nombreuses ressources thermales insulaires. Deux axes d’action ont été retenus pour la période 2016-2022 : le curisme et le thermo-ludisme. L’Exécutif a chargé la Commission du développement économique d’auditionner l’ensemble des acteurs afin de structurer la filière. L’étude, qui diagnostique les potentialités et les freins, propose un plan d’action en dix mesures pour développer tous les usages des « Eaux minérales naturelles » dans une logique de projets de territoire et de mise en valeur de la ruralité. Explications, pour Corse Net Infos, de Nadine Nivaggioni, conseillère territoriale du groupe Femu a Corsica et présidente de la Commission du développement économique, de l'aménagement du territoire et de l'environnement.


E Caldane à Santa Lucia di Tallà.
E Caldane à Santa Lucia di Tallà.
- Combien y-a-t-il de thermes en activité en Corse ?
- Il n'y a qu'un seul établissement thermal en activité, Petrapola à l’Isulacciu di Fium’Orbu, et deux thermo-ludiques : I Bagni di Baracci à Ulmetu et E Caldane à Santa Lucia di Tallà. E Caldane est une petite structure familiale privée qui fonctionne très bien et est très rentable, tant par le thermo-ludisme que par la commercialisation de produits dérivés (crème à base d’eau des Caldane). I Bagni di Guagnu sont fermés et espèrent regagner un agrément. Pareil pour les bains de Guitera qui ont tout pour être exploités, mais qui sont en ruine. Les vasques, qui remontent à plusieurs siècles, sont, aujourd’hui, à l’abandon. On peut toujours s’y baigner : l’eau jaillit à 46°, elle est sulfurique et a des vertus extraordinaires. L’établissement est situé en contrebas de la vallée en zone inondable. Si un jour, une filière réussit à s’organiser, toutes ces choses en sommeil pourront prendre corps.
 
-  Est-ce le but de l’étude que vous avez effectuée sur le thermalisme ?
- Oui ! La mission, qui nous a été commandée par l'Exécutif, était d'explorer les pistes de structuration du secteur des eaux thermales. Nous avons mis en place une méthode basée sur des auditions et des échanges avec les acteurs du terrain : élus, directeurs des agences et offices, professionnels des établissements thermaux, médecins, CPAM (Caisse primaire d'assurance maladie), porteurs de projets dans le secteur du cosmétique, BRGM (Bureau de la recherche géologique et minière), techniciens en géothermie, universitaires... Nous nous sommes très vite rendus compte qu'il fallait déplacer le spectre, qui était beaucoup trop restreint, et l'élargir à l'ensemble de la filière.
 
- C'est-à-dire ?
- Nous avons décidé de travailler sur l'embouteillage des eaux gazeuses, de lancer différents programmes avec l'université au niveau des cosmétiques, de la production d'énergie, de l'offre touristique et de la découverte du patrimoine. Nous pensons qu’il ne faut plus parler de thermalisme, mais d’eaux naturelles minérales de Corse sous toutes ses formes possibles d'exploitation. Les eaux minérales ont plusieurs caractéristiques et vertus, certaines sont exploitées dans des thermes. Par exemple, les eaux d’I Bagni di Baracci sont sulfuriques, jaillissent de terre à un certain degré et ont des vertus thérapeutiques. Elles sont, surtout, utilisées pour des soins. Les eaux d'Orezza sont ferrugineuses, potables et ont toutes les propriétés pour être commercialisées sur le marché des eaux gazeuses.

Nadine Nivaggioni.
Nadine Nivaggioni.
- Quelle est la situation des eaux naturelles corses ?
- C'est une situation presque d'abandon ! Alors qu'il y a des gisements exploitables ! Nous avons mis en évidence toute la difficulté d'obtenir un agrément à l'Académie nationale de médecine qui vérifie la qualité des eaux et sa stabilité sur la durée. Quand la qualité d'une eau n'est pas stable, c'est dangereux, cela signifie que le fonctionnement de l'établissement n'est pas pérenne. Il faut démontrer cette stabilité sur plusieurs mois ainsi que d'autres critères liés à la microbiologie. C'est le premier seuil à passer pour obtenir un agrément qui est indispensable pour une utilisation thérapeutique. Une eau ne peut avoir qu'un seul agrément.
 
- Combien y-a-t-il d'agréments ?
- Un seul : Petrapola pour la rhumatologie. C'est le seul établissement conventionné où les patients sont pris en charge par la CPAM. Mais, il vivote parce qu’il n’y a pas d’hébergement sur place. Pas d’hôtel, pas de restauration, pas de service de desserte, pas de liaison avec les ports et aéroports de l’île. Pour un curiste, venir à Petrapola, c’est le bout du monde ! Cet établissement fonctionne uniquement sur les soins. Or, un patient demande à être pris en charge avec un bon niveau de prestation. Ce n’est pas le cas !
 
- Pourquoi n’y a-t-il qu’un seul agrément ? Est-ce lié à l’absence de demande où à l’instabilité des eaux corses ?
- Non ! I Bagni di Guagnu ont perdu l’agrément il y a quelques années pour des problèmes de légionelle. Il a été difficile, ensuite, de montrer la stabilité des eaux à cause d’un mauvais accompagnement scientifique. C’est dommage parce que l’université aurait pu travailler sur des programmes.
 
- Où est le vrai problème, alors ?
- Prenons le cas de Baracci. L’établissement a plusieurs avantages : très bonne situation près du port de commerce, du port de plaisance et d’un aérodrome, à quelques centaines de mètres de la route territoriale, des hébergements de tous types alentour… tout pour se développer. Il a fait le choix du thermoludisme, c’est-à-dire des cures de bien-être, qui fonctionnent bien. En l’espace de trois ans, sa croissance est exponentielle et ce, sans avoir fait de gros investissements. Mais, c’est dommage qu’il n’y ait pas combinaison des deux activités : thermoludisme et soins conventionnés. La Corse se prive d’un débouché, par manque de politique et d’accompagnement du secteur, que ce soit politiquement ou scientifiquement.

I bagni di Guagnu.
I bagni di Guagnu.
- Pensez-vous que l’on peut ranimer cette filière ?
- Oui ! La tendance dans la société actuelle est d’aller de plus en plus vers le bien-être, vers une nourriture saine et naturelle, vers le ressourcement… On essaye de prévenir les maladies chroniques plutôt que de les soigner. C’est un courant qu’il faut savoir prendre. Il faut regarder ce qu’il se passe en Occitanie, en Roumanie, mais surtout pas suivre l’exemple de l’Allemagne qui est le pays des thermes et où il y a des bains en ville sur des toitures d’immeubles. Il est impossible de se placer sur le créneau des gros établissements qui accueillent des centaines de personnes par jour, mais on peut offrir des petites structures avec une certaine typicité, une identité, et organiser l’environnement autour. Sans cela, nous passerons à côté de la filière.
 
- Que préconisez-vous ?
- Dans nos recommandations, nous mettons en garde les chefs d’entreprises. Nous leur disons : Attention ! Ne raisonnez pas en termes d’investissements exclusifs sur les établissements, ce serait de l’argent versé à fonds perdus, mais raisonnez en termes de projets de territoire afin que plusieurs acteurs puissent monter un projet commun. Un établissement peut travailler avec l’Office du tourisme et les hébergeurs pour trouver des solutions. En Italie, existe le concept d’albergo diffuso : dans les villages où il n’y a pas d’hôtel, les touristes vont chez l’habitant. Ces hébergements, gérés par la commune, permettent d’ouvrir les maisons, de les restaurer…
 
- Vous définissez dix mesures. Quelles sont-elles ?
- D’abord, une mesure fondamentale pour structurer et élargir la filière, pour ne plus parler de thermalisme, mais des « Eaux minérales de Corse ». Sans fermer la porte à d’autres Eaux et en ouvrant la possibilité d’intégrer la balnéothérapie et la thalassothérapie à cette filière. L’idée est de tisser des liens, de créer un réseau jusqu’à la thalasso de Purticciu ou de Riva Bella à Linguizetta. Le touriste, aujourd’hui, scinde ses vacances : il passe trois jours au Niolu, puis trois jours à Portivecchju… Pourquoi ne lui proposerait-on pas trois jours à Baracci, trois jours en Castagnicia… ? Il faut évaluer toutes les activités qui peuvent être développées autour de cette chaine, identifier tous les acteurs, les inciter à s’organiser et les responsabiliser. Comme nous sommes en milieu rural où il y a tout à faire, on doit raisonner en termes de projets de territoire avec une convergence d’acteurs divers et une entrée unique au niveau de la gouvernance.
 
- Pour quoi faire ?
- Pour accueillir ce projet, l’évaluer, identifier les acteurs, les conseiller, ingéniériser si besoin… et orienter, le projet une fois cadré, vers les agences et offices concernés. Pas avant ! Il ne s’agit pas de financer le développement d’un établissement, mais le développement d’une filière sur une logique de territoire. Le troisième axe est de réfléchir à la place de la puissance publique. Les établissements, qui sont entre les mains des collectivités publiques et pris en charge par les CPAM, sont, tous, déficitaires. A-t-on envie de rester dans ce système où, du fait de la fragilité des financements, il y n’y a pas de possibilité d’investir dans les prestations ? Ou bien réfléchit-on à un mixage de financements et un partenariat public-privé ? Cela permettrait d’investir, notamment dans des équipements qui se révèlent coûteux comme la remise en état du réseau d’eau de Guagnu, et de réaliser des bénéfices.

I Bagni di Baracci.
I Bagni di Baracci.
- Que proposez-vous au niveau de l’offre touristique ?
- Il y a tout à construire ! Les cures des CPAM durent 21 jours. C’est trop long ! Les cures les plus demandées sont des cures d’un weekend, de détente en pleine nature avec de la restauration en circuit court, ou encore des cures à thèmes pour traiter l’obésité ou d’autres maux de notre époque. La Corse doit travailler la typicité de son offre, mais également la formation. Il faut, à la fois, accompagner le corps médical sur des soins particuliers, et ajouter des formations en matière de ressourcement. Il y a également tout à faire en termes de communication et de promotion.
 
- Vous parlez d’une utilisation cosmétique. De quoi s’agit-il exactement ?
- Les sources et les boues sont exploitables pour des produits cosmétiques. Les laboratoires Avene, par exemple, ont déjà fait des demandes en ce sens. Ce serait dommage de ne pas saisir cette occasion alors que, dans le domaine des huiles essentielles, la Corse crée des produits de qualité. Les gens achètent les produits Realia faits à Linguizetta ou ceux faits à Vico… Il y a des niches de création d’entreprises possibles, notamment au travers des boues qui ont des vertus très recherchées. Il faut absolument que l’université aide les entreprises à développer des projets.
 
- Quel partenariat voulez-vous monter avec l’université ?
- Des programmes scientifiques avec la microbiologie. Des chercheurs peuvent faire des thèses sur les boues. L’IAE (Institut d’administration et des entreprises) pourrait travailler sur la filière. Nous devons apprendre à exploiter nos potentialités, nos petites richesses. Il ne faut surtout pas laisser quelqu’un nous les prendre ! Si on ne fait rien, un jour, ce sera le cas ! Un porteur de projet sur la source de Puzzichellu, dans le Fium’Orbu, est venu nous voir. Il n’arrive pas à obtenir l’autorisation de tirer 30 litres par jour pour faire du savon à partir d’une source à l’abandon ! Ne freinons pas ce genre d’initiatives ! Contrôlons, maîtrisons l’extraction, mettons en place des conventionnements, des contractualisations, mais encourageons ces porteurs de projet !
 
- Quel délai pour mettre en place ces mesures ?
- Certaines peuvent être mises en place très vite, en quelques mois. Par exemple, le travail avec l’université, ou la mise en lien de sources oubliées ou abandonnées avec les sentiers existants qui passent non loin. C’est tout un patrimoine à redécouvrir et à facilement valoriser. D’autres mesures, comme la recherche d’agréments ou l’élévation du niveau de prestations, nécessitent plus de temps et de travail. L’idée, enfin, si la filière voit le jour, est de l’évaluer pour voir comment elle s’organise et progresse et, au fil du temps, lui donner un cap.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.

I Bagni di Gagnu.
I Bagni di Gagnu.
Quelques chiffres :
• I Bagni di Baracci
Croissance du taux de fréquentation : 8 000 personnes en 2014, 17 000 en 2015 et 25 000 en 2016 pour un chiffre d’affaire qui est passé de 60 000 € à 250 000 € sans investissement important.
• Petrapola
Près de 250 curistes (thermalisme) et 800 clients (thermoludisme) pour un chiffre d’affaire de 180 000 €. Selon la CPAM, l’établissement thermal a accueilli, en cure de 21 jours, 2 curistes en 2014 et 21 en 2015.



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