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Le communiqué du FLNC du 22 octobre perturbe le vote de la résolution


Rédigé par Nicole Mari le Jeudi 28 Juillet 2016 à 23:23 | Modifié le Vendredi 29 Juillet 2016 - 00:50


Dans un communiqué de cinq pages rendu public, mercredi soir, le FLNC du 22 octobre réagit aux attentats islamistes et aux menaces qui pèsent sur la Corse. Il adresse un triple message, en Corse, aux musulmans et aux islamistes radicaux, et, globalement, à l'Etat français. Il demande aux premiers de prendre position contre le terrorisme, il met en garde les seconds contre une éventuelle attaque affirmant qu’elle ne restera pas sans réponse et stigmatise la responsabilité de l’Etat français. Cette initiative surprise du mouvement clandestin a été diversement appréciée par la classe politique insulaire et a complètement perturbé le vote, initialement acquis, de la résolution solennelle sur la sécurité publique et l’intégrisme islamique. Quelques réactions glanées, jeudi, dans l’hémicycle de l’Assemblée de Corse.


Le communiqué du FLNC du 22 octobre, rendu public mercredi soir.
Le communiqué du FLNC du 22 octobre, rendu public mercredi soir.
Il aura fallu plus de neuf heures, pratiquement la journée entière de jeudi, pour que la résolution solennelle portant sur la sécurité publique et l’intégrisme islamiste trouve une majorité pour être adoptée. Pourtant le vote avait été acquis, avant même le début de la session, lors d’une conférence des présidents où seul, le groupe communiste se positionnait contre. Mais, dans l’hémicycle, la machine, qui semblait parfaitement huilée, s’enraye brutalement. Le grain de sable est l’amendement déposé par le groupe communiste dénonçant le communiqué du FLNC du 22 octobre paru la veille. Faisant volte-face, l’opposition se coalise et veut forcer la majorité à dénoncer le communiqué, menaçant de voter contre la résolution, rejouant un scénario, qui menace de devenir récurrent à chaque session, depuis la prise de pouvoir des Nationalistes en décembre dernier.
 
Trois mises en garde
L’objet du litige est un communiqué, fort commenté et très différemment apprécié, du mouvement clandestin le FLNC du 22 octobre portant sur la menace terroriste qui pèse sur l’île. Les Clandestins expriment, d’abord, leur compassion à toutes les victimes des attentats islamistes dans le monde avant d’adresser trois messages. Le premier aux Musulmans de Corse dont « la présence sur la terre corse est importante, ce qui rend encore plus élevé le risque de conflit ». Il leur demande, en cas de nécessité, de « résister avec nous pour vaincre les fanatismes islamistes » et de « prendre position contre l’islam radical » en signalant les dérives constatées.  Le second est une mise en garde ferme aux « musulmans radicaux de Corse » qui seraient tentés par les dérives terroristes et leur promet « une réponse déterminée sans état d’âme ». Le troisième stigmatise la responsabilité de l’Etat français et sa « propension à vouloir intervenir militairement et à donner des leçons de démocratie ». Enfin, les Clandestins appellent le peuple corse « à la vigilance et au calme face à la barbarie ».
 
Refus de la loi du talion
Ce communiqué, qui suscite de vives réactions dans l’hémicycle, perturbe complètement le vote de la résolution solennelle. Finalement, un accord sera arraché, après une journée entière de discussions, de bras de fer et d’attente, autour du « refus des logiques d’affrontement qui pourraient traverser la société corse, tout comme la tentation d’y répondre par la loi du talion ». La résolution est adoptée à l’unanimité des votants, avec la non-participation des Communistes. « Un certain nombre de conseillers territoriaux souhaitaient évoquer ce texte de façon négative et voulaient, par voie d’amendement, intégrer dans la résolution une condamnation de cette intervention. Cela ne paraissait pas opportun aux deux groupes de la majorité. C’est largement pour cette raison que les débats ont été si longs. Une formulation équilibrée a, finalement, été retenue. C’est important d’avoir pu voter, ensemble, cette résolution solennelle », explique Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse.
 

Une très longue attente.
Une très longue attente.
Des réactions mitigées
Des réactions politiques, somme toute, attendues : la prudence chez les Nationalistes qui préfèrent botter en touche, la condamnation unanime et virulente à droite comme à gauche.
 
Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse : « Ce communiqué est, de façon générale, un texte assez équilibré. Il ne contient pas de dimension raciste, ni d’amalgame entre Musulmans et Islamistes radicaux. Sur le fond, ce texte n’est pas très éloigné de ce qu’a exprimé l’Assemblée de Corse à travers sa résolution solennelle. Après, on peut s’interroger sur son opportunité sous cette forme, mais il appartient à ses auteurs de savoir ce qu’ils font, pourquoi ils le font et au moment où ils le font. Nous n’avons pas d’appréciation à faire sur cette question ».
 
Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Corse : « Tout le monde sait qu’en Corse comme ailleurs, et peut-être même un peu plus qu’ailleurs, une situation de tension est en train de s’installer. Nous avons considéré qu’il était de la responsabilité des élus de la Corse de contribuer à désamorcer ces logiques de tension. On sait aussi que la stratégie de Daesh est, précisément, de chercher à disloquer la cohésion des sociétés, qu’il attaque, et de les plonger dans un conflit interconfessionnel. L’atrocité des actes, qui sont commis, vise, également, à susciter, dans des enchaînements que l’on connaît bien, des réactions de défense ou de rejet. Il est évident qu’en Corse, comme ailleurs, certains peuvent céder à la tentation de les avoir. Nous pensons, en ce qui nous concerne, que ce n’est pas le chemin que nous devons prendre. Nous l’avons affirmé à travers notre résolution. Nous devons, d’abord, être unis et déterminés. Nous devons, en tant qu’élus de la Corse, nous assurer que soient prises les mesures indispensables pour sécuriser le territoire de l’île et les Corses. En ma qualité de président du Conseil exécutif, je compte demander à l’Etat, qui assure ces compétences régaliennes, des mesures spécifiques qui vont au-delà du dispositif de droit commun, par exemple la sécurisation des rassemblements festifs et religieux, des écoles, de l’université et des transports, notamment maritimes. Dans un contexte où le risque est avéré, il faut lutter contre l’idéologie intégriste dans le respect des règles de droit, mais avec une fermeté que rien ne doit venir altérer. Des mesures coercitives doivent être prises contre ceux qui tiennent des discours de haine et d’exclusion et les lieux où ces discours sont tenus. Il faut, aussi, engager une véritable réflexion de fond sur le modèle de société et d’appartenance citoyenne que nous voulons construire en Corse, terre de liberté et de culte. Nous disons avec force que nous n’accepterons ni communautarisme, ni intégrisme. Notre société est démocratique, elle se construit et se développe sur un certain nombre de valeurs. Tous les comportements, qui ne sont pas conciliables avec ces valeurs, sont inadmissibles ! ».
 
Jean-Christophe Angelini, conseiller exécutif, leader du PNC : « Il ne m’appartient pas, en ma qualité de conseiller exécutif, de commenter les termes de la communication du FLNC 22 octobre, sinon pour dire, avec l’ensemble de mes collègues, qu’il convient de se garder, de ce point de vue, de tout risque de surenchère ou de conflit. Nous sommes, donc, aujourd’hui, extrêmement prudents et considérons la résolution proposée à l’Assemblée par les deux présidents comme l’acte fondateur de notre politique à l’endroit du terrorisme islamique et, plus généralement, des dérives qui pèsent depuis quelques mois sur l’ensemble des sociétés occidentales. Il y a manifestement nécessité de réaction, cela a été dit par l’ensemble des groupes. Cette réaction démocratique, largement partagée, est le meilleur rempart contre ces dérives fanatiques qui, aujourd’hui, frappent la démocratie et l’humanité au cœur. Cette attitude garantit, d’un point de vue démocratique et éthique, une réaction mesurée, en même temps qu’une participation de l’ensemble des Corses à un élan citoyen ».
 
Jean Biancucci, président du groupe Femu a Corsica : « Ce qui m’interpelle, c’est le moment choisi pour publier ce communiqué. Au moment où il y a un débat démocratique suscité par les deux présidents, et où on peut véritablement aboutir à une position commune, arrive, de manière tout à fait hasardeuse, le communiqué d’une organisation clandestine dont on n’avait plus entendu parler depuis des mois, voire des années, et qui, d’un coup, se réveille. Sur le contenu, je n’ai pas grand chose à dire parce qu’il regarde cette organisation. Je prends acte, mais je ne ferai aucun commentaire. Sur la forme, je pense que la priorité était le débat démocratique avec, à l’Assemblée de Corse, la possibilité, pour les uns et les autres, d’exprimer leur position. Qu’ensuite une organisation clandestine se prononce, je n’ai rien contre ! Mais, je ne comprends pas que cette position ait été donnée la veille de ce rendez-vous démocratique à l’Assemblée de Corse. Il est évident que cela pollue les débats et que cela risque, pour certains, de les neutraliser. Cela n’apporte rien aux avancées que l’on pourrait avoir au niveau démocratique ».
 
Petr’Anto Tomasi, président du groupe Corsica Libera : « Nous prenons acte du communiqué du FLNC du 22 octobre. Sur le fond et l’analyse générale, il y a des éléments qui peuvent être partagés et semblent mesurés. On les a, d’ailleurs, retrouvés, dans le débat sur la résolution, y compris dans les déclarations de différents groupes politiques, très au-delà du mouvement national. Il y a, ensuite, la question de l’adresse directe à l’Etat islamique. Encore une fois, nous en prenons acte. A cette heure, nous n’avons pas à la commenter. Nous disons simplement que les auteurs de ce communiqué ont certainement pesé les conséquences que cela pourrait avoir au sein de la société corse et sur la scène internationale dans le climat que nous connaissons. Pour notre part, nous pensons qu’aujourd’hui, il est du devoir des élus de la Corse de porter le débat au sein de la représentation politique. Ce que nous avons fait à travers cette résolution, sans esprit de polémique, de façon digne et en tâchant d’y associer l’ensemble des groupes. C’est ce que nous devons faire en portant une parole, en prévoyant une feuille de route à travers des mesures sécuritaires qu’il faut développer, également à travers l’organisation d’Assises qui poseront le modèle de société que nous voulons pour la Corse ».
 
Camille de Rocca Serra, conseiller territorial du groupe Le Rassemblement : « Je rejette complètement les propos tenus dans le communiqué. Aucun organisme, aucune association qu’elle soit clandestine ou pas, ne peut s’arroger le droit, dans un état de droit, dans une démocratie, de faire vengeance de quelque cas que ce soit. Dans notre société qui est fragile, il ne faut pas mettre notre jeunesse en situation de réaction. Nous ne sommes pas là pour agir au nom de la rumeur ou de la paranoïa, mais face à la réalité qui s’impose à nous, en Corse comme ailleurs, qui est celle d’un totalitarisme islamique, fanatique, salafiste ou autre qui mine, d’abord, l’islam. Nous devons garder raison. Notre jeunesse doit s’associer à cette lutte par les seules armes de l’esprit, des convictions, du débat démocratique, elle doit être en alerte face à ce qui peut devenir une dérive, mais pas de faire justice. Ce serait renier l’Etat de droit ! Je demande à l’Etat d’être le seul garant de notre liberté et des valeurs que la République revendique, d’être celui qui protégera chaque citoyen face à cette réalité barbare, cet obscurantisme qui veut abattre notre civilisation. C’est à lui d’agir, pas à un groupuscule, à une organisation terroriste ou autre, clandestine ou autre. Je ne suis pas pour la loi du talion, même si je peux comprendre l’exaspération de nos concitoyens ».
 
Michel Stefani, conseiller territorial du Front de Gauche : « L’ordre public et la sécurité publique relèvent des moyens de l’Etat. C’est la seule voie possible en Corse. Jeter de l’huile sur le feu peut être très dangereux. Pour ce qui nous concerne, il est inacceptable qu’une organisation, quelqu’elle soit, puisse s’ériger en protecteur du peuple corse et menacer, hors du cadre républicain et des compétences régaliennes de l’Etat. S’il faut garantir la sécurité publique aux citoyens, cela doit absolument relever de l’Etat ! ».
 
Maria Guidicelli, conseillère territoriale du groupe Prima a Corsica : « Ce communiqué peut avoir des conséquences très dommageables en Corse. Laisser entendre que des initiatives isolées seraient de nature à répondre par la violence à des actes de violence peut avoir deux effets qui seraient terribles pour nous. Premièrement, être perçu comme une provocation à l’égard de ceux qui, aujourd’hui, nous ont agressés et qui pourraient se saisir de cette attitude pour surenchérir dans la violence. Deuxièmement, laisser entendre que la société corse ne s’en remet pas à l’Etat de droit, à la garantie que peut apporter un Etat démocratique dans la mise en sécurité des citoyens. Nous devons être solidaires pour dire que la violence qui nous est faite, que l’agression dramatique dont nous avons été collectivement victimes, ne nous amènera pas sur le chemin de la division, de la provocation, de la violence et de l’autodéfense. Ce serait aboutir à ce que Daesh attend de nous et essaye de provoquer au sein de la société. Nous devons répondre autrement à ces évènements. La Corse est sur le chemin de la paix. Nous l’avons dit et redit, la violence ne peut pas être une réponse à la violence ! Tout ce qui est de l’ordre de la solidarité, de la cohésion sociétale et de l’apaisement doit primer sur toute réaction d’individu, de groupuscules quelqu’ils soient, qu’ils soient organisés ou pas, nombreux ou pas ».
 
François Tatti, conseiller territorial du groupe Prima a Corsica : « Ma première réaction est la consternation ! Face à la difficulté de la période, les autorités et l’ensemble des familles politiques s’accordent à penser qu’il faut avoir une réaction la plus rassemblée possible pour lutter contre cette barbarie. Qu’une organisation clandestine prétende gérer ces questions à la place de l’Etat et des pouvoirs régaliens par dessus toute forme de démocratie, c’est, pour nous, inacceptable ! Nous ne pouvons que nous élever contre ce communiqué et ces déclarations qui ne font que complexifier les choses et donner des arguments supplémentaires à ceux qui combattent la démocratie ».
 
Dr René Cordoliani, président du groupe Front national : « Notre réaction est celle de gens sensés et raisonnables. Nous sommes entièrement contre toute manifestation illégale. Ce système-là correspond à notre vieille coutume de la vendetta qui ne résout pas les problèmes, mais répond au crime par le crime et a amené les gens à s’assassiner les uns et les autres. La loi, rien que la loi, toujours la loi ! Nous en avons, aussi, assez des mouvements illégaux, paramilitaires, etc. Maintenant, à mon avis, s’il y a, en Corse, des massacres comme ceux qui ont eu lieu sur le continent, la réaction de la population sera forte avec un risque de guerre civile ».
 




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