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Langue corse : L’école primaire de Patrimoniu passe en site bilingue dès la rentrée prochaine


Rédigé par Nicole Mari le Dimanche 22 Janvier 2017 à 17:53 | Modifié le Lundi 23 Janvier 2017 - 23:12


Una scola bislingua in Patrimoniu. C’était une promesse de campagne de la nouvelle municipalité, ratifiée par les parents d’élèves, les communes alentour, et une partie du corps enseignant. Dès la rentrée scolaire de septembre 2017, l’école primaire de Patrimoniu deviendra, officiellement, un site bilingue. Les parents se sont déclarés à une large majorité en faveur de la langue corse. Un bilinguisme progressif qui sera, la première année, appliqué en classe de maternelle avant de s’étendre, en l’espace de 6 ans, à tout le primaire. Jean-Baptiste Arena, maire-adjoint de Patrimoniu, ne cache pas sa satisfaction et explique, à Corse Net Infos, l’importance du combat pour la préservation et la transmission de la langue corse qui est, pour lui, non seulement, un vecteur d’identité, mais aussi de partage, d’ouverture et d’intégration.


Le village de Patrimoniu et l'église San Martinu. Crédit photo : Christian Andreani.
Le village de Patrimoniu et l'église San Martinu. Crédit photo : Christian Andreani.
- Ce passage de l’école de Patrimoniu en site bilingue, n’était-ce pas une promesse électorale ?
- Oui ! C’est une promesse de notre programme électoral que nous avons réalisée. Avec José Poggioli, le maire, Audrey Grossi, conseillère municipale chargée des affaires scolaires, et François Fratacci, conseiller municipal et instituteur de l’école de Patrimoniu, nous avons, au mois d’octobre 2016, enclenché la procédure pour le passage de l’école en site bilingue à travers une délibération votée à l’unanimité des 15 élus du Conseil municipal. Ce vote nous a permis de déposer une demande à l’inspection académique avec l’aval des trois autres communes, Olmeta-di-Capicorsu, Ferringule et Barbaghju, qui ont, aussi, délibéré en ce sens.
 
- Pourquoi fallait-il l’aval de ces trois communes ?
- Les enfants de ces trois communes sont scolarisés à Patrimoniu. Notre école accueille 118 enfants de la Maternelle au CM2, ce n’est pas rien ! Elle compte cinq classes et cinq instituteurs. Nous avions, au préalable, organisé plusieurs réunions avec les enseignants et l’association des parents d’élèves pour les tenir informés de notre choix et pour travailler sur la démarche. Nous avons fait un gros travail de pédagogie en amont pour expliquer que la langue appartient à tout le monde et que chacun de nous doit se l’accaparer.
 
- Ont-ils été, d’emblée, tous d’accord ?
- Les représentants des parents d’élèves, oui ! Parmi les instituteurs, certains ont eu, au départ, quelques réticences, voire quelques craintes. L’Inspection d’Académie nous a demandé de procéder à un vote auprès de tous les parents d’élèves de toutes les classes, chaque parent devait voter personnellement. Sur 184 parents, 104 ont voté pour, 48 contre. Cette très forte participation et ce vote très largement favorable donnent toute sa légitimité au site bilingue qui a reçu l’aval, à la fois, du politique, des quatre communes, des parents et de l’inspection académique. Nous attendons, maintenant, sa validation par l’Education nationale, ce qui ne saurait tarder.
 
- Quand ce passage en bilingue s’effectuera-t-il ?
- Il sera progressif. Laurence Olivier, la directrice de l'école de Patrimoniu, ayant déjà l'habilitation en bilingue, commencera avec les petites et moyennes sections de Maternelle dès la prochaine rentrée scolaire de septembre 2017. Ces élèves seront accompagnés jusqu’au CM2. Dans six ans, l’école sera complètement bilingue. Elle permettra de pérenniser les filières bilingues des classes de 6ème et de 5ème du collège de San Fiurenzu qui ne sont, pour l’instant, irriguées que par les écoles de Santu-Petru di Tenda et d’Oletta.

Jean-Baptiste Arena, maire-adjoint de Patrimoniu.
Jean-Baptiste Arena, maire-adjoint de Patrimoniu.
- Est-ce, pour vous, une victoire ?
- C’est une grande joie ! Il était, pour nous, inconcevable de ne pas avoir une école bilingue pour pérenniser tout le travail culturel mené depuis une trentaine d’années dans le village et la microrégion, grâce à un gros tissu associatif et notamment a Cunfraternità San Martinu. A travers l’apprentissage de notre langue à l’école, nous pourrons inculquer à la jeunesse nos valeurs, notamment de partage. Avec Audrey, nous tenons, à ce sujet, à rendre hommage à un homme très important pour notre génération : Antoine Giovanetti, qui nous a quittés en 2004 et qui nous a transmis cette langue quand nous avions entre 15 et 25 ans. Nous étions une trentaine de jeunes du village et nous passions tous nos weekends chez lui pour apprendre le corse. Avec lui, nous ne nous parlions que corse ! Je voudrais aussi rendre hommage au travail exceptionnel de Miche Leccia à travers Parlemu Corsu qu’il faut soutenir.
 
- Ce combat pour la langue corse est-il politiquement important ?
- Oui, très important ! Mais, ce n’est pas un combat politique, c’est un acte sociétal. C’est un engagement résolu pour la sauvegarde de notre patrimoine immatériel et de notre langue qui nous tient à cœur. Mais, pas seulement ! Patrimoniu et les villages alentour sont en pleine croissance démographique. Nous pensons que la langue corse est, aussi, un vecteur énorme d’intégration pour les familles qui viennent de l’extérieur. Il est, en plus, prouvé depuis une trentaine d’années que le bilinguisme précoce favorise une gymnastique de l’esprit. Les enfants, qui sont bilingues dès leur plus jeune âge, ont d’autant plus de facilité à apprendre, au collège, une troisième, voire une quatrième langue. La langue corse est, enfin, un facteur d’ouverture sur le bassin méditerranéen, que ce soit vers l’Est et l’Ouest à travers les langues latines que sont l’italien et l’espagnol, mais aussi sur le monde. Notre but à Patrimoniu est de former les jeunes, de les préparer au marché du travail et à la société de demain pour qu’ils aient le choix d’être berger ou sommelier dans leur village… ou de vivre dans la Silicon valley s’ils le souhaitent.
 
- La langue corse en partage, n'est-ce pas une valeur symbolique de Patrimoniu et de son saint patron, San Martinu ?
- Oui ! La langue corse a une valeur de partage comme le vin ou d’autres aspects de notre patrimoine, par exemple, le chant. Elle est une partie de ce que nous sommes et qu’il faut à tout prix préserver et partager avec ceux qui nous l’ont transmise, avec ceux à qui nous la transmettons et avec ceux qui, demain, voudront nous rejoindre, vivre à nos côtés et partager nos joies et nos peines. La langue corse appartient à l’universel et peut, à ce titre, être, aussi, partagé à l’étranger. Pour pouvoir aller vers les autres et le monde, il faut savoir qui on est et d’où l’on vient, il faut être solidement enraciné. La langue corse fait partie de cet enracinement. C’est quelque chose que nous pouvons apporter sur la table de l’humanité pour pouvoir échanger avec d’autres peuples. Comment peut-on s’asseoir à la table quand on n’a rien à partager ! Pour partager, il faut avoir quelque chose à offrir. Les frustrations et les aigreurs viennent de gens qui n’ont rien à porter en échange. Qu’y a-t-il de mieux pour ne pas avoir peur de l’autre que de maîtriser sa langue et son espace !
 
Propos recueillis par Nicole MARI.




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