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La réforme contestée des rythmes scolaires fait toujours débat à Ajaccio


Rédigé par Vanina Bruna le Mercredi 3 Septembre 2014 à 23:30 | Modifié le Vendredi 5 Septembre 2014 - 16:32


Lors de la campagne des municipales, Laurent Marcangeli annonçait qu'il n'appliquerait pas la réforme des rythmes scolaires. Après avoir tenté de contourner la loi, la nouvelle municipalité a finalement rendu sa copie sur la nouvelle réforme pour la Ville d'Ajaccio. Petite révision avant la rentrée.


La réforme contestée des rythmes scolaires fait toujours débat à Ajaccio
La réforme des rythmes scolaires s'est vu opposer des résistances dans de nombreuses villes de France.
A Ajaccio, si Laurent Marcangeli avait soutenu en période de campagne qu'il n'appliquerait pas cette réforme, il s'est vu rattraper par une réalité sans appel.
La réforme sera donc appliquée dès la rentrée. Le 27 juin 2014 le député-maire adressait un courrier aux parents d'élèves dans lequel il assurait que "la Ville vous garantira l'amplitude d'accueil habituelle".
Il avait omis un détail : le coût de cette garantie pour les familles. En effet le temps périscolaire existait déjà avant la réforme, il était payant pour les parents qui ne pouvaient pas récupérer leurs enfants aux horaires convenus.
Ce que propose la nouvelle municipalité est un élargissement du temps périscolaire sans augmentation du coût. Ainsi, l'amplitude horaire est maintenue, mais pour les parents qui n'utilisaient pas le temps périscolaire avant la réforme, le maintien de cette amplitude horaire aura un coût.  
Essayons d'y voir plus clair.

Une réforme pour quoi faire?

Cette réforme part d'un constat simple : depuis la mise en place de la semaine des quatre jours en 2008, les écoliers français ont le nombre de jours d’école le plus faible des 34 pays de l’OCDE : 144 jours contre 187 jours en moyenne. Ils subissent de ce fait des journées plus longues et plus chargées que la plupart des autres élèves dans le monde. Avec cette réforme il s'agit donc d'optimiser l'articulation des temps scolaire et périscolaire et accompagner une prise en charge des élèves jusqu’à 16h30 au moins. Les élèves peuvent accéder à des activités sportives, culturelles, artistiques qui contribuent à développer leur curiosité intellectuelle et à renforcer le plaisir d’apprendre et d’être à l’école. Le cadre est donc posé. Pour l'Etat il s'agit de favoriser les ambitions éducatives des territoires. L'ajout de trois heures de classe le mercredi matin permet donc d'alléger chaque journée de 45 minutes en terme d'enseignement et l'élaboration d'activités périscolaires. 
Pour le financement sur le plan national, "l
e gouvernement a mis en place un fonds exceptionnel visant à aider les communes à redéployer les activités périscolaires existantes – notamment celles du mercredi matin – et à en proposer de nouvelles.
Toutes les communes ayant décidé de mettre en œuvre les nouveaux rythmes scolaires à la rentrée 2013 se sont vues allouer une dotation forfaitaire de 50 euros par élève. Les communes éligibles à la dotation de solidarité urbaine (DSU) cible ou à la dotation de solidarité rurale (DSR) cible se voient allouer 40 euros supplémentaires par élève, soit 90 euros par élève au total pour l’année scolaire 2013-2014. Ce fonds d'amorçage, dont le maintien avait déjà été annoncé par le Gouvernement pour l'année 2014-2015, sera poursuivi pour l'année 2015-2016. Son montant permettra de répondre plus particulièrement aux besoins des communes les plus en difficulté." (source: www.education.gouv.fr) 

Vers un enseignement à deux vitesses?

Si la réforme ne donne pas d'impératif dans l'élaboration du projet éducatif territorial, elle précise toutefois "qu'aucun enfant ne devra être laissé sans solution de prise en charge avant 16h30."
Pourtant ce que propose la municipalité d'Ajaccio aux parents c'est soit de faire appel aux services de garderie qui existait déjà avant la réforme, moyennant finances, soit de récupérer leurs enfants à 15h45.
Si, comme le précise Rose-Mary Ottavy, "le périscolaire a toujours été payant. Il est calculé sur la base du quotient familial et est indexé sur le coût de la vie. Le périscolaire du soir est rallongé de 45mn par jour à partir de la rentrée 2014, tout simplement parce que le temps scolaire se termine plus tôt. Ces 45mn supplémentaires quotidiennes n’ont pas eu de répercussion sur les tarifs de l’accueil du soir."
Qu'en est il des familles qui ne peuvent pas se permettre de dépenses supplémentaires?
Faudra t- il à présent payer pour que nos enfants bénéficient d'une éducation équitable?
Puisque ce temps périscolaire est imposé par une réforme gouvernementale, est-il concevable que les familles soient contraintes de payer?
L'éducation sera t-elle fonction, à l'avenir, des moyens financiers des familles ?
Cette réforme qui permet à l'Etat de se décharger sur les communes, entraînera des inégalités dans l'accès à l'éducation puisque le contenu des Temps d'activités périscolaire est laissé à l'appréciation de la commune.
Finalement ce que propose la mairie d'Ajaccio c'est l'aménagement du temps périscolaire, mais pas d'activités périscolaires supplémentaires.
Alors Temps Périscolaire, Temps d'activités Périscolaires : on joue sur les mots et tout le monde y perd son latin, nous avons donc décidé de contacter Michel Barat recteur académique pour avoir son point de vue sur la question.

Du côté du Rectorat

Le problème qui a interpellé Michel Barat, c'est justement la non-création de temps d'activité périscolaire.
Si la municipalité n'a aucune obligation en la matière, en refusant de créer ces temps d'activités périscolaires, elle se prive du fond d'amorçage prévu par l'Etat d'un montant de 50 euros par élève, soit environ 250 000 euros pour Ajaccio. 
"Dans cette réforme des rythmes scolaires il est proposé aux mairies de mettre en place des activités périscolaires soit en fin d'après midi, soit en dégageant une demi journée. Si elles acceptent, il y a dans ce cas un Projet Éducatif Territorial qui est créé, validé par l'autorité Académique, ce qui ouvre des droits de subventions qui peuvent aller de 50 à 140 euros, versés pas la CAF.
"Nous notre rôle c'est d'examiner les projet éducatif territoriaux, conseiller les communes, les accompagner y compris une fois qu'il est mis en place pour leur amélioration.(...) 
Si les communes ne veulent pas mettre de projet éducatif territorial, ils ont le droit, mais dans ce cas la il n'y a donc aucune subvention. Je suis extrêmement favorable à cette réforme. Je suis aussi favorable à ce que le temps d'activité périscolaire soit gratuit. Je ne peux pourtant pas m'opposer au fait que cela soit payant puisqu'il s'agit de la libre administration des communes. Ils avaient des solutions pour baisser leur cout. Il faut savoir que si la Mairie avait des contrat éducatif locaux, ce qui est le cas, ils pouvaient les faire basculer sur les projets éducatifs territoriaux.

A Ajaccio, comme à Marseille, c'est une position politique, je ne me permettrais pas de commenter une position politique, mais ça n'est qu'une position politique. Bastia qui est plus petit qu'Ajaccio hors subvention est à 400 000 euros. A peu de choses près, le cout pour la municipalité à Ajaccio sera sensiblement le même, que ce soit le projet prévu par l'ancienne municipalité, qui lui prévoyait un projet éducatif territorial, gratuit pour les usagers, ouvrant droit aux subventions prévues à cet effet, ou le projet prévu par la Municipalité en place. Je ne comprends pas. Nous sommes prêts à rediscuter avec le maire d'Ajaccio, à l'accompagner, à lui expliquer."

Questions à Pierre-Vincent Ortoli, Président de la FCPE de Corse-du-Sud

- Etes vous satisfaits de la reforme des rythmes scolaires à Ajaccio?
- Absolument pas ! Le maire d’Ajaccio met en place, dans la précipitation, une réforme des rythmes scolaires au rabais et des activités péri éducatives payantes.
La FCPE regrette tout d’abord, l’absence de projet éducatif territorial (PEDT). Cette lacune ne permettra pas à la municipalité d’Ajaccio d’offrir à chaque enfant, après l’école, un parcours éducatif cohérent et de qualité. La FCPE regrette que la nouvelle équipe municipale n’ait pas jugé utile de consulter la communauté éducative ajaccienne.
Enfin, la FCPE condamne la décision du maire d’Ajaccio de rendre payants les Temps d’Activités Péri éducatifs pour tous les élèves des écoles maternelles et élémentaires qui ne sont pas inscrits à la garderie. Cette décision injuste et inégalitaire va grever considérablement le pouvoir d’achat des parents qui souhaitent inscrire leurs enfants à ces  activités. Elle va également accentuer, au sein d’une même classe, les différences sociales entre ceux dont les parents pourront payer et les autres qui ne pourrons pas assister aux activités péri scolaires.
 
- Pourquoi, selon vous, la municipalité précédente avait pensé un projet gratuit pour les usagers et  que cela semble impossible aujourd'hui?
- Ce qui était possible hier l’est encore aujourd’hui ! Quand une municipalité propose un projet éducatif territorial et des activités péri éducatives gratuites cela relève d’un choix politique clair qui est celui de mettre l’enfant au cœur de l’action municipale ; c’est faire le choix de la jeunesse et de son épanouissement. A l’évidence le nouveau maire d’Ajaccio  n’a pas fait ce choix politique!
 
- La FCPE entend-elle protester contre cette réforme? 
- Au plan local et plus particulièrement à Ajaccio, la FCPE est entrée en résistance et des initiatives seront prises prochainement pour que tous les élèves puissent bénéficier d’activités péri éducatives gratuites et de qualité s’inscrivant dans la continuité du temps éducatif scolaire.
Au plan national, la FCPE continuera de revendiquer avec force la pérennisation du fond d’amorçage qui correspond à l’aide forfaitaire que l’Etat accorde à toutes les communes (50€ par élève) pour cette rentrée scolaire et la suivante.
 
- Si l'Etat transfère les initiatives éducatives aux communes, quel avenir selon vous pour l'éducation nationale à Ajaccio et plus largement en Corse?
Le transfert d’initiatives éducatives aux communes relève d’une approche comptable et budgétaire de l’école. Force est de constater que les grandes réformes proposées par les gouvernements successifs sont caractérisées par l’absence de volonté politique de s’attaquer aux inégalités sociales génératrices d'échec scolaire. A la FCPE nous considérons que le service public d’éducation doit rester national car nous avons la conviction que c’est une condition indispensable pour garantir à tous les élèves l’égalité des droits d'accès aux savoirs, aux cultures et à leur maîtrise





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