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La grogne des Chambres d’agriculture contre les ponctions de l’Etat


Rédigé par Nicole Mari le Jeudi 6 Novembre 2014 à 01:31 | Modifié le Jeudi 6 Novembre 2014 - 01:31


Journée porte close, mercredi, dans les Chambres d’agriculture pour suivre un mot d’ordre national contre la décision de l’Etat de prélever, en trois ans, 90 millions € de financement public sur leurs fonds de roulement disponibles à plus de 90 jours. Ces restrictions budgétaires coûteront, en 2015, près de 2 millions € à la chambre de Haute-Corse qui, avec plus de 250 jours de fonds de roulement, pâtit de sa bonne santé financière. Ce manque à gagner risque d’entraver son fonctionnement et ses actions. Une réunion de crise a réuni responsables et syndicats qui ont été reçu par le préfet Alain Rousseau. Explications, pour Corse Net Infos, de Jean-Marc Venturi, vice-président de la chambre départementale, suivies de celles de Joseph Colombani, président de la chambre régionale d'agriculture.


Réunion de crise à la la chambre d'agriculture de Haute-Corse autour de Jean-Marc Venturi, vice-président.
Réunion de crise à la la chambre d'agriculture de Haute-Corse autour de Jean-Marc Venturi, vice-président.
- Quelle est la raison de ce mot d’ordre national ?
- Nous protestons contre cette ponction que l’Etat fait, de manière unilatérale, dans les fonds de roulement des Chambres consulaires, notamment des Chambres d’agriculture, pour équilibrer le budget du ministère de l’agriculture qui doit faire de grosses économies. L’Etat a décidé de prendre tous les fonds dépassant 90 jours de fonds de roulement. Or, les Chambres corses ont un système de fonctionnement particulier avec des paiements décalés du fait de la présence de l’ODARC (Office de développement agricole et rural de la Corse). Elles ont besoin de 250 à 300 jours de fonds de roulement. Si l’Etat prend tous les fonds qui dépassent 90 jours, il va nous empêcher de fonctionner !
 
- Combien prélèvera-t-il ?
- 2 millions € ! Cela veut dire que nous allons faire un chèque de 2 millions € sur nos économies que nous avons mis 12 ans à réaliser en ayant une gestion prudente et sérieuse. Nous savons que ce fonds de roulement est indispensable à nos ambitions de terrain ! Si nous n’avons pas d’ambitions de terrain, ce n’est pas la peine d’être élu ! Nous sommes élus par les agriculteurs pour mettre en piste une politique des agriculteurs. 
 
- Payez-vous paradoxalement la bonne santé de la Chambre d’agriculture 2B ?
- Oui ! Ce sont effectivement les bons élèves qui sont ponctionnés ! Le ministère de tutelle prévoit une caisse de péréquation pour les Chambres qui seraient en grande difficulté. Sauf que l’on connaît le montant qui sera mis dans la caisse et le nombre de Chambres qui viendront demander ! Nos chances, en l’état, d’obtenir, de cette caisse, les fonds dont nous avons besoin, sont infinitésimales. Il appartiendra à notre ministre, qui va venir, j’espère, très prochainement, en Corse, de se rendre compte que nous sommes dans une situation particulière. Nous sommes les seuls à avoir un ODARC entre l’Etat et nous et les seuls à avoir une aussi faible partie de notre budget représenté par l’impôt.
 
- Pourquoi ?
- Notre Chambre est pauvre ! Nos ressources proviennent de l’impôt sur le foncier non bâti dont la valeur est faible. A partir de là, seul le ministre peut décider d’abonder la caisse de péréquation de 1,5 million € et de donner cette somme à la Corse. Il peut le faire, s’il a envie de le faire ! C’est l’objet de toutes les discussions que nous pouvons avoir à tous les niveaux et au plus haut niveau. Nous avons rencontré le préfet de Haute-Corse et une délégation de Corse du Sud a rencontré le préfet de région. Nous allons, avec Joseph Colombani, monter, prochainement, à Paris au ministère de l’agriculture. Nous attendons le rendez-vous.
 
- Pensez-vous obtenir satisfaction ?
- Nous travaillons, depuis trois mois, avec toutes les autorités pour faire remonter les justificatifs. Nous avons même la chance d’avoir eu, ces derniers jours, un rapport de la Cour des comptes sur les dix dernières années de gestion de la Chambre. Ce rapport dit que notre Chambre, pour fonctionner harmonieusement, a besoin de plus de 250 jours de fonds de roulement. Si l’Etat nous prend tous les fonds dépassant 90 jours, il y aura forcément des conséquences. Ce n’est pas possible qu’il n’y en ait pas !
 
- Que risquez-vous ?
- Nous risquons de ne plus pouvoir rendre le service aux agriculteurs, ni faire ce pour quoi nous sommes fait ! Les Chambres d’agriculture sont là pour assurer un appui technique. Ce qu’elles font ! Nous avons plus de 60 personnes sur le terrain, plus ceux de la Chambre de Corse-du-Sud, qui sont, tous les jours, aux côtés des agriculteurs. C’est une ambition et un développement ! C’est pour cela que nous sommes élus et c’est cette mission que l’on va contraindre. C’est très compliqué !
 
- Les agriculteurs sont-ils inquiets ?
- Pas encore ! Pour l’instant, seuls les présidents et les membres du conseil d’administration se sont rendus compte de la chose. Mais, peut-être le seront-ils quand nous aurons terminé les discussions avec l’Etat !
 
- Quand cette décision prendra-t-elle effet ? Début 2015 ?
- On ne sait pas encore. La Loi de finances n’a pas encore été votée. Elle a été adoptée en 1ère lecture à l’Assemblée nationale. Elle est, en ce moment, débattue au Sénat. Elle reviendra en 2ème lecture devant les députés. Nous devrions être fixés mi-décembre.
 
- Si vous n’obtenez pas satisfaction, que ferez-vous ?
- Des manifestations très importantes !
 
Propos recueillis par Nicole MARI

Joseph Colombani, président de la chambre régionale d'agriculture.
Joseph Colombani, président de la chambre régionale d'agriculture.
Joseph Colombani : « Si nous ne pouvons pas travailler, l’Etat ne pourra pas, non plus, travailler ! »
 
« Nous sommes confrontés à des réalités. D’abord, à cause du rôle d’intermédiaire de l’ODARC, nous avons besoin d’un certain délai pour nous faire payer, environ un an. C’est pour cela que le fonds de roulement paye les salaires pendant que l’action se fait alors que la subvention n’intervient qu’un an après. Ensuite, nos ressources propres sont faibles parce que la part de l’impôt sur le bâti est très petite. Enfin, pour accompagner l’ambition de la Corse, qui s’est encore exprimée lors du vote du PADDUC et des Assises de l’élevage, ainsi que cette volonté des élus agricoles de vouloir développer leur pays, il faut de l’expertise et des techniciens sur le terrain. Là, on nous coupe les ailes en plein vol, sans tenir compte ni de notre particularité, ni de notre situation, ni de notre ambition ! C’est totalement injuste !
Nous avons déjà commencé à discuter avec le ministère qui nous a promis un retour de subventions dans le fonds de péréquation, mais on sent bien que cette aide ne sera pas à la hauteur de ce dont nous avons besoin. On aurait pu être traité comme les DOM-TOM qui échappent à cette décision. Le ministère n’a pas voulu.
Aujourd’hui, et je parle en mon nom propre, avec ma casquette syndicaliste, nous mettons en garde, de manière très solennelle et sans forfanterie, les Autorités en leur disant que nous n’accepterons pas de perdre un seul employé ! Nous allons vers des actions d’occupation, de manifestations publiques. Si nous, nous ne pouvons pas travailler, eh bien l’administration et l’Etat ne pourront pas, non plus, travailler ! »

Propos recueillis par Nicole MARI




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