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« La convergence entre Nationalistes est une nécessité impérieuse »


Rédigé par Nicole Mari le Lundi 10 Août 2015 à 23:30 | Modifié le Mercredi 12 Août 2015 - 01:32


La rencontre à huis-clos entre Corsica Libera et Femu a Corsica a été l’événement des 34ème Ghjurnate internaziunale di Corti. Pendant plus de deux heures, Indépendantistes et Nationalistes modérés ont tenté de faire table rase des divergences dans l’espoir de tracer un chemin de convergence nationale en vue des prochaines échéances électorales du 8 et 13 décembre 2015. Le leader de Corsica Libera, président du groupe à l’Assemblée de Corse (CTC) et tête de liste aux prochaines élections territoriales de décembre 2015, Jean-Guy Talamoni revient, pour Corse Net Infos, sur la genèse de cette rencontre, son déroulement et ses suites. Il explique que la convergence du mouvement national peut se faire au 2ème ou 3ème tour de scrutin et prône l’ouverture vers les forces de gauche, dont celle de Paul Giacobbi, autour d’u prugettu cumunu voté à l’Assemblée de Corse (CTC).


Explications, pour Corse Net Infos, de Jean-Guy Talamoni, leader de Corsica Libera et tête de liste aux prochaines élections territoriales de décembre 2015.
Explications, pour Corse Net Infos, de Jean-Guy Talamoni, leader de Corsica Libera et tête de liste aux prochaines élections territoriales de décembre 2015.
- Pourquoi avoir invité, de manière aussi formelle et publique, Femu a Corsica aux Ghjurnate ?
- Jusqu’à présent, il y avait des contacts, mais pas beaucoup de rencontres bilatérales, et seulement entre Corsica Libera et le PNC (Partitu di a Nazione corsa) qui est une composante de Femu a Corsica. Des rendez-vous avaient été pris et annulés. En bref, nous n’avions pas beaucoup avancé. Il nous a semblé que les Ghjurnate offraient la possibilité de nous rencontrer dans un cadre formel et public afin que chacun puisse dire comment il voit la suite des opérations. C’était le moment de faire un geste significatif. Depuis longtemps, nous disons que les Nationalistes doivent être au centre du jeu politique parce que les scores électoraux, qu’ils réalisent désormais, leur permettent de prétendre occuper cette place. Nous avons, donc, plaidé pour la cohésion du mouvement national avant l’ouverture, possible et même souhaitée, à d’autres forces mais sans jamais mettre les autres Nationalistes à égalité avec les autres forces politiques.
 
- Comment s’est passée la rencontre ?
- Bien ! Elle a été positive et prometteuse. C’est bien que nous nous soyons vus, dans une ambiance très détendue et devant l’ensemble des Corses puisque les Ghjurnate sont, quand même, tous les ans, un grand moment de la vie politique corse. Nous avons répété que la convergence entre Nationalistes est une nécessité impérieuse. Pour être au centre du jeu, les Nationalistes doivent être réunis, non pas dans un parti unique, mais dans le cadre d’une cohésion nationale qui met en avant ce qui nous unit et pas ce qui nous divise, et en travaillant ensemble chaque fois que c’est possible.
 
- Qu’avez-vous décidé ?
- Rien de concret n’a été arrêté, si ce n’est le principe d’une convergence nationale qui a été admis des deux côtés. Notre proposition a, peut-être, reçu un meilleur accueil que d’habitude. Nous avons décidé, d’une part, de se revoir. Ce qui n’est pas rien ! D’autre part, de se donner une méthode et un calendrier. Ce qui est la moindre des choses à partir du moment où nous continuons les discussions.
 
- A quel moment souhaitez-vous cette convergence ?
- Nous ne sommes pas allés aussi loin. Il y aura d’autres rencontres dans les semaines et les mois à-venir pour définir si jonction, il y a, et, dans ce cas, le moment de la jonction. Nous sommes juste au début du parcours. Peut-être que ces discussions n’aboutiront pas, mais nous y allons avec la volonté de les faire aboutir.
 
- Pourquoi avez-vous, déjà, acté de partir au 1er tour des Territoriales avec deux listes séparées ?
- La question n’a pas été mise en débat. C’est une affaire entendue qu’il y aurait deux offres nationalistes, peut-être même plus, au 1er tour. Il s’est passé un certain nombre de choses qui rendait la liste unique peu probable, que ce soit à Porto-Vecchio, à Bastia et, encore, dernièrement, à Ajaccio. Alors même que nous avions été unis un an auparavant, Femu a Corsica n’a pas jugé bon de reconduire la liste d’union. Nous avons, donc, pris nos dispositions. Nous venons de rendre public les cinq premiers noms de notre liste. Nous sommes déjà en campagne. Ensuite, toutes les possibilités sont ouvertes.
 
- Désirez-vous, pour votre part, l’union du mouvement national pour le 2nd ou pour le 3ème tour ?
- Rien n’est décidé ! Notre proposition est de continuer à travailler ensemble pour, justement, répondre à cette question. Cela dépendra, aussi, du résultat obtenu par les uns et les autres au soir du 1er tour. Peut-être y aura-t-il, pour les Nationalistes unis, la possibilité d’arriver en tête au 2nd tour et d’obtenir la prime des sièges ! Nos réflexions sur ce point précis du 2ème ou 3ème tour, nous les réservons à nos partenaires potentiels avant de rendre publique notre proposition.
 
- Comment allez-vous gérer vos points de divergences, notamment sur le bilan de la mandature Giacobbi, éreintée par Femu a Corsica et que vous défendez ?
- Cela dépend des dossiers ! Sur le dossier maritime, nous sommes en opposition frontale avec le Conseil Exécutif parce que nous avons une vue très précise des suites à donner avec la création d’une compagnie régionale, non seulement pour la propriété des navires, mais aussi pour l’exploitation des lignes. Il y a quelques jours, Corsica Libera a voté contre la proposition de DSP (Délégation de service public) alors que Femu a Corsica s’est abtenu. Nous avons, aussi, été actifs sur le dossier de la corsisation des emplois où existe un point important de désaccord. Nous avions saisi l’Exécutif, mais nous n’avons pas eu de réponse satisfaisante. Il est vrai que la personne qui a en charge cette question est Jean Zuccarelli ! Enfin, nous sommes Indépendantistes, ce qui est, avec Paul Giacobbi et ses amis, un point de divergence que n’a pas forcément Femu a Corsica.
 
- Pourtant vous êtes les seuls, dans l’opposition, à décerner un tel satisfecit à Paul Giacobbi ?
- Depuis cinq ans, il s’est passé, à l’Assemblée de Corse, un certain nombre de choses que nous ne pouvons pas faire semblant d’ignorer. Les votes sur l’officialité de la langue, le statut de résident, l’architecture institutionnelle, le PADDUC, la loi d’amnistie pour les prisonniers et les recherchés … sont importants pour nous. Force est de constater que le Conseil Exécutif a fait voter sa majorité de manière systématique. Nous en prenons acte. Les Nationalistes ont porté, seuls, pendant des décennies, ces revendications dans un courant minoritaire. Aujourd’hui, nous pouvons dire que nous sommes majoritaires. Grâce à la pression du mouvement national et à l’initiative du FLNC, nos idées minoritaires sont devenues majoritaires !
 
- Tous ces votes sont restés lettre morte. N’est-ce pas décevant ?
- Aujourd’hui, nous devons renforcer la pression sur Paris pour qu’il fasse droit à ces demandes. Paris n’a répondu positivement qu’à une seule demande, celle de la collectivité unique. Ce n’est pas rien ! Nous la demandions depuis des dizaines d’années. Là encore, on ne peut pas dire, comme je l’entends parfois, même de certains Nationalistes, que c’est une coquille vide ! C’est le contraire ! Il risque d’y avoir problème puisqu’en plus des compétences habituelles de la CTC, il faudra gérer les compétences des deux Conseils départementaux. La coquille risque d’être trop pleine ! Je ne comprends pas que l’on puisse, aujourd’hui, remettre en question l’intérêt de ce dispositif. Ce n’est pas logique !
 
- Comment comptez-vous augmenter la pression sur Paris ?
- Déjà, en réussissant les élections de décembre. Si les Nationalistes doivent tout faire pour obtenir des scores importants, ce sera un élément du rapport de forces. Nous avons la faiblesse de penser que le score de Corsica Libera sera examiné avec beaucoup d’attention parce que nous avons porté clairement un certain nombre de dossiers. Les Corses, à un moment donné, devront se positionner par rapport à notre démarche qui a été offensive pendant cette mandature. Ensuite, la question est : allons-nous gouverner ? Les Nationalistes pourront-ils gouverner, ensemble, mais sans les autres forces ? Cela ne paraît pas évident parce qu’il nous faudrait atteindre des scores très hauts !
 

Le final des Ghjurnate.
Le final des Ghjurnate.
- Si ce n’est pas le cas, avec qui comptez-vous vous allier ?
- Si nous devons ouvrir à d’autres forces, on ne peut le faire que sur la base d’u prugettu cumunu, c’est-à-dire du projet déjà voté par l’Assemblée de Corse.
 
- C’est-à-dire avec la mouvance de Paul Giacobbi ?
- Avec ceux qui ont voté ce projet, c’est-à-dire avec Femu a Corsica, avec les Socialistes, comme Emmanuelle De Gentili et Jean-Charles Orsucci, qui ne sont pas, en ce moment, avec Paul Giacobbi, et avec ceux qui se reconnaissent dans ce projet. En revanche, il nous paraît impossible d’opérer une jonction avec la droite. Pas seulement parce que c’est la droite et que nous avons un enracinement en matière de justice sociale qui ne correspond pas forcément à la manière de voir de Messieurs Francisci et Rocca Serra, mais parce qu’elle est contre tout ! Cela dit, si, demain, un courant libéral est pour l’officialité de la langue, l’amnistie, le statut de résident, l’évolution institutionnelle…, nous pourrions envisager de faire un bout de chemin avec lui. Mais force est de constater qu’à quelques semaines du scrutin, la droite, y compris un candidat comme José Rossi, s’est déclarée totalement hostile sur ces sujets essentiels.
 
- Femu a Corsica dénonce le « système Giacobbi » comme clientéliste, claniste et nocif pour la Corse et le rejette clairement. N’êtes-vous pas dans une impasse ?
- Non ! La position, qui nous a été donnée par Femu, est beaucoup moins claire sur ce point !
 
- Trouvez-vous que leur mise au pilori, récurrente et publique, de ce « système » manque de clarté ?
- C’est très bien qu’ils l’expriment plus clairement dans la presse ! Nous, nous sommes très clairs. Ce qui compte, ce sont les idées avant les prises de responsabilité. Nous allons continuer à travailler, à rencontrer les autres Nationalistes et à avancer. Maintenant, la question n’est pas Paul Giacobbi ou un tel. On ne sait pas le score qu’il fera ou que fera la liste socialiste, s’il y en a une. Il faut, au soir du 1er tour, peut-être même du 2nd tour, voir ceux qui peuvent être des partenaires, parce qu’ils sont en mesure de signer un projet commun, et ceux qui ne peuvent pas l’être parce qu’ils sont contre nos idées. On ne peut pas constituer un Conseil exécutif sur uniquement une base de répartition des sièges !
 
- Pendant des décennies, les Nationalistes ont pourfendu les « systèmes clanistes et clientélistes ». Cela ne vous dérange plus aujourd’hui ?
- Nous avons combattu, de manière générale, le système français en Corse. Il y a, aujourd’hui, un système à tel endroit et un système à tel autre. Si on pense que la droite est indemne de l’esprit ou du comportement de système au point d’engager des discussions avec elle, nous ne le pensons pas. On sait très bien ce qui s’est passé pendant les précédentes mandatures à la CTC, les scandales comme celui du train… Certains candidats en compétition ont été partie prenante de systèmes particulièrement dévastateurs. Plutôt que de jeter l’anathème sur un candidat potentiel, nous avons posé les règles du jeu.
 
- Lesquelles ?
- Nous ne pouvons discuter qu’avec ceux favorables à un projet national et nous leur demanderons des garanties en termes de fonctionnement et de moralisation de la vie publique. Nous pourrons d’autant plus les exiger et les obtenir que les Nationalistes seront unis, cohérents et au centre du jeu. Si ces garanties n’existent pas, il n’y aura ni ouverture, ni accord ! Nous avons fait adopté, à la CTC, depuis plusieurs années, le principe d’un organisme d’évaluation des politiques publiques.
 
- Le fait que cet organisme n’ait jamais vu le jour ne vous interpelle pas ?
- La question de la moralisation de la vie publique et des moyens de cette moralisation sera une de nos exigences pour la prochaine mandature. Ce n’est pas seulement un slogan électoral ! Nous essayons de réfléchir à des moyens pragmatiques, mais il est vrai que nous n’avons pas été beaucoup soutenus lorsque nous avons demandé la création d’un organisme, non seulement d’évaluation, mais aussi de contrôle des fonds publics. Ce contrôle est opéré, aujourd’hui, par une simple Commission qui n’a pas les moyens de fonctionner. Il faut passer de la Commission à l’organisme avec des fonctionnaires formés, spécialisés et ayant une certaine indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif. Nous avons fait des propositions précises. Nous les soumettrons à Femu a Corsica qui sera, sans doute, d’accord avec ces propositions.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 
 



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