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La Corse qui ose : « Nous n’irons pas avec ceux qui ont privatisé l’argent public ! »


Rédigé par Nicole Mari le Vendredi 27 Novembre 2015 à 23:30 | Modifié le Samedi 28 Novembre 2015 - 02:49


Salle comble pour le premier meeting d'Emmanuelle de Gentili et de Jean-Baptiste Luccioni qui s'est tenu, vendredi soir, à la salle polyvalente de Lupino à Bastia. Et un retour réussi dans la campagne, après l’interruption causée par les attentats de Paris. Le binôme de la Gauche progressiste et régionaliste veut faire entendre le souffle de sa différence. Dans des discours clairs, taclant sur la gauche par à coup, il règle, sans avoir l’air d’y toucher, ses comptes à ses anciens partenaires et propose, dans la lignée des municipales, une nouvelle façon de faire de la politique. Il rejette clairement toute alliance de 2nd tour avec les tenants d’un système "clientéliste et passéiste".


Emmanuelle De Gentili, tête de la liste La Corse qui ose, et Jean-Baptiste Lucioni, entourés de leurs colistiers, rendent hommage aux victimes des attentats de Paris.
Emmanuelle De Gentili, tête de la liste La Corse qui ose, et Jean-Baptiste Lucioni, entourés de leurs colistiers, rendent hommage aux victimes des attentats de Paris.
C'est par un hommage aux victimes des attentats du 13 novembre à Paris, en ce jour de recueillement national, que s'est ouvert le meeting de « la Corse qui ose ». Une salle debout a écouté un extrait d’Imagine de John Lennon, puis une courte mais solennelle allocution d'Emmanuelle de Gentili, tête de liste et secrétaire nationale du parti socialiste, avant d’observer une minute de silence et d’entonner le Dio Vi Salvi Regina et la Marseillaise. « Les dernières semaines, que nous avons vécues, ont changé la France. Elles nous ont changés. Depuis le 11 septembre 2001, le monde est en guerre, mais on ne le réalisait pas. Depuis janvier 2015, la France est en guerre, mais ne le réalisait pas. Depuis le Bataclan, la France s’est réveillée en guerre et elle a réagi… Elle réagit parce que la démocratie est attaquée, la liberté est en danger, l’égalité vacille, la fraternité se délite. Toutes les valeurs, qui fondent notre pacte social, sont en recul… Nous devons résister… Tous ensemble, nous devons montrer que la démocratie est plus forte que la terreur », exhorte-t-elle.
 
Pas sans nous !
Résister, oser, s’engager, réinventer, impulser des politiques nouvelles, changer la façon de faire de la politique dans la droite ligne des dernières municipales bastiaises… autant de mots qui vont rythmer les discours des divers intervenants. Oser, comme le rappelle, d’emblée, Hyacinthe Mattei parce que « pour la première fois, notre tête de liste, Emmanuelle De Gentili, a reçu l’investiture du parti socialiste, réservé jusqu’alors au PRG dans le cadre d’accords nationaux. Pour la première fois également, la société civile est largement représentée pour faire entendre la voix de la majorité silencieuse ». S’engager, poursuit-il, à « construire une collectivité unique avec des valeurs d'éthique, ce qui n'a pas été souvent le cas jusqu'à présent », à défendre un projet de société « où chacun pourra s’exprimer et agir librement, un projet attentif à la jeunesse, à la défense du service public et des acquis sociaux, le droit au logement et la maitrise de notre environnement ». Le Balanin affirme que cette collectivité unique « ne pourra se faire sans nous qui sommes garants d'une autre manière de faire de la politique et d’agir autrement ». Il appelle à la mobilisation : « Chaque voix compte. Nous avons besoin de vous pour ne pas gâcher cette nouvelle page d'histoire qui s'ouvre ».
 
Changer de cap
Ange-Pierre Vivoni, maire de Sisco, lui emboîte le pas en citant Martin Luther King : « Nous aussi avons rêvé d’une Corse sans violence, sans demandeurs d’emploi, sans précarité, où chacun aurait un logement décent, une Corse avec un peuple vivant. Nous avons décidé de faire une politique différente de celle que nous avons depuis des lustres. Nous voulons remettre les choses à l'endroit avec la plus grande sincérité et la plus grande transparence ». Dénigrant « les promesses non tenues », il assène : « Nous n'avons ni emploi à vous offrir, ni subvention à distribuer aux associations qui en ont grandement besoin, encore moins aux collectivités pour rattraper le retard accumulé depuis des décennies ». Il s’interroge sur l’utilisation des 2 milliards € donnés à la Corse sur 15 ans pour rattraper les retards structurels. « Qu'en avons-nous fait ? Le constat est amer. Plus de 50% des communes corses n’ont pas d’eau potable à distribuer à leurs administrés. Près de 60% n'ont pas un assainissement valide. Le train sert aux touristes pour visiter nos paysages... Un jour, notre peuple se révoltera car il est impensable de continuer à cautionner un tel système ». Cet ancien Giacobbiste, entré en dissidence, fait son mea-culpa : « Je fais, ce soir, devant vous, amende honorable. Pendant des années, même si au fond de moi, je désapprouvais, j'ai laissé faire. Je revendique cette responsabilité ! Osons changer de cap et de politique afin de rendre à la Corse, les lettres de noblesse qu’elles méritent… Je vous jure : la Corse changera ! ».
 
Un souffle nouveau
In lingua nustrale, Raphaëlle Medori, embraye sur un vibrant plaidoyer en faveur de la langue corse, du bilinguisme, de la sauvegarde du patrimoine architectural et des valeurs ancestrales de solidarité, de valorisation des ressources, notamment agricoles, et de préservation de la nature. « A l'heure du développement durable, nous avons des atouts certains. Cette terre préservée est un véritable atout économique, ce que certains appellent notre retard peut devenir une vraie chance. La question à se poser est : quel type de développement voulons-nous pour notre île ? Voulons-nous une économie assistée ou une économie productive ? », questionne-t-elle.
Cet avenir, l’avocate ajaccienne, Paola Borelli-Houiller, le veut « plus juste, plus fraternel et plus ambitieux. Nous sommes ambitieux pour notre île parce que nous savons que rien ne peut arrêter des forces qui se rassemblent ». Elle fustige le satisfecit des listes concurrentes : « Ils veulent faire autrement, mais avec les mêmes personnes. Ils recyclent du vieux et veulent en faire du neuf ! ». Et s’engage : « En votant pour notre liste, c'est un souffle nouveau que vous porterez aux responsabilités. Nous comptons sur vous, comme vous pouvez comptez sur nous. Donnez-nous les moyens de faire entendre notre voix ».
 
Un aggiornamento
Changer est aussi le maître-mot de Jean-Baptiste Luccioni. Le conseiller territorial sortant et maire de Pietrosella estime que la Corse « a besoin d’une offre politique qui tranche avec les non-dits et la pulitichella. Nous savons que l’heure est au renouveau, à l’aggiornamento. Nous y sommes prêts. Baliser un chemin. Changer de cap. Voilà notre fil rouge ». Il s’engage à placer la nouvelle mandature « sous les auspices des défis économiques et de l’excellence sociale » et d’instaurer des nouvelles règles « où la justice et l’équité seront au cœur de l’action politique ». Réitérant son adhésion au statut de résident, l’élu plaide pour « une gouvernance repensée » avec une assemblée qui décide et un exécutif qui exécute. « Pendant de nombreuses années, ce schéma a joué à front renversé. Avec des conséquences bien souvent contre-productives ».
Fustigeant la politique des transports, il estime que l’Assemblée « a perdu la main au profit du juge administratif. Un comble pour la région la plus décentralisée de France ! ». Et s’inquiète : « La Corse semble prise au piège. L’étau se resserre autour d’une situation de quasi-monopole…Du jamais vu !  Le poids très important, que représente le repreneur dans le transport intérieur de notre île, ne va-t-il pas constituer à terme une menace sérieuse pour la concurrence ? ».
 
Des rendez-vous manqués
Se demandant à l’instar d’autres candidats « Quelle est cette autorité corse qui, comme l’affirme le juge commissaire, a appuyé l’offre du repreneur ? », il ne se prive pas d’éreinter le bilan de la majorité dont il est issu : « Ne nous voilons pas la face, le bilan de la mandature écoulée est fait aussi de rendez-vous manqués ». S’appuyant sur une étude récente de l’institut Montaigne, qui « a pointé du doigt bon nombre de dysfonctionnements sur l’état de nos politiques publiques », il stigmatise un service public « omnipotentEn 2012, la CTC comptait 1330 agents, et les deux conseils généraux, 2740, c’est-à-dire 12 agents pour 1000 habitants, soit le double de la moyenne nationale ». Il assure : « Notre vision de la Corse est aux antipodes de tout cela. Nous voulons une Corse aux mains libres, à la hauteur de sa propre histoire, afin de mieux envisager son futur. Il nous reste encore quelques jours pour convaincre. Pour inverser le cours des choses. Pour porter nos valeurs au pouvoir ».
 
Le complexe du chef
Oser se lancer dans la bataille, c’est le pari d’Emmanuelle De Gentili : « Oser une démarche collective quand tant de nos concurrents ont le complexe du chef ! ». La leader socialiste convie les électeurs à « Osez avec nous pour que personne ne décide pour vous ! ». Elle fusille, sans les nommer, les quatre autres listes de gauche : « Une liste dit clairement que par garantie républicaine, elle est prête à s’unir à la droite. Elle mise sur le repli et sur les peurs. Ce n’est pas notre gauche ! Une liste a un leader qui dit n’avoir aucune conviction particulière, si ce n’est le rassemblement autour de son propre nom et qui a regroupé des élus de droite et souvent des professionnels de la politique. Nous avons des convictions, nous sommes ouverts, nous n’irons pas sur ce chemin. Une liste refuse catégoriquement toute logique d’appartenance à un parti national. Elle s’autoproclame de gauche, sans qu’elle nous dise comment ! Cette démarche a le soutien de personnes qui prônent la xénophobie et le rejet de l’autre. Enfin, la dernière liste, la plus claire, est éloignée de ce que nous sommes, notamment sur les thèmes particuliers à la Corse, comme la langue, les transports ou le statut de résident. En réalité, je vous le dis, là où nous serons, la gauche sera ! ».
 
Un ADN de gauche
L’engagement de sa gauche, ajoute-t-elle, est d’imprimer un nouveau style dans la vie politique corse, de redonner confiance dans l’action politique et de préparer l’avenir. Son ADN, « c’est la démocratie et la République ! Ce sont des valeurs de tolérance, de progrès, d’égalité et de solidarité à décliner à travers l’action de l’Assemblée de Corse grâce à une vraie politique sociale… C’est aussi lutter contre un modèle d’hyperconsommation qui détruit l’environnement et dilapide les ressources. C’est miser sur l’écologie comme une philosophie de développement. C’est faire reculer nos dépendances, produire et consommer sur place ». Au passage, la 1ère adjointe du maire de Bastia décoche un coup de griffe à son ancien partenaire, patron du Syvadec : « C’est une vraie gestion des déchets. Ce n’est certainement pas envoyer les déchets sur le continent pour des sommes extravagantes, qui impacteront encore votre portefeuille ». Et d’égrener : « C’est redistribuer les richesses et les chances, réinventer l’économie rurale pour rééquilibrer les territoires, accompagner les entrepreneurs, passer d’une économie dépendante à une économie performante ».
 
Nous n’irons pas !
S’engageant à apporter des solutions concrètes en matière d’emploi, de logement et de qualité de vie, elle promet d’impulser des politiques nouvelles. « Les schémas anciens ont vécu. Notre société est mature pour un autre choix, celui de l’émancipation politique, celui où des maires ne sont plus propriétaires des voix, celui où ceux qui seront élus, décideront, agiront et rendront des comptes devant les citoyens ». Elle invite les électeurs à choisir entre « la société du passé, du service rendu qui stérilise, entre voter pour celui qui privatise l’argent public en vous faisant croire que c’est un honneur d’obtenir votre droit, et celui qui souhaite convaincre, agir, construire et transformer la société…Vous avez le pouvoir de stopper ce système pervers et autodestructeur. Résister, c’est voter ! ». Emmanuelle De Gentili clarifie, ensuite, sa position sur d’éventuelles alliances de 2nd tour en disant, non ce qu’elle fera, mais ce qu’elle ne fera pas : « Nous n’irons pas avec ceux qui ne respectent pas les lois de la République et l’éthique dans la gouvernance. Nous n’irons pas avec ceux qui prônent la haine et l’exclusion, le racisme et la xénophobie. Nous n’irons pas avec ceux qui ont une vision passéiste et archaïque de la société corse. Nous n’irons pas avec ceux qui servent les intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général et qui ont privatisé l’argent public ». Et conclut : « Oui, ça va changer ! Ça doit changer ! ». A bon entendeur…
 
N.M.
 




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