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La Corse prend à bras le corps le défi du changement climatique en termes de gestion de l’eau


Rédigé par Nicole Mari le Mercredi 21 Septembre 2016 à 21:06 | Modifié le Jeudi 22 Septembre 2016 - 01:25


L’état des rivières et des nappes d’eau souterraines de Corse est globalement bon, mais les lagunes littorales restent dégradées. C’est le constat réalisé par l’agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse dans son rapport 2016 sur la qualité des eaux, présenté mercredi à Corte, lors de la réunion du Comité de bassin de Corse. Pour préserver la qualité et le volume des milieux aquatiques et restaurer ce qui doit l’être, le Comité de bassin a voté, à l’unanimité, un plan de mesures sur 6 ans estimé à 79,3 millions €, autour de cinq orientations fondamentales fixées par le Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) 2016-2021. L’objectif est, dans un contexte de diminution de la ressource, de lutter contre les effets du changement climatique, en cohérence avec la loi sur la biodiversité qui vient d’être adoptée par le Parlement.


Le Golo.
Le Golo.
La Corse est toujours en pôle position française et européenne pour la qualité de ses rivières, de son eau de mer et de ses eaux souterraines. Dans son rapport 2016, l’agence de l’eau estime même que « la qualité du patrimoine aquatique insulaire est exemplaire ». Près de 83 % des rivières, plans d’eau et eaux côtières sont en bon état écologique contre 52% pour le bassin Rhône-Méditerranée. Près de 93% des eaux souterraines en bon état quantitatif. Près de 38% des eaux superficielles sont en très bon état, ce qui, selon l’agence de l’eau, « témoigne d’une qualité de l’eau bien supérieure à la moyenne nationale qui est de moins de 1% en 2015 ». Une qualité restée stable depuis 2009. « Ces bons résultats sont à mettre à l’actif d’une politique volontariste de mise aux normes des équipements d’assainissement fortement soutenue par l’agence de l’eau et les autres partenaires institutionnels : Département, Etat et Collectivité territoriale de Corse (CTC) », précise le rapport. Avec un bémol au niveau de la nappe des alluvions de la plaine de la Marana-Casinca qui reste très fragile, « en situation tendue ».
 
Des lagunes dégradées
Ce très beau tableau cache quelques réalités locales très altérées, notamment les quatre lagunes littorales dont l’état reste préoccupant. Il est mauvais pour l’étang de Biguglia, médiocre pour les étangs de Palu et d’Urbino et moyen pour l’étang de Diana. Ces milieux aquatiques fragiles, peu profonds, où les eaux sont peu renouvelées, subissent, à la fois, la pression urbaine et agricole, notamment celles des pesticides. « De même, 10% des eaux littorales corses sont dans un état moyen, notamment au regard de l’altération des habitats, dont le rôle écologique est majeur : les fonds sont dégradés, les herbiers de posidonies peuvent régresser, l’artificialisation est trop importante. Ce sont des priorités sur lesquelles il faut agir », explique Laurent Roy, Directeur général de l’agence de l’eau. Certains endroits en mer sont particulièrement exposés du fait de l’augmentation du tourisme et de la plaisance, notamment par la multiplication des mouillages forains. Les eaux de baignade sont, par contre, conformes à la directive européenne sur les eaux de baignade (données ARS).
 
Des efforts accomplis
Trois phénomènes sont responsables de la dégradation des eaux insulaires. Le premier est la pollution domestique. Entre 2009 et 2015, de gros efforts ont été entrepris au niveau de l’assainissement avec la mise en conformité des équipements. A Ajaccio, par exemple, la station d’épuration de Campo dell’Oro, en service depuis fin 2011, et des travaux récents permettent de mieux traiter les eaux usées par temps de fortes pluies. La nouvelle station de Borgo Nord devrait limiter les rejets dans l’étang de Biguglia. « Des améliorations ont été apportées aux grandes stations du littoral traitant plus de 15 000 habitants. L’effort doit maintenant porter sur la performance des petites stations. Une centaine de stations d’épuration reste à mettre aux normes », résume le rapport. Le second phénomène résulte des dégâts physiques qui affectent la partie littorale des rivières et l’aval des grands barrages. Le troisième provient d’un excès de prélèvement d’eau de rivières comme Luri, Golo, Erco, Baracci, Reginu…, déjà fragilisées par une baisse de leur débit depuis 10 ans causée par le réchauffement climatique et la faiblesse des précipitations. Depuis 2014, 16 projets ont été initiés pour économiser un volume d’eau estimé à 1,24 million de m3. Par exemple, sur la Restonica qui subit des étiages sévères, la ville de Corte conduit des actions pour limiter les prélèvements et la Régie des eaux va réhabiliter les canalisations pour lutter contre les fuites. La ville de Bonifacio va recycler ses eaux usées pour l’arrosage du golf de Sperone.

Le Comité de bassin de Corse réuni à Corte en présence de son vice-président Saveriu Luciani, également président de l'Office d'équipement hydraulique de la Corse, et de Laurent Roy, Directeur général de l’agence de l’eau..
Le Comité de bassin de Corse réuni à Corte en présence de son vice-président Saveriu Luciani, également président de l'Office d'équipement hydraulique de la Corse, et de Laurent Roy, Directeur général de l’agence de l’eau..
Des objectifs à atteindre
« De nouveaux leviers d’actions sont mis en place en application du Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) 2016-2021, outil de planification de la politique de l’eau qui fixe les grandes orientations d’une bonne gestion de la ressource et propose un programme de mesures et d’actions par territoire, en vue de relever le défi de rendre compatibles développement et préservation des milieux aquatiques », rappelle Saveriu Luciani, Président de l’Office d’équipement hydraulique et vice-président du Comité de bassin. Le SDAGE préconise, en effet, de maintenir la qualité de toutes les eaux, d’économiser l’eau pour anticiper les effets du changement climatique, de lutter contre la pollution en terminant la mise à niveau des équipements d’assainissement des communes, de restaurer la continuité écologique dans les cours d’eau et de réduire les risques d'inondation en s'appuyant sur le fonctionnement naturel des milieux aquatiques. Il fixe pour objectif, à travers un plan de 79,3 millions €, d’atteindre 98% de masses d’eau superficielle en bon état ou bon potentiel écologique, et 100% de masses d’eau souterraine en bon état quantitatif. Ce plan représente 8,5 % de la dépense annuelle moyenne dans le domaine de l’eau qui s’élève à 156 millions €.

Un défi général
« Sous l’effet du changement climatique, la ressource en eau tend à diminuer. Nous devons donc changer notre regard et nos comportements. Le défi n’est pas seulement le défi de la lutte contre le réchauffement climatique, mais le défi général de l’environnement au 21ème siècle qui inclut, tout à la fois, la gestion, notamment, de l’eau, des déchets et des flux touristiques en Corse », ajoute Saveriu Luciani. Un changement climatique qui a été au cœur des discussions, lundi dernier, entre les présidents des Comités de bassin, réunis à Paris, et la secrétaire d’Etat chargée de la biodiversité, Barbara Pompili. A cette occasion, le président de l’Exécutif corse et président du Comité de bassin de Corse, Gilles Simeoni, a demandé que la future agence régionale de la biodiversité, qui doit être mise en place dans le cadre de la loi sur la biodiversité votée en août dernier, fusionne avec l’actuel Comité de bassin. Une requête déjà formulée par la CTC dans le cadre des projets d’ordonnances relatifs à la Collectivité unique, dans un souci de cohérence « avec la spécificité aussi bien géographique qu'institutionnelle de notre territoire ». Des Assises de la biodiversité seront, par ailleurs, organisées en 2017 en Corse pour répondre aux enjeux que pose la préservation d’une ressource vitale et mettre en œuvre une politique de l’eau qui s’adapte au changement climatique.
 
N.M.
 




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