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L'histoire de la Grande Guerre : L'énigme des 400 Alsaciens prisonniers à Corbara


Rédigé par le Lundi 6 Octobre 2014 à 00:18 | Modifié le Lundi 6 Octobre 2014 - 13:42


Le couvent de Corbara en Haute-Corse : c’est là qu’en octobre 1914, les autorités militaires françaises ouvrent un camp d’internement de civils allemands et autrichiens. Les premiers incarcérés furent 400 Alsaciens, manifestement envoyés là par erreur… Qui étaient-ils, pourquoi étaient-ils prisonniers ? Cent ans après, l’énigme reste entière…


L'histoire de la Grande Guerre : L'énigme des 400 Alsaciens prisonniers à Corbara
Les DNA ont rappelé l'affaire récemment, "révélant un fait oublié, tabou même, de l’histoire de la guerre 1914-1918 : l’internement en France de civils alsaciens."
Mais les faits semblent avérés.  

Que disent-ils ?
Les voici tels que notre confrère alsacien les décrit.

Dès la déclaration de guerre, le 3 août 1914, la France prend des mesures d’arrestation des ressortissants des pays ennemis se trouvant sur son territoire. Soit par crainte d’espionnage, soit tout  simplement pour les empêcher de servir sous leur drapeau national. Si femmes et enfants sont en grande majorité rapatriés dans leur pays d’origine, les hommes, eux, restent prisonniers durant tout le conflit, servant parfois même d’otages.


60 000 civils internés durant le conflit

Des « dépôts d’internés », que les rares historiens spécialistes de la question, notamment l’universitaire Jean-Claude Farcy, appellent « camps de concentration », ouvrent alors dans des zones situées loin du front : l’ouest de la France, le centre et la Corse. La France a détenu 60 000 civils. Parmi eux, des Alsaciens Mosellans puisque la région appartient à l’Allemagne depuis 1871. Les historiens estiment leur nombre à 8 000, répartis dans plusieurs c

amps. Ces prisonniers alsaciens sont plutôt gênants pour la France qui a une attitude ambigüe face à eux : elle s’en méfie alors même qu’elle se pose en «libératrice des provinces perdues ». D’où, sans doute, l’épisode rocambolesque que vont vivre les « 400 Alsaciens de Corbara ».


Une succession d’erreurs

Cette commune de Balagne, en Haute-Corse, abrite un couvent désaffecté que les autorités transforment en colonie pénitentiaire dès l’ouverture des hostilités. Début octobre 1914, tout y est prêt pour y accueillir les premiers internés. Le 14 octobre 1914, le préfet des Bouches-du-- Rhône sollicite alors son homologue de Corse: il lui fait savoir qu’il va faire embarquer sur le navire Le Pelion, les 400 premiers détenus du « dépôt de Corbara ». Le préfet de Marseille parle « d’Austro-Hongrois ». Le ministère de l’Intérieur, replié à Bordeaux, est informé de l’opération. Le 16 octobre 1914 au soir, le Pelion accoste à Bastia. Le lendemain matin, les prisonniers sont acheminés par le train jusqu’à L’Île-Rousse puis à pied jusqu’à Corbara où il est alors procédé à leur installation. Ils sont même comptés précisément. Ils étaient 409 et regroupés selon leur résidence d’origine (Altkirch et Mulhouse sont souvent mentionnées). Manifestement, il s’agissait d’un aller simple.

Le 17 octobre 1914, le préfet de Corse télégraphie au ministère que l’opération s’est bien déroulée.

Sauf qu’entre le 14 octobre et le 16 octobre, le 15 donc, le préfet des Bouches-du-Rhône a, lui, informé l’Intérieur que ce premier convoi se composait exclusivement d’Alsaciens-Lorrains. Or cette information provoque visiblement un fort courroux au ministère où l’on s’inquiète beaucoup de l’image donnée par une France qui emprisonne des Alsaciens. Dans un télégramme codé, le ministère reproche vertement au préfet de Marseille sa confusion entre « Austro-Hongrois » et « Alsaciens-Lorrains ». Il évoque la « fâcheuse impression produite » par l’incarcération d’Alsaciens. Dans ce même télégramme, l’Intérieur parle de ces prisonniers comme « d’Alsaciens évacués pour les soustraire à la mobilisation allemande, qu’il faut traiter avec bienveillance et qu’il importe de distinguer complètement des Austro-Allemands proprement dits ».


Retour sur le continent

En clair, pour les hautes autorités françaises, il n’était pas question du tout que ces Alsaciens partent pour un camp de prisonniers en Corse. Le problème, c’est que lorsque le préfet de Marseille s’est rendu compte de sa bévue, le navire voguait déjà en direction de l’île. Impossible donc de faire machine arrière. Il ne restait donc plus qu’à organiser un nouveau voyage retour pour le continent cette fois. Et c’est ce que fait l’Etat français, en dépit de l’avis contraire du préfet de Corse qui suggère alors, tout compte fait, de laisser ces Alsaciens à Corbara le temps que durera la guerre. Le préfet corse dit même « que la douceur de l’hiver est la négation de l’idée de sévérité que laisserait supposer un internement dans l’île ».

Mais l’Intérieur ne veut rien entendre et ordonne au préfet de se rendre personnellement sur place pour organiser le retour de ces Alsaciens. Ce qui sera finalement fait le 19 octobre 1914. Ce jour-là, les 400 Alsaciens de Corbara reprennent à pied la route de l’Île Rousse, puis le train pour Bastia et le vapeur Pelion pour Marseille.


Aucune liste de noms

Ce voyage marque la fin de cette rocambolesque affaire qui suscite encore bien des questions aujourd’hui.

Qui étaient ces gens ? Que leur reprochait-on ? Comment étaientils arrivés jusqu’à Marseille ?Pourquoi a-t-on songé à les expédier en Corse ? Où sont-ils allés ensuite ?

« On ne sait pratiquement rien de cette histoire. Seule la chronologie nous est connue grâce à cet échange de télégrammes entre préfets conservé aux archives d’Ajaccio », explique le maire de Corbara, Paul Lions, également féru d’histoire locale et qui s’étonne d’une chose : « Jusqu’en 1918, Corbara a servi de colonie pénitentiaire pour des Allemands dont toutes les identités ont été soigneusement répertoriées sur des listes. Curieusement, pour les 400 Alsaciens, cette liste n’existe pas ou n’existe plus. En tous les cas, pas dans les archives en Corse. »

« Il existe une description de ces gens qui n’est pas très élogieuse », complète encore Simon Giuseppi, un historien d’Ajaccio qui a publié, en mai dernier, une étude très fouillée sur le camp d’internement de Corbara : L’internement en Corse à Corbara de civils austro -allemands *. « Ces archives évoquent les Alsaciens comme étant des gens de condition modeste, voire miséreuse. Selon ces documents, une soixan taine d’entre eux étaient assez peu recommandables et avaient vécu à la frontière de l’Est sans se livrer régulièrement au travail », explique cet historien dans son ouvrage. Mais là encore, pas de noms et encore moins de photos.

« Il s’agissait vraisemblablement d’hommes arrêtés dans les secteurs alsaciens repris par la France dès le début de la guerre. Mais l’identité de ces personnes reste un mystère », avance le maire de Corbara.

Un mystère que Paul Lions ne désespère pas de percer un jour. « Peut-être qu’un article dans la presse alsacienne facilitera l’enquête et qu’il existe des familles qui se souviennent de cet évènement»,

conclut l’élu.
L’appel a été lancé à la fin de l'été par les DNA.
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(Avec l'association pour la Promotion de l’Alsace en Roumanie www.AlsaceRoumanie.ro, extraits des journaux : DNA Dernières Nouvelles d’Alsace, l’Alsace, l’Est Républicain)
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* Ouvrage disponible  en stock dans les librairies insulaires et dans toutes les librairies continentales où les Editions Alain Piazzola étant représentées par Pollen.





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