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L'autisme en Corse : Où en sommes-nous?


Rédigé par Vanina Bruna le Mardi 7 Avril 2015 à 23:21 | Modifié le Lundi 13 Avril 2015 - 23:28


Dans le cadre de la journée mondiale de l'autisme, différentes associations corses, toutes créées par des parents d'enfants atteints de troubles autistiques, se sont réunies à l'Espace Diamant afin de présenter leurs actions et leur combat au grand public. Une cause mal connue tant au plan régional que national, pour laquelle tout reste à faire.


Trois associations se sont présentées à l'Espace Diamant. Une cause commune : l'insertion des personnes atteintes de troubles autistiques et leuraccès aux soins et à l'éducation dont ils ont besoin.
Il faut savoir qu'en 2014, la France a été condamnée pour la 5ème fois pour discrimination à l’égard des enfants autistes, défaut d’éducation, de scolarisation, et de formation professionnelle. Comme le souligne le texte de la décision, la France a eu droit depuis sa première condamnation en 2004, à un délai de 10 ans pour modifier ses pratiques qui violaient la Charte Sociale Européenne.
Selon l'association "Autisme France", "le taux de scolarisation est passé de 10 à 20% en 10 ans, ce qui parait encore trop peu, les auxiliaires de Vie Scolaire, précaires et peu formés, ne sont pas un moyen d'accompagnement efficace et l'exclusion dans des établissements les prive trop souvent des interventions éducatives nécessaires". Un état des lieux peu brillant sur le plan national donc.
Et au plan régional?

L'exemple d'Espoir Autisme Corse à Bastia

Pour Jean Christophe Pietri, membre actif de l'association Espoir Autisme Corse, le combat réside dans le fait d'obtenir le financement de la prise en charge. L'association prévoit de questionner les élus de l'Assemblée de Corse en proposant d'aider à la création de leur projet par le biais des financements européens sur le thème de l'inclusion sociale.
L’association gère à ce jour un Sessad qui compte 23 enfants. Un travail de fourmi, réalisé par des parents qui a permis a cette association d’être aujourd’hui reconnue par l’administration . Un partenariat se met donc en place progressivement entre les parents et l’Education nationale, qui semble fonctionner à partir du moment ou il est monté dans un cadre légal.
Beaucoup de projets à venir donc pour cette association, avec aussi l'écriture d'une chanson , avec une présentation du clip qui sera réalisée prochainement au palais des congrès de Paris devant 15 000 personnes.

Question à l'Assemblée de Corse

"Le 9 avril, la question sera posée à l'Assemblée de Corse : nous avons questionné les élus, afin d'avoir l'avis et la réponse de tout le monde sur ce sujet. Nous ne demanderions pas plus de fonds que ce qui est demandé aujourd'hui pour le Handicap, mais nous pourrions y ajouter les fonds européens auxquels nous pourrions prétendre dans le cadre de l'inclusion sociale.
C'est un projet global, qui intègre l'éducation nationale, notamment le CNED, puisqu'ils sont en train de travailler sur les supports adaptés pour ce type de personnes, nous pourrions donc les tester en Corse. Il suffirait une fois les outils obtenus de créer un guichet unique au niveau des conseils départementaux.
Concrètement, nous avons besoin d'intervenants que nous devrons former, il faudra mettre en place des crédits à la formation, puis obtenir le subventionnement des salaires. Pour les locaux, nous ferons avec ce que nous avons en renforçant le nombre d'heure de prise en charge. Cela inclurait la méthode Teacch, la méthode ABA. nous considérons que ce n'est pas l'enfant qui doit s'adapter à la méthode mais plutôt l'inverse. Nous appliquons les méthodes en fonction des besoins de l'enfant. L'orthophonie est remboursée, l'ABA pas du tout. Dans le Sessad que nous avons, nous pratiquons la méthode Teacch, c'est payé par l'Etat, mais cela représente seulement cinq ou six heures par semaine. Au niveau scolaire, les AVS n'ont que 20 heures, il faudrait arriver à renforcer ça et pour le faire, il faut des fonds plus conséquents. Je pense qu'au bout de quatre-cinq ans d'utilisation de ces fonds, il y aurait une culture générale qui se créerait dans le milieu médico-social ou au niveau scolaire,
Le projet avec les fonds auropéens permettrait qu'il y ait un tronc commun au niveau de la prise en charge entre Bastia et Ajaccio."

Bulles d'espoir à Ajaccio

L'autisme en Corse : Où en sommes-nous?

Interview de David Scholiers, psychologue Spécialisé en ABA, intervenant auprès d'une dizaine d'enfants à Ajaccio

- Qu’est-ce que la méthode ABA ?
- C’est vrai qu’on la connait sous le nom de méthode, c’est comme ça qu’elle est présentée dans les médias en général, mais ça n’est pas une méthode. C’est-à-dire, ça n’est pas une collection de technique qui s’adresse à un problème ou à un profil d’enfant particulier. L’ABA, c’est un courant en psychologie, nous pourrions dire que c’est le courant comportementaliste de la psychologie. Nous faisons de l’ABA par exemple, à l’étranger, auprès de patients schizophrènes, ou atteints de troubles obsessionnels compulsifs, mais aussi pour traiter les douleurs chroniques, on fait aussi de l’ABA dans le management aux ETATS Unis. Ça n’est pas une méthode mais c’est vrai qu’elle est associée à l’autisme, ici en France, c’est comme ça qu’on l’a découverte.

- C’est un traitement qui a fait ses preuves dans la prise en charge des troubles autistiques ?
- Oui. Cela fait plusieurs dizaines d’années que des recherches scientifiques ont été mené qui ont montré des résultats assez exceptionnels pour l’époque puisque l’autisme était et est toujours considéré comme un trouble sévère, avec des atteintes assez significatives, des déficits assez prononcés dans différents domaines comportementaux. A l’époque des premières recherches, les chercheurs eux-mêmes ont été surpris des résultats de l’application du traitement ABA à une population d’enfants autistes.

- Quels sont les spécificités de l’ABA ?
- On parle de l’ABA, et appliqué à l’autisme, du traitement ABA. La spécificité, c’est d’entretenir la motivation de l’enfant, en faisant en sorte qu’il obtienne des choses qu’il aime, lorsqu’il apprend. C’est une des caractéristiques les plus importantes, entretenir les motivations de l’enfant avec ce qu’on appelle des renforçateurs.
L’autre spécificité, c’est que nous découpons tout ce que l’enfant a besoin d’apprendre en petites unités élémentaires, de manière à ce que ce soit accessible pour lui, et ça formera au fur et à mesure des comportements complexes, des apprentissages complets.


- Malgré les bonnes réponses obtenues avec ce traitement, aucune reconnaissance officielle, pourquoi ?
- Nous avons un retard particulier en France, qui s’accumule. La France est un des derniers bastions de la psychanalyse avec l’Argentine. Tous les pays ou les orientations psychanalytiques étaient fortes, ont connu des résistances à la mise en place, à l’arrivée du courant comportementaliste en psychologie. En France, l’opposition a été particulièrement vive. La psychologie est un domaine assez hétérogène. Elle est partagée par différent courant théorique, il y a des courants scientifiques, d’autres qui ne le sont pas du tout. Donc, il n’y a pas encore de consensus en psychologie, vous avez encore des gens qui pensent blancs et d’autres qui pensent noirs. Peut être qu’un jour la discipline sera unifiée, cohérente, du coup, des courants divergents co-existent, ce qui peut expliquer les oppositions, les querelles de chapelles.

- La place de la France dans sa prise en charge de l’autisme par rapport au reste du monde ?
- Elle est reconnue actuellement comme un des pays les plus en retard dans sa prise en charge des personnes atteintes de troubles autistiques.

- Pour appliquer l’ABA, vous formez des intervenants, quels sont les conditions ?
- Actuellement, il n’y a pas de métier officiel « intervenant en ABA ». Dans le sens ou il n’y a pas de diplôme national, pas d’école. A Paris, Il y a une formation d’intervenant en autisme, se sont des intervenants qui sont censés avoir une formation pluridisciplinaire. Du coup, intervenant en ABA c’est un nouveau métier. Les intervenantes en ABA qui interviennent à titre privé pour les familles sont formées par les superviseurs. Elles n’ont pour le moment pas de statut officiel.




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