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L’abbé François Casta, aumônier-parachutiste


Jean-François Vinciguerra le Vendredi 15 Juillet 2016 à 21:25

Il se disait « pauvre curé » mais après avoir parcouru le récit de cet être d’exception, nous pensons le contraire. Impossible de ne pas se pencher sur le parcours de cet homme de Dieu et homme de Guerre, aumônier au grand cœur que Jean-Baptiste Ferracci nous décrit à travers son dernier livre « François Casta, aumônier parachutiste » - les éditions de Paris Max Chaleil – véritable ouvrage de référence à ce Curé de choc. Tout au long des 246 pages, on apprend à mieux connaître l’homme, l’aumônier, le guerrier et l’homme de paix, pasteur d’exception et écrivain confirmé voire penseur avisé



François Casta
François Casta
François, Joseph, Antoine Casta est né à Calenzana, coquet village de Balagne, un 20 août 1919.  Il passe les premières années de sa vie en Haute-Corse puis en Auvergne. Il fait ses études secondaires à la maîtrise de la cathédrale de Clermont-Ferrand puis à l'École apostolique des lazaristes. En 1937, il entre au grand séminaire d'Ajaccio où il entreprend des études théologiques. En 1941, il rejoint les Facultés catholiques de Lyon pour poursuivre ses études de théologie. Le 24 juin 1943, il est ordonné prêtre en la basilique de Notre-Dame de Fourvière. Le cardinal Gerlier, archevêque de Lyon, le nomme vicaire de l'Immaculée Conception, une paroisse bourgeoise de Lyon située en face de la Préfecture. Un an plus tard, il s'engage dans un réseau de la Résistance majoritairement composé de Corses.


« Eveilleur des consciences, grand évangélisateur de terrain, patriote exacerbé, homme d’action et de devoir, historien et écrivain de talent qui ne mâchait pas ses mots, ce qui lui valait de redoutables inimitiés. Il n’a jamais accepté de baisser les bras, jamais il n’a accepté de transiger ou, comme beaucoup, de faire carrière en rentrant dans le rang. Il n’a jamais abandonné son idéal, allant toujours plus loin au service des hommes, de sa patrie et de son Dieu » écrit Jean-Baptiste Ferracci qui semble parfaitement connaître le personnage travers lequel il a semble-t-il trouvé une autre inspiration pour mieux situer le bonhomme, l’homme d’église et le séminariste devenu « para » qui a collectionné autant de médailles que de citations.


Du séminaire à l’Indochine
L’auteur qualifie François Casta de « centurion à la croix » qui a baigné dans près d’un siècle d’histoire, parle des nombreux ouvrages du personnage, de sa thèse en théologie, de ses citations et de sa conduite héroïque lors de la Deuxième Guerre Mondiale, en Indochine et en Algérie. Il nous invite à traverser un pan de l’histoire, « avec celui qui a toujours su montrer que là où il y a une voix, il y a un chemin… » De la citadelle de Calvi, un jour de novembre 1976,  où le père de François Casta, Charles, authentique « poilu » de la grande Guerre, reçoit un émouvant hommage par le fils aimé en même temps que les insignes de la Légion d’Honneur, au récit de cet ancien maçon mobilisé en 14 dans les Chasseurs Alpins de retour en 2016 appuyé des cannes, le mariage et les quatre enfants qui arrivent, le départ de Corse le cœur serré, le retour à la vie active, le travail de recherche de Jean-Baptiste Ferracci incite à la découverte de cette famille de Balagne qui part à la conquête de la vie avec femme et enfants, avec l’adolescent François Casta qui retrouve sa Corse natale un jour de 1937 pour entrer au séminaire.


La vie de François Casta commence dès lors qu’il rejoint la faculté catholique de Lyon, ses relations avec les Corses de Lyon, la résistance, la guerre en Alsace, la blessure en février 1945 et le retour au bataillon et la libération. Il ne tardera pas à reprendre du service et embarque à Toulon pour l’Indochine et les intérêts économiques de l’époque que l’on sait. D’ailleurs, Jean-Baptiste Ferracci remonte l’histoire pour mieux cibler cette conquête de l’Indochine qui a commencé en 1858…Conflit qui tourne à l’engrenage avec la guérilla des années 1946-48 puis l’arrivée à Saïgon du Général de Lattre de Tassigny jusqu’à la chute de Dien Bien Phu et la signature des accord de Genève.
Volontaire pour l'Indochine au côté de son frère Dominique, sous-officier de la Coloniale, il devient en 1947 l'aumônier du 1er bataillon de choc alors engagé au Tonkin puis des 1er RCP et 1er BEP, après avoir passé avec succès le brevet parachutiste (brevet no 20755 du 10 septembre 1947). Il est notamment présent lors de l'opération de Bac-Kan durant laquelle les parachutistes français reprennent le trésor d'Hô Chi Minh. À cette occasion, il fait graver une médaille de Saint-Michel qui devient dès lors officiellement le saint-patron des parachutistes[[1]]url:https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Casta#cite_note-1 . L’aumônier parachutiste poursuit ses missions, rejoint le Bataillon de Choc, la Cochinchine. Le 15 avril 1949, il devient aumônier titulaire (capitaine) et 14 juillet de la même année, il est fait chevalier dans l'ordre de la Légion d'honneur. Il est rapatrié en France le 22 septembre 1949. Volontaire pour un second séjour, il retrouve la terre indochinoise en 1951 alors que le général de Lattre est commandant du théâtre. En mars 1954, il muté en Allemagne au Régiment colonial de chasseurs de chars.


De l’algérie à la Corse
François Casta est envoyé en Algérie où il rejoint le Constantinois pour devenir l'aumônier divisionnaire de la 25e Division Parachutiste comprenant notamment le 9e RCP et le 2e REP. Il y retrouve le colonel Buchoud, chef de corps du 9e RCP. L’auteur nous décrit un François Casta loin d’Alger sans pour autant ne rien ignorer de ce qui se passe, il assume sa mission pastorale auprès des « paras » dont il a la charge. La guerre ne tarde pas à éclater, faite d’espoirs, de désillusions, de batailles aux frontières et de morts, beaucoup de morts  dans cette Algérie qui explose littéralement, les attentats meurtriers, l’OAS, le FLN et toujours des morts avant un cessez-le-feu qui ne le fut que très peu…
En juillet 1962, François Casta est affecté sans emploi à Marseille et est rayé des contrôles de l’armée. C’est la retraite. Il retrouve la faculté de théologie de Lyon où il obtient un doctorat de théologie le 27 novembre 1964. Le 1er janvier 1965, mis à la disposition du diocèse d'Ajaccio, il se retire définitivement en Corse et participe activement à la création de la paroisse Sainte-Monique de l'Isolella sur la commune de Pietrosella (diocèse d'Ajaccio) dont il sera le curé plus de trente ans durant. Il continuera de se consacrer à la rédaction d'ouvrages relatifs à la Corse et à son histoire chrétienne.
En 2004, il est décoré de la Grand-croix de la Légion d'Honneur par le président Jacques Chirac lors d'une cérémonie dans la cour d'honneur de l'Hôtel des Invalides. En 2006, grand invalide de guerre, il quitte le diocèse d'Ajaccio et entre à l'Institution Nationale des Invalides à Paris où il poursuit ses activités d'écrivain et son ministère au service des autres pensionnaires. Il y meurt le 23 août 2011.[]
L’empreinte de François Casta est plus que jamais vive. Jean-Baptiste Ferracci nous gratifie d’un récit extraordinairement précis de cet homme de foi, capitaine courage des paras. A lire impérativement.
J.-F. V.