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José Orsini: "Encore une fois la Corse a raté le train de l’histoire et du progrès"


Rédigé par (Jean-Paul-Lottier) le Mardi 1 Décembre 2015 à 23:27 | Modifié le Mercredi 2 Décembre 2015 - 02:08


Cadre bancaire depuis peu à la retraite, José Orsini, conseiller municipal d'opposition à L'Ile-Rousse, très longtemps impliqué dans la vie politique au plus haut point a pris la décision de prendre un peu de recul pour cette élection territoriale, en déclinant les opportunités qui s'offraient à lui. Ce recul qu'il s'est imposé lui permet d'appréhender différemment cette campagne et de livrer sa propre opinion à travers une analyse qu'il livre sans détour


José Orsini: "Encore  une fois la Corse a raté le train de l’histoire et du progrès"

"Une élection revêt deux temporalités distinctes, une tournée vers le passé, dans l’optique d’appréhender le bilan de la mandature sortante et de ses devancières, l’autre s’inscrit dans une démarche prospective: proposer un nouveau projet de société, élaborer et diffuser à l’ensemble de la société une nouvelle vision. Par-delà l’irrémédiable écho médiatique suscité par les querelles partisanes et la pulitichella, il convient de percevoir de manière précise l’état de la société insulaire pour poser les jalons d’un nouveau modèle.
Notre économie est monologique, monolithique et monochromatique. Le tourisme a été pensé ces dernières années comme l’horizon indépassable de notre développement, et est devenu le pilier d’airain de notre société. Or, n’est-ce pas quelque peu dangereux de faire reposer la prospérité d’une terre sur un seul pilier? Qu’arrivera-t-il sur le plan économique et sociétal lorsque ce pilier se craquellera?
Est-ce là la voie d’un développement pérenne pour la Corse?
Or, notre société est profondément inégalitaire, asymétrique et pyramidale. Les dernières études de l’INSEE révèlent la dichotomie croissante entre les individus les plus aisés et les populations les plus pauvres. Notre modèle engendre massivement des emplois peu qualifiés, faiblement rémunérés, saisonniers, ne permettant pas l’avènement d’une classe moyenne.
Il n’est donc pas étonnant de constater que l’emploi est la priorité des Corses. Nos territoires ruraux, faute de modèle de développement spécifique sont en déshérence, et le capital humain, socle de notre société, se désagrège quotidiennement.
Quant 1/5 de la population vit sous le seuil de pauvreté, n’est-on pas en droit de questionner la viabilité et l’équité de notre modèle économique?
Là où les uns, la droite en tête, postulent que plus de tourisme permettra de réduire les inégalités, d’autres au contraire, plutôt que de soigner le mal par le mal, oeuvrent pour favoriser l’avènement d’une société plus équitable et plus harmonieuse. Notre terre possède des potentialités incroyables, encore faut-il être à même de les mettre au jour et de les exploiter.
La société Corse est restée trop longtemps figée dans une logique patriarcale, hiératique et inégalitaire. Cette structuration sociétale a engendré le clientélisme et son corollaire l’inertie. Aujourd’hui, pour définitivement tourner la page de ce modèle, il convient de replacer l’individu au centre de notre paradigme. À trop privilégier le combat pour une autonomie institutionnelle, s’est répandue l’idée fallacieuse que le politique est l’alpha et l’oméga de notre devenir. Il faut s’émanciper de la vision aujourd’hui désuète d’un homme politique omnipotent et omniscient, pour au contraire redonner le pouvoir aux individus.

À l’heure de l’économie de l’immatériel, des réseaux sociaux numériques, il est plus que regrettable de constater qu’une fois encore la Corse a raté le train de l’histoire et du progrès. Notre position périphérique et insulaire, qui a longtemps freiné notre développement, n’est plus aujourd’hui une contrainte mais un formidable atout. Une politique volontariste pour attirer les entreprises technologiques innovantes sur notre terre, comme l’a fait avec brio l’Irlande cette dernière décennie, aurait stimulé la croissance et surtout brisé la dimension monolithique de notre économie.

Favoriser le développement des nouvelles technologies sur notre territoire, ce n’est pas céder aux caprices d’une mode passagère, mais au contraire, diversifier notre économie et revitaliser notre structuration sociétale. Cela engendrerait du développement, du rayonnement et surtout des emplois qualifiés, dont nous manquons cruellement. Cela permettrait de développer le capital humain, en harmonie avec notre formidable capital naturel; à rebours des logiques qui ne prennent en compte ni l’humain, ni le naturel.

De même, alors que l’expression « culture corse », toutes tendances confondues, est devenue une véritable antienne du discours politique, ne conviendrait-il pas de proposer une politique publique digne de ce nom pour développer l’attractivité culturelle de la Corse? La culture est le socle majeur de toute société, et l’attractivité culturelle d’un territoire revêt une dimension économique et sociétale fondamentale. Pensons au Pays-Basque qui a su, à travers son célèbre musée de Bilbao, se doter d’un rayonnement considérable sur le plan international.
Cette économie de l’immatériel, cette attention qu’il faut porter à la question de l’attractivité culturelle, n’est pas une question subsidiaire, périphérique, mais bel et bien, l’une des pierres angulaires de notre avenir.
Les Corses n’attendent pas une énième réforme institutionnelle, dont les effets concrets sont bien souvent imperceptibles. Ils attendent du politique un projet, une vision, une démarche prospective à même de changer la société.
Les enjeux humains sont bien trop grands pour céder une nouvelle fois à l’inertie et à l’immobilisme".





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