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Jean-Martin Mondoloni : « L’union des Nationalistes redistribue le jeu des alliances possibles »


Rédigé par Nicole Mari le Lundi 9 Octobre 2017 à 19:59 | Modifié le Lundi 9 Octobre 2017 - 20:14


Georges Mela occupera-t-il la troisième place sur la liste de Jean-Martin Mondoloni ? C’est la question en suspens en plein mercato des listes qui, à deux mois du 1er tour des élections territoriales, sont, pour la plupart, loin d’être finalisées. Comme ses adversaires, le leader de la « Nouvelle Corse » et conseiller territorial du groupe « Le Rassemblement » garde un certain suspense sur ses colistiers, laissant à ceux-ci le choix d’afficher leur position. Il explique, à Corse Net Infos, que son objectif est de réconcilier la droite insulaire et croit en une victoire possible sur une ligne politique claire et un projet partagé. Affirmant que l’union des Nationalistes dès le 1er tour redistribue le jeu des alliances, il n’exclut pas, au 2nd tour, un front commun contre l’autodétermination.


Jean-Martin Mondoloni, leader de la « Nouvelle Corse », conseiller territorial du groupe « Le Rassemblement » et candidat aux élections territoriales de décembre.
Jean-Martin Mondoloni, leader de la « Nouvelle Corse », conseiller territorial du groupe « Le Rassemblement » et candidat aux élections territoriales de décembre.
- Où en est la constitution de la liste ?
- L’ossature prend forme. J’essaie de concilier trois vertus fondamentales qui répondent, à la fois, au principe de réalité, aux exigences du peuple et à ma façon d’être en politique : la demande de renouvellement, la représentation des territoires, et ma volonté de rassembler sur la base de la réconciliation.
 
- Le maire de Porto-Vecchio, Georges Mela, sera-t-il à vos côtés ?
- Je serais honoré de l’engagement de Georges à mes côtés. N’ayant pas l’intention de dévoiler ma liste par appartements, il appartient au maire de la troisième ville de Corse, très convoité, de faire connaître sa position.
 
- Et Camille de Rocca Serra ?
- Camille m’a manifesté un soutien sans réserve. Il doit occuper la juste place dans notre dispositif.
 
- De nombreux élus de droite, notamment en Haute-Corse, vont ont déjà rejoint ?
- Oui ! Les élus et les forces vives, qui me rejoignent, semblent avoir compris deux choses. D’abord, l’espoir de la reconquête passe par la Haute-Corse. Ensuite, cela passe par une ligne politique bien réaffirmée et un projet qui en découle. Pour l’heure, je crois que j’ai donné un bon signal.
 
- L’espoir de la reconquête par la Haute-Corse, n’est-ce pas un vaste programme ?
- C’est la raison pour laquelle c’est une tâche exaltante, vu qu’on part de presque rien ! Ceci dit, sur tous les scrutins nationaux, la famille politique, que je représente, est très souvent majoritaire. Nous avons plus de difficultés à la représenter dans les scrutins locaux. C’est une tâche ambitieuse, mais dans le sens du possible.
 
- Stéphanie Grimaldi déplore le doublon de listes à droite. Une seule liste de droite au 1er tour n’était-ce pas pertinent ?
- Non ! On gagne dans la diversité au 1er tour et dans l’unité au 2nd. Cette élection territoriale a toujours été gagnée, depuis que la région Corse existe institutionnellement, par des listes qui avaient exprimé leur diversité au 1er tour et s’étaient unies au 2nd tour.
 
- Avec la liste conduite par Valérie Bozzi, avez-vous conclu un pacte de non-agression ?
- Exactement ! Depuis le mois de juillet, nous avons pris acte d’une dualité de l’offre à droite. J’ai considéré, au regard des errements du passé qui ont ruiné les espoirs de conquête, de passer un pacte de non-agression. Nous prenons soin, dans nos communications, de désigner ceux qui sont nos adversaires et ceux qui sont nos concurrents. Même s’il ne faut pas l’oublier, cela reste une compétition.
 
- Pourquoi parler de réconciliation ?
- Depuis mes débuts en politique, les querelles ont fait éclater l’offre et dynamité les espoirs de conquête. En donnant sa juste place à chacun, en comprenant que l’ambition, dès lors qu’elle se met au service du collectif, est une force motrice, en créant des dynamiques qui doivent, d’abord, s’appuyer sur des principes et, ensuite, sur un projet, je crois pouvoir porter l’espoir d’une alternative crédible.
 
- Croyez-vous franchement que la victoire de votre camp est possible ?
- Je le crois ! Dès lors que ce que vous appelez mon camp n’est pas circonscrit à un dogme ou à une doctrine, mais qu’il est celui des intérêts supérieurs de la Corse. Sur une ligne politique claire et sur la base d’un projet partagé, tout est possible !
 
- Les rumeurs s’amplifient autour de la constitution d’un front républicain. Est-ce crédible ?
- Ce terme est galvaudé et renvoie dans la mémoire collective à une situation frontale entre Républicains et Nationalistes. Un quart de siècle est passé, et il ne vient  plus à l’idée de personne de considérer que les Nationalistes présentent une menace pour la République. En revanche, l’union des Nationalistes gomme désormais la partition entre Modérés et Radicaux, les uns avec nuance et les autres sans réserve mettant le cap sur l’indépendance. De fait, cette nouvelle donne crée une césure politique et redistribue le jeu des alliances possibles.
 
- Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?
- Concrètement et dans le respect des diversités des opinions de chacun, je ne partage pas cette ligne politique. C’est donc logiquement que je discute de façon préférentielle avec ceux qui sont dans cette adversité. Ça ne fait pas de moi, ni quelqu’un de plus respectable, ni quelqu’un de plus blâmable ! Lorsque les Nationalistes modérés de Bastia s’allient à l’UMP et au PS, c’est un axe progressiste ! Lorsque d’autres évoquent des pistes d’union possible, ce serait un front républicain ! Ces caricatures grossières font, de ce piège, ce que j’appelle : un affront républicain !
 
- Vous vous présentez comme régionaliste. Quel contenu donnez-vous, alors, à ce terme ?
- Le Régionaliste, conformément à l’application du principe de subsidiarité, ambitionne d’exercer pleinement les compétences dévolues à la Corse et de rendre opérationnels les pouvoirs d’adaptation et d’expérimentation pour que la norme corresponde aux réalités et aux spécificités de notre île. Le Nationaliste sous couvert d’autonomie, de pouvoir législatif, puis d’autodétermination, a pour but d’engager la Corse dans un processus de distanciation vis-à-vis de la République. Le Régionaliste voit l’Etat comme un partenaire avec lequel on peut bien sûr être exigeant, et la Corse comme un territoire, certes singulier et empreint d’une identité qui lui est propre, mais, sans réserve, un territoire constitutif de la République française.
 
- Qu’en est-il de votre projet politique ?
- Je suis fier de pouvoir vous présenter, dans quelques jours, un projet de mandature nourri par des experts et des hommes de terrain. Il s’appuiera sur les préoccupations des Corses sous la forme de l’acronyme SAPE (Salute, Ambiente, Prufesiunalisazione, Ecunumia)  parce que  bien se soigner devient anxiogène, que l’environnement doit traverser toutes les politiques, que c’est depuis la formation que l’on construit l’avenir, et que l’économie a trop longtemps été délaissée au profit de symboles à la valeur sociétale manifeste, mais à l’efficacité discutable. Elle doit être la fonction première de la future collectivité unique.
 
- Justement, comment réagissez-vous aux difficiles tractations avec le gouvernement sur le budget de cette future collectivité ?
- Je vous rappelle que nous étions contre la signature des ordonnances. Nous considérions qu’il fallait à la Corse une loi spécifique intégrant deux problèmes qui nous reviennent en pleine figure aujourd’hui : la représentation des territoires et la structure financière de la collectivité. Les territoires ne seront pas représentés. La Chambre des territoires est une coquille vide avec un simple pouvoir consultatif. La future collectivité sera portée sur les fonds baptismaux avec 1 milliard de dettes d’encours ! On négocie par petits bouts des ajustements liés à des péréquations qui seraient consécutives à la fusion… Ce n’est pas ce qu’il fallait faire ! Il fallait une loi ! On n’aurait ainsi pas eu besoin de quémander toutes les semaines à Bercy ! La collectivité unique est née de l’obsession des Nationalistes à vouloir faire disparaître les départements, ce à quoi ils ont abouti, mais rien n’est résolu ! On repart sur un chantier énorme sans aucune visibilité !
 
- Que vous inspire la situation en Catalogne ?
- Il est pour le moins préoccupant de voir un grand pays européen en pleine crise démocratique. On peut en rester à la surface des choses et prendre parti pour les Indépendantistes tant il est vrai qu’entre un élan de liberté et les mouvements de répression, entre l’urne et la matraque, chacun se laisse porter par la charge émotionnelle des images diffusées. En mettant les choses à distance, il faut cependant considérer l’illégalité du scrutin au  regard de la Constitution espagnole et du droit international. Résultat des courses : il serait fantaisiste et pour le moins osé de déclarer l’indépendance sur la base d’un scrutin organisé sans isoloir. Tout cela pouvait être évité si un dialogue fertile s’était installé rapidement entre les autorités catalanes et l’Etat central. Reste qu’il faut bien comprendre que l’unité d’un pays est le ciment de la nation. Que dirait le chef d’Etat de la Corse indépendante si la Communauté d’agglomération de Bastia faisait sécession au motif qu’elle concentre l’essentiel des richesses de l’île ?
 
- Le modèle est-il transposable à la Corse ?
- Ni l’histoire, ni le fait culturel, ni les contrastes économiques évidents ne permettent de transposer la situation catalane à la Corse !
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 
 
 



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