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Jean Marc Todeschini inaugure la plaque de la nécropole nationale de Saint-Florent


Rédigé par Nicole Mari le Mercredi 15 Juillet 2015 à 23:31 | Modifié le Jeudi 16 Juillet 2015 - 00:06


Le secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Défense chargé des anciens combattants et de la mémoire, Jean Marc Todeschini, a inauguré, mercredi matin, la plaque de la nécropole nationale de Saint-Florent où sont inhumés les Goumiers marocains et leur officier français, tués dans la bataille de Teghime lors des combats pour la libération de Bastia et de la Corse. La cérémonie, qui s’est déroulée en présence du sénateur-maire du Puy de Dome, du préfet de Haute-Corse, du Consul du Maroc, du maire de Saint Florent, des représentants des Goumiers et des anciens combattants, s’est poursuivie au cimetière communal par un hommage aux officiers français qui sont y enterrés. La confrérie San Martinu di Patrimoniu y a chanté le Libera Me. Jean Marc Todeschini explique, à Corse Net Infos, les raisons d’une telle commémoration.


Le secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Défense chargé des anciens combattants et de la mémoire, Jean Marc Todeschini, entouré du préfet de Haute-corse, Alain Thirion, du Consul du Maroc en Corse, Sahid Jazouani, et du maire de Saint-Florent, Claudy Olmeta.
Le secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Défense chargé des anciens combattants et de la mémoire, Jean Marc Todeschini, entouré du préfet de Haute-corse, Alain Thirion, du Consul du Maroc en Corse, Sahid Jazouani, et du maire de Saint-Florent, Claudy Olmeta.
- La date du 15 juillet a-t-elle une valeur symbolique particulière ?
- C’est, jour pour jour, la date anniversaire du décès d’un des combattants enterrés dans cette nécropole. C’est, aussi, une des dates qui m’a permis de venir après le 14 juillet. Je vais, cet après-midi, rencontrer les légionnaires à Calvi. Demain, je serai sur la base aérienne de Solenzara puisque je suis, en même temps, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qui est, en ce moment, avec la légion à Aubagne.
 
- Pourquoi êtes-vous venus à Saint-Florent ?
- Je ne pouvais pas ne pas passer à Saint-Florent dans la mesure où depuis un an, mon prédécesseur avait initié, avec la Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives du ministère de la Défense et l’Office national des anciens combattants, la standardisation des plaques de toutes les nécropoles nationales. Un budget de 250 000 € par an sur 4-5 ans est consacré à cette opération. Nous inaugurons, aujourd’hui, la 100ème qui retrace des évènements qui participent au tourisme de mémoire. Avant, des pèlerins revenaient sur ce lieu, aujourd’hui, ce sont des visiteurs qui peuvent, ainsi, avoir accès à toutes les explications. Le graphisme est standard dans toutes les nécropoles nationales.
 
- C’est le 2nd hommage rendu aux Goumiers par votre ministère en moins de deux ans. En quoi est-ce si important ?
- Les Goumiers ont combattu pour libérer la Corse, c’est important de le rappeler. C’est tout simplement le travail de mémoire qui se fait. Il est quotidien, annuel, répétitif pour mieux faire connaître cette histoire aux jeunes générations qui ne la connaissent pas et ne savent pas. Le travail de mémoire, je préfère le mot « travail » que « devoir », est un travail permanent. Je me suis fait, dans le cadre de mes fonctions ministérielles, un devoir de promouvoir l’histoire pour permettre aux jeunes de se forger leur opinion et de construire leur mémoire. Dans chaque déplacement que j’effectue dans les départements français, y compris dans les pays étrangers, je vais dans les établissements scolaires rencontrer des jeunes Français. Leur niveau de réflexion est surprenant.
 
- Pourquoi ? Est-ce parce que les jeunes sont souvent accusés de ne pas connaître l’histoire nationale et de manquer de mémoire ?
- Non ! Ce n’est pas vrai ! Aujourd’hui, on n’amène pas un jeune devant un monument aux morts ! Il faut inventer un autre système ! Mais, la mémoire, leur passé, en tous cas la mémoire de leur pays, les intéressent. Je suis, effectivement, surpris, en discutant avec eux, de leur degré de réflexion et de maturité sur les évènements, sur l’analyse qu’ils font des attentats que nous avons connus…
 
- Mais, ce n’est que de l’histoire immédiate ?
- Non ! Les jeunes se rappellent que ces mêmes ressortissants de pays d’Afrique du Nord, des Indes, de Chine même, ont combattu pour leur liberté. Pendant la 1ère guerre mondiale, des travailleurs chinois sont venus travailler, sous contrat, à l’arrière des lignes. Ils n’étaient pas des combattants, ils ont, ensuite, été renvoyés dans leur pays. Lorsque leur environnement leur parle, les jeunes sont surprenants ! Les endroits, comme la nécropole de Saint-Florent, s’ils y viennent, sont meilleurs que tous les manuels pour leur rappeler l’histoire de leur pays et leur permettre de se construire et de se projeter dans l’avenir.
 
- Rendre cet hommage aux Goumiers prend-il une autre dimension au moment où la France est secouée par des attentats intégristes islamiques ?
- Non ! C’est toujours important ! Les évènements, que nous avons connus sur notre territoire national au mois de janvier, font que le président de la République a demandé un plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Dans son discours au mémorial de la Shoah, le 27 janvier dernier, il a évoqué toutes ces mémoires qui doivent être, à la fois, apaisées et entretenues. Le plan, que ma collègue de l’éducation nationale soumet, prévoit que tous les jeunes Français pourront avoir l’occasion, dans le cadre de leurs études, de passer sur un lieu de mémoire important à différentes étapes de leur scolarité.
 
- Que pensez-vous de ce plan ?
- Je suis tout à fait en accord avec le plan mis sur pied par Najat Vallaud-Belkacem. Certains Conseils régionaux développent des voyages sur les lieux de déportation, par exemple à Auschwitz ou en Alsace, au camp de concentration de Struthof où le président de la République s’est rendu au mois d’avril dernier. C’est mieux que tout manuel historique ! Les jeunes, que j’ai rencontrés à Strasbourg et à Metz, me l’ont bien dit : ils ne reviennent pas, comme ils étaient avant, de ces lieux-là ! Ils doivent, non seulement connaître leur histoire et leur passé, mais aussi construire leur propre analyse sur les évènements et sur l’histoire. C’est important pour la démocratie et pour former les citoyens éclairés de demain !
 
- Comptez-vous développer le tourisme de mémoire ?
- Il existe déjà. Des secteurs sont très en pointe, comme la Somme, Verdun, les grands lieux de mémoire de la guerre de 14-18… Certains départements veulent développer ce type de tourisme et organisent des parcours de mémoire en vélo. Tout cela contribue, dans le cadre des deux cycles de commémoration, le Centenaire de la Grande guerre et le 70ème anniversaire de la Libération du nazisme, réalisés par les régions, les collectivités territoriales et l’Etat, a, justement, développer ce tourisme de mémoire.
 
- Que répondez-vous aux familles des Goumiers qui reprochent à la France de se contenter de rendre des hommages, mais d’indemniser peu le sacrifice consenti ?
- Chacun peut avoir son opinion sur le niveau d’indemnisation. Les pensions de retraite ont été revalorisées régulièrement. Peut-être y a-t-il eu, à un certain moment, des injustices sur les pensions pour les vivants ! Quand aux reversements, ils se sont améliorés. La France reverse aux ayant-droits. Je me suis rendu à l’Office national des anciens combattants d’Alger, il n’y a pas longtemps, pour me rendre compte des sommes mises en jeu. Si les Goumiers ou leurs ayant-droits vivent en France, tout fonctionne normalement. S’ils sont dans leur pays d’origine, le Maroc, l’Algérie ou la Tunisie, ce sont les antennes locales de l’Office national des anciens combattants qui apportent une assistance sociale et effectuent les reversements aux combattants ou à leurs ayant-droits.
 
- Regrettez-vous que votre ministère, comme le budget qui lui est alloué, soit plus symbolique que certains autres ministères ?
- Il faut me dire quels sont ces « certains » ! Je peux vous dire que le budget de mon ministère est important car il concerne plus de 3 millions d’anciens combattants. Malgré la rigueur budgétaire, ce budget évolue. Ses ressortissants disparaissent. Il n’y a plus de témoins survivants de la Grande Guerre et ceux de 39-45 commencent à disparaître de manière massive. Il ne reste plus que 16 compagnons de la Libération. Mais, il y a encore beaucoup d’ayant-droits, notamment concernant les guerres d’Algérie et d’Indochine et de nombreux résistants, combattants et déportés de la guerre de 39-45.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 

Sahid Jazouani, Consul du Maroc en Corse.
Sahid Jazouani, Consul du Maroc en Corse.
L'émotion de Sahid Jazouani, Consul du Maroc en Corse :
« Cette cérémonie est une nouvelle confirmation de la part de la France qu’elle n’oubliera jamais le coût du sang versé par ces courageux combattants qui se sont battus pour la France et pour la liberté de la France. Aujourd’hui, la visite du Secrétaire d’Etat est l’occasion de rendre un hommage vibrant à ces anciens combattants et à l’officier français qui commandait les troupes de goumiers marocains. Ce qui m’a beaucoup plus, c’est que cet officier a préféré être enterré parmi les combattants marocains sans signe distinctif. La France, et la Corse, avaient déjà rendu hommage aux Goumiers lors du 70ème anniversaire de la Libération en présence du président de la République et du frère du roi du Maroc, le prince Moulay Rachid, venu représenter sa Majesté. Je trouve, aussi, très émouvant que la Confrérie de San Martinu rende encore une fois un grand hommage à mes compatriotes ».
 
 




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