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Jean-Guy Talamoni : « La coopération corso-sarde répond à un besoin et débouche sur des résultats concrets »


Rédigé par Nicole Mari le Mardi 4 Juillet 2017 à 22:29 | Modifié le Mardi 4 Juillet 2017 - 22:37


Premiers objectifs atteints pour le Conseil permanent corso-sarde qui, pour la seconde fois depuis sa création au printemps dernier, s’est réuni, mardi, à Santa Teresa di Gallura, sous la présidence conjointe de Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse, et de Gianfranco Ganau, président du Consiglio regionale della Sardegna. Les cinq points à l’ordre du jour ont, tous, été adoptés, notamment une demande de mutualisation des moyens aériens de lutte contre les incendies, le règlement du prix littéraire « Antigone » et un accord-cadre de coopération universitaire. Le Conseil a, également, approuvé une déclaration commune demandant à l’Europe la reconnaissance du statut d’insularité. Explications, pour Corse Net Infos, de Jean-Guy Talamoni.


Le Conseil permanent corso-sarde, présidé par les présidents des deux assemblées, Gianfranco Ganau et Jean-Guy Talamoni.
Le Conseil permanent corso-sarde, présidé par les présidents des deux assemblées, Gianfranco Ganau et Jean-Guy Talamoni.
- Quel était l’objet de cette seconde réunion ?
- Nous devions discuter de cinq points qui étaient à l’ordre du jour. Le premier porte sur la mutualisation des moyens aériens dans la lutte contre les incendies. Etant donnés les risques accrus auxquels sont confrontées la Corse et la Sardaigne en matière d’incendie et la nécessité d’un appui aérien pour être très réactif, le conseil corso-sarde demande la mise à disposition par les États italiens et français, à chaque début du mois de juin, des canadairs et des hélicoptères basés sur les deux îles.
 
- A quelle échéance, cette mutualisation est-elle envisagée ?
- La mise à disposition des canadairs est possible dès à présent. Mais une difficulté se pose pour l’hélicoptère sarde, son utilisation exige une modification du contrat passé entre la Collectivité et la société propriétaire de l’hélicoptère. Les Sardes nous assurent qu’il n’y aura pas de problème pour modifier le contrat, mais cela prend un peu de temps. Cette mutualisation sera, donc, mise en œuvre dès l’année prochaine. Le Conseil a, également, demandé que la Corse et la Sardaigne soient prises en compte dans la coopération franco-italienne en matière de lutte contre les feux de forêt.
 
- Quel est le second point que vous avez abordé ?
- Nous avons arrêté le règlement interne du Prix littéraire méditerranéen « Antigone » que nous avions décidé de créer lors de la précédente réunion du Conseil permanent. La première remise de prix est prévue en juin 2018. Ce prix concerne toute la création littéraire : romans, poésies… et a deux volets différents : un réservé aux œuvres littéraires en langue corse et en langue sarde, et un autre ouvert à toutes les œuvres littéraires méditerranéennes, quelque soit la langue. On peut aussi bien primer un auteur catalan, italien, grec, marocain… L’idée est rayonner beaucoup plus largement, au-delà de la Corse et de la Sardaigne. C’est une manière de valoriser la littérature et les langues sarde et corse en les confrontant à des littératures plus prestigieuses du pourtour méditerranéen.
 
- Quel a été le troisième point à l’ordre du jour ?
- C’est un accord très important de coopération entre les universités de Sassari, de Cagliari et de Corse. Les responsables de ces universités, qui étaient présents, ont présenté des rapports sur leur partenariat pour les mois et les années à-venir. Ils ont fait un point d’étape sur le travail déjà réalisé. Cette coopération de nature scientifique portera sur des thèmes pluridisciplinaires extrêmement divers. L’accord-cadre, que le Conseil a approuvé à l’unanimité, prévoit la création d’une structure d’études corso-sarde qui permettrait de mettre en œuvre des mesures d’échange de professeurs, d’étudiants et de projets pédagogiques.
 
- L’accent est-il mis prioritairement sur la culture ?
- Oui ! Même si des questions plus institutionnelles ont été abordées, notamment lors du quatrième point à l’ordre du jour. Le Conseil corso-sarde a adopté une déclaration solennelle demandant la reconnaissance d’un statut d’insularité, en application de l’article 174 du Traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne (TFUE). Cet article est très important parce qu’il est le fondement de toutes les demandes de dérogation dans divers domaines, notamment en matière fiscale, mais pas seulement. Notre déclaration s’adresse, aux gouvernements italiens et français et aux différentes instances européennes, et demande le respect des engagements pris au moment de la déclaration des régions insulaires n°30 annexée au traité d'Amsterdam. Nous allons la défendre ensemble et avec beaucoup d’énergie à Bruxelles où nous recontrerons certainement moins de réticence qu’à Paris et à Rome !
 
- Quel dernier point, le Conseil a-t-il évoqué ?
- Nous avons fait un échange d’expériences et de bonnes pratiques. J’ai présenté, à la demande du président Ganau, un rapport détaillé d’information sur la continuité territoriale en matière maritime et aérienne en Corse. Il voulait savoir comment cela fonctionnait. De la même manière, nous avions demandé au président Ganau de nous parler du fonctionnement des institutions et des relations entre les différents niveaux institutionnel en Sardaigne. Cela nous intéresse beaucoup dans la perspective de la collectivité unique.
 
- Etes-vous satisfait de l’avancée de la coopération entre les deux îles et du travail effectué par le Conseil ?
- Oui ! Très satisfait ! Les décisions prises par le Conseil corso-sarde sont suivies d’un travail précis et débouchent sur des résultats concrets. De plus, nous avons, encore une fois, constaté l’enthousiasme très important et unanime chez nos homologues sardes pour cette coopération, y compris dans les groupes politiques d’opposition, toutes tendances confondues, qui ont voté comme la majorité du président Ganau. Ils manifestent un intérêt très fort pour ces relations qui ont été engagées il y a un an et demi, dès notre accession aux responsabilités. Nous le voyons, du reste, dans les rapports entre les deux Exécutifs. Notre action au titre des assemblées délibérantes est complémentaire de celle des Exécutifs.
 
- Cette coopération suscite-t-elle le même enthousiasme côté corse ?
- Oui ! L’élément le plus parlant de ces échanges est, à mon avis, le sentiment partagé, du côté corse, comme du côté sarde, que nous avons trop attendu pour renouer des relations étroites entre nos deux îles. Cette coopération correspond à une attente très forte des deux côtés. Il suffit de voir les réactions enthousiastes sur les réseaux sociaux ! En Corse, les autres groupes politiques affichent beaucoup d’intérêt pour la démarche, à l’exception du Front National qui a annoncé qu’il ne siègerait pas au Conseil corso-sarde.
 
- Quelle sera la prochaine étape ?
- Ce sera la mise en œuvre des décisions concrètes que nous venons de prendre. Le travail commun continue sur des sujets divers, économiques et culturels. Nous avons pris rendez-vous pour une prochaine réunion du Conseil corso-sarde qui se tiendra dans les six mois qui viennent. Cette coopération est essentielle ! Elle répond, de tout évidence, à un besoin pour deux îles qui sont si proches et qui, malheureusement, se sont ignorées pendant des décennies. Et, nous avons beaucoup de temps à rattraper !
 
Propos recueillis par Nicole MARI.

Le Conseil permanent corso-sarde  
Cette institution politique, composée à parité d’élus des deux îles, vise à créer une macro-région méditerranéenne reconnue par l’Union Européenne et représentée à Bruxelles.
Ce Conseil entend défendre un statut des îles de la Méditerranée. Ses travaux consistent à identifier les sujets sur lesquels les intérêts des deux îles convergent afin de s’adresser ensemble aux autorités communautaires.
Conformément aux délibérations des deux assemblées, les travaux du Conseil portent sur les thématiques suivantes :
- Valorisation de la langue, de la culture et du patrimoine
- Gestion de la biodiversité et développement durable
- Education, jeunesse, sport, recherche, innovation
- Développement économique transfrontalier
- Transports
- Défense des intérêts communs aux deux îles vis-à-vis de l’Union Européenne
 
La composition du Conseil permanent corso-sarde  
Outre les présidents des deux assemblées, Gianfranco Ganau et Jean-Guy Talamoni, qui assurent une présidence conjointe, le Conseil permanent Corso-Sarde est composé des présidents de groupes du Consiglio Regionale di Sardegna (11 personnes) et des présidents de groupes de l’Assemblée de Corse (6 personnes).
 
 




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