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Jean-Guy Talamoni : « C’est la première fois que l’Assemblée de Corse tend la main aux retraités »


Rédigé par Nicole Mari le Vendredi 31 Mars 2017 à 03:28 | Modifié le Vendredi 31 Mars 2017 - 03:28


Lors de la première session de printemps de l’Assemblée de Corse, le président Jean-Guy Talamoni est revenu, in lingua nustrale, dans sa traditionnelle allocution d’ouverture, sur la question des inégalités, l’aide aux retraités, la construction d’un statut fiscal et social, et le plan de réinsertion des prisonniers politiques dans la société insulaire.


Jean-Guy Talamoni, président de l'Assemblée de Corse.
Jean-Guy Talamoni, président de l'Assemblée de Corse.
Voici le texte de son discours :
 
« Pour débuter, quelques mots pour les cinq pompiers blessés la semaine dernière à Bastelica. Au nom de notre Assemblée, je veux les assurer de notre soutien. Nous leur souhaitons un prompt rétablissement. Je veux saluer également tous leurs collègues qui ont combattu cet incendie et qui luttent au quotidien pour notre sécurité.
Ayons aussi une pensée pour notre ami le journaliste Paul Rossi, pour son fils Patrick, pour toute l’équipe de RCFM et pour toutes les personnes touchées par ce deuil. Au nom de l’Assemblée de Corse, je veux leur témoigner notre soutien.
Je parlerai aujourd’hui de la question des inégalités. Il ne s’est jamais posé avec autant d’acuité.
Une partie de plus en plus petite de la population possède une partie de plus en plus importante des richesses mondiales. Le dernier rapport OXFAM, paru en janvier dernier, indiquait que les 8 personnes les plus riches au monde possèdent un patrimoine égal à celui détenu par la moitié de l’humanité. Depuis deux ans, 1% de personnes possèdent autant que les 99% restants. Si nous ne militons pas en faveur de l’uniformité, qui pourrait admettre de telles différences et, certainement aussi, de telles injustices ?
En Corse, si les solidarités mécaniques intergénérationnelles, familiales ou villageoises ont atténué le poids négatif des mouvements liés à la modernisation de notre économie, nous avons aussi besoin des solidarités organiques, plus modernes que celles proposées par le vieil Etat providence. C’est le sens du rapport sur la précarité présenté par le Conseil Exécutif.
Nous ne sommes pas opposés à ces solidarités, au contraire. Mais nous pensons qu’il faut les réinventer au niveau de notre île, les lier aux initiatives de développement économique. Pour notre part, la solidarité est précisément le contraire de la dépendance dans laquelle l’Etat veut enfermer nos esprits. La Collectivité unie nous permettra de lier l’économie et le social, c’est-à-dire ce qui relève de la création et l’ambition avec ce qui relève du partage et de la dignité. Nous en avons le devoir moral et politique. Nous en aurons aussi les moyens si nous sommes capables de doter notre pays du statut fiscal et social dont il a besoin pour son développement et pour sa paix.
 
Depuis le mois de janvier, j’ai rencontré les acteurs associatifs du social. Il ne suffit pas de saluer leur travail en période de grand froid. Ils agissent au quotidien. Grâce au concours d’associations complémentaires les unes des autres, comme la Croix Rouge, la Falep, la Fraternité du Partage, le Secours Populaire, le Secours Catholique, de nombreuses personnes peuvent bénéficier d’un soutien. Je veux que l’on rappelle dans cette Assemblée à quel point ces associations rehaussent notre tradition de solidarité, d’hospitalité et d’accueil.
Il y a, à mon sens, deux manières de traiter la question sociale. Soit nous cherchons des solutions nouvelles, soit nous poursuivons ce qu’ont fait les pouvoirs publics jusqu’alors, c’est-à-dire :
                        -  Emploi public en abondance et souvent inadapté ;
                        -  Maquis d’aides sociales et pas de recours pour les populations particulièrement dans le besoin;
                        -  Croyance absolue en le pouvoir du BTP et du tout tourisme ;
                        -  Faibles aides pour l’éducation et la formation, créatrice de compétences, et pour les entreprises, créatrices d’emplois et de richesse. Je ne crois pas que ce sont là des solutions. Ce serait trop simple.
 
Je ne crois pas non plus aux discours et aux contes sur les transferts de la France à la Corse. Qui pourrait prétendre que le système politique, social et économique a enrichi notre île ? A la misère sociale, parfois, le système politique ajoute la privation de dignité des plus précaires. Au-delà de cet avilissement, le système social français est aujourd’hui à bout de souffle et le meilleur niveau d’action, plus que jamais, est notre île, d’autant plus lorsque l’on sait que la rupture sociale est mère de violences et de délinquances, de replis culturel ou cultuel. La gestion de la diversité passe, très certainement, par la construction de l’égalité du possible. Les parallèles que nous pouvons faire avec les autres politiques de développement socioéconomique en témoignent.
 
C’est la raison pour laquelle j’ai initié en janvier 2016 la conférence permanente sur l’économie et le social. J’ai ainsi pu rencontrer les acteurs économiques de l’île pour construire avec eux un statut fiscal et social en cours de rédaction. C’est ainsi également que nous avons pu travailler sur la question de l’Arrêté Miot pour sauver ce que nous avons de plus cher, notre terre. Quant à la charte pour l’emploi local, elle sera signée au mois d’avril par une grande partie des acteurs économiques. La solidarité avec les personnes âgées Parallèlement à ce travail sur le long terme, nous tentons aussi de gérer les urgences. Depuis notre accession aux responsabilités, nous avons mis en place une commission en faveur des retraités. Je veux redire que la solidarité avec les personnes âgées est une priorité. Je n’ai pas besoin de rappeler le grand nombre de personnes qui rencontrent des difficultés sociales injustes après des années de travail et de tourment. Ils demandent depuis des années une indemnité compensatoire d’insularité et une baisse des prix des transports. Sur le premier point, nous avons écrit au gouvernement. La réponse a tardé; elle est une fois de plus négative. Alors, nous avons cherché une solution en interne, avec l’Office des transports et l’ensemble des transporteurs corses. Les propositions que je vous présenterai tout à l’heure sont les plus élevées que nous avons pu trouver, grâce à la déspécialisation de la Dotation de Continuité Territoriale, inscrite dans la loi par les ordonnances votées le mois dernier. C’est la première fois que l’Assemblée de Corse tend la main aux retraités.
 
La solidarité avec les prisonniers politiques pour la paix, le retour et la liberté
Le soutien à une autre population me paraît être une priorité sur le plan social et politique. Il s’agit de nos prisonniers. Vous connaissez notre volonté de paix. En Corse, comme ailleurs, la paix passe par la réinsertion des hommes qui ont payé le prix fort pour changer la destinée de notre pays. Aujourd’hui, après le vote de notre Assemblée en faveur de l’amnistie, nous devons aussi nous investir pour permettre à ceux qui sont en prison, à ceux qui vont bientôt en sortir et à ceux qui retrouvé récemment leur liberté, de vivre dignement. C’est une question sociale, pour eux, au plan individuel. C’est aussi une question politique compte tenu du sens et de la valeur de leur engagement sincère pour la Corse.
Vous me direz certainement que de nombreuses autres personnes vivent ici dans des conditions très difficiles. C’est précisément la raison pour laquelle notre Assemblée est appelée à travailler aujourd’hui et demain sur le rapport relatif à la précarité, dans toutes ses dimensions.
Notre objectif : parvenir à un modèle général et cohérent, fondé sur la justice sociale ».
 

In lingua nustrale :
"Per principia vogliu avè una parolla per i cinqui spinghjifochi feriti a settimana scorsa in Bastelica. À nome di st’Assemblea, li vogliu assicurà di u nostru sustegnu. Speremu ch’elli ritruveranu prestu a salute. Vogliu salutà dinù tutti i so culleghi ch’anu cumbattutu stu focu è chì lottanu ogni ghjornu per a nostra securità.
Vogliu dinù chè no pensessimu à u nostru amicu u giurnalistu Paul Rossi, à u so figliolu Patrick, à a squadra di RCFM è à tutti quelli culpiti da stu dolu. In nome di l’Assemblea di Corsica, li vogliu purtà tuttu u nostru sustegnu.
Parleraghju oghje di a quistione di l’inugualità. Ùn s’hè mai posta cù tanta attualità.
Una parte di più in più chjuca di a pupulazione pussede una parte di più in più impurtante di e ricchezze di u mondu. L’ultimu raportu OXFAM esciutu di ghjennaghju scorsu dicia chì l’8 persone e più ricche avianu un patrimoniu uguale à quellu tenutu da a metà di l’umanità. Dipoi dui anni, l’1% pussede quant’è i 99%. S’è ùn simu micca per l’unifurmità, quale hè chì puderebbe adimette tante sfarenze chì sò di sicuru inghjustizie dinù ?
Nant’à a nostra isula, s’è e sulidarità meccaniche intergeneraziunale, familiale o paisane anu addebbulitu u pesu negativu di e mosse liate à a mudernisazione di a nostra ecunumia, avemu bisognu dinù di sulidarità organiche più muderne chè quelle pruposte da u vechju Statu pruvidenza. Ghjè u sensu di u raportu nant’à a precarità presentatu da u Cunsigliu esecutivu.
Ùn simu mancu appena contr’à ste sulidarità, à u cuntrariu. Ma pensemu chì e sulidarità, ci tocca à turnà à inventà le à u livellu di a nostra isula, ci tocca à lià le à iniziative per u sviluppu ecunomicu. À contu nostru, a sulidarità ghjè u cuntrariu di a dipendenza in a quale u Statu vole chjode e nostre mente. A cullettività unica ci darà stu pudere d’intreccià l’ecunumia cù u suciale, vale à dì creazione è ambizione cù spartera è dignità. N’avemu u duvere murale è puliticu, n’averemu i mezi dinù s’è no simu capaci à dà à u nostru paese u statutu fiscale è suciale ch’ellu abbisogna per u so sviluppu è per a so pace.
Dipoi u mese di ghjennaghju, aghju scontru l’attori assuciativi di u suciale. Ùn basta à salutà u so travagliu difficiule d’ogni ghjornu solu quandu ella casca a neve. Grazie à u cuncorsu d’associ cumplementari cum’è a Croce rossa, a Falep, a Fraternità di a spartera, u Succorsu populare, u Succorsu cattolicu, tanta ghjente pò benefizià d’una manu. Vogliu ch’ella sia detta in a nostra Assemblea quantu st’associ rialzanu a nostra tradizione di sulidarità, d’uspidalità è d’accolta.
À contu meiu, ci hè duie manere di trattà a quistione suciale. Sia circhemu suluzione nove, sia cuntinuemu à fà cum’è i puderi anu fattu finu à avà :
  • -  Impiegu publicu à buzeffu è spessu inadattatu ;
  • -  Machja d’aiuti suciali è assenza di ricorsu per e pupulazione propiu bisugnose ;
  • -  Credenza assuluta in u pudere di u BTP è di u tuttu turisimu ;
  • -  Aiutu debbule à l’educazione è a furmazione, creatrice di cumpetenze, è à l’imprese, creatrice
    d’impieghi è di ricchezza.
    Ùn credu micca ch’elle fussinu quì e suluzione. Serebbe troppu faciule. Ùn credu mancu à i discorsi è à i conti nant’à i trasferimenti da a Francia à a Corsica. Quale hè chì puderebbe pretende chì u sistema puliticu, suciale è ecunomicu averebbe arricchitu a nostra isula ? À a miseria suciale, à le volte, u sistema puliticu cacciava ancu a dignità à i più precari. Al di là di st’avvilimentu, u sistema suciale francese hè oghje sfiatatu è u livellu d’azzione u più bonu, più chè mai, ghjè a nostra isula, moltu più quandu omu sà chè una rumpitura suciale hè spessu mamma di viulenze è di rapine, d’inchjuditure culturale o cultuale surelle di l’intullerenza è di l’ignuranza. A gestione di a diversità passa di sicuru per a custruzzione di l’ugualità di u pussibule. A ci dicenu i paragoni chè no pudemu fà cù l’altre pulitiche di sviluppu socioecunomicu.
    Ghjè per quessa ch’aghju iniziatu di ghjennaghju 2016 a cunferenza permanente nant’à l’ecunumia è u suciale. Aghju cusì pussutu scuntrà l’attori ecunomichi di l’isula per custruisce cun elli un statutu fiscale è suciale sempre in corsu di redazzione. Ghjè cusì dinù ch’avemu pussutu travaglià nant’à a quistione di l’arrestatu Miot per chè no possimu salvà cosa avemu di più caru, a nostra terra. In quantu à a cartula per l’impiegu lucale, serà firmata d’aprile da una parte maiò di l’attori ecunumichi.
    A sulidarità cù i nostri anziani
    Accantu à stu travagliu di pruspettiva à longu andà, pruvemu dinù à spinghje u focu, quandu ellu corre. Dipoi chè no simu ghjunti à u pudere, avemu creatu a cummissione per i ritirati. Vogliu dì quantu ellu hè di primura per noi d’aiutà i nostri anziani. Ùn turneraghju micca à ripete quantu elli sò numerosi à scuntrà difficultà suciale inghjuste dopu anni di travagliu è di strazi. Sò anni dinù ch’elli dumandavanu una indennità cumpensatoria d’insularità è una calata di i prezzi nant’à i trasporti. Per u primu puntu, avemu scrittu à u guvernu. A risposta hà messu u tempu à ghjunghje : a dumanda hè una volta di più righjittata da u Statu. Allora a suluzione l’avemu circata in casa nostra cù l’uffiziu di i trasporti è l’inseme di i traspurtadori corsi. E pruposte ch’o vi presenteraghju dopu sò e più alte chè n’avemu pussutu truvà, grazie à a despezialisazione di a Dutazione di Cuntinuità Territuriale, scritta in a lege nant’à l’urdinanze vutata u mese scorsu. Ghjè a prima volta chè l’Assemblea di Corsica dà una manu à i nostri anziani.
    A sulidarità cù i prigiuneri per custruisce Pace, ritornu è libertà
    Un altra pupulazione chì mi pare di primura in u campu suciale è puliticu, sò i nostri prigiuneri. Cunniscite tutti a nostra vuluntà di pace. In Corsica cum’è in altrò, sta pace passa per a reinserzione di l’omi ch’anu pagatu u più caru per cambià a sorte di u nostru paese. Oghje, dopu à u votu di a nostra Assemblea per l’amnistia, ci tocca dinù à impegnà ci per dà à l’omi chì fermanu in prigiò, chì sò per sorte o chì sò surtiti ùn hè tantu, d’esce
in cundizione degne. Ghjè una quistione nun solu suciale per elli à u pianu individuale, ma pulitica dinù per u sensu è u valore chè no demu à u so impegnu sinceru per a Corsica.
Forse, mi dicerete ch’ella hè una parte più larga di u nostru populu à cunnosce cundizione difficiule di vita. Hè propiu per quessa chì a nostra Assemblea serà chjamata oghje è dumane à travaglià nant’à u raportu Precarità, in tutte e so dimensione. U nostru scopu : ghjunghje à un mudellu generale è cuerente, fundatu nantu à a ghjustizia suciale".




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